La violence liée à la criminalité organisée a de nouveau placé l’Australie, et particulièrement Sydney, au cœur du débat sur le marché des drogues illicites. Plusieurs homicides récents, dont certains auraient été commis à la suite d’erreurs d’identification, ont mis en évidence les conflits entre des réseaux criminels qui se disputent le contrôle d’un marché très lucratif.

La commissaire de la police fédérale australienne, Krissy Barrett, a souligné la nécessité de réfléchir au lien entre la consommation de drogues illicites et la violence des groupes criminels organisés. Selon son interprétation, la demande de drogues et les prix élevés que les consommateurs sont prêts à payer contribuent à conférer un pouvoir économique aux organisations criminelles.
Toutefois, les données disponibles révèlent une réalité plus complexe et ne permettent pas d’établir une relation causale simple entre la consommation de drogues et la violence.
Les statistiques de la police de Nouvelle-Galles du Sud montrent que la criminalité liée à la drogue a globalement diminué au cours de la dernière décennie. Entre 2016-2017 et 2025-2026, les infractions liées à la drogue ont diminué d’un peu plus de 10 % dans l’ensemble du pays et de 12,6 % dans la région métropolitaine de Sydney. Toutefois, l’évolution varie selon la substance : les infractions liées à l’ecstasy ont diminué de 74 % et celles liées au cannabis de 27 %, tandis que celles liées aux amphétamines ont augmenté de 14 %.
Les enquêtes de population offrent une perspective différente. Selon les données citées de l’Australian Institute of Health and Welfare, 3,9 millions de personnes – soit 17,9 % de la population – auraient consommé une forme ou une autre de drogue illicite au cours des 12 mois précédents en 2022-2023, contre 3,4 millions (12 %) en 2019. Cependant, cette augmentation n’est pas répartie uniformément entre les substances. Cette évolution s’explique en grande partie par l’augmentation de la consommation d’hallucinogènes, tandis que la consommation de cocaïne et d’héroïne reste globalement inchangée et que celle des opioïdes non médicaux a diminué.
Les données issues des eaux usées apportent un éclairage supplémentaire. Le programme de surveillance de la Commission australienne du renseignement criminel a détecté en 2026 une hausse du volume de plusieurs drogues consommées à l’échelle nationale, dont un niveau record sur dix ans pour la méthamphétamine. Mais ces données mesurent la quantité consommée, et non le nombre de personnes qui en consomment. Par conséquent, une augmentation du volume n’implique pas nécessairement qu’il y ait davantage de consommateurs : elle peut également signifier que les utilisateurs existants consomment plus fréquemment ou en plus grandes quantités.
Cette distinction est fondamentale du point de vue de la sécurité. La criminalité organisée ne dépend pas exclusivement du marché d’une drogue donnée. Les organisations criminelles peuvent s’adapter à différentes activités et à différents produits en fonction des possibilités de profit. Des facteurs tels que la situation économique, les réseaux criminels transnationaux, la disponibilité internationale de drogues et le recrutement de jeunes au moyen des nouvelles technologies peuvent également influencer l’évolution de la violence.
Par conséquent, les données disponibles suggèrent que le lien entre la consommation de drogues et la criminalité organisée ne peut pas s’expliquer par une cause unique. La réduction de la demande peut limiter une source de revenus des réseaux criminels, mais la prévention de la consommation, la réduction des dommages, la lutte contre le trafic et le démantèlement des structures criminelles relèvent d’un même enjeu de sécurité.
Le cas de l’Australie met ainsi en lumière la nécessité d’analyser conjointement les données relatives à la consommation, les marchés illicites et la violence criminelle, en évitant de tirer des conclusions simplistes à partir d’un seul indicateur.
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