Les dernières données publiées par le Youth Justice Board d’Angleterre et du Pays de Galles montrent que les mesures de déjudiciarisation précoce (diversion) se sont imposées comme un outil efficace pour réduire la récidive chez les jeunes et améliorer la sécurité des communautés. Loin d’être un dispositif expérimental, cette approche de la délinquance juvénile fait désormais partie intégrante du fonctionnement des services de justice pénale des mineurs et de leurs partenaires institutionnels.

Les mesures de déjudiciarisation précoce consistent à intervenir dès la première infraction commise par un mineur afin d’éviter, dans la mesure du possible, son entrée dans le système pénal formel. Plutôt que de privilégier la sanction, les professionnels s’attachent à identifier les facteurs ayant favorisé un comportement délictueux – tels que les problèmes familiaux, l’absentéisme scolaire, les difficultés de santé mentale ou l’exclusion sociale – et à proposer des réponses éducatives, restauratives ainsi qu’un accompagnement adapté. L’objectif n’est pas d’exonérer les jeunes de leurs responsabilités, mais de prévenir la récidive et de limiter le risque qu’ils ne s’engagent dans une délinquance plus grave.
Les données pour l’année 2025 indiquent qu’environ 13 500 interventions prises en charge par les services de justice pénale des mineurs ont été traitées au moyen de dispositifs de déjudiciarisation précoce, soit 43 % de l’ensemble des cas suivis par ces services. Les auteurs de l’étude précisent toutefois que ce chiffre est, en réalité, sous-estimé, puisqu’il n’inclut pas les mesures de déjudiciarisation mises en œuvre exclusivement par les services de police ou d’autres organismes locaux.
Diverses études internationales s’accordent à dire que l’intervention du système pénal auprès des mineurs, surtout lorsqu’elle se produit aux premiers stades, peut augmenter les risques de récidive. En revanche, des programmes de déjudiciarisation bien conçus obtiennent de meilleurs résultats, tant en matière de prévention des nouvelles infractions que de réduction de la pression exercée sur les ressources policières, judiciaires et pénitentiaires. Ces constats renforcent l’idée qu’une politique de sécurité efficace ne repose pas uniquement sur la réponse répressive, mais également sur la prévention et l’intervention précoce.
Le rapport souligne également que le dispositif de déjudiciarisation fonctionne désormais à grande échelle. Si les niveaux actuels sont maintenus, près de 50 000 jeunes devraient bénéficier de ces mesures au cours des trois prochaines années. Ce volume témoigne de la place centrale qu’occupe aujourd’hui la déjudiciarisation précoce dans les politiques publiques de sécurité et dans le système de justice pénale des mineurs, grâce à une
coopération étroite entre les services sociaux, la police, les administrations locales, le système éducatif et les organisations du secteur associatif.
Malgré ces résultats encourageants, les données mettent également en évidence d’importantes disparités territoriales. Alors qu’au Pays de Galles 63 % des résolutions relèvent de la déjudiciarisation précoce, cette proportion tombe à 17 % à Londres. Ces variations s’expliquent en partie par les différences entre les modèles de police, la nature des infractions ou les politiques locales, mais ils traduisent également un manque d’harmonisation susceptible de créer des inégalités d’accès à ces dispositifs.
Le rapport analyse également les différences selon l’origine ethnique des mineurs. Les jeunes Blancs ont une probabilité nettement plus élevée de bénéficier d’une mesure de déjudiciarisation précoce que les jeunes Noirs (53 % contre 27 %). Bien qu’une partie de cet écart s’explique par des facteurs territoriaux, les auteurs reconnaissent que cette explication n’est pas suffisante. Ils rappellent ainsi le principe formulé il y a plusieurs années par David Lammy : lorsque des inégalités apparaissent dans le système judiciaire, elles doivent pouvoir être justifiées par des données objectives ou, à défaut, conduire à des réformes destinées à les corriger.
Afin de renforcer l’équité du dispositif, le Youth Justice Board met en œuvre plusieurs initiatives visant à améliorer la qualité des décisions prises par les professionnels. Parmi elles figurent une plateforme de travail collaborative réunissant la police et les services de justice des mineurs afin de diffuser les bonnes pratiques, ainsi qu’un outil d’évaluation standardisé permettant d’apprécier de manière objective les besoins, les ressources et les facteurs de risque propres à chaque jeune, tout en limitant l’influence de biais subjectifs.
Le document conclut que les mesures de déjudiciarisation précoce constituent un véritable investissement en faveur de la sécurité publique. Intervenir avant que les difficultés ne s’aggravent permet de réduire la récidive, de mieux protéger les victimes, de favoriser la réinsertion des jeunes et d’optimiser l’utilisation des ressources publiques. De même, le récent Livre blanc du Gouvernement britannique consacré au système de justice des mineurs confirme d’ailleurs cette orientation stratégique en faisant de la prévention et de l’intervention précoce les piliers des futures politiques publiques.
En définitive, l’expérience de l’Angleterre et du Pays de Galles montre que la sécurité ne dépend pas uniquement de la capacité à sanctionner, mais aussi de la capacité à prévenir. Miser sur des interventions fondées sur les données probantes, coordonnées entre les différentes institutions et centrées sur les besoins des jeunes permet de lutter plus efficacement contre la délinquance tout en renforçant durablement la sécurité des communautés.
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