L’indice de la criminalité organisée en Afrique

L’indice de la criminalité organisée de l’ENACT permet une mesure pluridimensionnelle du crime organisé et de son impact.

Les outils de mesure de la portée et de l’échelle du crime organisé en Afrique sont limités. Une meilleure base de preuves est nécessaire afin que les États et leurs principaux agents puissent contrôler, analyser, établir des priorités et aborder efficacement la menace que représente le crime organisé de façon systématique et durable.

Lancé en septembre 2019, l’indice de la criminalité organisée se base sur une analyse qui identifie la disponibilité, la qualité et la pertinence des données continentales et des données prioritaires.

L’indice est une plateforme interactive sur le site web de l’ENACT. Il est complété par un rapport annuel visant à sensibiliser les responsables politiques.

Pour évaluer la vulnérabilité globale d’un État face au crime organisé, le modèle, qui compte trois sous-indices, est conçu pour mesurer trois catégories d’informations :

La présence et l’ampleur de la menace, dans le contexte de 12 types de crime organisé

Le risque de crime organisé

La capacité de l’État et la volonté politique de répondre aux menaces de crime organisé

La juxtaposition de ces trois catégories est analysée afin d’attribuer une note globale à chacun des États d’Afrique, indiquant ainsi le niveau de vulnérabilité de chaque État face aux menaces de crime organisé.

Modèles de vulnérabilité

Présence : le premier des trois sous-indices se concentre sur la présence de crime organisé. Plus précisément, il s’agit d’une d’étude longitudinale dont l’objectif est de montrer l’évolution du crime organisé et son état actuel, qui peut apporter des informations sur son évolution future.

Les informations dérivées de l’indice de la criminalité organisée pour chaque État d’Afrique se présentent sous la forme d’une « fleur » dans laquelle une note est attribuée à chaque type de délit, et qui peut être utilisée pour représenter les tendances sur le long terme.

Risque : les groupes de criminalité organisée exploitent les institutions étatiques faibles ou défectueuses, les frontières poreuses et les lacunes au niveau du bien-être social et des économies locales pour maintenir et développer leurs opérations. Pour mesurer le risque que représente le crime organisé pour un État, ce deuxième sous-indice tient compte de plusieurs domaines : l’économie de l’État, sa géographie et ses ressources naturelles, sa cohésion sociale et ses conflits, et son commerce à l’international.

Réponse : le troisième sous-indice consiste à mesurer la capacité et la volonté politique de chaque État en évaluant son engagement dans la lutte contre le crime organisé, s’il dispose des cadres juridiques, politiques et stratégiques appropriés, et s’il obtient des résultats réels. Il évalue les mesures prises par l’État pour lutter contre le crime organisé, en considérant sa capacité et sa volonté comme essentielles pour mettre en œuvre de véritables politiques stratégiques.

L’un des éléments qui composent l’indice de la criminalité organisée est le tableau de bord des données, qui permet de comparer deux indicateurs généraux : la présence et l’impact du crime organisé.

Présence : le tableau de bord rassemble les données de 12 types de délits individuels à partir de l’indice de la criminalité organisée. Il permet aux utilisateurs de voir l’échelle des différents sous-ensembles de délits dans chaque catégorie. Par exemple, la catégorie « Délits maritimes » peut comprendre la « piraterie » et la « pêche illicite, non déclarée et non réglementée ».

Impact : le tableau de bord fournit des indicateurs sensibles à la délinquance pour évaluer les corrélations entre cinq domaines d’impact : sécurité et violence, économie, développement social, environnement, et gouvernement et démocratie. Chaque domaine d’impact se compose d’une série d’éléments pour lesquels un utilisateur peut choisir un type de délit afin de voir son impact sur le domaine sélectionné. Par exemple, le « trafic d’êtres humains » est associé à la « violence conjugale », et le « terrorisme » au domaine d’impact « sécurité et violence ».

https://enactafrica.org/organised-crime-index

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Frontex applique les derniers systèmes de lutte contre la falsification de documents

L’Agence européenne de garde-frontières et garde-côtes (Frontex, 2004) aide les États membres de l’UE et les pays associés à l’espace Schengen à gérer les frontières extérieures et contribue à l’harmonisation des contrôles frontaliers entre pays de la Communauté. L’agence facilite la coopération entre les autorités frontalières de chaque pays de l’UE en apportant soutien technique et expérience.

D’après la Commission relative à l’application du plan d’action pour renforcer la lutte de l’Union européenne contre les fraudes liées aux documents de voyage, un rapport technique est en cours d’élaboration depuis 2018, portant sur des normes de systèmes d’inspection. En soutien à cette initiative, Frontex développe une méthodologie pour évaluer et analyser le rendement des dispositifs de contrôle de documents.

L’intensification du soutien opérationnel du Centre d’excellence de Frontex pour la lutte contre la fraude documentaire, en fonctionnement depuis février 2018, est un facteur de réussite clé. Ce centre envoie du personnel de Frontex dans des opérations sur le terrain aux frontières extérieures, collabore à l’échange d’informations sur la falsification de documents et prévoit la création d’un Bureau de lutte contre la falsification qui fournira un soutien technique et opérationnel permanent pour le contrôle de documents. De plus, il gère le groupe d’experts sur le contrôle de documents afin de coordonner le soutien général apporté aux États membres dans la détection de faux documents et travaille en étroite collaboration avec le groupe d’experts horizontal sur la fraude documentaire, créé dans le cadre du cycle d’intervention de l’UE 2018-2021 pour désarticuler des réseaux d’organisations criminelles se livrant au trafic de documents faux et falsifiés. Le centre est en passe d’achever une nouvelle proposition de format normalisé d’alertes.

D’autre part, pour ce qui est de l’amélioration de la collecte de données sur le phénomène de la fraude documentaire, Frontex gère le réseau d’analyse des risques de l’Union européenne concernant la fraude aux documents (EDF-RAN) et collecte des informations sur les identités et faux documents, détectées aux frontières extérieures et lors de mouvements à l’intérieur de l’espace UE/Schengen.

En ce qui concerne la promotion des activités de formation dans de nouveaux domaines liés à la falsification de documents, Frontex, en partenariat avec le Centre d’identification de l’Academy Eindhoven (Pays-Bas), développe un cursus pilote sur la reconnaissance de l’identité, qui comprend des références à la gestion de l’identité, à la technologie des puces, à la biométrie et aux moyens de détection de la fraude numérique.

La tâche principale du Centre d’excellence de Frontex est de soutenir la lutte contre la fraude documentaire dans des opérations conjointes. Ce dernier a créé en 2018 une nouvelle proposition de format normalisé d’alertes. Pour l’heure, Frontex a développé un manuel de référence pour garde-frontières, contenant des images de passeports, cartes d’identité et visas, les aidant à déterminer si le document qu’ils ont sous les yeux est authentique au faux.

Le 25 mars 2019 se sont déroulées des journées sous l’intitulé Frontex Document Olympics, au cours desquelles des experts en documents de toute l’Europe ont participé aux premiers « Jeux olympiques » de Frontex. Cette compétition consistait à détecter le plus grand nombre de faux documents par minute, et cela en participant à deux scénarios, dont la vérification de documents de voyage dans un aéroport, ainsi que d’autres documents de soutien fournis par des immigrants illégaux (tels qu’actes de naissance ou de mariage), à un point d’accès public.

https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2018:0696:FIN:ES:PDF

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La police de Chicago utilise des algorithmes informatiques pour évaluer le risque de menace

Un ordinateur serait-il capable de prédire la violence ? À Chicago, Illinois, un algorithme évalue tous les individus interpelés par la police suivant un barème de notation du degré de menace numérique allant de 1 à 500. Le processus est opérationnel depuis environ quatre ans et pas loin de 400 000 habitants de Chicago ont désormais une note officielle de risque aux yeux de la police.

Cet algorithme remis en question – la méthode n’a pas encore été rendue publique – par le professeur de droit de l’Université de Columbia, Andrew Guthrie Ferguson, influe sur la stratégie de la police et peut faire varier le niveau de suspicion dans les rues. Par ailleurs, il peut constituer le futur de la police du Big Data en Amérique, en fonction de la manière dont il est perçu, que ce soit comme une approche innovatrice pour la réduction de la violence ou comme un modèle de contrôle social basé sur les données.

En effet, la notation de la menace individualisée apparaît automatiquement dans les tableaux de commande de l’ordinateur de la police pour que l’agent connaisse le risque relatif qu’il y a à interpeler un suspect. La notation prédictive détermine aussi qui sera soumis à une intervention de police proactive. Ces interventions peuvent aller d’une simple visite à domicile par des agents à une surveillance policière supplémentaire ou une réunion communautaire qui transmettra le même message clair : la police vous observe.

Si la ville de Chicago est à l’avant-garde en termes de surveillance prédictive, ce n’est pas la seule car New York et Los Angeles envisagent aussi d’utiliser la police du Big Data pour orienter les interventions sur les individus à risque.

Le contrôle prédictif basé sur les individus a commencé en 2009 par une tentative d’appliquer une approche de santé publique à la violence. Le but est d’identifier les facteurs à risque prédictifs et tenter de pallier les causes environnementales sous-jacentes. Les enquêteurs de Chicago ont développé un algorithme pour que la police se focalise sur les individus à haut risque en analysant : l’historique des interpellations pour crimes violents, les crimes liés à l’armement ou aux stupéfiants, l’âge lors de l’interpellation la plus récente (mineur, note élevée), les incidents où l’individu a été victime d’une agression et la ligne de tendance de l’activité criminelle (que le taux soit croissant ou décroissant). Un ordinateur classe alors les variables et donne une note de menace relative pour établir la probabilité d’utilisation d’une arme à feu.

La police affirme que le mécanisme d’orientation agit en indiquant le haut pourcentage de victimes de coups de feu pouvant être prédit avec précision. Les détracteurs ont souligné que l’objectif est excessif et inefficace, car des dizaines de milliers d’individus sont inclus sous des notes élevées alors qu’ils n’ont aucun antécédent d’interpellation préalable pour crimes violents.

On craint que la notation des niveaux de menace n’affecte l’équité de l’interaction de la police à l’égard des gens dans les rues. Les notes à haut risque guident les stratégies d’interruption de la violence qui influent sur les contacts de la police et se trouvent sous sa haute vigilance. Par ailleurs, la notation du degré de menace altère les décisions quotidiennes de la police quant à l’usage de la force et la suspicion raisonnable. En fin de compte, lorsque la police est informée qu’une personne présente une note de menace élevée, cette information fait augmenter le niveau de suspicion criminelle et de danger perçu, en provoquant des interactions plus fréquentes et agressives à l’égard des individus que l’algorithme considère « à haut risque ».

Le biais peut aussi entraîner le système. Comme le décrit l’enquête de la Division des droits civils du département de la Justice de 2017 du Chicago Police Department, les modèles de discrimination raciale restent un problème réel. Alors que l’on pourrait espérer que la justice algorithmique permette d’éviter le biais humain, la réalité est que ces données (et notamment les interpellations) se voient affectées par les décisions arbitraires de tous les agents de police lorsqu’ils patrouillent ou enquêtent sur un suspect. Ainsi, même si les mathématiques du Big Data peuvent être « objectives », les données enregistrées ne sont pas à l’abri de biais humains qui faussent les résultats finaux. 

Liens en rapport

https://notesdeseguretat.blog.gencat.cat/2018/02/19/levaluation-de-la-police-predictive-le-cas-du-bade-wurtemberg-allemagne-encore-de-nombreuses-zones-dombre/

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Union européenne: amélioration de la sécurité urbaine pour les personnes handicapées

L’Europe est un continent urbain. Quatre individus sur cinq vivent en ville. Pour les quelques 80 millions de citoyens européens frappés d’un certain degré d’invalidité, se rendre en ville s’avère très compliqué. Les personnes handicapées ou à mobilité réduite sont en droit de se déplacer de façon indépendante ; ainsi donc, n’y aurait-il pas une autre manière d’aménager les villes pour qu’elles soient plus accessibles à tous ?

WheelchairLa dernière stratégie publiée par l’Union européenne concernait les droits des passagers ferroviaires. Certains membres du Parlement européen ont manifesté leur volonté de renforcer les droits des passagers ferroviaires sur tout le territoire européen. Les parlementaires considèrent qu’il devrait y avoir une compensation financière plus importante en cas de retard et demandent aussi davantage d’assistance aux personnes handicapées. Toutes les entreprises ferroviaires devraient garantir l’assistance gratuite aux personnes handicapées ou à mobilité réduite. De même, elles devraient garantir une compensation totale pour la perte ou les dommages affectant les dispositifs de mobilité ou les chiens guides.

En 2011, L’Europe a introduit les premiers droits intégrés des passagers englobant tous les moyens de transport. Pour une meilleure consolidation de ces droits, la Commission a procédé à leur révision en septembre de cette même année. Ainsi, 10 droits des passagers ont été définis : en ce qui concerne la non-discrimination, l’accessibilité, l’information, l’assistance, la compensation, la responsabilité ; et leur application à tous les moyens de transport. Sur la feuille de route pour la création d’une politique unique des transports en Europe, la Commission a souligné la nécessité de systèmes de qualité, accessibles et sûrs, pour tous les services de transport, comme moyen de promouvoir le transport public. Elle a aussi insisté sur la nécessité de rendre plus accessibles les moyens de transport aux personnes âgées et handicapées ou à mobilité réduite.

De plus, l’Union européenne travaille à l’aboutissement d’une législation commune dans tous les États membres pour pouvoir répondre à tous les besoins fondamentaux des personnes handicapées, indépendamment du pays européen où elles se trouvent. Par exemple, si une personne frappée d’une invalidité reconnue se rend dans un autre pays de l’UE, elle peut perdre son droit à certaines prestations nationales telles que l’utilisation gratuite ou à tarif réduit des transports publics.

D’après les Nations unies, différents groupes de population peuvent être exposés à des risques similaires en raison des effets négatifs de la ville, occasionnés par l’environnement et les êtres humains eux-mêmes. Mais leur vulnérabilité dépendra de leurs conditions socioéconomiques, de leur pouvoir civique et social et de leur possibilité d’accéder à des moyens de mitigation et de secours. Actuellement, il y a de nombreux projets à l’échelle locale qui visent l’amélioration de la sécurité routière et urbaine.

Le réseau de projets locaux peut créer une tendance et influencer d’autres villes européennes.

Liens

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/ES/TXT/PDF/?uri=CELEX:52010DC0636&from=EN

http://fra.europa.eu/en/publication/2018/fundamental-rights-report-2018-fra-opinions

https://www.debatingeurope.eu/2016/04/05/how-can-cities-be-made-more-accessible-for-disabled-people/#.W_J5rIdKipo

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Baisse significative et soutenue de la criminalité chez les jeunes en Australie

young offenders in AustraliaL’Institut australien de criminologie a publié les résultats d’une recherche menée à bien par Payne, Brown et Broadhurst sur le parcours criminel des générations d’individus nés en 1984 et en 1994. Il s’agissait d’étudier l’influence des tendances criminelles qui accompagnaient les premières années de la vie des individus. 1984 s’inscrivait dans une époque d’augmentation constante de la criminalité, tandis que 1994 montrait la tendance inverse. L’étude se centrait sur la population de l’État de Nouvelle-Galles du Sud qui, du reste, est le plus peuplé du pays. La génération de 1984 comprenait 83 328 individus contre 89 373 pour 1994.

Les résultats ont été très nets. Le pourcentage d’individus de moins de 21 ans ayant commis une quelconque infraction est passé de 9,5% à 4,8%. Si l’on ventile par types d’infractions, on constate que :

  • Les crimes violents sont passés de 2,6% à 1,8% (baisse de 42%).
  • Les atteintes aux biens sont passées de 3,8% à 1,7%.
  • Les atteintes à la santé publique (drogues) sont passées de 1,7% à 1,3%.
  • Les atteintes à l’ordre public sont passées de 3,3% à 1,9%.

En nombres absolus, les jeunes (-21 ans) de la génération de 1984 ont commis 7 900 infractions, tandis que ceux de la génération de 1994 en ont commis 4 341.

L’étude regroupe les délinquants par catégories : occasionnels (1 infraction), modérés (entre 2 et 4 infractions) et chroniques (5 ou plus). Dans ce cas, la comparaison montre que, sur la génération de 94, le taux relatif de délinquants chroniques est plus élevé. Alors que, sur la génération de 84, les chroniques commettent 23,1% du total des infractions, sur celle de 94, ils atteignent 31,5%. Ainsi, même s’il y en a moins que dans le premier groupe (1,5% contre 2,2%), il s’agit de délinquants beaucoup plus prolifiques.

Concernant les raisons de cette baisse de la délinquance chez les jeunes, l’étude constate les aspects suivants :

  • Augmentation de la sécurité de la propriété privée et publique (mesures de sécurité et conception des bâtiments et véhicules).
  • Croissance de la richesse sur le territoire de la Nouvelle-Galles du Sud, ce qui a amélioré le niveau de vie de ses habitants.
  • Diminution du temps pendant lequel les enfants sont dans la rue sans aucune sorte de surveillance (les activités en ligne à la maison sont contemplées comme l’une des raisons mais peuvent ouvrir les portes à d’autres types d’infractions sur le Net).
  • Diminution du nombre de jeunes qui entament incidemment une carrière criminelle.

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Le long chemin pour moderniser les statistiques sur la criminalité (2)

La semaine dernière, nous avons publié une note portant sur le nouveau classement des crimes et délits, proposé aux USA. Vous trouverez ci-après les principales conclusions et propositions du deuxième rapport, publié en 2018 par le même groupe d’experts et concernant le nouveau système de mesure de la délinquance.

Le nouveau classement opère un changement du concept de « délit » qui n’est ne repose plus sur une définition légale mais sur la conduite des individus. Le but est que, quelle que soit la source utilisée pour collecter les informations, les faits semblables soient assignés à la même catégorie. Par exemple, il faut éviter qu’un acte puisse être catalogué d’« agression sexuelle » dans l’enquête par sondage (de par la conduite qui le motive) et d’« abus sexuel » dans les données policières (de par la définition légale qui le régule). Pour ce faire, le nouveau catalogue élargit considérablement le nombre de catégories et contemple des faits qui n’étaient pas pris en compte auparavant.

À ce propos, une étape fondamentale était de découvrir les différences entre les faits contemplés dans les statistiques actuelles (à la fois dans les fichiers de police et dans les enquêtes de victimisation) et le nouveau classement : les caractérisations insérées dans certains cas correspondent à des faits émergents et, dans d’autres cas, il s’agit de catégories incluses maintenant dans les calculs statistiques bien que déjà considérées comme des  problèmes graves (dont les actes d’atteinte à l’environnement ou aux animaux).

La proposition présentée par le groupe d’experts ne consiste pas en la création d’un système de collecte de données totalement nouveau, mais préconise l’amélioration des systèmes actuels (tant pour ce qui est des données policières que des données issues des en enquêtes par sondage), en vue d’adapter la collecte de données aux nouvelles catégories. Elle prévoit aussi l’introduction de sources d’information complémentaires, notamment pour les catégories rajoutées au nouveau classement et celles susceptibles de compliquer l’obtention de données.

Par ailleurs, les experts rappellent que toutes les sources d’information peuvent ne pas collecter les mêmes données et que tous les actes criminels n’exigent pas le même type d’informations. À cet égard, le système doit aussi être flexible pour s’adapter à ces différences.

L’accent est mis essentiellement sur le système de collecte des données policières car, ces dernières années, il a moins évolué que celui des enquêtes par sondage qui a fait l’objet de processus d’amélioration et de révision plus continus. Pour faire en sorte que l’évolution du nouveaux système soit viable, le rapport propose d’implanter progressivement les améliorations aussi rapidement que possible, lorsqu’on atteint des niveaux minimums, et de continuer à les perfectionner jusqu’à atteindre un niveau optimal.

Le plus gros inconvénient de l’actuel système est que ni le FBI ni le BJS (Bureau des statistiques judiciaires) ne dirigent de façon claire la collecte des données et que leurs responsabilités s’estompent. En conséquence, il n’y a pas eu de recoupement net entre certaines données et certaines autres. Les auteurs réclament donc la désignation d’un organisme à la tête de cette direction et recommandent de confier au Bureau chargé du budget et de la gestion institutionnelle la tâche d’étudier et statuer sur la manière de mener à bien la coordination et assurer la responsabilité de cette gestion conjointe ainsi que de la révision future du système de classement.

En résumé, on préconise ici le passage d’un système qui énumère les crimes connus, essentiellement à partir de plaintes, vers un système qui collecte des informations sur la délinquance afin que le système statistique permette d’analyser les données sous différents points de vue (géographiques, démographiques, sociologiques ou économiques) en fournissant des renseignements allant au-delà du simple recensement des infractions à la loi.

Les rapports complets peuvent être consultés sur :

Modernizing Crime Statistics

Report 1: Defining and Classifying Crime (2016)

Report 2: New Systems for Measuring Crime (2018)

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Le long chemin pour moderniser les statistiques sur la criminalité (1)

L’un des nombreux problèmes à résoudre dans le domaine de la sécurité n’est autre que la manière de connaître et mesurer les faits qui causent de l’insécurité, notamment les délits. Les principaux outils existants (statistiques policières et enquêtes sur la sécurité) sont complémentaires et présentent des avantages et des inconvénients car il s’avère compliqué de combiner les résultats obtenus grâce à ces derniers.

Des universitaires et autres spécialistes des États-Unis ont débattu, entre décembre 2013 et janvier 2017, sur la manière de moderniser les systèmes et instruments de mesure de la délinquance dans leur pays. La commande provenait de deux bureaux du département de la Justice, du  FBI et du Bureau des statistiques judiciaires (BJS pour son sigle en anglais) et devait couvrir trois domaines :

  • l’un substantiel : dresser un nouveau classement des crimes et délits ;
  • l’autre méthodologique : proposer un système de collecte de données ;
  • et un troisième lié à l’implantation : conseiller sur la manière de mener à bien la collecte de données.

Le premier rapport de ce groupe d’experts a été publié en mai 2016 et offrait une réponse au premier de ces domaines : le classement des actes criminels. Le but était d’avoir une vision d’ensemble des différents types de crimes à partir, entre autres sources, des données policières et des données des enquêtes par sondage.

L’actuel système de classement repose sur des critères établis entre 1929 et 1930 et a pour caractéristique de ne contempler qu’un petit nombre d’actes criminels qui sont régulés de manière très semblable partout aux USA. Donc, bien que s’agissant d’un classement pragmatique et utile, il est aussi trop rigide et trop strict, et l’une des vocations premières du nouveau système de classement est précisément de constituer un cadre permettant d’y introduire de nouvelles figures criminelles susceptibles de surgir dans le futur.

Le nouveau classement a un but statistique et fait en sorte que tout acte criminel puisse être répertorié dans une certaine catégorie, mais seulement une. Les définitions du classement mettent l’accent sur des comportements sans que pour autant ces derniers correspondent forcément aux qualifications pénales. Bien que le classement soit conçu par rapport aux infractions pénales, il tient compte aussi du fait que l’analyse se fera sur des incidents qui peuvent englober plus d’un acte criminel ou inclure une ou plusieurs victimes ou un ou plusieurs auteurs.

Outre la révision du système actuel et l’étude des précédents historiques et des besoins des différents utilisateurs de statistiques sur la criminalité, d’autres expériences en matière de modernisation des statistiques sont aussi analysées. Soulignons notamment le classement international des crimes à des fins statistiques (ICCS pour son sigle en anglais), approuvé par les Nations unies en 2015 et établi comme un standard qui est pris pour cadre de référence en y introduisant certaines modifications afin de prendre en compte la propre réalité du pays (comme, par exemple, les incidents avec armes à feu).

Ainsi, le nouveau classement proposé contient 11 catégories de premier niveau (plus génériques) qui, hormis quelques petites différences, correspondent à celles de l’ICCS :

  1. Actes qui conduisent à la mort ou tentent de causer la mort
  2. Actes qui portent atteinte ou tentent de porter atteinte aux personnes
  3. Actes injurieux de nature sexuelle
  4. Actes de violence ou menaces de violence aux personnes, liés aux biens
  5. Actes d’atteinte aux biens seulement
  6. Actes liés aux substances contrôlées[1]
  7. Actes liés à la fraude, l’escroquerie ou la corruption
  8. Actes d’atteinte à l’ordre public et à l’autorité
  9. Actes d’atteinte à la sécurité nationale
  10. Actes d’atteinte à l’environnement ou aux animaux
  11. Autres actes criminels non classés dans les autres catégories

Ce premier niveau de catégories est divisé, de façon plus ou moins détaillée, jusqu’à un maximum de quatre niveaux (X.X.X.X), pour obtenir ainsi 189 catégories différentes (l’ICCS compte 230 catégories).

Le classement est accompagné d’attributs ou étiquettes qui permettent une exploitation supplémentaire, voire un reclassement ultérieur. Ces attributs sont liés à l’incident ou aux différents auteurs, victimes ou infractions associés à chaque incident.

La semaine prochaine, nous complèterons ces informations par le résultat du deuxième rapport, publié en mars 2018, qui propose le système de collecte de données et la manière de l’implanter.

Le rapport complet peut être consulté sur :

Modernizing Crime Statistics

Report 1: Defining and Classifying Crime (2016)

[1] Y compris narcotiques et stupéfiants interdits ou régulés par les lois, ainsi que leurs précurseurs.

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Europol s’allie avec des corporations privées pour construire un espace cybernétique

La corporació BT –btplc.comLa corporation BT – btplc.com, une des entreprises de sécurité informatique les plus puissantes au monde – a signé un mémorandum d’entente avec Europol pour partager des connaissances sur les menaces et attaques cybernétiques. Ainsi, les deux organisations unissent leurs efforts pour créer un espace cybernétique destiné au public, aux entreprises et aux gouvernements, moyennant l’échange de renseignements, la détection de menaces et la protection des données.

Le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) considère que cette entente entre Europol et la société BT renforcera les capacités et l’efficacité dans la prévention, la persécution et la neutralisation de la criminalité en ligne. Ce type de coopération professionnelle entre Europol et l’industrie est une bonne manière de garantir le cyberespace aux particuliers et aux entreprises en Europe.

Le mémorandum estime que la coopération transfrontalière est la clé pour endiguer cette épidémie mondiale qu’est la cybercriminalité. Il considère qu’il faut davantage partager le renseignement, l’expérience et les pratiques en matière de sécurité cybernétique pour aider les organisations concernées à localiser et prendre des mesures contre les bandes organisées de cybercriminels dans les recoins les plus obscurs du Net.

Dès le début de l’année, le premier fournisseur au monde de télécommunications a commencé à partager des renseignements sur les logiciels et sites malveillants avec d’autres fournisseurs d’internet grâce à un portail en ligne : la plateforme d’échange d’information sur les logiciels malveillants (PSIM). Depuis la mise en marche de la plateforme, l’équipe mondiale de BT, avec plus de 2 500 experts en sécurité cybernétique, a bénéficié de collaboration pour identifier et divulguer plus de 200 000 domaines malveillants. Chez BT, les récepteurs de renseignements ont la capacité d’adopter des mesures spécifiques contre les menaces identifiées.

Europol a créé le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) en 2013 pour renforcer la réponse à la cybercriminalité et faire appliquer la loi dans l’Union européenne. Il y a aussi le Joint Cybercrime Action Taskforce (J-CAT) dont la vocation est de favoriser le renseignement et l’action coordonnée contre les principales menaces et les objectifs de la cybercriminalité en aidant ses partenaires dans l’identification, la priorisation, la préparation et le lancement d’enquêtes et opérations transfrontalières.

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Scénario 2050 : aucun mort sur les routes des États-Unis

The road to zeroLes accidents de la route ont constitué en 2015 la dixième cause de mortalité dans le monde, d’après l’Organisation mondiale de la Santé. C’est donc un problème planétaire sur lequel de nombreux pays essaient d’intervenir. Aux USA, des chercheurs de la Rand Corporation ont publié une étude dont le scénario se situe en 2050 et imagine que c’est la première année sans mortalité sur les routes du pays.

Le point de départ est la situation actuelle, selon laquelle 100 américains meurent chaque jour dans des accidents de la route impliquant des véhicules à moteur. Il s’agit d’un fléau qui touche majoritairement des jeunes âgés de 15 à 24 ans, des hommes et des individus vivant en milieu rural. Or, bien que la mortalité sur les routes soit en baisse constante depuis des décennies (11 300 victimes de moins entre 1985 et 2011), on a constaté une recrudescence considérable ces dernières années : en 2016, les accidents de la route ont fait 5 000 morts de plus qu’en 2011.

Ainsi, les chercheurs s’imaginent vivre en 2050, première année sans mortalité sur les routes grâce à quatre facteurs : primo, pratiquement tous les véhicules sont équipés de dispositifs automatisés ou d’aide à la conduite ; deuxio, les routes sont conçues de manière à limiter la vitesse aux endroits où la sécurité est déficiente ; tertio, les systèmes d’alerte des secours et les soins aux blessés sont améliorés, ce qui réduit la mortalité dans les accidents ; et enfin, étant donné que les accidents de la route ont diminué, les Nord-américains les jugent de moins en moins acceptables.

Pour parvenir à ce scénario, entre 2018 et 2050, il faudrait implanter des mesures sur trois grands axes.

  • Multiplier les efforts et les investissements à l’égard des programmes et politiques qui se sont avérés efficaces. Ces politiques s’entendent au sens large : changements de réglementation, modifications dans les infrastructures ou amélioration de la formation routière.
  • Accélérer l’implantation des technologies de pointe. Les systèmes d’aide ou d’assistance à la conduite sont de plus en plus courants dans les nouveaux véhicules qui se rapprochent peu à peu de la conduite automatique. Les accords entre constructeurs automobiles et développeurs et fournisseurs de technologies seront, entre autres facteurs, la clé dans cette optique.
  • Privilégier la sécurité avant tout. Il faut que les Américains adoptent une nouvelle culture de sécurité, basée sur la conscience, l’éducation et le renforcement constant, à la fois au plan individuel et collectif. Avec ce nouveau système de sécurité, tous les conducteurs seraient conscients que chacun d’eux, occasionnellement mais inévitablement, peut commettre une erreur et provoquer un accident. Ce corollaire mènerait à une amélioration du système routier sur tous les plans (routes, véhicules, conducteurs, services de secours) de sorte que, dans l’éventualité où cette erreur se produirait, les conséquences n’en seraient pas fatales.

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Des universités nord-américaines vont créer une base de données sur les fusillades dans les écoles

Après la fusillade dans une école du Kentucky en janvier 2018, suivie d’une autre plus sanglante en Floride, il a été décidé de créer une base de données nationale sur ce type d’incidents. Le projet est financé par l’Institut national de la justice et sera mené à bien par trois universités : le John Jay College de New York, l’Université du Texas à Dallas et l’Université de l’État du Michigan. Le directeur de projet est le professeur Joshua Freilich du John Jay College. Cette base de données devra contempler non seulement les incidents mortels mais aussi les cas où il y a eu des blessés et les suicides survenus dans le contexte scolaire.

En dépit de la grande dépense consacrée aux études sur la violence scolaire depuis 2012 (actuellement réduite par le président Trump), l’un des problèmes fondamentaux rencontrés jusqu’ici pour articuler des politiques préventives a été le manque de données empiriques sur la violence scolaire aux États-Unis. Il est absolument nécessaire de collecter et traiter de façon objective les données concernant tous les incidents de ce type afin d’en analyser les contextes et identifier des facteurs et des profils à risque.

La base de donnée contemplera toutes les fusillades recensées dans les écoles depuis 1990 jusqu’au 31 décembre 2016, dès l’instant qu’elles auront causé au moins un blessé. Les objectifs sont les suivants :

  • Déterminer la nature du problème et apporter des éclaircissements sur les caractéristiques des fusillades qui ont eu lieu dans les écoles.
  • Bâtir un profil complet des auteurs et proposer des indicateurs causaux pour essayer de voir si les incidents individuels et massifs sont comparables.
  • Comparer des incidents mortels et non mortels en essayant d’identifier des actions qui pourraient être utilisées pour réduire les dommages causés par les fusillades.La base de données sera publiée au printemps 2019 et, grâce à celle-ci, on espère obtenir une connaissance mieux étayée des raisons qui favorisent ces incidents ainsi qu’une évaluation des stratégies visant à accroître la sécurité dans les écoles.

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