Il s’agit d’un projet issu du domaine de la recherche. Le Dr Paolo Campana l’explique dans son rapport Breaking Networks of Youth Serious Violence (Rompre les réseaux de la violence grave chez les jeunes) réalisé grâce à la Nuffield Foundation.

La violence juvénile est un sujet de préoccupation majeure pour les pouvoirs publics, tant en ce qui concerne les jeunes en tant que victimes qu’en tant qu’auteurs de violences.
Pourquoi est-ce important ?
Les recherches antérieures se sont concentrées sur des facteurs individuels – tels que le traumatisme, les expériences scolaires défavorables et le fait de vivre dans des communautés à forte criminalité – qui rendent les jeunes plus vulnérables à la participation à la violence juvénile grave. Cependant, le rôle des facteurs relationnels et des réseaux dans cette vulnérabilité – c’est-à-dire les liens qui unissent les jeunes et les raisons de ces liens – reste encore peu étudié.
Les analyses les plus récentes sur la violence juvénile montrent que la manière dont les jeunes tissent leurs relations constitue l’un des facteurs les plus importants pour comprendre à la fois la délinquance et la victimisation. Au-delà des caractéristiques individuelles, les connexions entre les personnes permettent d’identifier des schémas de risque qui peuvent aider à mieux orienter les stratégies de prévention et d’intervention.
L’étude révèle que 42 % des jeunes soupçonnés d’avoir commis un délit ont agi en collaboration avec au moins une autre personne. Cette observation revêt une importance particulière car les jeunes qui font partie de ces réseaux sont beaucoup plus susceptibles d’être impliqués dans des délits commis avec une arme blanche et d’entretenir des liens avec des groupes de criminalité organisée. En effet, les individus les plus connectés au sein du réseau présentent un risque significativement plus élevé de porter une arme blanche et de participer à des crimes violents que le reste de la population étudiée.
Les données montrent également que le risque augmente progressivement à mesure que le nombre de connexions s’accroît. Chaque nouveau complice identifié élève de manière significative la probabilité qu’un jeune soit impliqué dans des faits de violence, en particulier dans ceux liés à l’utilisation d’armes blanches. De même, le fait d’être lié à des personnes ayant été victimes de violences augmente également la probabilité de devenir soi-même auteur de
violences, ce qui montre que la violence se concentre et se diffuse au sein de certains réseaux sociaux.
Un autre résultat à souligner est la forte relation entre la violence à l’arme blanche et d’autres formes de criminalité grave. Les jeunes impliqués dans ce type de criminalité présentent une plus grande participation à des activités liées au trafic de drogues et un lien beaucoup plus élevé avec des groupes de criminalité organisée. Cela indique que la violence à l’arme blanche fait souvent partie d’une trajectoire criminelle plus complexe et ne constitue pas un phénomène isolé.
L’étude remet également en question la séparation traditionnelle entre les victimes et les auteurs. À mesure que la gravité de la violence augmente, il est de plus en plus courant qu’une même personne ait été enregistrée à la fois comme victime et comme suspecte dans différents incidents. Cette concomitance est particulièrement marquée chez les victimes de violences commises avec une arme blanche, ce qui renforce la nécessité d’aborder ces situations selon une approche globale associant prévention, protection et intervention.
Les victimes les plus graves sont également plongées dans des environnements sociaux à plus haut risque. Une proportion très élevée des victimes de violences par arme blanche entretient des liens directs avec des personnes impliquées dans ce type de crimes, ce qui suggère que la victimisation n’est pas aléatoire, mais se concentre dans certains milieux sociaux.
Enfin, les données indiquent que la majorité de la violence entre les jeunes se produit entre des personnes ayant des caractéristiques similaires, notamment en ce qui concerne l’âge, le genre et l’origine ethnique. Cependant, environ un tiers des incidents impliquent à la fois des adultes et des mineurs, un aspect qui nécessite des réponses spécifiques de protection. Par ailleurs, les résultats rappellent que la violence entre filles représente une réalité significative qui est souvent éclipsée par des stratégies centrées exclusivement sur les garçons.
Dans l’ensemble, l’analyse démontre que les relations sociales constituent un élément fondamental pour comprendre la violence juvénile. Incorporer cette perspective dans les politiques publiques et l’activité policière permettrait d’identifier de manière plus précoce les jeunes présentant un risque plus élevé et de développer des actions préventives plus efficaces avant que la violence ne s’intensifie.
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