Megan O’Neill : « Un rôle plus important de la sécurité privée serait extrêmement problématique »

La docteure Megan O’Neill est maître de conférences en géographie humaine à l’Université de Dundee, en Écosse, et directrice associée de l’Institut écossais de recherche sur la police (SIPR). Ses travaux portent sur la culture policière, le maintien de l’ordre communautaire, la pluralisation du secteur public en ce qui concerne le maintien de l’ordre, la police privée et les pratiques de surveillance de l’État. Elle a publié deux ouvrages, Policing Football (2005, Palgrave) et Police Community Support Officers (2019, Oxford University Press). Beaucoup de ses articles de recherche sont parus dans des revues telles que Policing and Society, The European Journal of Criminology, Theoretical Criminology, Criminology and Criminal Justice et The British Journal of Criminology.

1.- Certains spécialistes proposent la dissolution de la police. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une proposition raisonnable et réalisable ?

Si je peux comprendre la logique qui sous-tend le raisonnement en faveur de la dissolution de la police, je ne pense pas que ce soit la meilleure solution. Je plaiderais plutôt pour une approche de la résolution des problèmes sociaux qui intègre mieux les services du secteur public, et inclue également certaines organisations pertinentes du secteur privé et du tiers-secteur. Faire en sorte que les différents services travaillent de manière moins isolée les uns par rapport aux autres et s’orienter vers un système d’action et de budgétisation intégrées permettrait, selon moi, de mieux répondre à la criminalité et aux troubles de l’ordre public. La plupart des grands défis rencontrés dans le domaine du maintien de l’ordre ne devraient pas être du seul ressort de la police, bien qu’elle représente un partenaire important dans le processus de réponse à ces défis. La police et les autres agences nécessiteraient donc au moins des fonds supplémentaires afin de mettre en place ces systèmes et méthodes d’intégration et de communication. Toutes les agences concernées devraient également connaître des changements organisationnels importants. Par exemple, la police pourrait ne plus être la seule agence à intervenir 24 heures sur 24.

2.- En cas de dissolution des organisations policières, d’autres acteurs ou organismes pourraient-ils reprendre les fonctions de la police ?

Je ne suis pas d’accord avec l’idée que d’autres agences pourraient prendre en charge le travail de la police. Elle maîtrise un ensemble de compétences particulières qui sont absolument nécessaires pour certains événements ou incidents. La police dispose également d’une vaste expérience et d’un statut culturel qui lui permettent de jouer un rôle très important dans le cadre d’une coopération plus poussée avec d’autres services. Pour moi, il s’agit de trouver une meilleure façon d’intégrer les différents services pour prévenir la criminalité, les troubles de l’ordre public et les problèmes sociaux. Cela nécessiterait bien sûr un changement organisationnel important pour toutes les institutions concernées, y compris la police. Ce changement prendrait beaucoup de temps et devrait être communiqué avec soin et efficacement à tout le personnel de ces institutions. Ce changement susciterait des inquiétudes, mais si les agents sentaient qu’ils pouvaient exprimer leur opinion sur ce processus et être écoutés, il devrait être possible de le mener à bien. Le succès d’une intégration de cette ampleur nécessiterait l’engagement ferme de toutes les agences concernées.

3.- En cas de réduction du rôle de la police, la sécurité privée pourrait occuper une place plus importante. Ne serait-ce pas problématique pour de nombreux citoyens qui ne pourraient pas se permettre ses services ?

Un rôle plus important de la sécurité privée serait extrêmement problématique. Les organisations privées ont pour objectif principal la réalisation de bénéfices. Toute autre préoccupation passe après cet objectif. De nombreux chercheurs ont étudié le travail du secteur privé dans divers services de justice pénale (comme la police, les prisons et la gestion de la probation), et ils ont constaté de multiples échecs et des comportements problématiques. Cela ne veut pas dire que la police du secteur public est toujours parfaite, loin de là. Mais en tant qu’organisme responsable devant l’État ou devant les personnes qu’elle sert, la police publique a un devoir de diligence inhérent que le secteur privé ne pourra jamais égaler. C’est là le premier problème à soulever, avant même de se poser la question de savoir qui paierait les services du secteur privé et si cela entraînerait une stratification de la sécurité à laquelle pourraient aspirer les citoyens. Personnellement, je ne pense pas qu’il soit moralement correct de compter sur le secteur privé pour assurer la sécurité publique. Cependant, comme je l’ai mentionné plus tôt, le secteur privé peut être un partenaire pertinent dans la fourniture de services intégrés plus larges. Mais il resterait un partenaire mineur comparé à ceux du secteur public.

4.- Quelles fonctions doivent remplir les citoyens dans un modèle alternatif de gestion de la sécurité ? Quel rôle doivent-ils jouer et quelles doivent être les limites de leur intervention ?

La population aurait bien sûr un rôle à jouer dans le modèle intégré que je propose. Cette démarche est centrée sur les citoyens car les différents services doivent travailler ensemble pour déterminer les causes profondes de la criminalité, des troubles de l’ordre public ou des problèmes sociaux dans une communauté, et s’efforcer de traiter ces causes. En fin de compte, cette démarche ne réussira pleinement qu’avec la coopération des citoyens. Cependant, nous ne devrions pas mettre la population dans une situation où elle devrait jouer un rôle actif dans la réponse aux questions de sécurité, au-delà des gestes de bases comme le verrouillage des portes, la conservation sécurisée des mots de passe, etc. Beaucoup de citoyens n’ont pas les ressources ou la capacité d’être des acteurs actifs dans ces efforts et il n’est pas raisonnable d’attendre cela de leur part. Dans ce système, les chercheurs universitaires, tels que moi-même, auront un rôle important à jouer, consistant à mettre en évidence les meilleures données probantes disponibles sur l’efficacité de différentes méthodes dans des situations données ainsi qu’à évaluer les nouvelles initiatives au fur et à mesure qu’elles seront mises en œuvre.

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Megan O’Neill: “An increase in the role of private security is extremely problematic”

Dr Megan O’Neill is a Reader in Human Geography at the University of Dundee, Scotland and an Associate Director of the Scottish Institute for Policing Research (SIPR). Her work focuses on aspects of police culture, community policing, public sector pluralisation in policing, private policing and surveillance practices of the state. She has published two books, Policing Football (2005, Palgrave) and Police Community Support Officers (2019, Oxford University Press). She has published numerous research articles in journals such as Policing and Society, The European Journal of Criminology, Theoretical Criminology, Criminology and Criminal Justice, and The British Journal of Criminology.

1.- There are those who propose the dissolution of the police. Do you think this is a reasonable and possible proposal?

While I can understand the logic behind this argument to dissolve the police, I do not agree that this is the best way forward. I would argue instead for a more integrated approach to solving social problems among the public sector services (and also including some relevant private sector and third sector organisations). Reducing the way in which the various services operate as silos from each other and moving towards a system instead of integrated practice and budgeting, would, I feel, make for a better response to crime and disorder. Many of the biggest challenges seen in policing are not within the gift of the police to solve on their own, but they are an important partner in this process. This would therefore require additional funding for the police (and the other agencies), not less, to set up these systems and methods of integration and communication. It would also require significant organisational change for all the agencies involved. For example, it could no longer be the case that the police are the only 24-hour response organisation.

2.- In case of dissolution of police organisations, could other actors or bodies take over the functions of the police?

I do not agree that other agencies could take over the work of the police. Theirs is a particular skill set that for certain events or incidents is absolutely necessary. They also have the extensive experience and the cultural standing to play very important roles in more integrated work with other services. For me it is a case of finding a better way to integrate the various services to prevent crime, disorder and social problems. This would of course require significant organisational change for all those involved, the police included. This will take a long time to achieve and need to be communicated carefully and effectively to all staff. There would be concerns about change, but if officers feel they have a voice in this process and can be listened to change is indeed possible. Integration on this scale would require the firm commitment of all the agencies involved or else it would not be successful.

3.- In the event of a decrease in the role of the police, there could be an increase in private security. Would it not be problematic for many citizens who would not be able to afford it?

An increase in the role of private security is extremely problematic. Private organisations have as their core focus the achievement of profit. All other concerns are secondary to this. There are many researchers who have studied the work of the private sector in various aspects of criminal justice services (such as policing, prisons and probation) and have found multiple failures and problematic behaviour. This is not to say that public sector policing is always perfect, far from it. But as a body that is accountable to the state or to the people it serves, public policing has an inherent duty of care that the private sector will never be able to match. And all this is an issue even before we consider the question of who would pay for the private sector services and if this would result in a stratification of the security that the public can expect. It is, in my view, morally corrupt to rely on the private sector to provide security for the public at large. However, as mentioned above the private sector can be an important partner in the wider integrated service provision I suggest. But they would be a minor partner, compared to those of the public sector.

4.- What should be the role of citizens in an alternative security management model? What should your role be and what should be the limits of your intervention?

The general public would of course have a role to play in the integrated model I propose. Members of the public are at the centre of this in that all services should be working together to establish what are the root causes of crime, disorder or social problems in a community and work to address those causes. Ultimately, this will only be fully successful with the cooperation of the pubic. However, we should not put the public in a position where they must take an active role in their own security provision, beyond the basics of locking doors, keeping passwords secure, etc. Many people do not have the resources or the capacity to be active players in this work and should not be expected to do so. In terms of academic researchers, we will have an important role in this system in terms of bringing to the fore the best evidence available on what works in which situations and to assess and evaluate new initiatives as they are enacted.

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Alex S. Vitale: “The modern state has worked hard to monopolize the provision of security. We need to better democratize this process”

Alex S. Vitale  is Professor of Sociology and Coordinator of the Policing and Social Justice Project at Brooklyn College and the CUNY Graduate Center, and a Visiting Professor at London Southbank University. He has spent the last 30 years writing about policing and consults both police departments and human rights organizations internationally. Prof. Vitale is the author of City of Disorder: How the Quality of Life Campaign Transformed New York Politics and The End of Policing. His academic writings on policing have appeared in Policing and Society, Police Practice and Research, Mobilization, and Contemporary Sociology. He is also a frequent essayist, whose writings have been published in The NY Times, Washington PostThe Guardian, The NationVice NewsFortune, and USA Today. He has also appeared on CNN, MSNBC, CNBC, NPR, PBS, Democracy Now, and The Daily Show with Trevor Noah.

1.- You propose that the police force, as it is currently structured, should be dissolved. Do you think there are any areas of the police structure that should be maintained?

Transforming the way we think about public safety doesn’t imagine that we eliminate police departments overnight. For one thing, this is not politically possible, so it is not reasonable to even consider it as an option. Second, what is needed is to begin a process of developing new infrastructures of public safety that will allow us to address public safety concerns more effectively and without the negative social costs of relying on police. As we develop these new infrastructures we can reduce and eliminate the corresponding police functions. For example, Portugal has decriminalized drugs and this means they can reduce police time that was previously spent on narcotics enforcement. Another example is the creation of non-police crisis intervention teams to respond to mental health crisis calls, thus allowing for the downsizing of police patrol capacity. 

2.- In case of dissolution of police organizations, could other actors or bodies take over the functions of the police?

Yes, that is the goal, though the “functions” may look very different from what police do. Rather than trying to control and interrupt drug distribution and usage, we could invest in public health services and legalized distribution of drugs. 

3.- In the event of a decrease in the role of the police, there could be an increase in private security. Would it not be problematic for many citizens who would not be able to afford it?

The goal of this new approach is to reduce vulnerability, so that less of a “security” infrastructure is needed. If we have fewer people who are poor, unhoused, lack access to basic health services, etc, there will be less need for punitive systems of crime control, whether public or private.

4.- What should be the role of citizens in an alternative security management model? What should your role be and what should be the limits of your intervention?

The modern state has worked hard to monopolize the provision of security. We need to better democratize this process. We should equip communities with resources that allow them to more effectively respond to a variety of public safety challenges on their own. This can involve both increasing the capacity of community based organizations to address issues like domestic violence, mental health needs, substance abuse, youth services, etc and enhance the capacity of individuals to work together to solve problems cooperatively such as resolving nuisance complaints between neighbors, family members, friends, etc. Involving the police in every conceivable dispute comes with huge financial and social costs and we should work to reduce their role in as many ways as we can. 

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Alex S. Vitale: “El estado moderno ha trabajado mucho para monopolizar la provisión de seguridad. Debemos democratizar mejor este proceso”

Alex S. Vitale es profesor de Sociología y coordinador del proyecto Policing and Social Justice en el Brooklyn College y en el CUNY Graduate Center, y profesor visitante en la London South Bank University. Ha pasado los últimos 30 años escribiendo sobre la policía y consulta tanto a los departamentos de policía como a las organizaciones de derechos humanos en el ámbito internacional. El profesor Vitale es el autor de City of Disorder: How the Quality of Life Campaign Transformed New York Politics y The End of Policing. Sus escritos académicos sobre la policía han aparecido en Policing and Society, Police Practice and Research, Mobilization y Contemporary Sociology. También es un ensayista frecuente, cuyos escritos se han publicado en The NY Times, Washington Post, The Guardian, The Nation, Vice News, Fortune y USA Today. Ha aparecido en canales como la CNN, MSNBC, CNBC, NPR, PBS, Democracy Now y The Daily Show con Trevor Noah.

1. Usted propone que el cuerpo policial, tal y como está estructurado actualmente, se disuelva. ¿Cree que hay zonas de la estructura policial que deberían mantenerse?

Transformar nuestra forma de pensar en cuanto a la seguridad pública no significa que eliminemos los departamentos de policía de un día para otro. Por un lado, esto no es políticamente posible, por lo que no es razonable ni siquiera considerarlo como una opción. En segundo lugar, lo que hace falta es iniciar un proceso de desarrollo de nuevas infraestructuras de seguridad pública que nos permitan abordar los problemas de seguridad pública de forma más eficaz y sin los costes sociales negativos de depender de la policía. A medida que vayamos desarrollando estas nuevas infraestructuras podemos reducir y eliminar las correspondientes funciones policiales. Por ejemplo, Portugal ha despenalizado las drogas y eso significa que pueden reducir el tiempo policial que antes se dedicaba a la aplicación de drogas. Otro ejemplo es la creación de equipos de intervención en crisis no policiales para responder a las llamadas de crisis de salud mental, permitiendo reducir la capacidad de patrulla policial.

2. ¿En caso de disolución de organizaciones policiales, otros actores o cuerpos podrían asumir las funciones de la policía?

Sí, ese es el objetivo, aunque las “funciones” pueden parecer muy distintas a lo que hace la policía. En lugar de intentar controlar e interrumpir la distribución y consumo de drogas, podríamos invertir en servicios de salud pública y en la distribución legalizada de medicamentos.

3. En caso de disminución del papel de la policía, podría aumentar la seguridad privada. ¿No sería problemático para muchos ciudadanos que no podrían permitírselo?

El objetivo de este nuevo enfoque es reducir la vulnerabilidad, por lo que se requiere menos infraestructura de “seguridad”. Si tenemos menos personas pobres, sin alojamiento, sin acceso a los servicios básicos de salud, etc.,habrá menos necesidad de sistemas punitivos de control de la delincuencia, sean públicos o privados.

4. ¿Cuál debe ser el papel de los ciudadanos en un modelo alternativo de gestión de la seguridad? ¿Cuál debe ser su papel y cuáles deben ser los límites de su intervención?

El estado moderno ha trabajado mucho para monopolizar la provisión de seguridad. Debemos democratizar mejor este proceso. Deberíamos dotar a las comunidades de recursos que les permitan responder de forma más eficaz a una variedad de retos de seguridad pública por sí solos. Esto puede implicar aumentar la capacidad de las organizaciones comunitarias para abordar cuestiones como la violencia doméstica, las necesidades de salud mental, el abuso de sustancias, los servicios juveniles, etc., y mejorar la capacidad de las personas para trabajar juntos para resolver problemas de forma cooperativa, como la resolución de quejas de molestias entre vecinos, familiares, amigos, etc. La implicación de la policía en todas las disputas imaginables comporta unos costes económicos y sociales enormes y deberíamos trabajar para reducir su papel de tantas formas como podamos.

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Alex S. Vitale: “L’estat modern ha treballat molt per monopolitzar la provisió de seguretat. Hem de democratitzar millor aquest procés”

Alex S. Vitale és professor de Sociologia i coordinador del projecte Policing and Social Justice al Brooklyn College i al CUNY Graduate Center, i professor visitant a la London South Bank University. Ha passat els darrers 30 anys escrivint sobre la policia i consulta tant els departaments de policia com les organitzacions de drets humans en l’àmbit internacional. El professor Vitale és l’autor de City of Disorder: How the Quality of Life Campaign Transformed New York Politics i The End of Policing. Els seus escrits acadèmics sobre la policia han aparegut a Policing and Society, Police Practice and Research, Mobilization  i  Contemporary Sociology. També és un assagista freqüent, els escrits del qual s’han publicat a The NY Times, Washington PostThe Guardian, The NationVice NewsFortuneUSA Today. Ha aparegut en canals com la CNN, MSNBC, CNBC, NPR, PBS, Democracy Now i The Daily Show amb Trevor Noah.

1. Vostè proposa que el cos policial, tal com està estructurat actualment, es dissolgui. Creu que hi ha zones de l’estructura policial que s’haurien de mantenir?

Transformar la nostra manera de pensar pel que fa a la seguretat pública no vol dir que eliminem els departaments de policia d’un dia per l’altre. D’una banda, això no és políticament possible, per la qual cosa no és raonable ni tan sols considerar-ho com una opció. En segon lloc, el que cal és iniciar un procés de desenvolupament de noves infraestructures de seguretat pública que ens permetin abordar els problemes de seguretat pública de manera més eficaç i sense els costos socials negatius de dependre de la policia. A mesura que anem desenvolupant aquestes noves infraestructures podem reduir i eliminar les corresponents funcions policials. Per exemple, Portugal ha despenalitzat les drogues i això significa que poden reduir el temps policial que abans es dedicava a l’aplicació de drogues. Un altre exemple és la creació d’equips d’intervenció en crisi no policials per respondre a les trucades de crisi de salut mental, permetent així reduir la capacitat de patrulla policial. 

2. En cas de dissolució d’organitzacions policials, altres actors o cossos podrien assumir les funcions de la policia?

Sí, aquest és l’objectiu, encara que les “funcions” poden semblar molt diferents del que fa la policia. En lloc d’intentar controlar i interrompre la distribució i el consum de drogues, podríem invertir en serveis de salut pública i en la distribució legalitzada de medicaments. 

3. En cas de disminució del paper de la policia, podria augmentar la seguretat privada. No seria problemàtic per a molts ciutadans que no s’ho podrien permetre?

L’objectiu d’aquest nou enfocament és reduir la vulnerabilitat, de manera que es requereix menys infraestructura de “seguretat”. Si tenim menys persones pobres, sense allotjament, sense accés als serveis bàsics de salut, etc., hi haurà menys necessitat de sistemes punitius de control de la delinqüència, siguin públics o privats.

4. Quin ha de ser el paper dels ciutadans en un model alternatiu de gestió de la seguretat? Quin ha de ser el seu paper i quins han de ser els límits de la seva intervenció?

L’estat modern ha treballat molt per monopolitzar la provisió de seguretat. Hem de democratitzar millor aquest procés. Hauríem de dotar les comunitats de recursos que els permetin respondre de manera més eficaç a una varietat de reptes de seguretat pública per si sols. Això pot implicar augmentar la capacitat de les organitzacions comunitàries per abordar qüestions com la violència domèstica, les necessitats de salut mental, l’abús de substàncies, els serveis juvenils, etc., i millorar la capacitat de les persones per treballar junts per resoldre problemes de manera cooperativa, com ara la resolució de queixes de molèsties entre veïns, familiars, amics, etc. La implicació de la policia en totes les disputes imaginables comporta uns costos econòmics i socials enormes i hauríem de treballar per reduir el seu paper de tantes maneres com puguem. 

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Alex S. Vitale : « L’État moderne a travaillé dur pour devenir la seule entité à pouvoir traiter les questions de sécurité. Nous devons rendre ce processus plus démocratique »

Alex S. Vitale est professeur de sociologie et coordinateur du projet pour le maintien de l’ordre et la justice sociale au Brooklyn College et au CUNY Graduate Center. Il est également professeur invité à l’Université London South Bank. Depuis 30 ans, il se consacre à la rédaction de textes divers dans le domaine du maintien de l’ordre, consultant à la fois les services de police et les organisations des droits de l’homme à l’échelle internationale. Le professeur Vitale est l’auteur de City of Disorder: How the Quality of Life Campaign Transformed New York Politics (La ville des troubles de l’ordre public : comment la campagne pour la qualité de vie a transformé la politique new-yorkaise) et The End of Policing (La fin du maintien de l’ordre). Ses écrits universitaires sur le maintien de l’ordre sont parus dans Policing and Society, Police Practice and Research, Mobilization et Contemporary Sociology. Il a également produit de nombreux essais, dont certains ont été publiés dans The New York Times, The Washington PostThe Guardian, The NationVice NewsFortune et USA Today. Il est également apparu dans des médias tels que CNN, MSNBC, CNBC, NPR et PBS, et dans des programmes télévisés tels que Democracy Now! et The Daily Show with Trevor Noah.

1.- Vous proposez de dissoudre les forces de police telles qu’elles sont actuellement structurées. Pensez-vous que certains aspects de la structure de la police devraient être conservés ?

Transformer la façon dont nous pensons la sécurité publique n’implique pas que nous éliminions les services de police du jour au lendemain. D’une part, ce n’est pas politiquement possible, et il n’est donc pas raisonnable de considérer cette idée comme une option. D’autre part, il faut entamer un processus de développement de nouvelles infrastructures de sécurité publique qui permettent de répondre aux préoccupations en la matière plus efficacement et sans les coûts sociaux négatifs dus au recours à la police. À mesure que nous développerons ces nouvelles infrastructures, nous pourrons réduire et éliminer les fonctions existantes au sein des forces de police actuelles. Par exemple, le Portugal a dépénalisé les drogues, ce qui lui permet de réduire le temps que la police consacrait auparavant à la lutte contre les stupéfiants. Un autre exemple est la création d’équipes non policières d’intervention de crise pour répondre aux appels d’urgence dans le domaine de la santé mentale, ce qui permet de diminuer la capacité des patrouilles de police. 

2.- En cas de dissolution des organisations policières, d’autres acteurs ou organismes pourraient-ils reprendre les fonctions de la police ?

Oui, c’est l’objectif, même si ces fonctions pourraient être très différentes de ce que fait la police. Plutôt que d’essayer de contrôler et d’interrompre la distribution et la consommation de drogues, nous pourrions investir dans les services de santé publique et dans la légalisation de la distribution de drogues. 

3.- En cas de réduction du rôle de la police, la sécurité privée pourrait occuper une place plus importante. Ne serait-ce pas problématique pour de nombreux citoyens qui ne pourraient pas se permettre ses services ?

L’objectif de cette nouvelle approche est de réduire les vulnérabilités, de sorte que l’infrastructure de sécurité requise soit également réduite. Si la part de la population pauvre, sans logement, sans accès aux services de santé de base, etc., est plus faible, il y aura un moindre besoin de systèmes punitifs de contrôle de la criminalité, qu’ils soient publics ou privés.

4.- Quelles fonctions doivent remplir les citoyens dans un modèle alternatif de gestion de la sécurité ? Quel rôle doivent-ils jouer et quelles doivent être les limites de leur intervention ?

L’État moderne a travaillé dur pour devenir la seule entité à pouvoir traiter les questions de sécurité. Nous devons rendre ce processus plus démocratique. Il convient de donner aux communautés des ressources qui leur permettent de répondre plus efficacement à divers problèmes de sécurité publique par elles-mêmes. Cela peut impliquer, entre autres, d’accroître la capacité des organisations à l’échelle des communautés à traiter des questions telles que la violence domestique, les nécessités en matière de santé mentale, la toxicomanie ainsi que les services pour la jeunesse. Cela peut aussi impliquer d’améliorer la capacité des individus à travailler ensemble pour résoudre les problèmes de manière coopérative, comme des plaintes pour nuisance entre voisins, membres d’une même famille, amis, etc. L’implication de la police dans tous les conflits imaginables entraîne d’énormes coûts financiers et sociaux, et nous devrions nous efforcer de réduire son rôle autant que possible. 

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Juan José Medina Ariza: “También necesitamos una policía más plural, con más personal civil y más diversidad entre sus filas”

Juanjo Medina es investigador distinguido senior de Talentia, adscrito al Departamento de Derecho Penal y Ciencias de la Criminalidad de la Universidad de Sevilla. Anteriormente, trabajó como catedrático de Criminología cuantitativa y jefe del Departamento de Criminología de la Universidad de Manchester hasta agosto de 2020. Fue presidente de la Sociedad Española de Criminología de 2016 a 2020.

1. ¿Cuáles son los elementos definitorios de un modelo policial?

Creo que ésta es una cuestión muy importante y que, pese al uso frecuente de los términos “modelos policiales”, todavía no nos hemos puesto de acuerdo en ella. Kelling y Moore (1988) posiblemente todavía representan el esfuerzo más conocido por hacerlo de manera sistemática. Hablaron de 7 dimensiones: fuente de legitimidad, definición del papel policial, diseño organizativo de los departamentos, relaciones con la comunidad, naturaleza de los esfuerzos policiales por comercializar o gestionar la demanda de sus servicios, tácticas y medidas de éxito consensuadas. Y, centrándose en la experiencia histórica norteamericana, distinguen entre los modelos políticos, reformistas/profesionales y comunitarios/de resolución de problemas. Guillen (2016), siguiendo a Bertaccini, analiza cómo el término “modelo policial” se utiliza a menudo como “punto de referencia” para mejorar las formas pasadas de pensar y organizar la policía, lo que Wood y Shearing (2007) discuten como “oleadas de reforma policial”. Así, en muchos aspectos, toda la discusión sobre modelos hasta ahora ha tenido una clara dimensión política y aspiracional. Parece que se trata más de cómo quisiéramos que fuera la policía que de un concepto que se ha utilizado para medir la diversidad de modelos: cómo varían las organizaciones policiales entre las jurisdicciones nacionales o regionales. Sin descartar la relevancia de este uso del término “modelo policial”, como empirista creo que sería útil empezar a pensar en dimensiones relevantes que podrían utilizarse para caracterizar los modelos existentes y sus diferencias, de una forma más rigurosa y fundamentada.

2. ¿Cuál de los modelos policiales existentes cree que es el mejor para mantener una convivencia pacífica y una sociedad segura?

¡Supongo que mi respuesta anterior me pone en una posición incómoda para responder a ésta! No estoy del todo seguro de poder responder de forma rigurosa cuáles son los modelos de policía que se pueden encontrar en todo el mundo, sin importar cuál es el mejor. Aquellos de nosotros que hemos trabajado en varios países y conocemos diferentes instituciones policiales a nivel internacional somos conscientes de algunas de las diferencias más visibles, así como de algunas de las similitudes. Pero debemos continuar los pasos de David Bayley para intentar realizar una comparación empírica transnacional más sistemática si realmente queremos identificar claramente estos modelos. Buena parte de las discusiones sobre la reforma ha sido impulsada por la clave de la beca policial norteamericana, que se enfrenta a los intereses de maximizar la efectividad de la reducción de la delincuencia (a través de puntos calientes, resolución de problemas, etc.) a la vez que se minimizan los costes sociales y distribuidos desigualmente de las tácticas propuestas. Para conseguir esto último, necesitamos una mejor comprensión del alcance total de estos costes. Pero debemos ir más allá de este tipo de discusiones en cualquier caso. La policía es más compleja que una agencia de lucha contra el crimen. Para mí un buen modelo es aquél que se debate democráticamente y es apoyado por la ciudadanía. Como se ha señalado anteriormente, debemos considerar diferentes elementos (naturaleza del papel policial, tácticas, mecanismos de rendición de cuentas, naturaleza y contenido de la formación, grado de diversidad, etcétera muy largo). En España, estamos muy atrasados en realizar este debate. Iniciativas como las tomadas en el Parlamento de Cataluña, pero también el posicionamiento de diferentes ONG y de españoles más críticos con la policía, son un buen primer paso para dar este debate, que espero que tenga protagonismo. El problema que tenemos aquí es si la clase política será suficientemente madura y responsable para seguir ese camino.

3. Más allá del control judicial, ¿qué supervisión externa deberían tener las organizaciones policiales? ¿Qué consecuencias tienen estos controles?

Mi opinión es que en términos de responsabilidad y aportación democrática, debemos pensar más allá de los mecanismos formales de disciplina (sean internos, judiciales o externos). También necesitamos una policía más plural, con más personal civil y mayor diversidad entre sus filas. Necesitamos colaboraciones entre la policía y la academia. Necesitamos periodistas que se tomen en serio el papel de informar sobre la policía, en lugar de solo informar sobre delitos graves o emocionales. Debemos repensar significativamente cómo queremos que sea la formación policial y quién debe impartirla, creo que es importante que haya más implicación de la comunidad en esta etapa. Protocolos internos mucho mejores para incidentes críticos y datos mucho más rigurosos y abiertos sobre estos incidentes. Me encantaría algo como las inspecciones británicas en España, para que hubiera una auditoría adecuada de la actuación policial y la calidad del servicio en todo el país. Necesitamos comisiones parlamentarias capaces de trabajar conjuntamente para encontrar alguna forma de acuerdo sobre los pasos a realizar. Y ministros que no temen criticar su propia fuerza cuando se dedican a prácticas inaceptables. Si lo único que tenemos en España, además de la justicia, es el Defensor de los Derechos Humanos, debemos dotar a esta institución de más dientes de los que tiene actualmente.

4. ¿En qué circunstancias la policía debe cambiar de modelo si no se considera válido y quién debe encargarse del cambio: profesionales, gobierno o ciudadanos?

Deberíamos hacer lo que pide la ciudadanía, el gobierno debería facilitarlo y los profesionales, junto con los académicos, deberían informarlo todo sobre los matices, las dificultades y los retos de las reformas propuestas. En definitiva, los profesionales deben entender que en una democracia sirven al público, no al revés, y que no pueden ser una barrera para el cambio. Dado que un número importante de españoles adultos ni siquiera nacieron cuando el modelo actual se enmarcó en la Ley orgánica 2/1986 y cómo ha cambiado el mundo desde entonces, así como los numerosos problemas con la llamada “Ley mordaza”, se podría decir que las circunstancias para establecer un nuevo contrato social sobre el modelo policial ya están presentes en la sociedad española.

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Juan José Medina Ariza: “També necessitem una policia més plural, amb més personal civil i més diversitat entre les seves files”

Juanjo Medina és investigador distingit sènior de Talentia, adscrit al Departament de Dret Penal i Ciències de la Criminalitat de la Universitat de Sevilla. Anteriorment, va treballar com a catedràtic de Criminologia quantitativa i cap del Departament de Criminologia de la Universitat de Manchester fins l’agost del 2020. Va ser president de la Societat Espanyola de Criminologia del 2016 al 2020.

1. Quins són els elements definitoris d’un model policial?

Crec que aquesta és una qüestió molt important i que, malgrat l’ús freqüent dels termes “models policials”, encara no ens hi hem posat d’acord. Kelling i Moore (1988) possiblement encara representen l’esforç més conegut per fer-ho de manera sistemàtica. Van parlar de 7 dimensions: font de legitimitat, definició del paper policial, disseny organitzatiu dels departaments, relacions amb la comunitat, naturalesa dels esforços policials per comercialitzar o gestionar la demanda dels seus serveis, tàctiques i mesures d’èxit consensuades. I, centrant-se en l’experiència històrica nord-americana, distingeixen entre els models polítics, reformistes/professionals i comunitaris/de resolució de problemes. Guillen (2016), seguint Bertaccini, analitza com el terme “model policial” s’utilitza sovint com a “punt de referència” per millorar les maneres passades de pensar i organitzar la policia, el que Wood i Shearing (2007) discuteixen com a “onades de reforma policial”. Així, en molts aspectes, tota la discussió sobre models, fins ara, ha tingut una clara dimensió política i aspiracional. Sembla que es tracta més de com voldríem que fos la policia, que d’un concepte que s’ha utilitzat per mesurar la diversitat de models: com varien les organitzacions policials entre les jurisdiccions nacionals o regionals. Sense descartar la rellevància d’aquest ús del terme “model policial”, com a empirista crec que seria útil començar a pensar en dimensions rellevants que es podrien utilitzar per caracteritzar els models existents i les seves diferències, d’una manera més rigorosa i fonamentada.

2. Quin dels models policials existents creu que és el millor per mantenir una convivència pacífica i una societat segura?

Suposo que la meva resposta anterior em posa en una posició incòmoda per respondre aquesta! No estic del tot segur de poder respondre de manera rigorosa quins són els models de policia que es poden trobar arreu del món, sense importar quin és el millor. Aquells de nosaltres que hem treballat a diversos països i coneixem diferents institucions policials en l’àmbit internacional som conscients d’algunes de les diferències més visibles, així com d’algunes de les similituds. Però hem de continuar els passos de David Bayley per intentar fer una comparació empírica transnacional més sistemàtica si realment volem identificar clarament aquests models. Una bona part de les discussions sobre la reforma ha estat impulsada per la clau de la beca policial nord-americana, que s’enfronta als interessos de maximitzar l’efectivitat de la reducció de la delinqüència (a través de punts calents, resolució de problemes, etc.) alhora que es minimitzen els costos socials i distribuïts desigualment de les tàctiques proposades. Per aconseguir això últim, necessitem una millor comprensió de l’abast total d’aquests costos. Però hem d’anar més enllà d’aquest tipus de discussions en qualsevol cas. La policia és més complexa que una agència de lluita contra el crim. Per a mi un bon model és aquell que es debat democràticament i és recolzat per la ciutadania. Com s’ha assenyalat anteriorment, hem de considerar diferents elements (naturalesa del paper policial, tàctiques, mecanismes de rendició de comptes, naturalesa i contingut de la formació, grau de diversitat, etcètera molt llarg). A Espanya, estem molt endarrerits a fer aquest debat. Iniciatives com les preses al Parlament de Catalunya, però també el posicionament de diferents ONG i d’espanyols més crítics amb la policia, són un bon primer pas per fer aquest debat, que espero que tingui protagonisme. El problema que tenim aquí és si la classe política serà prou madura i responsable per seguir aquest camí.

3. Més enllà del control judicial, quina supervisió externa haurien de tenir les organitzacions policials? Quines conseqüències tenen aquests controls?

La meva opinió és que en termes de responsabilitat i aportació democràtica, hem de pensar més enllà dels mecanismes formals de disciplina (siguin interns, judicials o externs). També necessitem una policia més plural, amb més personal civil i més diversitat entre les seves files. Necessitem col·laboracions entre la policia i l’acadèmia. Necessitem periodistes que es prenguin seriosament el paper d’informar sobre la policia, en lloc de només informar sobre delictes greus o emocionals. Hem de repensar significativament com volem que sigui la formació policial i qui l’ha de fer, crec que és important que hi hagi més implicació de la comunitat en aquesta etapa. Protocols interns molt millors per a incidents crítics i dades molt més rigoroses i obertes sobre aquests incidents. M’encantaria alguna cosa com les inspeccions britàniques a Espanya, perquè hi hagués una auditoria adequada de l’actuació policial i la qualitat del servei a tot el país. Necessitem comissions parlamentàries capaces de treballar conjuntament per trobar alguna forma d’acord sobre els passos que cal fer. I ministres que no tenen por de criticar la seva pròpia força quan es dediquen a pràctiques inacceptables. Si l’únic que tenim a Espanya, a més de la justícia, és el Defensor dels Drets Humans, hem de dotar aquesta institució de més dents de les que té actualment.

4. En quines circumstàncies la policia ha de canviar de model si no es considera vàlid i qui s’ha d’encarregar del canvi: professionals, govern o ciutadans?

Hauríem de fer el que demana la ciutadania, el govern ho hauria de facilitar i els professionals, juntament amb els acadèmics, haurien d’informar-ho tot sobre els matisos, les dificultats i els reptes de les reformes proposades. En definitiva, els professionals han d’entendre que en una democràcia serveixen al públic, no a l’inrevés, i que no poden ser una barrera per al canvi. Atès que un nombre important d’espanyols adults ni tan sols van néixer quan el model actual es va emmarcar a la Llei orgànica 2/1986 i com ha canviat el món des d’aleshores, així com els nombrosos problemes amb l’anomenada “Llei mordassa”, es podria dir que les circumstàncies per establir un nou contracte social sobre el model policial ja són presents a la societat espanyola.

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Juan José Medina Ariza: “We also need a more plural police, with more civilian personnel, and greater diversity among its ranks”

Juanjo Medina is a Talentia Senior Distinguished Researcher affiliated to the Deparment of Criminal Law and Crime Sciences at the University of Seville. Previously he worked as Full Professor of Quantitative Criminology and the Head of the Department of Criminology at the University of Manchester until August 2020. He was the President of the Spanish Society of Criminology from 2016 to 2020.

1.- What are the defining elements of a police model?

I think this is a terribly important question and one that, despite the frequent use of the term “police models”, we still haven´t fully agreed upon. Kelling and Moore (1988) possibly still represents the best known effort at doing this in a systematic way. They talked about 7 dimensions: legitimacy source, definition of the  police role, organizational design of departments, relationships with the community, nature of police efforts to market or manage the demand for their services, tactics, and agreed-upon measures of success. And focusing on the American historical experience, they distinguish between the political, the reform/professional, and the community/problem solving models. Guillen (2016), following Bertaccini, discusses how the term police model is often used as a “point of reference” to improve past ways of thinking about and organising the police, what Wood and Shearing (2007) discuss as “waves of policing reform”. So in many ways the whole discussion about models, to date, has had a clear political and aspirational dimension. It seems to be more about what we would want the police to look like, than a concept that has been used to measure the diversity of models: how police organisations vary across national or regional jurisdictions. Without dismissing the relevance of such use of the term “police model”, as an empiricist I think it would be helpful to start thinking about relevant dimensions that could be used to characterise existing models and their differences, in a more rigorous and grounded way.

2.- Which of the existing police models do you think is the best for maintaining peaceful coexistence and a safe society?

I guess my previous answer places me in an awkward position to answer this one! I am not quite sure we can really answer in a rigorous way what are the models of police that can be found across the globe, never mind which one is best. Those of us that have worked in various countries and know different police institutions cross-nationally are aware of some of their more visible differences, as well as some of their similarities. But we need to follow the steps of David Bayley in trying to engage in more systematic cross-national empirical comparison if we really want to clearly identify these models. A good deal of the discussions about reform has been driven by American policing scholarship key confronting interests of maximising crime reduction effectiveness (through hot spots, problem solving, etc.) whilst minimising the social, and unevenly distributed, costs of the proposed tactics. In order to achieve the latter, we need a better understanding of the full extent of these costs. But we need to go beyond this kind of discussions in any case. Policing is more complex than just a crime fighting agency. For me a good model is one that is democratically debated and supported by the citizenship. As noted earlier, we need to consider different elements to it (nature of police role, tactics, accountability mechanisms, nature and content of training, degree of diversity, and a very long etcetera). In Spain, we are very far behind in having this debate. Initiatives like those taken in the Catalan Parliament, but also the positioning of different NGOs and more critical Spanish scholars about policing, are good first step towards having this debate, which I hope could take center stage. The problem we have here is whether the political class will be mature and responsible enough to follow this path.

3. Beyond judicial control, what external supervision should police organisations have? What are the consequences of these controls?

My view is that in terms of accountability and democratic input, we need to think beyond formal mechanisms of discipline (whether internal, judicial, or external). We also need a more plural police, with more civilian personnel, and greater diversity among its ranks. We need police-academic partnerships. We need journalist that take seriously the role of reporting about policing, rather than just reporting about serious or emotional crimes. We need to significantly rethink what we want police training to look like and who should do it, I think it is important there is more community involvement at this stage. Much better internal protocols for critical incidents and much more rigorous and open data about these incidents. I would love something like the British Inspectorates in Spain, so that there was a proper auditing of the police performance and quality of service across the country. We need parliamentary committees capable of working together to find some form of agreement about steps that need to be taken. And ministers that are not afraid of criticising their own force when they engage in non-acceptable practice. If all we have in Spain besides the judiciary, is the Human Rights Ombdusman we need to provide this institution with more teeth than it currently has.

4.- Under what circumstances should the police change its model if it is not considered valid, and who should be in charge of the change: professionals, government or citizens?

We should be doing what the citizenship demands, the government should be facilitating that, and professionals, together with academics, should inform all about the nuances, difficulties, and challenges of proposed reforms. Ultimately professionals need to understand that in a democracy they serve the public, not the other way around, and they can´t be a barrier for change. Given a significant amount of adult Spaniards were not even born when the current model was framed into the Organic Law 2/1986 and how the world has changed since,  as well as the many problems with the so-called Ley Mordaza, one could say that the circumstances for establishing a new social contract about the police model are already present in Spanish society.

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Juan José Medina Ariza : « Nous avons également besoin d’une police plus plurielle, avec davantage de personnel civil ainsi qu’une plus grande diversité dans ses rangs »

Juanjo Medina est un éminent chercheur au sein du programme Talentia et affilié au département de droit pénal et de sciences criminelles de l’Université de Séville. Il était jusqu’en août 2020 professeur titulaire de criminologie quantitative et directeur du département de criminologie de l’Université de Manchester. Il a assuré la présidence de la société espagnole de criminologie de 2016 à 2020.

1. Quels sont les éléments qui définissent un modèle policier ?

Il s’agit à mon sens d’une question terriblement importante et qui n’a, malgré l’utilisation fréquente de l’expression « modèles policiers », toujours pas reçu réponse satisfaisante. Le travail de Kelling et Moore (1988) constitue peut-être encore aujourd’hui l’exemple le plus connu visant à y répondre de manière systématique. Ils ont établi 7 dimensions : source de légitimité, définition du rôle de la police, conception organisationnelle des services, relations avec la communauté, nature des efforts de la police pour commercialiser ou gérer la demande de ses services, tactiques et mesures convenues de réussite. En se concentrant sur l’expérience historique américaine, ils font la distinction entre les modèles politique, réformiste/professionnel et communautaire/de résolution de problèmes. Guillen (2016), à la suite de Bertaccini, discute de la façon dont le terme « modèle policier » est souvent utilisé comme « point de référence » pour améliorer les façons antérieures de penser et d’organiser la police, ce que Wood et Shearing (2007) qualifient de « vagues de réformes policières ». Ainsi, à bien des égards, toute la discussion sur les modèles policiers a pris jusqu’à présent une dimension clairement politique et idéologique. Il semble qu’il s’agisse davantage de ce à quoi nous voudrions que la police ressemble, que d’un concept utilisé pour mesurer la diversité des modèles : la manière dont les organisations policières varient entre les juridictions nationales et régionales. Sans rejeter la pertinence d’une telle utilisation du terme « modèle de policier », en tant qu’empiriste, je pense qu’il serait utile de commencer à réfléchir à des dimensions pertinentes qui pourraient être utilisées pour caractériser les modèles existants et leurs différences, d’une manière plus rigoureuse et fondée.

2. Parmi les modèles policiers existants, lequel est, selon vous, le meilleur pour assurer une coexistence pacifique et une société sûre ?

Je suppose que ma réponse précédente me place dans une position délicate pour répondre à cette question ! Je ne suis pas sûr que nous puissions lister de manière exhaustive les modèles de police existants dans le monde et encore moins déterminer lequel est le meilleur. Ceux d’entre nous ayant travaillé dans divers pays et connaissant différentes institutions policières à l’échelle internationale sont conscients de certaines de leurs différences et similitudes les plus notables. Nous devrions suivre les pas de David Bayley en essayant de nous engager dans une comparaison empirique transnationale plus systématique si nous voulons vraiment identifier clairement ces modèles. Une grande partie des discussions sur la réforme a été menée par les universitaires américains spécialisés dans le maintien de l’ordre, dont les principaux intérêts sont de maximiser l’efficacité de la réduction de la criminalité (par le biais de points chauds, de la résolution de problèmes, etc.) tout en minimisant les coûts sociaux, inégalement répartis, des tactiques proposées. Pour atteindre ce dernier objectif, nous devons mieux comprendre l’ampleur de ces coûts. Mais nous devons de toute façon aller au-delà de ce genre de discussions. Le système policier est plus complexe qu’une simple agence de lutte contre le crime. Pour moi, un bon modèle est débattu démocratiquement et soutenu par la citoyenneté. Comme indiqué précédemment, nous devons prendre en compte différents éléments (nature du rôle de la police, tactiques, mécanismes de responsabilité, nature et contenu de la formation, degré de diversité, et un très long et cetera). En Espagne, nous sommes très en retard sur cette question. Des initiatives comme celles du Parlement catalan, mais aussi la position de différentes ONG et d’universitaires espagnols plus critiques à l’égard du maintien de l’ordre, constituent un bon premier pas vers la tenue de ce débat qui, je l’espère, recevra l’attention qu’il mérite. Le problème est de savoir si la classe politique sera suffisamment mature et responsable pour suivre le mouvement.

3. Au-delà du contrôle judiciaire, quel contrôle externe les organisations policières devraient-elles avoir ? Quelles sont les conséquences de ces contrôles ?

Je pense qu’en termes de responsabilité et de contribution démocratique, nous devons penser au-delà des mécanismes formels de discipline (qu’ils soient internes, judiciaires ou externes). Nous avons également besoin d’une police davantage plurielle, une plus grande diversité dans ses rangs et plus de personnel civil. Des partenariats entre la police et les universités sont nécessaires. Nous avons besoin de journalistes qui prennent au sérieux le rôle de la police, plutôt que de se contenter de rendre compte des crimes graves ou émotionnels. Nous devons complètement repenser la formation de la police et qui doit s’en charger et je pense qu’il est important que la communauté soit davantage impliquée durant cette étape. Une amélioration des protocoles internes sur les incidents critiques ainsi que des données beaucoup plus exhaustives et ouvertes sur ces incidents sont nécessaires. J’aimerais que l’Espagne adopte un système similaire aux inspections britanniques, afin qu’il y ait un véritable audit des performances de la police et de la qualité des services dans tout le pays. Nous avons besoin de commissions parlementaires capables de travailler ensemble pour trouver une forme d’accord sur les mesures à prendre et des ministres qui n’ont pas peur de critiquer leurs propres employés lorsqu’ils adoptent des pratiques inacceptables. Si tout ce que nous avons en Espagne, à part le système judiciaire, est le défenseur des droits de l’homme, c’est que nous devons rendre cette institution plus efficace qu’elle ne l’est actuellement.

4. Dans quelles circonstances la police doit-elle changer de modèle s’il n’est pas considéré comme valide, et qui doit être chargé de ce changement : les professionnels, le gouvernement ou les citoyens ?

Nous devrions faire ce que la citoyenneté exige, le gouvernement devrait faciliter la transition, et les professionnels, ainsi que les universitaires, devraient communiquer sur les nuances, les difficultés et les défis des réformes proposées. En fin de compte, les professionnels doivent comprendre que dans une démocratie, ils sont au service peuple, et non l’inverse, et qu’ils ne peuvent pas faire obstacle au changement. Bon nombre d’Espagnols adultes n’étaient même pas encore nés lorsque le modèle actuel a été inscrit dans la loi organique 2/1986. Depuis lors, la société a évolué. De plus, il existe de nombreux problèmes liés à la loi de la protection de la sécurité des citoyens, surnommée en Espagne « ley mordaza » (loi bâillon). Ainsi, il est raisonnable de considérer que les circonstances permettant d’établir un nouveau contrat social sur le modèle policier sont déjà réunies en Espagne.

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