L’urbanisme au service des citoyens. Entretien avec Marik Fetouh, adjoint au maire de Bordeaux

Marik Fetouh

  1. En quoi est-ce que la transformation urbaine de Bordeaux consiste ? Quels sont le but et les priorités de cette transformation ?

Lorsqu’ Alain Juppé, alors premier ministre, est arrivé à Bordeaux en 1995, il s’était fixé comme objectif de réveiller “la belle endormie” comme Bordeaux était surnomée à l’époque. Pour renforcer son attractivité, il a complétement refaçonné la ville avec notamment la réhabilitation du centre historique, qui a abouti au classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007. Avec 1 million de visiteurs, 10 000 nouveaux habitants et 11 000 emplois créés dans la métropole tous les ans, Bordeaux est aujourd’hui devenue une des villes les plus attractives de France.

Réconcilier les bordelais avec leur fleuve

Pendant très longtemps, les quais sont restés désaffectés, l’activité du port devenant très faible et ayant été transféré plus en aval du fleuve au Verdon. Les hangars étaient à l’abandon. Certains ont été rasés et remplacés par des jardins, d’autres transformés en espace d’exposition ou en magasin, faisant des quais aujourd’hui un espace de promenade très agréable et de détente. Le tourisme fluvial et de croisière s’y développent avec intensité.

Réhabiliter les quartiers les plus pauvres

Outre la rive droite, de nombreux quartiers, les plus en difficulté, ont bénéficié de programmes de rénovation urbaine, facilités par l’arrivée du tramway. Le programme le plus emblématique est celui du quartier de la gare, nommé Euratlantique, qui a été labellisé projet d’intérêt national.

Lutter contre l’étalement urbain et développer l’offre de logements

Pour lutter contre ces deux phénomènes, les politiques d’urbanisme menées depuis 20 ans visent à densifier et à augmenter l’offre. Au total, 9 000 logements sont livrés chaque année dans la métropole bordelaise. Sur la ville de Bordeaux des programmes ambitieux permettront de proposer 14 000 logements, dont 30% de logement social, dans les prochains mois.

Une ville verte

Afin de favoriser les déplacements doux et à pied, les places à Bordeaux sont restées assez minérales à l’occasion de leur rénovation. L’artificialisation des sols qui en découle, et l’absence de végétation sur certaines d’entre elles ne font qu’accentuer la chaleur ressentie en période de canicule par exemple. Pour lutter contre ce phénomène, le nouveau Maire de Bordeaux Nicolas Florian a décidé de planter 3 000 arbres par an dans la ville.

  1. Quel rôle les citoyens ont-ils joué dans le projet de transformation urbaine ?

La parole des habitant-e-s inspire désormais l’aménagement des espaces publics. Ces derniers font entendre leurs voix à travers les instances consultatives comme les conseils de quartier, en plus des consultations publiques obligatoires. L’aménagement du territoire prend en compte leurs demandes qui sont intégrées dans les différents projets.

Un premier budget participatif a été lancé par la Mairie de Bordeaux cette année. Plus de 13 000 Bordelais ont voté pour les projets de développement durable qu’ils souhaitent voir apparaître dans leur quartier. Sur 407 projets déposés, 41 viennent d’être désignés lauréats. Une enveloppe de 2,5 millions et demi d’euros d’investissement est prévue pour financer ces 41 projets. Ils seront réalisés dans les deux années à venir.

  1. Pensez-vous que le développement de la ville a entraîné l’amélioration de la sécurité et de la perception de sécurité de la citoyenneté ?

 Bordeaux est considéré, à juste titre, comme l’une des villes les moins dangereuses de France. En effet, elle se situe à la neuvième place des onze circonscriptions de police de plus de 200 000 habitants, avec un taux de 72 délits pour 1 000 habitants. De plus, la délinquance est en baisse régulière depuis 15 ans. En revanche, la mairie s’inquiète de “l’explosion des incivilités”, notamment celles liées aux trafics de drogue dans quelques quartiers de la ville.

 Afin de sécuriser les passants la Mairie de Bordeaux a intensifié l’éclairage de tous les lieux de vie et de passages la nuit (places, quais, ruelles…). De plus, la ville dispose de caméras installées au coin des rues, sous les toits, ainsi qu’aux endroits stratégiques. Pour ce faire, Bordeaux compte 105 caméras réparties dans toute la ville.

Enfin, ce niveau de délits particulièrement bas s’explique peut-être aussi par l’aménagement urbain qui a permis, à travers le tramway qui se situe en surface et qui relie tous les quartiers en difficulté au centre ville en moins de 15 minutes, de donner un réel sentiment d’appartenance à la ville de tous ses habitants.

  1. Comment l’urbanisme peut-il contribuer à améliorer la coexistence et l’intégration des différents groupes ?

 La connexion de la rive droite à la rive gauche, par le tramway et les différents ponts, a permis d’ouvrir le centre ville historique à une partie de la ville excentrée par le passé. De plus, la commune est devenue plus dynamique et plus homogène en créant des nouveaux lieux de vie.

Depuis 10 ans, le Programme National de Rénovation Urbaine mobilise acteurs publics et privés, élus, services de l’Etat, partenaires sociaux, organismes HLM, habitants pour requalifier plus de 500 quartiers partout en France, là où les conditions de vie étaient particulièrement difficiles. Sur Bordeaux, deux quartiers sont concernés sur la rive droite (La Benauge) et au nord de la ville (Les Aubiers).

De plus, trois agences françaises d’architecture ont reçu le prix Mies van der Rohe de l’Union européenne, pour la transformation de 530 logements sociaux dans le quartier Grand Parc à Bordeaux. Pour éviter la destruction des barres d’immeubles, les agences d’architecture Lacaton et Vassal, Frédéric Druot et Christophe Hutin ont agrandi l’ensemble. Avec cette technique de rénovation, tous les appartements ont gagné en surface et en luminosité. Réhabiliter plutôt que détruire c’est quatre fois moins coûteux.

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Otto M. J. Adang : « Dans la gestion de l’ordre public, l’interaction et la communication sont deux outils tactiques importants »

Le professeur Otto M.J. Adang (1956) est un spécialiste des sciences comportementales. Il est maître de conférences en gestion de l’ordre public et des dangers à l’école de police néerlandaise depuis 2004. Otto Adang s’intéresse à l’agression, la réconciliation et le comportement collectif dans le cadre du maintien de l’ordre public. Depuis 1998, il gère un programme de recherche sur la gestion de la violence et des risques en situation de conflit, qu’il a lui-même mis en place et qui se concentre sur les interactions entre la police et les civils.

Aujourd’hui, le professeur Adang a plusieurs responsabilités. Il est le responsable du département de gestion de l’ordre public et le directeur de la maîtrise en sciences policières de l’école de police des Pays-Bas. Depuis le 1er avril 2016, il est également professeur de sécurité et comportement collectif à la faculté de sciences sociales et comportementales de l’Université de Groningue (Pays-Bas). Depuis 2018, il est un professeur invité du centre de recherches policières de Canterbury.

Selon vous, quels ont été les changements les plus importants en matière de gestion de l’ordre public au cours de ces 10 dernières années en Europe ?

Le changement le plus important que j’ai observé en matière de maintien de l’ordre public dans la dernière décennie en Europe a été le passage d’une approche unilatérale axée sur le maintien de l’ordre, avec une utilisation indifférenciée d’armes à létalité réduite en situation de faible risque, à une approche de gestion de l’ordre public plus moderne et plus flexible axée sur la promotion de l’ordre, en définissant des limites et des frontières de façon ferme mais amicale.

Bien sûr, les pays n’ont pas tous appliqué ce changement, mais de plus en plus de « bonnes pratiques » peuvent être observées dans la gestion des événements publics.

Qu’est-ce qu’une bonne pratique ? Une bonne pratique consiste à éviter toute friction non nécessaire et à faciliter au maximum les intentions et les activités légitimes des participants. La surveillance et l’observation d’un évènement en temps réel sont des mesures importantes pour identifier d’éventuels problèmes et y répondre dès qu’ils surviennent. Il s’agit notamment de communiquer avec les participants et de les informer afin de comprendre ce qui les affecte, d’éviter tout malentendu concernant les mesures qui sont prises et de se conformer aux exigences.

En accord avec la question précédente et avec les derniers développements, vers quoi nous dirigeons-nous ? Quelles seront selon vous les prochaines étapes à suivre ?

Plusieurs tendances générales peuvent être observées en Europe de l’Ouest. La plupart proviennent d’un intérêt grandissant pour l’incorporation des connaissances scientifiques actuelles au maintien de l’ordre lors d’évènements publics.

Pour ne mentionner que certaines des tendances les plus importantes, on observe notamment une augmentation de la flexibilité de la police dans son ensemble, ainsi que des différentes unités, qui peuvent passer d’une approche à l’autre et aller et venir facilement.  Pour gagner en flexibilité, des changements au niveau des tactiques et des stratégies de réaction et de prévention sont nécessaires. Par exemple, en général, davantage d’attention est accordée à la collecte de preuves pour améliorer la « qualité » des arrestations et accroître les possibilités de succès des poursuites, et une approche centrée sur l’auteur des faits est préférée à une approche collective avec des détentions massives. On constate toutefois également un recours accru à une approche stratégique ferme mais amicale qui encourage un comportement pacifique et une approche progressive, différenciée et basée sur l’information qui augmente les capacités de la police en matière de dialogue, de communication et d’interventions discrètes et ciblées à un stade précoce. En Suède, on parle de Special Police Tactics (ou SPT, littéralement « tactiques policières spéciales »), Berlin a développé la politique de la main tendue, et le Royaume-Uni se vante du modèle britannique. De plus en plus d’« unités de dialogue » prennent forme. Par exemple, au sein des équipes de lutte contre les conflits en Allemagne, de la police de dialogue en Suède et des unités de renseignement avancé au Royaume-Uni (bien que ces dernières aient progressivement assumé un rôle différent).

Il existe également une tendance générale à accorder davantage d’attention aux débriefings après des évènements « problématiques », à identifier de bonnes pratiques et à échanger des enseignements entre forces.

Enfin, on constate un consensus général en ce qui concerne l’importance des renseignements sur les auteurs « connus » des faits. Il existe toutefois une insatisfaction générale quant à la qualité des renseignements, et il est également reconnu que les renseignements sur les auteurs « connus » des faits sont insuffisants et ne peuvent pas remplacer la compréhension de la sensibilité et de la dynamique de la foule dans un contexte donné. Les tendances internationales reflètent une prise de conscience croissante des mécanismes à l’origine de la violence collective, ainsi que des mesures les plus efficaces.

En tenant compte de votre expérience académique et internationale, quelles sont, selon vous, les meilleures pratiques/approches policières pour maintenir la paix sociale ?

Les services de renseignement sont considérés comme très importants pour identifier les groupes de fauteurs de troubles connus à la recherche d’affrontements. Pour qu’ils soient conscients des risques, les mesures qui seront prises s’ils transgressent ces limites doivent être bien claires pour eux (et pour les autres). En apprenant à les connaître, les autorités seront en mesure de les faire sortir de l’anonymat. Dans la mesure du possible, il est préférable d’éviter de prendre des mesures qui créent ou mettent en avant une situation de confrontation. L’interaction et la communication sont deux outils tactiques importants en ce sens. Lorsqu’il y a violence, une bonne pratique est d’agir rapidement, plutôt que d’attendre que la situation dégénère et devienne hors de contrôle, et de le faire de façon précise et ciblée, c’est-à-dire en visant spécifiquement les personnes qui transgressent les limites, qu’il s’agisse de hooligans ou de militants employant des tactiques de black bloc. Il est également reconnu que la nature opportuniste d’une grande partie de la violence collective limite l’utilité des renseignements. En effet, lorsque la violence dégénère, le nombre d’options disponibles s’épuise rapidement. En raison de ces incertitudes, la mise en œuvre de plusieurs scénarios hypothétiques est considérée comme essentielle.

Enfin, avez-vous détecté une mauvaise pratique qui mérite d’être signalée en matière de gestion de l’ordre public en Europe de l’Ouest ?  Si oui, à quels facteurs attribueriez-vous cette mauvaise pratique ?

Des tendances claires peuvent être observées d’un pays à l’autre en ce qui concerne le maintien de l’ordre lors d’événements publics.

Lorsqu’un besoin de changement se fait sentir, il ne s’agit pas nécessairement de changements de législation ou de nouveaux pouvoirs. Il s’agit plutôt d’un besoin de mieux comprendre et utiliser la législation existante.

Il est également important de garder à l’esprit que l’introduction de nouvelles armes n’est généralement pas la priorité. Il existe d’autres besoins. Les armes dites innovantes et à létalité réduite ne le sont en fait pas du tout, parce qu’il s’agit essentiellement de technologies existantes qui ne sont pas encore suffisamment développées pour être utilisées à des fins opérationnelles, et parce qu’elles sont intrinsèquement liées à des approches dépassées en matière de maintien de l’ordre.

Enfin, en ce qui concerne les équipements, nous devons passer à des équipements qui améliorent la protection individuelle des agents de police, la communication avec et entre les agents de police, les possibilités de communication avec les participants lors d’événements rassemblant des foules, les possibilités de collecte d’informations ou de preuves et la flexibilité.

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Clara Luz Flores Carrales : « Il faut systématiser et professionnaliser les corporations ».

Présidente municipale d’Escobedo, Nuevo León, Mexique. Licenciée en sciences juridiques à l’université Regiomontana et master en droit administratif à l’université de Saragosse (Espagne).

Elle a exercé comme conférencière en matière de sécurité publique et a participé à plusieurs stages de haute direction publique.

Soulignons sur son parcours qu’elle est une des premières mairesses de tout le Mexique à être parvenue à sa réélection. Elle a été élue comme présidente municipale de General Escobedo (Nuevo León) à différentes périodes.

Elle a été reconnue par la Conférence nationale de sécurité publique, le Modèle de sécurité Escobedo ayant été retenu pour être implanté dans tout le Mexique au titre de stratégies pour la prévention et la réduction de la violence et l’éradication de la « fabrique de criminels ».

Qu’est-ce qui fait qu’une personne comme vous, jouissant d’une solide position sociale, décide de focaliser son activité politique sur la lutte contre la criminalité, la violence et l’extorsion, souvent au risque de mettre sa vie (et celle de ses enfants) en danger ?

Je crois qu’en tant que citoyens, nous devons nous comporter et œuvrer pour un environnement meilleur, fuir l’apathie et être proactifs, d’ou ma conviction pour la participation, afin de créer, où que je sois, un espace de qualité de vie, de paix et de tranquillité, pour ma famille, pour mes voisins, pour ma commune, pour mon État et, bien sûr, pour mon pays.

Vous êtes aujourd’hui une autorité incontestable en matière de politiques de sécurité publique, mais pas seulement dans votre État du Nuevo León mais aussi dans tout le Mexique, car vous avez été nommée présidente de la Conférence nationale de sécurité, que pensez-vous qu’apporte votre stratégie de sécurité, qui fait qu’elle apparaisse comme une alternative, peut-être même comme un espoir pour les politiques de sécurité sur l’ensemble du Mexique ?

Pour moi, la clé réside, d’une part, dans le fait que cette proposition cherche à régler le problème à la source : éviter que nos enfants et nos jeunes voient le chemin de la délinquance comme une alternative, et, d’autre part, dans le fait que notre stratégie est intégrale car elle part de la prévention et va jusqu’à la protection de l’intégrité physique des personnes et de leurs biens en s’appuyant sur l’analyse et l’investigation au service d’une justice sociale où la police bénéficie de la confiance des citoyens.

Aucune autorité du domaine de la sécurité ne met en doute le grand travail que réalise le général Lara en transformant radicalement la police d’Escobedo, en la rendant à la fois plus proche du citoyen et plus efficace dans la lutte contre la criminalité. Toutefois, certains sont quelque peu déçus du fait que vous ayez choisi pour unique solution au problème de sécurité d’Escobedo de confier la direction du projet à un militaire de haut rang. Que répondriez-vous à ces critiques ?

Je dirais que la nomination d’un militaire à la tête du secrétariat répond à un contexte de violence extrême. À partir de là, tant la stratégie que les aptitudes des instances de commandement de la police et leurs chefs ont évolué grâce à l’entraînement et à la formation, de telle sorte qu’aujourd’hui, l’ensemble de la corporation a totalement changé de visage, depuis la tête jusqu’à la base.

Un autre élément qui a motivé cette décision est que la formation militaire et sa discipline de fer a pour résultat des individus ordonnés et dévoués par conviction aux tâches qui leur sont confiées. De plus, ces derniers possèdent certaines aptitudes à apprendre et évoluer et, pour ce qui est du général, il combine expérience policière et expérience militaire, ce qui apporte une valeur interdépendante à l’une et à l’autre.

Comment voyez-vous, depuis votre double point de vue (mairesse d’Escobedo et présidente de la Conférence nationale de sécurité), le futur du Mexique en matière de sécurité ? Que doit-il se passer pour inverser la tendance croissante, ces dernières années, de la spirale de violence qui frappe le pays ? Quelles formules faut-il appliquer au niveau fédéral pour accompagner des expériences aussi positives que celle que vous menez au niveau municipal ? La Garde nationale est-elle une solution ?

Il faut systématiser et professionnaliser les corporations, il faut que les processus et les procédures soient périodiquement évalués, chez nous cela a donné des résultats. L’implantation d’un modèle approprié pour chaque commune est vital car si la commune prend ses responsabilités, cela donne naissance à un cercle vertueux dans lequel, d’abord la commune puis l’État et la Fédération, qui en est certes consciente et l’accepte, font leur travail pour pallier ce problème.

Je crois que nous avançons dans la bonne direction pour sortir de cette spirale. Je suis convaincue que le modèle de police municipale qui est sur le point d’être implanté dans le pays, de même que les programmes visant à freiner la violence familiale et sociale, disposent de l’expérience acquise et des éléments méthodologiques pour y parvenir.

La Garde nationale est un élément de plus dans un ensemble d’actions qui doivent être articulées à partir des communes, dont le modèle de police municipale et la formation des acteurs, entre autres.

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Willy Demeyer : “La sécurité n’est pas le résultat d’une seule politique”

Avocat de formation, entame son parcours politique en 1988.

De 2014 à novembre 2017, Willy Demeyer en sa qualité de Député fédéral, fut membre de la Commission de l’Intérieur et de la Commission d’Enquête fédérale sur les « Attentats du 22 mars ».

Le 8 mars 2017, la Ville de Liège s’est engagée dans un nouveau chantier participatif, en prolongement du projet de ville initié en 2003.

En sa qualité de ville centre de l’arrondissement, Liège préside « Liège Métropole » (Conférence d’arrondissement des Bourgmestres de 24 communes et du Collège provincial).

Liège préside également le Forum Européen pour la Prévention et la Sécurité Urbaine qui rassemble près de 350 villes européennes autour des thématiques de sécurité urbaine.

Comment est-ce que vous voyez la sécurité européenne ? Quels sont les dangers et quelles sont les peurs ? Est-ce qu’il y a une corrélation?

Ces dernières années, le contexte économique mondial a connu de nombreux soubresauts, qui ont facilité le retour des théories protectionnistes et l’émergence des populismes.

Les défis pour l’Europe aujourd’hui sont importants. L’un des plus importants est sans doute la polarisation qui représente un risque majeur pour nos sociétés.

D’autres problèmes urgents y sont liés comme les inégalités sociales et économiques qui affaiblissent la cohésion sociale, la radicalisation menant à l’extrémisme violent. La question des flux migratoires mérite également des réponses beaucoup plus adaptées en termes d’intégration sociale et de services essentiels tels que le logement ou l’éducation. Enfin, la question du vieillissement n’est pas à négliger.

Certains élus ont une responsabilité politique énorme dans la manière dont ils présentent désormais l’Europe. Celle-ci, à leurs yeux, n’est plus un outil de protection des populations et des Etats mais au contraire un élément déstructurant et autoritaire. Selon eux, cela empiète sur le libre-choix des Etats membres et impose des Directives aux citoyens.

Ces discours ont des conséquences importantes sur la perception que les citoyens ont de leur vie, de leur sentiment de sécurité et de leurs perspectives d’avenir.

Face à ce phénomène, en progression, les autorités locales doivent faire la différence, définir des politiques de prévention et de sécurité respectueuses des normes et valeurs démocratiques, tout en se référant au principe de solidarité.

C’est l’enjeu du Manifeste de l’EFUS, adopté à Barcelone en novembre 2017. Il traduit ces évolutions et propose une vision globale, holistique de la sécurité urbaine.

Est-ce que les villes peuvent affronter seules les défis sécuritaires actuels ? Quel doit être le rôle des régions et des états ?

Non évidemment. La sécurité n’est pas le résultat d’une seule politique. C’est le résultat de la cohérence de toutes les politiques menées aux différents échelons.

C’est la raison pour laquelle, nous présentons notre Manifeste « Sécurité, Démocratie et Villes » aux institutions nationales et européennes. En effet, de nombreux phénomènes se manifestent localement, mais sont transnationaux par nature. Par conséquent, ils nécessitent également une réponse à l’échelle mondiale. Il faut donc impliquer tous les niveaux de gouvernance.

Les membres de l’Efus y présentent une vision optimiste de la sécurité, basée sur le respect des droits humains et la coproduction. Le Manifeste présente nos engagements et recommandations sur une quinzaine de thématiques liées à la sécurité urbaine, entre autres : prévention de la radicalisation violente, usage des technologies dans la prévention, diversification des acteurs de la sécurité…

C’est un document fondateur pour le Forum. Il constitue une source d’inspiration, d’appui et de soutien pour les autorités locales et régionales dans la conception et la promotion de leur politique de sécurité.

L’Europe est actuellement très diverse. Quel est le défi pour maintenir la sécurité urbaine ? Éviter des politiques et des situations de discrimination que peuvent provoquer violence ou, comme il y a beaucoup de voix qui dissent, l’expulsion ou la réduction radicale des émigrants ?

Nous sommes inquiets face à la persistance des inégalités sociales et économiques. C’était un défi il y a 30 ans, lors de la création de l’EFUS mais ces dernières années cela s’est accentué.

Les causes sont multiples : diversité et fluidité des populations urbaines (notamment les migrants, les touristes et les usagers de la ville de jour comme de nuit), ainsi qu’un manque de cohérence parfois entre les politiques locales, nationales et européennes.

S’attaquer à ces inégalités est fondamental car elles alimentent un ressentiment qui peut dégénérer en violence et en criminalité. L’une des manifestations récentes les plus troublantes de ce ressentiment est l’extrémisme violent, qui prend de nombreuses formes et peut provoquer un sentiment d’impuissance chez les autorités publiques.

À cet égard, nous considérons qu’il est essentiel que les autorités locales et régionales refusent de laisser la peur dicter leur réponse. Même si l’extrémisme violent peut susciter un sentiment d’urgence, nous ne devons pas céder au piège de l’instantanéité : instantanéité dans la parole, dans l’action et dans les résultats.

Quel est le rôle de l’EFUS dans la sécurité urbaine européenne ? Faciliter le simple échange des expériences ou promouvoir politiques de sécurité basées en principes démocratiques et de cohésion sociale ? Est-ce qu’il y a un modèle de sécurité EFUS ?

Les autorités locales et régionales bénéficient de la confiance des citoyens. Par leur proximité, elles comprennent mieux leurs attentes. Elles sont aussi souvent plus agiles que les institutions étatiques pour mettre en place des politiques innovantes, flexibles et surtout adaptées aux publics locaux.

Nous sommes de plus en plus reconnus par les décideurs politiques internationaux. Notre position de première ligne dans la gestion de la sécurité, des crises et notre capacité à agir plaident en ce sens.

C’est encourageant mais il faut en tirer les conséquences. Nos pouvoirs sont effectivement encore trop limités pour assumer pleinement nos missions. Il est essentiel que notre rôle soit reconnu dans les textes officiels. Des mécanismes de financement adéquats doivent être mis en place. Et nous devons être systématiquement associés aux prises de décision nationales et européennes.

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Paul van Soomeren : « La sécurité publique et les politiques de sécurité oscillent comme un pendule »

Paul van Soomeren (1952) est le fondateur du DSP (www.DSP-groep.eu), cabinet de recherche et conseil basé à Amsterdam. Avant de mettre en place ce cabinet – avec Bram van Dijk –, il a travaillé plusieurs années au Service national pour la prévention du crime aux Pays-Bas. Paul est un expert international en prévention de la criminalité par l’approche environnementale (CPTED). À l’heure actuelle, Paul travaille dans la standardisation du CPTED et participe – avec la Généralité de Catalogne – au projet de l’EU www.cuttingcrimeimpact.eu pour les trois prochaines années.

Comment voyez-vous les tendances actuelles concernant les politiques de sécurité publique ? Ne pensez-vous pas qu’elles sont trop axées sur la sanction ? Sommes-nous de retour vers le passé ? Où se situent les approches environnementales dans le débat politique ?

La sécurité publique et les politiques de sécurité oscillent comme un pendule : dans les années 60 et 70, on répondait au crime de façon essentiellement réactive et répressive, dans les années 80 et 90, on privilégiait la prévention de la criminalité et, dans le nouveau millénaire, on a fait marche-arrière. J’ai toutefois l’impression que la prévention est de nouveau « en vogue ». Les approches réactives de sanction ne sont pas les plus efficaces et sont très onéreuses. Bien sûr, il faut jouer sur les deux tableaux : les approches réactives basées sur l’interpellation et la punition des criminels, mais aussi la prévention. D’un point de vue coût-avantage, la prévention du crime est une approche moins chère et donc certainement plus efficace. En bon Hollandais que se suis, j’ai horreur de gaspiller l’argent. Nous prenons toujours en compte les écarts coût-avantage dans nos évaluations.

Quel est l’acteur public (au niveau local, régional, national ou européen) qui comprends le mieux l’importance de l’aménagement urbain en vue de prévenir le crime et construire des villes plus sûres ? Lequel d’entre eux se trouve en meilleure position pour faire appliquer les principes qui en découlent ?

Il ne s’agit pas de « ou-ou » mais plutôt de « et-et ». Par conséquent, on ne peut pas évoquer ici un niveau « européen ou national ou local ». La prévention du crime par l’aménagement urbain, la planification et la gestion (dont se charge Design/CPTED) est possible à chaque niveau de l’échelle : au niveau européen, national, régional, local et en dernier lieu, mais non le moindre, au niveau des quartiers. Il en va de même pour les approches préventives du crime. On parvient aux meilleurs résultats lorsque ces différents niveaux œuvrent réellement ensemble, se soutiennent et s’entraident. Alors que, de nos jours, on parle couramment de concepts tels qu’approche multi-agence et partenariat, on définit encore cela de manière trop souvent horizontale, sur un même niveau géographique et à un même niveau de gouvernance. Il vaudrait mieux envisager cette question de manière verticale : par exemple, comment les réglementations et les normes européennes peuvent-elles aider un pays ? Comment les lois et les dispositifs nationaux peuvent-ils faciliter les actions locales de prévention du crime ? Comment les autorités locales peuvent-elles faciliter la prévention du crime dans les quartiers ? Pour faire court : par des approches multi-agence horizontales et par une coopération dans la gouvernance verticale. C’est là qu’est le grand + (plus).

De quelle manière le secteur privé (au sens le plus large du terme, non seulement la sécurité privée mais aussi tout autre domaine ne relevant pas du secteur public) devrait-il contribuer à un aménagement urbain qui soit à même d’améliorer la sécurité ?

Le secteur privé contemple déjà la prévention de la criminalité grâce à l’aménagement et la planification. Par exemple, en fabricant des produits à l’épreuve du crime, dont le téléphone portable muni d’une fonction de pistage et repérage, le dispositif d’immobilisation de la voiture ou encore la sécurité intégrée dans l’architecture et le design. Il y a, par ailleurs, les compagnies d’assurance qui font pression pour diminuer les risques. Des recherches récentes d’experts britanniques et hollandais ont montré que ce qu’ils appellent les « hypothèses de sécurité » pourraient expliquer la chute de la criminalité constatée dans la plupart des pays modernes industrialisés. Il s’agit d’une combinaison de prévention du crime privée et publique. La clé se trouve souvent dans la conception, la planification, la gestion et la coopération.

Certains vieux quartiers de villes européennes sont devenus des zones dégradées abritant une population marginalisée (habituellement de pauvres migrants). Quelles politiques faudrait-il appliquer pour inverser la situation ? La solution réside-t-elle dans la gentrification ?

En tant que géographe, urbaniste et démographe, je ne pense pas que la gentrification soit la réponse. La gentrification totale, que l’on constate dans plusieurs villes européennes, n’est pas une solution, elle cause en réalité d’énormes problèmes tels que ségrégation et manque d’intégration. Ma solution serait de mêler les gens en une sorte de « mix au max », peut-être pas maison par maison mais par groupes de maisons – c’est-à-dire des blocs d’habitations – sur une sorte d’échiquier. De cette façon, un même type d’individus pourrait cohabiter et s’assister mutuellement tandis que l’ensemble de la ville constituerait un beau mélange. Ce qui rend les villes attrayantes, c’est la diversité qui s’avère aussi efficace : l’innovation émane de la diversité. Dans le pays où je vis – les Pays-Bas –, les associations du logement jouent un rôle important. Environ un tiers des maisons aux Pays-Bas appartiennent aux associations du logement – dans les grandes villes, c’est même 4 sur 10. Et il est difficile de faire la différence entre logements privés/loués et logements sociaux. Toutes les catégories de logement se mélangent. C’est une manière très efficace de loger les gens. Il s’agit là de prévention du crime par l’urbanisme à son meilleur niveau. La police n’y intervient pas, c’est l’affaire des associations du logement et des autorités locales.

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Joan Figuera : « Nous sommes une police de référence, robuste et professionnelle »

Comissari Joan Figuera LópezJoan Figuera López, commissaire depuis 2009, né à Barcelone en 1961, licencié en sciences de la communication (UAB) et détenteur d’un master en politiques publiques de sécurité (UOC). Il a rejoint le corps de police catalane des Mossos d’Esquadra dès la première promotion – il y a aujourd’hui 35 ans) –. Au cours de sa longue et intense carrière professionnelle, il a travaillé, entre autres services, dans six des neuf régions policières. Il est actuellement chef de la Salle centrale de commandement.

Compte tenu que vous appartenez à la Police de la Generalitat – Mossos d’Esquadra (PG-ME) depuis de nombreuses années et vu les catégories et postes que vous avez occupés, comment voyez-vous l’évolution de ce corps de police ces dernières années ?

Au cours de toutes ces années, nous avons développé un corps de police en partant pratiquement de zéro ! La première promotion a été le début de ce que nous sommes aujourd’hui. Depuis notre réimplantation, nous sommes passés par différentes phases de développement et par plusieurs « crises de croissance », logiques et nécessaires pour parvenir là où nous sommes aujourd’hui, à l’orée du tricentenaire du corps. Nous sommes maintenant une police de référence, robuste et professionnelle, capable de faire face aux demandes les plus exigeantes d’une société moderne et développée telle que la nôtre.

Notre étape contemporaine débute en 1979 avec l’approbation du Statut d’autonomie de la Catalogne. À l’époque, le corps des Mossos d’Esquadra (CME), composé d’à peine une centaine d’agents, ne faisait qu’assurer la sécurité de bâtiments institutionnels, du président et du gouvernement catalan de la Generalitat. Nous définissons cette période comme une étape symbolique et de récupération (de 1979 à 1984). Le 1er juin 1983, 260 policiers sont incorporés au CME qui devient une police fonctionnelle assumant les compétences du gouvernement de Catalogne en matière de sécurité. Le corps crée alors les brigades des jeux et spectacles, des enfants, de l’environnement, de la santé publique et du milieu pénitentiaire ainsi que la première unité de renseignement. Tous ces services apportent notoriété et prestige au CME. De 1994 à 2008 s’opère le déploiement de substitution tant attendu, qui implante la PG-ME en tant que police intégrale sur tout le territoire de Catalogne. C’est là l’étape essentielle de notre fonction et notre raison d’être en tant que policiers. Tout au long de cette phase, le CME se développe, se professionnalise et mûrit en atteignant des effectifs de plus 17 000 agents. Sur la dernière décennie – une fois le déploiement de substitution terminé – nous avons vécu une étape de transition (de 2009 à 2015) qui va du « post-déploiement » – où il restait encore à construire la structure interne, le style organisationnel et une méthodologie – à la robustesse organisationnelle et opérationnelle que nous possédons aujourd’hui.

Pensez-vous qu’actuellement, le corps des Mossos d’Esquadra vit déjà une certaine relève générationnelle ? Faudrait-il implanter des mesures pour faire face au vieillissement progressif du corps ?

La relève générationnelle est nécessaire à toute organisation. Et nous n’y échappons pas. Il faut la mener intelligemment et pas de n’importe quelle manière. Toute organisation et toute police, et notamment le CME, doit mettre à profit toutes les connaissances acquises et la valeur ajouté qu’offre l’expérience de ceux qui ont une longue carrière professionnelle. Passer outre peut s’avérer une erreur fatale ! Un bon commandement est celui qui sait résoudre les problèmes en temps de crise et dans des situations adverses. Dans des conditions de « confort », tout le monde est bon ! Il faut que cette expérience soit bien menée pour la restituer aux plus jeunes qui auront à diriger le CME au cours des prochaines décennies. C’est là le nouveau défi stratégique d’aujourd’hui.

Quels défis la PG-ME doit-elle affronter dans les temps à venir et quelles capacités a-t-elle pour y faire face ?

Le défi premier porte sur les politiques publiques et les stratégies policières pour faire face à la délinquance commune et au crime organisé à chacun de leurs niveaux. Ce qu’il faut ici, c’est un travail transversal entre le département de l’Intérieur, avec la PG-ME, et les corporations locales des villes les plus importantes pour que ces dernières amènent leur police municipale ou locale à générer des synergies plus productives, au-delà de leurs compétences et leurs mandats. Il faut favoriser et générer une « politique criminelle » plus efficace de la part de tous les opérateurs.

Certes, le terrorisme tel qu’on le connaît aujourd’hui constitue un autre grand défi. La Catalogne, du point de vue géostratégique, est située dans un lieu privilégié et sa capitale, Barcelone, est une vitrine à sa grandeur, sa diversité et sa notoriété universelle. Le corps a fait et est en train de faire un gros effort, aussi bien en matière de prévention que de réaction face à un nouvel épisode de drame et de terreur qu’implique un attentat.

Au plan interne, cela fait déjà des années que nous avons atteint la maturité organisationnelle, ce qui nous a apporté une normalité. Grâce à cette stabilité et cette robustesse, nous avons su faire face aux défis de sécurité auxquels nous avons été confrontés. Le cas le plus significatif aura été la gestion des attentats du 17 août à Barcelona et Cambrils. Un tas d’autres défis s’offrent à nous : la circulation, les incivilités, la « deuxième activité », etc., et un tas d’autres tout aussi importants, que nous surmonteront avec conscience et professionnalisme.

Comment, d’après vous, le système de police en Catalogne devrait-il s’articuler ?

Voilà une bonne question ! On peut y répondre de plusieurs manières, tout dépend du développement stratégique que nous déciderons ou de ce qui sera décidé politiquement. La question est : « Vers où voulons-nous aller ? ». Je pense que nous, les policiers, avons beaucoup à dire. Nous sommes quelques-uns à avoir vécu tout le processus de développement des Mossos et des polices locales. Cela part de deux lois, celle de 1991 sur les polices locales et celle de 1994 sur le corps des Mossos d’Esquadra, auxquelles il faut ajouter la Loi sur le système de sécurité publique de Catalogne (2003) dans le cadre du Statut d’autonomie.

Personnellement, je pense qu’il faudrait aller au-delà du modèle actuel, en commençant par l’excellent travail déjà réalisé par l’Institut de sécurité publique de Catalogne (ISPC) dans la formation basique conjointe et les stages de commandement et de spécialisation. Il faudrait fixer les mêmes critères de sélection pour policiers et corps de commandement. La sélection et la formation devraient être confiées à l’ISPC. Nous partirions de policiers de base aux mêmes valeurs, attitudes et aptitudes. Une fois les études terminées et le diplôme de policier ou de gradé en poche, on pourrait postuler aux postes à pourvoir dans n’importe quelle police locale puis, moyennant un entretien final d’aptitude, postuler au poste ou dans la commune souhaités et, après une période de stages, obtenir le poste fixe. Il faudrait implanter un système de passerelle d’un corps à l’autre. De police locale à police locale et de police locale à Mossos d’Esquadra et vice-versa, suivant un plan de carrière avec des spécialités et des catégories permettant la mobilité des fonctionnaires, selon un système minimum de permanence et certaines réserves pour les spécialités.

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Conrad J. Fernández i Justes: « le aspect plus sensible est la montée de la violence lors des interventions »

Conrad J. Fernández i JustesSuperintendant chef G.U. Badalona. Président de l’ACCPOLC. Docteur en sociologie, licencié en anthropologie, master en études policières, diplômé supérieur en criminologie et en aptitude pédagogique de l’Université de Barcelone et diplômé en fonctions de gestion des administrations publiques de l’ESADE.

Quel bilan faites-vous de la situation de la sécurité actuelle à Badalona ?

Badalona est une ville d’une grande complexité, composée de quartiers aux caractéristiques diverses, située dans un vaste environnement métropolitain. Quant à la sécurité, les statistiques nous montrent qu’elle est en accord avec le reste de l’Aire métropolitaine, avec toutefois de petites nuances qui varient d’années en années. On peut dire que la sécurité routière comme la sécurité publique sont optimales et très raisonnables.

Et du travail conjoint de la Police locale et des Mossos d’Esquadra ?

Badalona a été la première ville de l’Aire métropolitaine à déployer le corps de police catalane des Mossos d’Esquadra. Étant donné l’absence d’infrastructure, ils ont occupé des modules situés dans l’enceinte de la Police municipale. Dès le départ, de nombreux espaces ont été utilisés conjointement, ce qui a favorisé la connaissance mutuelle entre agents des deux corps et a permis d’envisager la réalisation de services de façon conjointe. Quand les Mossos ont eu leur propre commissariat, il a été créé une salle conjointe de communication, où des agents des deux corps géraient les demandes de services. Actuellement, cette salle n’existe plus mais nous avons un système de patrouille « en tandem » (avec une patrouille de chaque corps) qui donne d’excellents résultats. Nous sommes satisfaits de ce travail collaboratif et continuerons à explorer de nouvelles formes pour une sécurité plus efficace.

Selon vous, quels sont actuellement les problèmes les plus préoccupants pour une police de Badalona ?

Du point de vue de la sécurité, les aspects les plus sensibles sont le terrorisme djihadiste et la montée de la violence lors des interventions. Du point de vue corporatif, notre volonté est d’améliorer l’image de la police, pallier ce que nous estimons être un excès de politisation du service, de même que la bureaucratie excessive, et surtout renouveler les effectifs. La Police municipale voit sa moyenne d’âge s’élever de plus en plus et les agents sont dans l’attente d’une éventuelle retraite à 60 ans. Ce qui offrirait, par ailleurs, plus de possibilité de carrière professionnelle aux agents qui aspirent à occuper des postes de commandement.

Comment pensez-vous que devrait s’articuler le système de police de Catalogne ?

Je suis partisan d’implanter un système ressemblant au modèle belge, en l’adaptant à notre réalité. En 2003, j’ai eu l’opportunité de rendre visite aux polices des Pays-Bas et de Belgique. Le modèle hollandais était articulé autour de régions policières autonomes, avec ce qu’on appelle une « région de soutien » pour les autres. La Belgique venait de mettre en place un modèle appelé « d’intégration ». Une police belge et deux niveaux de service, fédéral et local, parfaitement intégrés, avec un statut unique de la police pour sa régulation, des institutions communes, de la flexibilité et des passerelles entre corps. Dès le départ, j’ai pensé que cela pourrait être la référence pour la Catalogne.

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Jaume Bosch: Le concept de « Police de Catalogne » est une réalité, mais incomplète

jaume-bosch_Coordinateur de projets transversaux et promoteur d’actions de formation à l’Institut de la sécurité publique de Catalogne (ISPC). Licencié en droit à l’Université de Barcelone (UB). Master « La ville : politiques, projets et gestion » à l’UB. Il a été professeur à la Faculté des sciences politiques et de sociologie de l’Université autonome de Barcelone (UAB). Il a été le premier sous-directeur général de la coordination des polices locales. Il a été conseiller municipal, vice-président du Conseil général de Barcelone et député au Parlement de Catalogne. Auteur de plusieurs parutions, dont la dernière : « Du Statut à l’autodétermination » (2013).

Le concept de « Police de Catalogne » introduit par la Loi 4/2003 est-il davantage un desiderata ou une réalité ? 

Aujourd’hui, le concept de « Police de Catalogne » est une réalité, mais incomplète. L’idée selon laquelle la Police de Catalogne est une police qui dépend des institutions catalanes, du gouvernement autonome de Catalogne et des municipalités, autrement dit la police de la Generalitat-Mossos d’Esquadra et les polices locales, est née dans les années quatre-vingt à partir du modèle créé par Jaume Curbet. Cela exprimait une nette volonté politique de construction d’un outil fondamental pour l’autonomie gouvernementale du pays. Certains mécanismes légaux indispensables ont été mis en place pour construire le système : la première loi de coordination des polices locales (en 1984), remplacées ensuite par la loi de 1991, la loi de création de l’École de police de Catalogne (en 1985), plus tard subrogée par la Loi sur l’Institut de la sécurité publique de Catalogne de 2007, et la Loi sur la police de la Generalitat-Mossos d’Esquadra de 1994. Et par la suite, la Loi sur le système de sécurité de 2003. Ces lois sont aujourd’hui dépassées par la réalité et la politique de coordination des polices locales n’a pas bénéficié, malgré la volonté de ses responsables successifs, des ressources humaines et financières qu’exigeaient les enjeux d’un système de police.

Quelles réformes faut-il introduire dans le système de police de Catalogne pour répondre adéquatement aux défis de la sécurité publique ? Connaissez-vous des initiatives mises en pratique ailleurs, qui seraient utiles à notre pays ? 

Il nous faut la Loi sur le système de police de Catalogne, si souvent annoncée. Il est vrai que dans le cadre juridique actuel, on pourrait lancer certaines des initiatives dont nous avons besoin, mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a trois facteurs qui font qu’une loi est indispensable : l’approbation du Statut de 2006 avec de nouvelles compétences pour le gouvernement autonome en matière de sécurité (y compris la définition du corps des Mossos d’Esquadra en tant que police à part entière et l’ordonnancement des polices locales, non pas la simple coordination), l’achèvement en 2008 du déploiement territorial de la police catalane (Mossos), remplaçant la Guardia Civil et la police nationale, et l’apparition de nouvelles formes de criminalité, dont la nouvelle menace terroriste.

La seule loi postérieure au Statut est celle de l’Institut de la sécurité publique. Il faut un nouveau texte légal allant au-delà des lois de 91 et 94 et actualisant le cadre statutaire des Mossos et des polices locales, avec une part commune au deux corps et une part spécifique à chacun. Ces dernières années, d’autres régions autonomes ont progressé et nous devancent : le Pays basque, avec le concours de police locale unifié cette année, ou les nouvelles lois de Navarre (2015), malgré l’annulation de certains de leurs articles par le Tribunal constitutionnel, du Pays valencien (2017), des Baléares (2017) ou de la région de Madrid (2018). Hélas, nous ne sommes plus en tête sur cette voie.

Quelle doit être la responsabilité des communes dans le maintien de la sécurité ? 

Les compétences des communes sont bien définies, de même que le rôle des maires/mairesses et conseils de sécurité locaux. Les plans de sécurité locaux sont un bon outil. Mais le gouvernement catalan doit aider les communes, notamment petites et moyennes. Il existe 214 corps de police locale. Pour l’heure, le cadre constitutionnel ne permet pas la fusion Mossos/polices locales et je doute que ce soit là la solution. Mais il est indispensable que les 214 polices locales, en gardant leur dépendance municipale, agissent de plus en plus à travers des mécanismes qui unifient, ordonnent et valorisent leur rôle.

Le rôle de l’Institut de la sécurité publique de Catalogne est-il bien conçu ou ne faudrait-il pas y faire des changements pour favoriser une amélioration du système de police ? Faudrait-il un organe de « système » en plus ?

D’autre part, la nouvelle loi devrait créer de nouveaux organes pour mieux intégrer les polices locales dans le système : une table de négociation des conditions de travail au plan national, une unité centralisée des affaires internes, une unité centrale d’achat de matériel… Les propositions pour construire un nouveau système de police en Catalogne ne manquent pas. Il faut espérer que, lorsque les circonstances le permettront, nous commenceront à rattraper le temps perdu, sur la base d’un consensus institutionnel et politique qui serait à même d’inspirer les politiques publiques de sécurité.

La loi de 2007 est très avancée, elle définit l’Institut bien au-delà d’une simple somme d’écoles et est adaptée au nouveau Statut : c’est un bon instrument qui prévoit, par exemple, que l’Institut intervienne en matière de sélection des polices locales, comme le font déjà les régions autonomes précitées, ou dans le domaine de la sécurité privée. Le fait qu’il soit aujourd’hui rattaché à l’Université de Barcelone et y assure la formation en sécurité est très important. Mais l’ISPC a besoin de ressources financières pour maintenir et moderniser ses installations et pour favoriser davantage la recherche ; il faudrait qu’il devienne une référence au plan européen dans la réflexion et l’investigation sur certaines questions : pourquoi pas la médiation policière ou la lutte contre la violence sexiste.

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Elizabeth Johnston : “Est indispensable une politique de sécurité durable”

Elizabeth Johnston, Delegate-General of the European Forum for Urban Security (Efus)En tant que déléguée générale du Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus), Elizabeth Johnston est responsable de la stratégie et du développement de l’Efus, en lien avec le Comité exécutif, ainsi que de la gestion générale de l’organisation. Elle est également déléguée générale du Forum français pour la sécurité urbaine depuis février 2016.

Par ailleurs, elle est aussi membre du Conseil consultatif du Global Parliament of Mayors et collaboratrice de l’Université de Liège (Belgique). Auparavant, et après avoir débuté sa carrière au sein d’une collectivité locale, Elizabeth Johnston a été directrice de programme pour la Fondation franco-américaine et experte en prévention de la violence à la Banque Mondiale. Elle est diplômée en droit de l’université d’Assas (France), en sciences politiques de l’université de Yale (Etats-Unis) ainsi qu’en politiques publiques de l’université de Marne-La-Vallée (France).

Quelles penses-tu qu’ils sont les défis de la sécurité urbaine pour les décennies à venir. Commenter les quatre plus importantes risques pour la sécurité urbaine au futur prochaine.

L’un des défis principaux en matière de sécurité auxquelles font face toutes nos villes européennes est la complexité croissante et l’évolution très rapide des menaces auxquelles elles sont confrontées. Au delà des problèmes de sécurité quotidienne qui restent importants, nos villes gèrent les conséquences de phénomènes globaux qui les dépassent largement: trafics de personnes et de biens, réseaux de terrorisme, cybercriminalité… Celles- ci leur demande une technicité importante et une capacité d’innovation et d’adaptation, qui bousculent les cadres habituels de l’administration, impose de nouveaux partenariats et de nouvelles façons de penser la sécurité.

Un autre défi majeur est  l’accroissement des inégalités sociales et économiques: celui ci alimente un ressentiment qui peut dégénérer en violence et en criminalité et met à mal la cohésion sociale, qui est la seule garante d’une sécurité durable. Ces inégalités contribuent également au phénomène de polarisation et rendent d’autant plus difficile de construire le bien commun qu’est la sécurité.

Lié à ce phénomène de polarisation comme à celui de la globalisation des enjeux, les villes doivent faire face à une méfiance croissante de la part des citoyens à l’égard de l’action publique. Construire et nourrir un rapport de confiance entre les pouvoirs publics et les citoyens est indispensable à la mise en oeuvre d’une politique de sécurité durable, et pour ceci les villes doivent aussi innover en matière de transparence, de concertation, voire de coproduction.

Quel doit être le rôle de la citoyenneté dans la sécurité urbaine ? C’est le rôle du destinataire du service public de sécurité ?

Comme toute politique publique, les mesures de prévention et de sécurité urbaine doivent être définies en fonction des besoins des citoyens. Chaque quartier, chaque ville est différente et c’est en associant pleinement les habitants que l’on pourra proposer des réponses adaptées. Les habitants doivent être intégrés à toutes les étapes de nos politiques : lors de leur conception, de leur mise en oeuvre et enfin de leur évaluation. Un défi majeur aujourd’hui est aussi de fonder la participation citoyenne sur des principes de solidarité et de représentativité afin de prendre en compte la société dans toute sa diversité. Les femmes, les seniors mais aussi les jeunes ne doivent plus seulement être des cibles des politiques de sécurité. Ils doivent devenir des agents de prévention et prendre leur pleine part dans la coproduction.

Est-ce qu’il y a encore un rôle pour l’État dans la sécurité urbaine ou il s’agit une matière que dois être affronter par les communautés locales et le niveau international.

Les collectivités territoriales ont depuis des nombreuses années démontré qu’ils sont des acteurs indispensables pour agir sur le cadre de vie, sur la sécurité quotidienne des citadins Mais elles ne peuvent agir seules et doivent être épaulées. Des phénomènes comme l’extrémisme violent ou la criminalité organisée ont des répercussions qui dépassent les frontières régionales et nationales. Ils sont souvent le fait de réseaux très agiles qui se déploient sur l’ensemble du territoire européen voire même à l’échelle internationale. Tous les niveaux de gouvernance doivent se concerter pour adopter des réponses complémentaires.  De plus, les gouvernances nationale et européenne aujourd’hui font que les collectivités territoriales sont encore très dépendantes tant financièrement qu’en matière législative des autres niveaux de gouvernement.

Quelles sont les acteurs fondamentaux dans la sécurité urbaine ? Est-ce qu’il y a encore un rôle pour la police et la justice ?

Police, justice, institutions pénitentiaires ont un rôle essentiel dans la sécurité urbaine. Néanmoins, d’autres acteurs comme les institutions locales, la société civile ou encore le secteur privé jouent aussi un rôle clé, donnant corps au concept de co-production.

Les institutions policières et judiciaires doivent s’adapter à ces partenariats en faisant évoluer leurs doctrines d’emploi et la formation de leurs agents.

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La légitimation de la police: une question clé?

Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS (Sciences-Po, Université de Grenoble), il enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure de la Police, à l’université de Grenoble et de Bahcesehir (Istanbul). Ses travaux portent sur la mesure de la délinquance, l’analyse des politiques publiques de sécurité et la gouvernance comparée de la police. Il est également consultant pour les Nations Unies. Parmi ses publications : De la police en démocratie (en 2016, Grasset).

Docteur Roché, vous avez publié un livre très intéressant « De la police en Démocratie » qui traite de la légitimation. A quoi est-ce qu’on fait référence quand on parle de la légitimation de la police ?

La légitimité de la police est le droit moral qui lui est donné de se faire obéir. Il y a deux aspects. D’abord, lorsqu’il reconnaît ce droit moral à la police, le citoyen se sent lui-même obligé d’obéir, et il le fait volontairement c’est-à-dire sans qu’on soit obligé de l’inciter en lui promettant quelque chose (par exemple plus de sécurité) ou en le menaçant (par exemple de sanctions). C’est ce premier aspect qui est généralement étudié. Ensuite, ce droit moral à se faire obéir qui est donné aux policiers se traduit par un accord avec l’usage de moyens parfois illégaux et violents. Ce second aspect, qu’on pourrait appeler « la face sombre de la légitimité », est moins étudié mais non moins réel : c’est par exemple ce qui explique le soutien des américains blancs à la police lorsqu’un noir est abattu.

Est-ce que vous croyez que la légitimation de la police a des conséquences pratiques dans le travail quotidien de la police ? Il n’agit pas d’une question rhétorique que n’intéresse qu’aux intellectuelles ?

La légitimité de la police a probablement des effets pratiques, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas très bien démontrés. L’idée principale est que la confiance favorise le fait de reconnaître une légitimité à la police, et que cette dernière favorise l’obéissance volontaire des citoyens, une adhésion aux demandes des agents même quand cela déplaît aux citoyens, et des formes de coopération notamment le dépôt de plainte lorsqu’on est victime, le fait d’indiquer des problèmes, de participer à des partenariats locaux, bref de s’engager au côté des policiers. Le bénéfice le plus marqué serait la diminution des tensions quotidienne et la sécurité des agents.

Qu’est-ce que le pouvoir publique peut faire pour améliorer la légitimation de la police ? N’est- il pas une question historique et culturelle qu’on ne peut pas changer ?

La recherche de légitimité passe par la recherche de la satisfaction par rapport au service rendu, un traitement égalitaire, ce sont des attitudes qui favorisent la confiance. C’est une culture professionnelle, qui peut donc évoluer, et devrait évoluer, en fonction de la société environnante. Un ministère de l’Intérieur peut afficher sa recherche de la qualité, se doter des outils de formation puis de contrôle de cette qualité, et l’utiliser pour noter les agents. Ainsi les pratiques évolueront.

Qu’est-ce qu’un policier français doit penser en lisant votre livre ? Est-ce que vous croyez qu’ils seront satisfaits avec le portrait que vous faites ? Est-ce que vous croiriez autre chose si vous étiez policier ?

Je pense que les policiers ne lisent pas beaucoup de sociologie. On peut les comprendre. S’ils le faisaient, ils seraient intrigués par l’importance que je donne à la confiance et la légitimité. En effet, leur culture professionnelle est surtout faite de droit, et d’un apprentissage pratique de l’imposition de leur vision des choses au public plutôt que de l’art du dialogue. C’est ce que leurs collègues ayant de l’expérience valorisent lors de la formation initiale sur le terrain. Mais, je crois qu’une partie des policiers ont compris l’importance des relations entre police et population, et du besoin de la faire progresser.

Est-ce que vous pensez que les données policières (statistique criminelle, sûr les incivilités et les incidents aux quelles la police doit répondre, le numéro de policiers, etc.) devaient-elles être ouvertes au public, on line? C’est une condition/requise démocratique ?

Oui, il faudrait que les bases de données soient accessibles. C’est ainsi qu’on pourra faire progresser les analyses sur des bases objectives. Et c’est normal car ce sont les citoyens qui paient.

Est-ce que vous pensez que la tendance actuelle à punir plus et de limiter les droits des citoyens met en risque la légitimation de la police ? Est-ce que vous croyez qu’elle est efficace ?

Face à la menace terroriste, les gouvernements se sentent souvent obligés d’augmenter les pouvoirs de la police. La raison est principalement politique : c’est une stratégie pour éviter de recevoir des critiques de la part de l’opposition. On n’a pas de preuve de l’efficacité d’une législation plus sévère sur la petite et moyenne criminalité, même si les policiers sont très souvent favorables à ce type d’approche. Pour les jeunes, on sait même que la sévérité pénale augmente la récidive. Efficacité pratique et efficacité politique sont deux choses distinctes.

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