Predvol, l’outil de la police française pour prédire les zones à risque de vol de véhicules, améliore le dispositif policier

En 2015, l’équipe de l’Administrateur général des données (AGD) au sein de la Direction interministérielle du numérique du système d’information et de communication de l’État français (DINSIC)[1] a développé, en collaboration avec le Service des technologies et des systèmes d’information de la sécurité intérieure [ST(SI)2], un modèle de prédiction des vols liés aux véhicules. Cette collaboration a permis de créer Predvol, un outil d’aide aux policiers dans la prise de décisions, qui prédit quotidiennement les risques de vol, présente un historique des vols commis et un classement par quartier en fonction du type d’infraction qui y sont commises.


Predvol a été optimisé pour être utilisé sur tablette tactile et a été mis en pratique dans le nord de la France, notamment dans l’Oise, un département particulièrement touché par les vols de véhicules. Plus précisément, les gendarmes l’ont intégré en tant qu’outil pour la prise de décision et l’ont testé à Compiègne, l’une des principales villes de l’Oise, depuis mai 2016. Par ailleurs, la brigade anti-criminalité de la Direction départementale de la sécurité publique de la police nationale l’a testé dans la ville de Beauvais, chef-lieu du département.

Ce programme est un outil prédictif[2] qui utilise un grand nombre de paramètres et algorithmes, permettant d’établir quelles variables sont les meilleurs prédicteurs pour prévenir les vols de véhicules.

Après six mois d’expérimentation, l’une des conclusions constatait que les dispositifs de police portaient moins leur attention sur les prédictions de vol quotidiennes et davantage sur la visualisation des faits survenus. C’est-à-dire que les prédictions étaient très efficaces mais ne faisaient que confirmer les zones à risque déjà connues de ces derniers ; en revanche, la simple représentation des incidents sur une carte impliquait des améliorations sur le service quotidien. Cette constatation a favorisé l’introduction d’améliorations dans la visualisation des infractions. La visualisation des infractions, dès qu’elles sont dénoncées, aide les policiers à collecter des données de qualité et offre de meilleurs résultats au dispositif de police.

Pour plus d’information, voir : https://agd.data.gouv.fr/2018/01/12/predire-les-vols-de-voitures/.

[1] La DINSIC est placée sous l’autorité du premier ministre, au sein de l’administration publique française, et est chargée de coordonner les actions des administrations en matière de systèmes d’information. http://www.modernisation.gouv.fr/mots-cle/dinsic ; https://lannuaire.service-public.fr/gouvernement/administration-centrale-ou-ministere_194230

[2] Autres modèles prédictifs : « régression logistique », « forêt aléatoire », XGBoost, Boosting, PredPol (predictive policing), cartes thermiques évolutives…

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Le pirate des chambres d’hôtel

Nous publions aujourd’hui un post différent sur le blog. Il s’agit d’une anecdote singulière dont on pense qu’elle permet de s’interroger sur certains aspects de la sécurité et en tirer certains enseignements.

En 2012, l’analyste de la sécurité Cody Brocious a détecté une défaillance sur les serrures électroniques de la marque Onity (installées sur les portes de nombreux hôtels du monde entier) et a créé un petit dispositif portable grâce auquel on parvenait à ouvrir 10 millions de portes d’hôtels.

La trouvaille a été communiquée à l’entreprise mais a aussi été diffusée sur des forums spécialisés de piratage (hacking) et de sécurité informatique, et certains médias (dont la revue Forbes avec l’article du journaliste Andy Greenberg) s’en sont fait l’écho. Malgré cela et malgré les multiples démonstrations de différents dispositifs (de plus en plus petits) répliqués sur Internet et capables de mettre à profit cette défaillance, l’entreprise a tardé à réagir et beaucoup d’hôtels n’ont pas voulu changer les serrures devenues peu sûres.

Aaron Cashatt, un jeune d’Arizona qui avait des problèmes de drogues, un petit casier judiciaire et des connaissances en informatique et électronique, a vu une émission de télévision où l’on expliquait le système de piratage des serrures de chambres d’hôtel. Au cours de l’été 2012, moyennant un investissement d’environ 50 dollars, il a su répliquer le dispositif et l’a testé dans un hôtel où il a dérobé quelques serviettes de bain. Constatant son efficacité, il s’est mis à peaufiner ses coups en dérobant des objets de plus en plus coûteux (d’abord des téléviseurs et autres équipements dont disposaient les chambres puis des biens personnels appartenant aux hôtes), tout en perfectionnant l’outil qui lui permettait d’accéder aux chambres sans laisser de trace. Pendant plus d’un an, les forces de police d’Arizona et d’autres États voisins, dont l’Ohio et la Californie, ont poursuivi un fantôme qui se glissait dans les chambres d’hôtels sans laisser la moindre trace. Et malgré son casier judiciaire (il avait déjà été arrêté et avait purgé une courte peine d’emprisonnement pour des crimes précédents), il faudra attendre l’été 2013 pour qu’on l’associe à près d’une centaine de crimes commis sur cette période et qu’il soit définitivement interpelé, condamné et incarcéré pour ces vols perpétrés dans les hôtels.

Greenberg a publié l’histoire de Cashatt dans la revue Wired au cours de l’été 2017 et, bien que dépourvu de connaissances informatiques, il a su répliquer l’outil conçu par Brocious. Il a essayé d’utiliser le dispositif dans quatre hôtels (pour ne pas commettre de délit, il y prenait une chambre et tentait d’en fracturer la porte) et, étonnamment, cinq ans après la détection de la défaillance, le dispositif a fonctionné dans l’une des chambres.

Cette anecdote permet donc de s’interroger, entre autres, sur certains aspects :

  • Le grand nombre d’acteurs ayant des responsabilités en matière de sécurité (en l’occurrence la police, les hôtels, les fabricants de serrures… et les pirates informatiques qui détectent les défaillances).
  • L’importance d’implanter des mesures après avoir détecté les défaillances. Cashatt a exploité pendant toute une année la défaillance décelée par Brocious… et Greenberg a démontré que cinq ans après, elle constituait encore un risque pour certains établissements qui n’avaient ni changé ni mis à jour leurs serrures.
  • La nécessité de suivre les informations liées à la sécurité. Bien que la défaillance ait été communiquée publiquement et diffusée par les médias, les forces de police n’ont détecté le mode opératoire de Cashatt que lorsque ce dernier a été arrêté et qu’on a trouvé sur lui les dispositifs qu’il utilisait pour entrer dans les chambres.

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L’évaluation de la police prédictive : le cas du Bade-Wurtemberg (Allemagne). Encore de nombreuses zones d’ombre

L’augmentation des vols à domicile ces dernières décennies en Allemagne a motivé, entre autres mesures, le recours à des méthodes de prédiction criminelle (predictive policing) permettant d’établir dans quels contextes il existait un risque de commission de ces crimes pour ainsi pouvoir adopter les mesures préventives nécessaires et éviter qu’ils n’aient lieu. D’abord la Bavière et, plus récemment, le Bade-Wurtemberg ont commencé à utiliser le logiciel PRECOBS[1] produit par l’Institut des techniques de pronostic basées sur des échantillons[2] et préalablement testé en Suisse. Ce logiciel part de l’idée que certains crimes (les vols à domicile en l’occurrence), commis dans circonstances données, tendent à se répéter dans les mêmes secteurs les jours suivants. Le succès du vol ferait que les auteurs jugent le contexte favorable à leurs objectifs et réitèrent leur méfait les jours suivants. Si ces crimes sont identifiés et la police adopte des mesures préventives, on pense pouvoir empêcher leur réitération.

Malgré l’enthousiasme que suscitent ces méthodes prédictives au sein de la police, il n’existe pas d’études empiriques démontrant irréfutablement leur efficacité. C’est pourquoi les responsables du projet pilote Predictive Policing P4, entamé au Bade-Wurtemberg le 30 octobre 2015, ont demandé à l’Institut Max-Planck[3] une évaluation de la mise à exécution du projet. Les résultats de l’évaluation, menée à bien entre novembre 2015 et avril 2016 dans les régions policières de Karlsruhe et Stuttgart, viennent d’être publiés comme le mentionne le dernier numéro de la revue Polizei Newsletter[4]. Le rapport[5] dit qu’au cours des six mois d’évaluation, il s’est produit 183 alarmes (pratiquement toutes en zone urbaine et rarement en zone rurale). Suite à celles-ci, la police a pris plusieurs mesures préventives pour empêcher la réitération des crimes dans les zones proches de celles où ils avaient eu lieu. Les résultats variaient en fonction des secteurs. Dans certains cas, les crimes diminuaient (Stuttgart) tandis qu’ailleurs, l’effet était imperceptible (Karlsruhe).

L’étude comprenait une enquête online auprès de 700 policiers associés d’une manière ou d’une autre à l’expérience et interrogés sur son utilité. Les résultats variaient en fonction du poste qu’ils occupaient au sein de la structure policière. Ainsi, à l’échelon supérieur, 65% des membres évaluaient la méthode positivement ; au niveau exécutif et intermédiaire, le pourcentage favorable était de 57%, tandis qu’à la base, seuls 46% la jugeaient utile. Paradoxalement, c’est à Karlsruhe, où l’effet semble contestable, qu’on a relevé le plus fort pourcentage de professionnels favorables à la poursuite de l’expérience (62%) tandis qu’à Stuttgart, qui a enregistré une baisse des vols à domicile sur cette période, seuls 41% se sont montrés enthousiastes.

[1] Vid. https://blog.pilpul.me/2014/08/precobs-einbrueche-und-near-repeats/

[2] Vid. http://www.ifmpt.de/

[3] Vid. https://www.mpg.de/en

[4] Vid. http://www.polizei-newsletter.de/newsletter_german.php?N_NUMBER=214&N_YEAR=2018

(Il y a aussi des versions en espagnol, en français et en anglais)

[5] Vid. https://www.mpicc.de/files/pdf4/rib_50_gerstner_2017.pdf

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Les stratégies policières proactives : sont-elles utiles ?

L’intervention policière proactive peut être interprétée comme « l’ensemble des stratégies d’intervention policière dont l’un des objectifs est la prévention ou la réduction de la criminalité ou des désordres et qui ne sont pas réactives en ce sens de privilégier avant tout la détection de la criminalité qui est en train de se produire ou l’enquête ou la réponse à l’égard des crimes une fois qu’ils ont été commis ». C’est là la définition prise pour référence dans le livre Police proactive : effets sur la criminalité et dans les communautés, publié par les académies nationales des États-Unis en novembre de 2017.

Le livre est le résultat d’une enquête menée par un comité scientifique composé de sociologues, criminologues, juristes et membres des corps de sécurité, visant à vérifier les indices et débattre à propos des faiblesses liées aux données et à la méthodologie en observant quatre aspects de l’intervention policière proactive dans la lutte contre la criminalité :

  1. les effets ou les différentes formes d’implantation,
  2. si elle est appliquée de façon discriminatoire,
  3. si elle est mise en pratique conformément aux lois et
  4. la réaction de la communauté à l’égard de cette stratégie d’intervention.

Pour ce faire, ils ont établi quatre approches distinctes sur l’activité policière proactive : basée sur l’espace, de résolution de problèmes, ciblant les personnes et axée sur la communauté. Chacune de ces approches définit ses propres modèles logiques de prévention, ses stratégies proactives, ses objectifs premiers et ses voies principales pour atteindre ses objectifs, lesquels sont résumés sur le tableau suivant :

  Approche basée sur l’espace Approche de résolution de problèmes Approche ciblant les personnes Approche axée sur la communauté
Modèle logique pour la prévention de la criminalité Capitaliser l’indice de concentration de criminalité sur des espaces micro-géographiques Utiliser une approche axée sur le problème, cherchant à identifier des schémas de problèmes à travers des faits criminels puis identifier les causes de ces problèmes Capitaliser les fortes concentrations de crimes sur une petite proportion de la population criminelle Capitaliser les ressources des communautés pour identifier et contrôler la criminalité
Stratégies policières Police de point chauds ; police prédictive ; systèmes de vidéosurveillance (CCTV) Police axée sur les problèmes ; police de tierces parties ; partenariats proactifs Interpellations ciblées ; programmes de multi-récidives ; arrêter, interroger et fouiller Police de proximité ; police judiciaire, police basée sur la théorie de la « fenêtre brisée »
Objectif premier Prévenir la criminalité sur de petits espaces Résoudre des problèmes récurrents pour prévenir une future criminalité Prévenir et dissuader concernant certains crimes en ciblant des criminels connus Améliorer l’efficacité collective et la collaboration de la communauté avec la police
Facteurs principaux pour atteindre l’objectif Identification des points chauds où se concentre la criminalité et appliquer des stratégies ciblant ces lieux Numériser et analyser les problèmes criminels, identifier des solutions et les évaluer (modèle SARA)[1] Identifier les criminels connus suivant un taux de faits commis et appliquer des stratégies à l’égard de ces criminels spécifiques Développement de stratégies engageant la communauté ou changer la manière dont la police interagit avec les habitants
 

Source : National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (2017, page S-2)

Le rapport a fait apparaître des indices indiquant que, au moins à court terme, beaucoup de pratiques de police proactive sont un succès en vue de réduire la criminalité et le désordre, sans pour autant mettre à mal les relations entre la police et la communauté. Toutefois, certaines faiblesses dans la recherche réalisée font qu’on ne puisse pas évaluer d’autres questions importantes telles que la légalité des procédures policières ou les conduites discriminatoires pour raisons raciales. Par ailleurs, on n’a pas pu vérifier les effets de ce type de stratégies policières à long terme ou lorsqu’elles sont appliquées à un niveau allant au-delà du cadre local.

[1] Modèle SARA, acronyme de Scanning, Analysis, Response and Assessment (Scanner, analyser, répondre et évaluer)

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Le Parquet européen entre en scène

Il est de notoriété publique que l’un des objectifs de l’Union européenne est la création d’un espace de liberté, sécurité et justice. Dan ce but, le Conseil de l’Union européenne a franchi jusqu’ici une dernière étape avec l’approbation du Règlement (UE) 2017/1939[1] du Conseil, du 12 octobre 2017, établissant une coopération renforcée pour la création du Parquet européen. Et cela au regard de ce qu’établit le Traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) en matière de coopération judiciaire au plan pénal et suivant la proposition de la Commission européenne avec approbation du Parlement européen.[2]

Conformément à l’article 86 du TFUE, le Parquet européen doit être créé à partir d’Eurojust. Cela signifie que le Règlement 2017/1939 doit établir un lien étroit entre les deux acteurs, basé sur la coopération mutuelle.

Le domaine matériel des compétences du Parquet européen se limite aux infractions pénales contre les intérêts financiers de l’Union européenne, conformément à ce que prescrit le TFUE. Par conséquent, les fonctions du Parquet européen seront d’enquêter sur les individus présumés coupables d’atteintes aux intérêts financiers de l’Union et, le cas échéant, les mettre en examen et les faire juger, y compris pour ce qui est des délits indissociablement liés à celles-ci.

Ainsi, en vertu du principe de subsidiarité, les infractions contre les intérêts financiers de l’Union, en fonction de leur étendue et leurs effets, peuvent être combattues à plus grande échelle au niveau de l’Union. Et pour ce qui est du principe de coopération loyale, aussi bien le Parquet européen que les autorités nationales compétentes des États membres doivent s’entraider et partager leurs informations dans le seul but de lutter avec efficacité contre la criminalité entrant dans le champ de compétence du Parquet européen.

D’après le règlement, le Parquet européen se doit d’élaborer et rendre public un rapport annuel sur ses activités en général, comprenant au minimum des données statistiques sur le travail qu’il aura mené à bien.

Le Parquet doit être un organe indissociable de l’Union, fonctionnant comme un unique organisme. De plus, afin de garantir la cohérence de l’intervention du Parquet européen et, de ce fait, une protection équivalente des intérêts financiers de l’Union, la structure organisationnelle et le processus de décision interne du Parquet européen doivent permettre au bureau central de contrôler, diriger et superviser toutes les investigations entamées par les procureurs européens délégués et les procédures pénales où ils interviendront.

Le procureur général européen exercera ses fonctions comme chef du Parquet européen et assumera des responsabilités devant le Parlement européen, le Conseil et la Commission. Sur un plan décentralisé, il y aura des procureurs européens délégués dans les États membres.

Le règlement exige que le Parquet européen respecte, en particulier, le droit à un procès impartial, les droits de défense et la présomption d’innocence, consacrés aux articles 47 et 48 de la Charte.

Les activités du Parquet européen seront menées à bien en total accord avec les droits des suspects ou accusés consacrés dans la Charte, y compris le droit à un procès impartial et les droits de défense.

De même, il faut garantir dans toute l’Union une application cohérente et homogène des normes de protection des droits et des libertés fondamentales des individus en ce qui concerne les données personnelles.

Le Parquet doit pouvoir obtenir toutes les informations touchant à sa compétence, stockées dans les bases de données et les fichiers des institutions, organes et organismes de l’Union.

[1] Directive (UE) 2017/1371 du Parlement européen et du Conseil, du 5 de juillet 2017, sur la lutte contre la fraude affectant les intérêts financiers de l’Union au regard du Droit pénal.

[2] Approbation du 5 octobre 2017

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Faut-il attendre la perfection des voitures autonomes avant de les autoriser ?

Les véhicules autonomes, qui circulent sans intervention d’un conducteur, constituent un des progrès technologiques à même d’affecter radicalement notre vie quotidienne dans un futur plus ou moins proche. Pour l’heure, au-delà des questions liées à la technique, le débat public sur ce type de véhicules porte sur leur sécurité, un facteur clé pour que les administrations publiques leur accordent l’autorisation de circuler.

Nidhi Kalra et David G. Groves, chercheurs à la Rand Corporation, ont publié une enquête qui analyse 500 scénarios distincts évaluant l’introduction, l’adoption et l’amélioration des véhicules autonomes et visant à répondre aux questions suivantes :

  • Jusqu’à quel point les véhicules autonomes doivent-ils être sûrs avant d’être autorisés pour un usage public ?
  • Sous quelles conditions peut-on sauver davantage de vies pour chacune des politiques à court et à long terme et quel serait le nombre de vies sauvées ?
  • Que suggèrent les essais quant aux conditions générant un petit prix à payer dans l’attente d’améliorations significatives avant l’implantation ?
  • Qu’est-ce que cela implique pour les politiques portant sur l’introduction des véhicules autonomes à l’usage des consommateurs ?

Le modèle établi pour réaliser l’analyse compare l’accidentalité et le nombre de morts causées si on autorise la circulation des véhicules autonomes lorsqu’on aura constaté que ces derniers améliorent de 10% la moyenne de la conduite humaine ou si on attend que cette amélioration se situe entre 75% ou 90%.

La conclusion à laquelle ils parviennent est qu’il faudrait autoriser la circulation des véhicules autonomes après avoir dépassé la moyenne de conduite sûre des humains de 10%. La raison principale en serait l’économie de vies humaines (des centaines ou des milliers à court terme et des milliers à long terme) qui se produirait pour deux motifs. Le premier motif repose sur le fait que, lorsque les véhicules autonomes seront à même d’offrir, en moyenne, une conduite plus sûre que la conduite humaine, leur autorisation devrait entraîner une réduction de l’accidentalité. Et même si cette réduction est faible, sur le temps écoulé entre le niveau de sécurité acceptable et le niveau de sécurité idéal, on accumulerait un certain nombre de vies humaines sauvées. Le deuxième motif est que l’autorisation de ces véhicules encouragerait leur utilisation et augmenterait de façon considérable les données disponibles pour l’analyse. Ainsi, l’évolution de la conduite autonome serait accélérée et les niveaux de sécurité dépassant de 75% ou 90% ceux de la conduite humaine seraient plus vite atteints.

Sources : Kalra, Nidhi ; Groves, David G., The enemy of Good. Estimating the Cost of Waiting for Nearly perfect Automated Vehicles. Rand Corporation

https://www.rand.org/pubs/research_reports/RR2150.html

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Les données des ambulances, un excellent complément à celles de la police

Les situations de crise et la pénurie de moyens entraînent souvent une plus grande et meilleure mise à profit des ressources disponibles. Partant de là, des analystes britanniques ont étudié la possibilité pour la police d’obtenir des informations supplémentaires et réduire ainsi le chiffre noir concernant un certain type de criminalité à partir de données générées par un autre service public, en l’occurrence les ambulances.

D’après les fichiers de police, les délits de coups et blessures volontaires ont augmenté de 19% en Angleterre et au pays de Galles entre 2015 et 2016. Ce chiffre peut être lié à l’amélioration due au changement de système de collecte de données, car les données de l’enquête policière montrent des augmentations de 4% qui ne sont pas considérées comme statistiquement significatives[1].

De plus, les corps de police en Angleterre et au pays de Galles se voient affectés par de fortes restrictions budgétaires. Dans ce contexte et suivant la philosophie de « faire le plus avec le moins », la police du West Midlands et la section européenne de la Rand Corporation ont obtenu une bourse d’investigation à l’innovation policière visant à étudier la possibilité d’utiliser les données collectées par les ambulances dans le contrôle des agressions et voir si celles-ci pourraient être mises à profit pour établir des plans de prévention de la violence.

Les données des services de secours portant sur la violence ont été analysées pour les villes de Birmingham, Coventry et Wolverhampton sur la période 2012-2015, de même que les données policières de ces mêmes villes sur ce même intervalle de temps.

Le principal résultat obtenu aura été l’implantation avec succès d’un système qui a amélioré la manière dont les données sont partagées entre les services ambulanciers et la police du West Midlands. Par ailleurs, un comparatif entre les données des deux sources a permis de constater que :

  • Les données collectées par les ambulanciers fournissent des informations substantielles sur les actes de violence. Plus de 66% des incidents recensés par les ambulanciers ne figuraient pas dans les fichiers de police.
  • Dans le West Midlands, on constate une moyenne de 16 appels quotidiens aux ambulances pour des actes de violence, ce qui constitue un grand volume de données qui habituellement ne sont pas portées dans les fichiers de police.
  • Une partie des données associées aux ambulances, dont la localisation de chaque appel, sont collectées de façon automatique. Ces données peuvent donc être exploitées et partagées sans aucun travail supplémentaire.
  • La police n’enregistre pas tous les cas de violence où elle intervient. C’est ce qui explique que seuls 34% des services ambulanciers ont été répertoriés dans les fichiers de police, alors que 55% des appels aux ambulances proviennent d’agents de police.

Bien que les résultats semblent prometteurs, les analystes font remarquer qu’il reste à tester l’efficacité des données des ambulanciers pour ce qui est de la prévention de la violence et ils proposent d’élargir le débat au plan national et d’aller plus loin dans le recoupement des données d’incidents où il y a eu la présence d’ambulances et de policiers. De plus, ils préconisent des lignes d’investigation pour le futur, y compris certaines lignes expérimentales.

En juin 2016, nous avions déjà contemplé sur ce blog une autre initiative semblable, également en Grande-Bretagne. Dans ce cas-là, l’information ne concernait pas les ambulances mais les hôpitaux. Les informations collectées avaient pour but d’analyser l’évolution du nombre de victimes traitées dans les hôpitaux par comparaison avec les évolutions de la délinquance violente observées dans l’enquête de victimisation et les fichiers de police.

Sources : Shuterland, Alex ; Strang, Lucy ; Stepanek, Martin ; Giacomantonio, Chris ; Boyle, Adrian. Using Ambulance Data for Violence Prevention. Rand Corporation.

https://www.rand.org/pubs/research_reports/RR2216.html

[1]https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/crimeandjustice/ bulletins/crimeinenglandandwales/yearendingdec2016#latest-violent-crime-figures-continue-to-present-a-complex-picture

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Europol lance la plateforme SIRIUS pour faciliter les investigations en ligne

La plateforme SIRIUS est une solution pratique et innovante destinée à faire face aux défis actuels que pose l’application de la loi dans le cadre des investigations sur le Net.

Les malfaiteurs qui opèrent sur Internet utilisent de plus en plus d’outils et services accessibles et créés par d’autres (ce qu’on appelle Crime-as-a-Service). De ce fait, les autorités policières se voient confrontées à un défi très complexe au cours de leurs investigations criminelles en ligne.

Pour faire face à ce défi et mieux soutenir les investigations des États membres de l’UE sur le Net, Europol a officiellement lancé la plateforme SIRIUS au cours d’une réunion tenue à La Haye ce mois d’octobre 2017.

SIRIUS est une plateforme web sûre pour les professionnels chargés de faire appliquer la loi, qui leur permet de partager des connaissances, des bonnes pratiques et des ressources techniques dans le cadre des investigations sur la criminalité favorisées par Internet, notamment la lutte contre le terrorisme. Ce dispositif innovant de collaboration offre aux enquêteurs un espace où échanger de façon rapide et efficace des connaissances techniques, des manuels et des conseils, ainsi que des outils qui les aident à analyser l’information reçue par les différents prestataires de services en ligne. La plateforme aborde aussi d’autres défis liés aux enquêtes criminelles, tels que rationnaliser les demandes faites aux prestataires de services en ligne et améliorer la qualité du registre de réponse.

SIRIUS a pour but de favoriser le co-développement d’outils et solutions pouvant servir de base aux enquêtes menées sur le Net. Pour ce faire, Europol tiendra une réunion biannuelle à La Haye, rassemblant des policiers experts en programmation informatique afin de développer ensemble des outils et des solutions communes.

L’appui politique du Forum Internet de l’UE ainsi que le travail de la Commission européenne sur l’accès transfrontalier aux preuves électroniques ont motivé l’initiative de la plateforme SIRIUS en tant que solution pratique répondant à la nécessité d’un portail d’information et de soutien en ligne au niveau de l’UE.

La réunion initiale de SIRIUS, tenue au siège d’Europol, a rassemblé plus de 100 professionnels de 30 pays et plus de 60 organisations distinctes, dont ceux et celles chargés de faire appliquer la loi ainsi que les autorités gouvernementales des États membres de l’UE et des pays tiers et, par ailleurs, des représentants de Facebook, Google, Microsoft, Twitter et Uber.

Cette réunion annuelle de SIRIUS et les actes biannuels programmés montrent l’engagement d’Europol dans sa volonté d’être à la pointe de l’innovation afin de soutenir les investigations criminelles favorisées par Internet.

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Que faut-il à la police pour utiliser le Big Data ?

Les services de police, de par leur activité quotidienne, génèrent, stockent et utilisent de grandes quantités de données, dans le cadre de ce qu’on appelle les mégadonnées ou données massives (Big Data). Hélas, ils ne disposent pas toujours des technologies et des techniques permettant de les mettre à profit. C’est là l’une des conclusions auxquelles parvient Alexander Babuta dans son rapport Mégadonnées et services de police. Une évaluation des besoins, attentes et priorités des corps de sécurité  [britanniques][1], publié par l’Institut des services réels unifiés pour les études de défense et de sécurité [2]  (RUSI pour son sigle en anglais).

L’auteur souligne que l’investigation liée aux données massives est prolifique mais qu’il y a un déficit d’études sur leur utilisation dans le travail policier au Royaume-Uni. Babuta essaie de contribuer à combler ce vide. Il a commencé sa recherche par une révision de la documentation (académique et institutionnelle), des stratégies policières et des rapports du secteur privé sur l’utilisation des données par la police. Il a ensuite interviewé 25 employés de quatre corps de police (policiers et personnel de soutien) et 5 experts des secteurs technologique et académique. Enfin, il a mené un groupe de travail avec des représentants de cinq corps de police ainsi que du ministère de l’Intérieur[3] , de l’Académie supérieure de police[4]  et du secteur universitaire.

Les deux grands problèmes identifiés par le chercheur sont l’absence d’un espace unique, où stocker et aller récupérer les données, et l’absence d’une technologie à même de donner un sens aux données. Il souligne aussi quatre domaines prioritaires où la technologie liée aux mégadonnées peut s’appliquer au travail policier :

  • Mettre à profit les cartes de prédiction de la criminalité pour destiner les patrouilles aux endroits où il y a une forte probabilité de criminalité.
  • Utiliser l’analyse prédictive pour identifier les risques associés à certains individus, qu’ils soient auteurs potentiels ou victimes potentielles.
  • Utiliser l’analyse avancée pour essayer de mettre à profit le potentiel des systèmes d’enregistrement d’images (circuits de vidéosurveillance) et des données issues des systèmes de reconnaissance automatique de plaques minéralogiques.
  • Appliquer la technologie des données massives aux sources de données ouvertes pour une meilleure connaissance de certains problèmes de criminalité.

L’auteur propose 14 recommandations adressées aux corps de police et responsables de la sécurité ; aux organismes nationaux (ministère de l’Intérieur, Académie supérieure de police et Police ICT Company[5]; et aux développeurs de logiciels, en y incluant trois futures lignes de recherche.

Les propositions de Babuta qui semblent les plus importantes pour ce qui est des sciences sociales sont[6] :

  • Prioriser l’exploration du potentiel du logiciel de cartes destinées à la prédiction.
  • Utiliser les données nationales, pas seulement locales, lorsqu’on veut prédire les risques associés à certains individus.
  • Inclure dans toutes les applications de données un registre permettant de renseigner tout changement réalisé sur l’ensemble des données.
  • Approfondir la recherche sur le logiciel de prédiction de la criminalité pour pouvoir générer des modèles de prédiction par segments de rue.
  • Explorer les utilisations potentielles de la modélisation du terrain sur la base du risque (RTM)[7]  pour identifier les zones où il y a le plus de risque de subir la criminalité.
  • Explorer l’utilisation de matrices de dommages pour évaluer les dommages causés par différents types de délits.

Le rapport a été rendu public le 6 septembre 2017 et on en trouve une présentation au lien suivant :

https://rusi.org/event/paper-launch-%E2%80%93-big-data-and-policing-assessment-law-enforcement-requirements-expectations-and

[1]Le titre original est « Big data and Policing. An Assessment of Law Enforcement Requirements, Expectatins and Priorities »

[2]Royal United Services Institute for Defence and Security Studies

 [3]Home Office

 [4]College of Policing

[5] Il s’agit d’une entreprise à capital public, créé et gérée par les responsables de la sécurité pour améliorer l’information et la communication dans le but de renforcer la sécurité publique.

[6]Selon le réseau de chercheurs MethodSpace

[7]Le RTM est une méthodologie de travail basée sur l’analyse des risques sur certains espaces, établie par les professeurs Caplan et Kennedy de l’Université Rutgers. Plus d’information sur http://www.riskterrainmodeling.com/ Le terme en anglais est Risk Terrain Modelling, traduit comme « Modélisation du terrain sur la base du risque »

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Améliorer la participation des enfants délinquants à la justice juvénile

Observatori Internacional de Justícia Juvenil (OIJJ)L’Observatoire International de la Justice Juvénile (OIJJ) et l’Université de Leidenhan publient du matériel pour former les professionnels qui travaillent avec les opérateurs de justice sur un sujet aussi complexe que la participation des enfants délinquants à la justice juvénile. Pour l’heure, ils ont édité, sous le titre Quelqu’un peut-il m’écouter ?, un manuel visant à adapter les systèmes européens de justice aux enfants ainsi qu’un guide servant à programmer des séances de formation pour professionnels.

Le manuel traite des aspects légaux des droits de l’enfant, des techniques d’interrogatoire, de la communication, de la psychologie de l’enfant et des aptitudes pédagogiques. Compte tenu qu’en 2016 est parue une nouvelle directive européenne à propos de la justice juvénile [1], le manuel inclut des informations sur son contenu et sur la manière de l’appliquer conformément aux standards européens et internationaux dans ce domaine. Il peut aussi être utilisé pour former des professionnels dans les domaines de la justice réparatrice et de la médiation. Le document s’appuie sur les pratiques et techniques jugées prometteuses, liées à la justice adaptée aux enfants. Les cinq chapitres du manuel abordent les sujets suivants :

  • La réglementation internationale et européenne sur la justice juvénile et le développement adolescent
  • Les conditions générales concernant trois aspects :
    • Les procédures où sont impliqués des enfants en conflit avec la Loi
    • Le droit à l’assistance légale ou à d’autres types d’assistance
    • Le rôle des parents dans la justice juvénile
  • La participation effective des enfants, tant pour ce qui est du droit à l’information que du droit à être entendus
  • Les aptitudes communicatives des acteurs qui interviennent dans la procédure et qui ont à traiter avec les enfants en conflit avec la Loi
  • Le suivi et le soutien focalisés sur la manière d’introduire l’avis des enfants en conflit avec la Loi dans les décisions et sur la manière d’expliquer ces décisions

Le guide, qui complète le manuel, est destiné aux instructeurs qui ont à élaborer et exécuter des programmes de formation. Sa structure est donc très semblable à celle du manuel mais ajoute des éléments pour préparer ces activités didactiques, avec des questions et des réponses dans les différentes sections du document, qui peuvent servir d’exercices lors des activités de formation.

Ces publications sont le résultat du projet « Vers l’amélioration des systèmes de justice juvénile en Europe : Formation pour professionnels », coordonné par l’OIJJ, où ont aussi participé douze autres organismes, publics et privés, de différents pays membres du Conseil européen de justice juvénile. Le but principal du projet était d’améliorer les systèmes de justice juvénile au sein de l’Union européenne et de comprendre dans quels aspects ils peuvent être plus efficaces ou être ajustés aux enfants, en cherchant à mieux appliquer les directives du Conseil de l’Europe sur une justice adaptée aux enfants et aux standards internationaux.

[1] Directive (UE) 2016/800 du Parlement européen et du Conseil, du 11 mai, relative aux garanties procédurales en faveur des enfants suspectés ou poursuivis dans le cadre des procédures pénales.

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