L’accès aux preuves électroniques: un défi croissant pour la sécurité et les enquêtes criminelle

La numérisation des communications et des activités criminelles a fait des preuves électroniques un élément de plus en plus important dans les enquêtes criminelles. Les messages textuels, les e-mails, les conversations dans des applications, les données de comptes ou les informations relatives à des services numériques peuvent être déterminants pour reconstituer des faits, identifier des personnes ou établir des liens entre différentes enquêtes. Toutefois, l’obtention de ces données, en particulier lorsqu’elles sont liées à plusieurs pays, reste l’un des principaux défis pour les forces de sécurité et les autorités judiciaires européennes.

Le Rapport de situation SIRIUS sur les preuves électroniques, (SIRIUS Electronic Evidence Situation Report) publié par Europol et Eurojust en août 2026, analyse précisément cette situation. Le rapport souligne que plus de la moitié des enquêtes criminelles actuelles comportent une demande d’accès transfrontière à des preuves électroniques. Dans le même temps, il alerte sur les difficultés juridiques, techniques et opérationnelles qui continuent de limiter la capacité des autorités à obtenir ces informations de manière rapide et efficace.

L’un des facteurs qui explique cette complexité tient à la nature même de l’environnement numérique. Les données nécessaires à une enquête peuvent être stockées dans un emplacement inconnu, sur des serveurs situés dans différents pays ou sous la responsabilité d’un fournisseur opérant dans plusieurs juridictions. Cela oblige souvent les autorités à naviguer entre différents systèmes juridiques et mécanismes de coopération internationale.

À cette difficulté s’ajoute l’absence d’harmonisation sur des questions telles que les délais de conservation des données ou les délais de réponse des fournisseurs aux demandes des autorités. Dans le cadre d’une enquête, le facteur temps peut être déterminant : si une donnée n’est pas conservée ou obtenue avant de disparaître, une source d’information potentiellement pertinente risque d’être perdue.

Pour les forces de sécurité, un autre défi réside dans la connaissance du futur cadre européen e-Evidence. Selon le rapport, le niveau de connaissance de cette nouvelle législation reste insuffisant, ce qui met en évidence la nécessité d’accroître la formation des professionnels et de leur fournir des outils leur permettant de travailler de manière adéquate dans un environnement juridique et technologique en mutation.

Du point de vue judiciaire, les mécanismes actuels de coopération transfrontière sont souvent perçus comme lents et complexes sur le plan procédural. Cette situation peut créer un décalage entre la rapidité avec

laquelle une enquête numérique évolue et le temps nécessaire pour obtenir légalement les informations.

Le problème est particulièrement important lorsqu’il existe un risque que les données ne soient plus disponibles. Le rapport souligne que l’absence d’un cadre européen commun en matière de conservation des données peut contribuer à la perte d’informations susceptibles d’être nécessaires à une enquête criminelle.

Dans ce contexte, le futur paquet législatif européen relatif aux preuves électroniques vise à établir des mécanismes plus harmonisés, robustes et agiles afin de faciliter l’accès transfrontière aux preuves numériques. L’approche a pour but de réduire la complexité actuelle et d’offrir davantage de prévisibilité tant aux autorités qu’aux fournisseurs de services.

L’objectif n’est toutefois pas uniquement d’accélérer l’accès aux informations. Le nouveau cadre devra également garantir la protection des droits fondamentaux, un aspect particulièrement crucial lorsque les enquêtes impliquent des données à caractère personnel et des communications privées.

Les fournisseurs de services numériques jouent un rôle central dans cet écosystème. Ils sont chargés de gérer une part importante des données qui peuvent s’avérer utiles dans le cadre d’une enquête et doivent, dans le même temps, répondre à un volume croissant de demandes légales. L’augmentation des demandes, en particulier des demandes d’urgence, exerce une pression considérable sur les équipes chargées de répondre aux forces de sécurité. En outre, l’adaptation au futur paquet européen relatif aux preuves électroniques nécessitera d’importantes modifications au sein des processus internes et des systèmes informatiques de nombreux fournisseurs.

Le panorama dressé par le Rapport de situation SIRIUS sur les preuves électroniques montre que l’accès aux preuves numériques n’est plus une question exclusivement technologique. Il s’agit d’un défi sur le plan opérationnel, juridique et de la coopération internationale qui concerne toutes les étapes d’une enquête.

Pour les forces de l’ordre, cela implique de disposer de professionnels formés et qualifiés pour identifier, demander et gérer des preuves numériques dans différentes juridictions. Pour les autorités judiciaires, cela implique de progresser vers des procédures permettant d’agir plus rapidement sans réduire les garanties juridiques. Pour les fournisseurs, cela signifie adapter leurs processus et systèmes à un volume d’exigences toujours plus important et à un nouveau cadre réglementaire européen.

Le projet SIRIUS continue de jouer un rôle de soutien et de centre d’expertise afin de faciliter cet accès transfrontière aux preuves électroniques. La prochaine mise en œuvre du cadre européen e-Evidence devra établir dans quelle mesure

il est possible de combiner rapidité, efficacité des enquêtes, coopération internationale et protection des droits fondamentaux.

Dans un environnement de sécurité de plus en plus numérisé, la capacité à obtenir des preuves électroniques de manière légale, sûre et en temps utile s’impose comme un facteur essentiel pour les enquêtes criminelles de demain.

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Nouvelles normes nationales pour la formation de la police à la désescalade

Le ministère américain de la Justice (DOJ), par l’intermédiaire de son Bureau de la police de proximité (COPS Office), a présenté de nouvelles normes nationales pour la formation des professionnels des forces de sécurité aux techniques de désescalade et de gestion des situations de crise. L’initiative a été développée en collaboration avec le National Policing Institute (NPI), dans le cadre de la Loi de 2022 sur la formation à la désescalade pour les forces de l’ordre (LEDTA).

L’objectif de cette initiative est d’établir un cadre commun afin d’améliorer la préparation des policiers et des professionnels de la santé mentale visés par la réglementation face aux situations de conflit, de crise ou potentiellement dangereuses. La désescalade désigne l’ensemble des stratégies visant à réduire l’intensité d’un conflit, à favoriser la communication et à chercher une résolution sûre avant de recourir, lorsque cela est possible, à des mesures plus coercitives.

Les nouvelles normes reposent sur une révision des recherches disponibles, des pratiques développées sur le terrain et des contributions de professionnels et d’autres acteurs concernés. Selon le COPS Office, le document a également été soumis à un processus de révision avec des représentants d’agences fédérales et d’autres acteurs externes. Le résultat : 14 normes nationales qui établissent des orientations dans trois grands domaines : le développement de la formation, sa mise en œuvre et les contenus qu’elle devrait inclure.

L’un des éléments phares de l’initiative est qu’elle ne se limite pas à proposer des contenus de formation, mais qu’elle établit également des critères permettant de réviser et de certifier les programmes de formation. Ainsi, les organisations qui disposent déjà de cours ou de programmes d’études sur la désescalade et la gestion des situations de crise peuvent les soumettre volontairement au processus de certification prévu par la LEDTA.

Le processus de certification est gratuit et volontaire. Les organismes intéressés peuvent soumettre leurs programmes afin qu’ils soient évalués conformément aux nouvelles normes nationales. Les formations qui remplissent les conditions requises pourront obtenir la certification correspondante et figurer dans un catalogue public de formations certifiées, afin que les services de police puissent identifier et consulter les différentes options disponibles.

La certification peut également apporter d’autres avantages aux organismes de formation. D’une part, elle permet d’attester que le programme a été révisé conformément à des normes élaborées et validées à l’échelle fédérale. D’autre part, elle peut accroître la visibilité du programme auprès des services qui

cherchent une formation spécialisée en désescalade et en intervention dans les situations de crise.

Un autre aspect important est le lien potentiel avec le financement public. La LEDTA prévoit des ressources approuvées par le Congrès des États-Unis afin que les agences puissent mettre en œuvre des programmes de formation certifiés. Par conséquent, l’établissement de ces normes vise non seulement à harmoniser les critères de formation, mais également à permettre aux administrations policières de disposer de programmes répondant aux exigences établies pour accéder aux mécanismes de soutien prévus par la loi.

Le système intègre également un mécanisme d’amélioration pour les programmes qui n’obtiennent pas l’approbation lors de leur première évaluation. Les organismes concernés recevront des informations détaillées sur les aspects devant être modifiés et pourront bénéficier d’une assistance technique pour adapter leurs programmes d’études aux normes. Cela fait du processus non seulement un mécanisme de certification, mais aussi un outil destiné à favoriser la révision et l’amélioration des programmes existants.

La publication de ces normes constitue, en définitive, une étape vers la définition d’un cadre national de référence pour la formation de la police aux techniques de désescalade et de gestion des situations de crise aux États-Unis. L’initiative met l’accent sur la nécessité pour les professionnels de disposer d’une formation structurée et fondée sur des critères communs afin de faire face à des situations complexes dans lesquelles la communication, la gestion des conflits et la sécurité jouent un rôle central.

Les services de police et les organismes publics ou privés dédiés à la formation peuvent désormais consulter les 14 normes et évaluer dans quelle mesure leurs programmes y sont conformes. Les organismes qui satisfont aux exigences ou souhaitent y adapter leurs programmes d’études peuvent entamer le processus de certification via LEDTAtraining.org, gratuitement.

L’initiative ouvre ainsi une nouvelle étape dans la formation spécialisée à la désescalade aux États-Unis, afin d’établir des critères communs, de faciliter l’identification de programmes de qualité et de favoriser une réponse plus structurée aux situations de conflit et de crise.

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IA et police : les bénéfices progressent plus vite que les garanties, selon une nouvelle étude

L’intelligence artificielle (IA) transforme rapidement le fonctionnement des forces de police et du système de justice pénale. De l’analyse des preuves numériques à la rédaction automatisée de documents, en passant par l’identification de schémas criminels, ces technologies promettent d’améliorer l’efficacité et d’alléger la charge de travail des professionnels. Toutefois, une nouvelle étude menée par l’Université de Northumbria met en garde contre un déploiement de ces outils qui progresse plus rapidement que les mécanismes de contrôle, de supervision et de régulation nécessaires pour garantir une utilisation sûre, transparente et responsable.

Réalisée sur une période de quatre ans dans le cadre du projet PROBabLE Futures, cette étude constitue à ce jour la cartographie la plus complète de l’utilisation de l’IA au sein du système de justice pénale en Angleterre et au Pays de Galles. Les chercheurs ont recensé 70 outils d’intelligence artificielle déjà opérationnels, en phase d’expérimentation ou en cours de développement. Parmi eux, 27 sont déjà utilisés dans un cadre opérationnel, tandis que 34 font l’objet de projets pilotes. Plus de la moitié ont été développés par des entreprises privées, ce qui illustre également le rôle croissant du secteur technologique dans ce domaine.

Les applications identifiées sont très variées. Elles comprennent la transcription automatique des dépositions, l’assistance à la rédaction des procès-verbaux, le tri des appels adressés aux centres d’urgence, l’analyse de grands volumes d’informations afin de détecter des tendances criminelles, l’identification des personnes vulnérables, la gestion des preuves numériques, la rédaction de documents judiciaires ainsi que les systèmes de reconnaissance faciale. Certaines solutions sont également destinées au bien-être des agents et sont capables de détecter des indicateurs de stress ou de risques psychosociaux.

Les chercheurs reconnaissent que nombre de ces applications apportent des bénéfices réels lorsqu’elles sont correctement mises en œuvre. Les tâches répétitives et administratives peuvent être automatisées, ce qui permet aux professionnels de consacrer davantage de temps aux activités nécessitant un jugement humain. De même, l’analyse automatisée des données peut accélérer les enquêtes et faciliter l’identification d’informations pertinentes qui pourraient passer inaperçues lors d’un examen manuel.

Cependant, le principal enseignement du rapport est que ces avantages ne sont durables que si les outils ont été conçus pour répondre à des besoins précis, ont fait l’objet de tests rigoureux et sont encadrés par des mécanismes de supervision solides. Selon les auteurs, cette situation est encore loin d’être généralisée, et dans de nombreux cas, le rythme d’adoption de ces technologies dépasse la capacité des institutions à évaluer les risques et à mettre en place des règles de gouvernance claires.

L’un des aspects les plus marquants de l’étude concerne la critique du concept human in the loop (« l’humain dans le processus »), selon lequel une personne est censée examiner systématiquement les décisions ou recommandations produites par l’IA avant qu’elles ne produisent des effets concrets. En théorie, ce mécanisme doit garantir que la responsabilité finale reste entre les mains des personnes.

Les chercheurs constatent cependant que cette supervision est souvent davantage formelle qu’effective. Lorsqu’un outil affiche un niveau élevé de précision, les utilisateurs ont tendance à lui accorder une confiance excessive et à examiner ses résultats avec moins d’attention. Cette situation crée un faux sentiment de sécurité : les erreurs sont peu fréquentes, mais lorsqu’elles surviennent, elles risquent davantage de passer inaperçues et peuvent avoir des conséquences importantes, notamment dans des domaines aussi sensibles que les enquêtes policières ou les procédures judiciaires.

Le rapport alerte également sur un autre risque émergent : l’interconnexion de plusieurs systèmes d’IA au sein d’un même processus. Si les informations produites par un outil alimentent automatiquement un autre système, une erreur initiale peut se propager et s’amplifier tout au long de la chaîne décisionnelle. Ce phénomène, qualifié de « chaînage des systèmes d’IA », est encore peu étudié, mais les auteurs estiment qu’il devrait faire l’objet d’une attention prioritaire.

Afin de répondre à ces défis, l’étude formule 26 recommandations à l’intention des administrations publiques, des services de police, des autorités judiciaires, des fournisseurs de technologies et de la communauté scientifique. Parmi les principales mesures proposées figurent la réalisation d’évaluations indépendantes de tous les outils d’IA, la création de registres publics permettant d’identifier les systèmes utilisés, l’adoption de normes plus exigeantes pour leur acquisition et leur validation, le renforcement de la formation des professionnels ainsi que le développement de recherches spécifiques sur les risques liés aux interactions entre différents systèmes d’intelligence artificielle.

En définitive, l’étude ne remet pas en cause l’utilité de l’IA dans le domaine policier et ne plaide pas pour un ralentissement de l’innovation. Au contraire, elle conclut que ces technologies peuvent apporter une réelle valeur ajoutée lorsqu’elles sont utilisées de manière responsable et transparente. Le véritable défi consiste à faire en sorte que les avancées technologiques s’accompagnent d’un cadre solide de gouvernance, de supervision et de reddition de comptes. C’est à cette condition qu’il sera possible de tirer pleinement parti des bénéfices de l’intelligence artificielle sans compromettre les droits fondamentaux, la qualité des enquêtes ni la confiance des citoyens envers les institutions chargées de la sécurité.

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L’utilisation de l’IA dans la police pourrait conduire à des rapports de moins bonne qualité

L’intelligence artificielle s’impose progressivement au sein des forces de police aux États-Unis. Des entreprises comme Axon affirment que ses outils de rédaction automatisée permettent de générer des rapports policiers plus rapides et de meilleure qualité. Cependant, une nouvelle étude remet en question ce récit et ouvre un débat important sur la supervision, la qualité documentaire et les risques institutionnels.

La recherche analyse des rapports policiers rédigés avec l’assistance de l’IA et les compare à des rapports écrits de manière traditionnelle. L’expérience a été conçue en « triple aveugle » : ni les superviseurs chargés d’évaluer les documents, ni les chercheurs responsables des analyses, ni les participants ne savaient quels textes avaient été générés avec l’aide de l’intelligence artificielle. Au total, 92 superviseurs de police expérimentés – sergents, lieutenants et cadres ayant en moyenne près de 22 ans d’expérience – ont examiné 80 rapports policiers selon des critères habituels de qualité.

Les résultats sont particulièrement significatifs car ils déconstruisent une idée très répandue : celle selon laquelle les textes produits par l’IA paraissent « meilleurs » simplement parce qu’ils sonnent plus professionnels. L’analyse informatique confirme que les rapports assistés par IA utilisent un langage plus complexe, moins lisible et d’un niveau de lecture plus élevé. Autrement dit, ils emploient des phrases plus élaborées, un vocabulaire plus sophistiqué et une structure plus formelle. Mais cette sophistication ne se traduit pas par une meilleure évaluation opérationnelle.

En réalité, les superviseurs ont attribué des notes plus faibles aux rapports générés par IA en matière de précision et d’exactitude. Bien que les différences globales de qualité ne soient pas énormes, toutes les dimensions analysées montraient des tendances défavorables pour les rapports assistés par IA. Un détail est particulièrement préoccupant : les superviseurs valident quasiment le même pourcentage de rapports, qu’ils soient rédigés avec ou sans IA. Environ 22 % des documents ont été approuvés « tels quels », indépendamment de leur origine.

Cela met en évidence un problème central : les superviseurs ne perçoivent pas les conséquences qualitatives introduites par l’IA. Plus encore, ils ne sont pas en mesure d’identifier quels rapports ont été rédigés avec le soutien de l’intelligence artificielle. Leur demander de les distinguer équivalait à jouer à pile ou face. Leur capacité d’identification était pratiquement nulle.

Ce point est crucial du point de vue de la sécurité et de la gouvernance technologique. De nombreuses politiques publiques partent du principe que la supervision humaine constitue un mécanisme de contrôle face aux erreurs ou aux biais de l’IA. Toutefois, l’étude suggère que cette confiance est exagérée. Si les superviseurs ne peuvent ni détecter l’usage de l’IA ni identifier les problèmes qu’elle introduit, le modèle de « supervision humaine » risque de créer un faux sentiment de sécurité.

Les chercheurs identifient deux problèmes structurels. Le premier concerne la lisibilité. Les systèmes d’IA tendent à générer des textes plus complexes et artificiels, mais les superviseurs ne pénalisent pas cette complexité car les critères internes de qualité n’accordent pas suffisamment d’importance à la clarté et à la compréhension du texte. Cela est d’autant plus problématique car les rapports policiers ne sont pas seulement lus par la police : ils sont également examinés par des procureurs, des avocats, des juges, des journalistes et, dans certains cas, des jurys populaires. Un rapport plus difficile à lire n’est pas nécessairement un meilleur rapport.

Le second problème est d’ordre architectural. Des outils comme Draft One, développé par Axon, reposent principalement sur des transcriptions audio. Cela signifie que l’IA ne peut rédiger que ce qu’elle « entend ». Cependant, de nombreux éléments importants d’une intervention policière n’apparaissent pas dans l’audio : gestes, expressions, contexte environnemental, objets visibles ou perceptions directes de l’agent. Les superviseurs ont partiellement détecté ce manque de complexité, mais ils ont néanmoins continué à valider les rapports.

La recherche remet également en question une idée courante dans le débat sur l’IA : les problèmes pourraient être résolus simplement en formant mieux les superviseurs à « détecter » les contenus générés artificiellement. Les auteurs estiment que cette approche est erronée. La détection humaine n’est pas fiable et ne le sera probablement jamais de manière cohérente. Par conséquent, ils proposent des alternatives plus structurelles : conserver les brouillons originaux, enregistrer les données utilisées par l’IA, maintenir un historique des modifications et mettre en place des systèmes d’audit automatique.

En fin de compte, l’étude soulève une question plus profonde. Les rapports policiers ne sont pas de simples documents administratifs : ce sont des récits aux conséquences juridiques et opérationnelles importantes. Un bon rapport n’est pas celui qui paraît le plus sophistiqué, mais celui qui sélectionne correctement les informations pertinentes, reste compréhensible et résiste à l’examen judiciaire. L’IA peut améliorer l’apparence formelle du texte, mais cela ne garantit pas une meilleure qualité réelle.

Pour les professionnels de la sécurité, cette recherche constitue un avertissement clair : intégrer l’IA dans les flux policiers peut réduire la charge administrative et accélérer les procédures, mais cela peut également introduire de nouveaux risques invisibles pour les superviseurs chargés de les contrôler. La gouvernance de ces outils ne peut pas reposer uniquement sur la confiance dans la supervision humaine. Elle nécessite des mécanismes techniques, des audits et de nouveaux critères de qualité adaptés à une époque où les textes peuvent sembler impeccables tout en dissimulant des failles importantes.

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Europol intensifie la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants en ligne

Europol a annoncé les résultats d’une nouvelle opération internationale consacrée à l’identification de victimes d’exploitation sexuelle sur des enfants en ligne. Du 13 au 24 avril 2026, des spécialistes de 31 pays, aux côtés d’experts d’INTERPOL, se sont réunis au siège d’Europol à La Haye, dans le cadre d’une nouvelle édition de la Victim Identification Taskforce (VIDTF). L’opération a permis d’identifier provisoirement 12 mineurs victimes d’abus sexuels et de générer plus de 200 pistes d’enquête, qui ont déjà été transmises aux autorités nationales compétentes.

Cette initiative met en lumière l’ampleur mondiale et la complexité croissante de l’exploitation sexuelle des enfants sur Internet, ainsi que la nécessité d’une coopération internationale permanente pour lutter contre cette forme de criminalité. Au cours de l’opération, les experts ont analysé 317 ensembles de données liés à des victimes de différents âges – de très jeunes enfants à des adolescents – et de multiples nationalités. L’objectif principal consistait à identifier des indices visuels, géographiques ou contextuels susceptibles de permettre la localisation des victimes et des auteurs des délits.

Pour ce faire, Europol utilise depuis 2016 le système IVAS (Image-Video Analysis System), une plateforme avancée d’analyse d’images et de vidéos permettant de classifier et de relier d’importants volumes de contenus d’abus sexuels sur des enfants. Depuis sa mise en œuvre, le système a traité plus de 118 millions de fichiers uniques fournis par différents services de police à travers le monde. Cette vaste base de données facilite la détection de schémas récurrents, le rapprochement entre affaires et l’identification de nouvelles victimes.

Les résultats cumulés des opérations VIDTF entre 2014 et 2026 illustrent l’impact de ce modèle de coopération internationale. Sur cette période, plus de 8 500 ensembles de données ont été analysés et près de 3 500 dossiers de renseignement ont été produits pour soutenir des enquêtes policières. Grâce à ces actions, les autorités nationales ont pu identifier et protéger 1 190 victimes et arrêter 330 agresseurs liés à des réseaux d’exploitation sexuelle d’enfants.

Selon Europol, la méthodologie des VIDTF s’est imposée comme l’un des outils les plus efficaces dans la lutte contre ce type de criminalité. Réunir des spécialistes de différents pays dans un même environnement facilite l’échange rapide d’informations, l’analyse coordonnée des preuves numériques ainsi que le partage d’expertise technique et d’expérience d’enquête. Cette coopération est particulièrement importante dans un contexte où les criminels opèrent à l’échelle transnationale et utilisent des plateformes chiffrées, des services d’anonymisation et des réseaux distribués pour dissimuler leurs activités.

Un autre aspect préoccupant concerne l’augmentation continue du volume de contenus d’abus sexuel sur des enfants disponibles sur Internet. Europol alerte sur le fait que, malgré les efforts policiers et technologiques, des millions de fichiers continuent d’être diffusés en ligne.

L’agence européenne souligne également l’importance de la collaboration citoyenne. Grâce à la plateforme « Stop Child Abuse – Trace an Object », Europol publie des images d’objets ou de fragments visuels issus d’affaires non résolues afin de permettre au public de transmettre anonymement des informations. Cette initiative a déjà contribué à identifier 31 victimes grâce à des informations fournies par des citoyens. L’objectif est d’exploiter le moindre détail apparemment anodin – un objet, un logo ou un vêtement – susceptible d’aider à localiser une victime ou à déterminer le lieu où ont été commis les abus.

L’opération récente a compté sur la participation de pays européens et également d’autres régions du monde, notamment la France, l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada et l’Australie, entre autres. Cette dimension internationale démontre que l’exploitation sexuelle des enfants en ligne constitue un problème mondial nécessitant une réponse coordonnée et durable.

Enfin, Europol insiste également sur l’importance du vocabulaire employé pour désigner ces crimes. L’agence recommande d’éviter l’expression « pornographie infantile » et de privilégier des termes tels que « matériel d’abus sexuels sur des enfants » ou « matériel d’exploitation sexuelle des enfants », estimant que la première formulation peut laisser entendre une forme de consentement ou de légalité. Chaque image ou vidéo représente une situation réelle d’abus et de victimisation, et le choix des mots est essentiel pour refléter correctement la gravité des faits.

Ce type d’opérations montre que la combinaison de la technologie, du partage du renseignement et de la coopération internationale demeure un outil essentiel pour protéger les mineurs et poursuivre les réseaux criminels opérant sur Internet.

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Commissariats de police intelligents en Éthiopie : vers la digitalisation de la sécurité publique

L’Éthiopie teste un nouveau modèle de commissariat de police, appelé « smart police station » ou commissariat intelligent. Ce projet pilote, installé dans le district de Bole, dans la capitale, Addis-Abeba, marque un effort plus large du gouvernement pour moderniser l’administration publique grâce à la digitalisation. L’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation technologique Digital Ethiopia 2030, portée par le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

Comme le rapporte Daniel Dadzie de la BBC, contrairement à un commissariat de police traditionnel, ce nouveau modèle fonctionne sans agents présents physiquement pour servir les citoyens. Au lieu d’un guichet classique, l’espace propose des cabines équipées de tablettes numériques, permettant aux citoyens de déposer des plaintes ou de signaler des incidents. Le système guide l’usager à travers un processus simple : il doit d’abord sélectionner le type d’incident – délit, problème de circulation ou demande d’information – puis saisir les détails correspondants. Une fois la demande envoyée, un agent réel situé à distance apparaît sur un écran pour poursuivre la conversation, poser des questions et finaliser le rapport. Si la situation l’exige, une patrouille peut être immédiatement envoyée au lieu indiqué.

Ce modèle vise à rapprocher le service policier des citoyens et à faciliter l’accès aux démarches, notamment dans les zones où le personnel est limité ou les infrastructures traditionnelles insuffisantes. Selon les responsables du projet, l’avenir de la sécurité publique passera par des systèmes plus connectés et technologiquement intégrés. La digitalisation permet de réduire les formalités administratives, d’accélérer le traitement des dossiers et d’optimiser les ressources humaines.

Cependant, le projet en est encore à ses débuts. Lors de sa première semaine de fonctionnement, le commissariat intelligent n’a enregistré que trois plaintes : la perte d’un passeport, un cas de fraude financière et une plainte de routine. Ce faible volume traduit une méconnaissance du système par la population, qui nécessite du temps pour s’y familiariser.

Cette initiative fait partie d’un mouvement plus large de digitalisation des services publics en Éthiopie. Le gouvernement a lancé plusieurs mesures pour moderniser l’administration, notamment la création d’un système national d’identité numérique, le développement des paiements électroniques et la digitalisation de plus d’une centaine de services publics. L’objectif est d’adapter les institutions à une société de plus en plus urbaine, jeune et connectée.

Malgré ces avancées, le pays fait face à des défis structurels majeurs. L’un des principaux est la fracture numérique. Selon des données récentes d’organismes internationaux, environ 79 % de la population éthiopienne n’a toujours pas accès à Internet. Cette situation limite l’impact des initiatives digitales et risque d’exclure certains segments de la société, notamment les personnes âgées, les populations rurales et les ménages à faibles revenus.

Le niveau de compétences numériques représente un autre obstacle. Pour que des projets comme les commissariats intelligents fonctionnent efficacement, les citoyens doivent posséder un minimum de familiarité avec les outils numériques. Sans cette alphabétisation technologique, l’utilisation des systèmes peut s’avérer compliquée et générer de nouvelles vulnérabilités, telles que les fraudes ou les usurpations d’identité.

Des inquiétudes existent également concernant la sécurité des données et la protection de la vie privée. Les systèmes numériques de signalement et de gestion des informations nécessitent des infrastructures robustes et des mécanismes de protection adéquats pour éviter toute fuite ou usage abusif des données personnelles des citoyens.

Malgré ces défis, plusieurs experts estiment que les investissements dans les infrastructures digitales, la connectivité et la formation sont essentiels pour moderniser l’État. L’expansion de la bande passante, le développement des paiements électroniques et la digitalisation progressive des services publics témoignent de la volonté de l’Éthiopie de réduire son retard technologique.

Dans ce contexte, le poste de police intelligent d’Addis-Abeba représente avant tout une expérience. Il ne s’agit pas encore d’un modèle consolidé, et il ne remplace pas les postes de police traditionnels, qui restent le principal point de contact entre la police et les citoyens. Cependant, ce projet pilote offre un aperçu de l’évolution possible des services policiers, combinant présence physique et outils numériques pour améliorer l’efficacité et l’accessibilité.

En somme, cette initiative illustre l’ambition de l’Éthiopie de construire une administration publique plus digitale et efficace. Son succès dépendra non seulement de la technologie mise en œuvre, mais aussi de la capacité du pays à réduire la fracture numérique, améliorer l’alphabétisation technologique et garantir la sécurité des données. Seules ces conditions permettront aux commissariats intelligents de devenir un véritable outil de renforcement de la sécurité et de la confiance entre citoyens et institutions.

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36 laboratoires démantelés lors d’une opération contre un réseau de drogues de synthèse

Au cours du mois de février 2026, Europol a soutenu les autorités policières d’Ukraine, de Pologne et de Moldavie dans une opération conjointe contre un réseau criminel international impliqué dans la production et le trafic de drogues de synthèse, principalement des cathinones synthétiques comme l’alfa-PVP.

Au cours de la journée d’action, la Police nationale d’Ukraine et le Bureau central d’enquête de la police polonaise ont effectué des contrôles coordonnés sur environ 510 sites. Les agents des forces de l’ordre ont démantelé 36 lieux de production illicite et 74 installations de stockage de drogues prêtes à être distribuées. Un total de 129 personnes ont été mises en examen et 103 personnes ont été arrêtées.

Le réseau faisant l’objet de l’enquête est supposé opérer dans plusieurs pays, tels que la Bulgarie, la Moldavie et l’Ukraine. Le groupe serait vraisemblablement dirigé par un organisateur ukrainien qui met en place et équipe des laboratoires clandestins avec le matériel et les substances chimiques nécessaires. Les enquêteurs pensent que cet individu entretient des liens étendus avec des réseaux criminels polonais, facilitant l’approvisionnement en précurseurs, en produits chimiques essentiels et en équipements par le biais de structures commerciales légales.

L’opération a inclus des perquisitions de domicile ainsi que l’inspection d’autres locaux et véhicules. Au total, l’enquête a conduit aux confiscations suivantes :

  • 20 610 litres de précurseurs ;
  • 229,4 kilogrammes d’alpha-PVP ;
  • 156,3 kilogrammes d’amphétamine ;
  • 46,6 kilogrammes et 284 litres de phénil-2-nitropropène ;
  • 2 kilogrammes de sodium métallique ;
  • 67,6 kilogrammes et 350 litres de méphédrone ;
  • 7 kilogrammes de méthamphétamine ;
  • 47 kilogrammes de cannabis ;
  • 5 115 comprimés de MDMA ;
  • 2 000 comprimés d’ecstasy ;
  • 1,6 million UAH (environ 31 000 €), 167 000 USD (environ 141 000 €), 39 000 € en espèces ;
  • actifs virtuels d’une valeur de 45 000 USD (environ 38 000 €) ;
  • 41 véhicules.

Le réseau criminel employait diverses tactiques pour faciliter l’opération de ses activités illicites. Il a fait un usage abusif de structures commerciales légales exploitées par des ressortissants polonais et lituaniens ayant déjà participé à la production illicite de drogues de synthèse. Cela leur a permis d’importer des produits chimiques, y compris des précurseurs qui ne sont pas encore soumis à contrôle, et de faciliter les activités de plusieurs laboratoires clandestins détectés dans différents pays. En opérant dans plusieurs États membres et en exploitant les failles juridiques, le réseau a accru le risque d’exposition et a rendu plus difficile pour les autorités chargées de l’application de la loi d’interrompre ses activités.

La contribution d’Europol à l’opération a inclus un soutien opérationnel et analytique, mettant l’accent sur la fourniture de données en temps réel et la facilitation de l’échange d’informations pendant les journées d’action. Cet effort de collaboration visait à interrompre les activités du réseau et à renforcer la lutte contre la production et le trafic de drogues de synthèse en Europe.

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Une vaste opération contre le trafic de migrants en Bulgarie se termine par 16 arrestations

Une enquête dirigée par la Bulgarie, menée en collaboration avec la police hellénique et avec le soutien d’Europol, a permis le démantèlement d’un réseau criminel organisé, impliqué dans le trafic de migrants depuis la Turquie passant par la Bulgarie puis la Serbie ou la Roumanie vers des pays d’Europe de l’Ouest. L’enquête a été réalisée dans le cadre d’un groupe de travail opérationnel régional créé pour lutter contre les réseaux de trafic de migrants utilisant la Bulgarie comme pays de passage.

La journée d’action policière a abouti à 16 arrestations, 6 perquisitions dans des habitations et des locaux, ainsi qu’à la saisie de dispositifs mobiles, de documents administratifs, de documents d’immatriculation de véhicules, de registres comptables et d’autres archives.

Le réseau de trafic de migrants fonctionnait avec une structure pyramidale, avec des membres occupant différents rôles. Le groupe central, basé à Sofia, était principalement composé de citoyens bulgares et syriens qui agissaient de manière très coordonnée. Son rôle principal était d’organiser le trafic à travers la Bulgarie, tout en maintenant une étroite coopération avec d’autres réseaux criminels basés dans les pays voisins. Par exemple, le paiement pour les services de passeur avait déjà été organisé avant le départ. Les migrants devaient effectuer un dépôt via les bureaux hawala en Turquie, d’où partaient les migrants.

Après avoir recruté des migrants en Turquie, les membres du réseau criminel les introduisaient clandestinement via la frontière verte sud de la Bulgarie, les guidant vers des lieux prédéfinis. De là, des chauffeurs les transportaient à Sofia en utilisant différents véhicules, y compris des voitures et des autocars. Les migrants étaient logés temporairement dans des maisons sécurisées à Sofia et ses environs avant d’être transférés vers les frontières bulgaro-serbes ou bulgaro-roumaines. Dans certains cas, les migrants étaient acheminés directement vers les zones frontalières sans hébergement provisoire.

Europol a réalisé une analyse opérationnelle approfondie afin d’identifier les différentes cibles et cartographier leurs activités criminelles. Ensuite, dans le cadre du groupe de travail opérationnel régional, Europol a déployé un expert à Sofia qui était sur le terrain le jour d’action pour fournir des vérifications croisées en temps réel avec les bases de données d’Europol et pour soutenir les autorités nationales chargées de l’application de la loi.

Depuis sa création en septembre 2023, Europol a fourni un soutien opérationnel et analytique dédié au groupe de travail opérationnel dirigé par la Bulgarie. Europol a organisé et coordonné de nombreuses réunions opérationnelles entre les parties prenantes et a facilité l’échange de données opérationnelles.

Le trafic de migrants reste une menace criminelle très importante dans l’UE, nécessitant une action coordonnée tout au long de la chaîne criminelle, depuis le recrutement et le trafic jusqu’aux flux financiers qui le soutiennent. Europol soutient les enquêtes grâce à une approche basée sur les données, améliorant les affaires fournies par les autorités nationales grâce à une analyse opérationnelle et une expertise. Europol a également facilité l’échange d’informations et coordonné des opérations conjointes visant à démanteler les réseaux criminels.

Le Règlement (UE) 2025/2611 est une mesure qui a été adoptée en décembre 2025 afin de renforcer les efforts d’Europol dans la lutte contre le trafic de migrants. Cette nouvelle législation de l’UE souligne ainsi l’importance d’aborder le trafic de migrants au niveau de l’UE par le biais d’une coopération renforcée, y compris la création du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants (ECAMS).

Avec la création de l’ECAMS, la priorité d’Europol est de garantir un meilleur échange systématique d’informations et une meilleure coordination des efforts. Cela inclut le renforcement de l’expertise en renseignement de source ouverte (OSINT) et des enquêtes financières, ainsi que l’amélioration de l’impact opérationnel du réseau d’agents de liaison de Frontex, Eurojust et des États membres.

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Livre blanc de la Police : vers un nouveau modèle de sécurité en Angleterre et au Pays de Galles

Le Gouvernement britannique a présenté le white paper « From local to national: a new model for policing », qui établit les réformes les plus profondes du système policier depuis sa professionnalisation il y a deux siècles. Déjà annoncées par la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, ces mesures visent à adapter la police à un environnement criminel de plus en plus complexe, numérique et transnational, tout en renforçant la police de proximité et la confiance des citoyens.

L’un des piliers de la réforme est la révision structurelle de la carte policière. Actuellement, l’Angleterre et le Pays de Galles comptent 43 forces locales, un modèle que le Gouvernement considère comme fragmenté et inefficace. Le Livre blanc propose de réduire considérablement ce nombre par le biais de fusions, dans le but d’améliorer l’efficacité, de réduire les coûts et de garantir une réponse plus cohérente et homogène sur l’ensemble du territoire.

Cette réorganisation a pour but de libérer des ressources pour renforcer la police de quartier et la lutte contre la criminalité locale, en ramenant la police à ses principes fondamentaux : présence visible, connaissance de la communauté et réponse rapide aux incidents.

La réforme la plus ambitieuse est la création d’un nouveau service national de police (NSP), conçu pour faire face aux crimes les plus graves et complexes, tels que la criminalité organisée, le terrorisme, la criminalité numérique et les menaces qui transcendent les frontières locales.

Ce nouveau service intégrera, sous une seule structure, des capacités jusqu’à présent dispersées, telles que l’agence nationale contre la criminalité (NCA), la police antiterroriste, les unités régionales de lutte contre la criminalité organisée, la police routière et les services de police aériens. Le résultat sera une force nationale avec une meilleure capacité à partager des renseignements, des technologies et des ressources.

Ce service national de police sera commandé par un commissaire national, qui deviendra alors le plus haut responsable des services policiers du pays. Une de ses fonctions clés sera d’assumer la gestion centralisée de la police scientifique, y compris la police scientifique numérique, afin de réduire les retards – actuellement avec des dizaines de milliers de dispositifs en attente d’analyse – et de garantir des normes techniques uniformes.

Grâce à ce nouveau modèle national, il sera possible de mettre fin à la duplication des processus de contractualisation et d’acquisition de technologie. Au lieu que chaque force achète son propre équipement, le service national de police acquerra du matériel et des systèmes TIC de manière centralisée, générant ainsi des économies d’échelle.

Le Gouvernement estime que ces mesures permettront d’économiser jusqu’à 350 millions de livres sterling, qui seront réinvestis directement dans la police de première ligne et dans la lutte contre la criminalité.

Le Livre blanc renforce de manière significative les mécanismes d’obligation de rendre des comptes. Les ministres disposeront de nouveaux pouvoirs pour intervenir dans les forces à faible rendement, y compris la capacité de destituer des chefs de police qui ne respectent pas les normes requises.

Des indicateurs clairs et comparables seront introduits concernant les temps de réponse, la résolution des crimes, la satisfaction des victimes et la confiance du public. Ces résultats seront publiés et permettront aux citoyens de comparer les performances des forces de l’ordre.

Parallèlement, les normes individuelles des agents seront renforcées par :

  • des contrôles de vérification obligatoires et plus stricts ;
  • l’exclusion de la profession de personnes ayant des antécédents de crimes de violence à l’égard des femmes et des filles ;
  • la suspension obligatoire des agents sous enquête pour ces délits ;
  • l’introduction d’une licence professionnelle renouvelable, similaire à celle d’autres professions réglementées.

La réforme établit également de nouveaux objectifs nationaux de réponse : arrivée sur les lieux d’incidents graves dans un délai de 15 minutes maximum en zones urbaines et de 20 minutes en zones rurales, et réponse aux appels d’urgence en moins de 10 secondes.

De plus, les garanties locales de sécurité (Local Policing Guarantees) sont élargies, garantissant que chaque circonscription électorale dispose d’agents affectés, identifiables et accessibles, ayant une connaissance approfondie des problèmes locaux. Le Gouvernement encourage également un programme de recrutement de diplômés universitaires, inspiré du modèle Teach First, pour attirer des jeunes talents vers des rôles de police de proximité.

Grâce à un investissement de plus de 140 millions de livres sterling, le Gouvernement s’engage résolument en faveur de la technologie policière, comme l’expansion de la reconnaissance faciale en direct, le déploiement d’outils d’intelligence artificielle pour analyser des images et des preuves numériques, ainsi que la création du centre national Police.

Ces outils permettront de réduire la charge bureaucratique et de restituer des millions d’heures de travail à la police de première ligne, augmentant ainsi la présence des agents dans la rue.

Enfin, le Livre blanc introduit un nouveau leadership national en matière d’ordre public, avec la capacité de coordonner des ressources en cas de troubles graves, et renforce de manière notable le soutien à la santé mentale des agents. Il cherche également à revitaliser la Police spéciale, notamment en intégrant des profils techniques et des experts en cybersécurité, afin de lutter plus efficacement contre la criminalité moderne.

Dans l’ensemble, le Livre blanc dessine un changement structurel profond : une police plus centralisée pour les grands délits, plus proche des citoyens au niveau local, avec des normes plus exigeantes, plus de technologie et une gouvernance plus stricte. Un modèle ambitieux conçu pour répondre aux défis liés à la sécurité du XXIe siècle.

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L’utilisation abusive des relations intimes en tant que tactique d’infiltration policière au Royaume-Uni

Un ancien agent infiltré de la Metropolitan Police de Londres, Mark Jenner, identifié en interne commel’agent HN15, a commencé à comparaître dans le cadre de l’enquête Undercover Policing Inquiry du Royaume-Uni, un processus public qui passe en revue plusieurs décennies d’opérations secrètes contre des mouvements sociaux, politiques et syndicaux. Jenner a opéré dans les années 90 sous la fausse identité de Mark Cassidy, s’infiltrant dans un groupe d’activistes de gauche dans l’est de Londres, principalement lié au Colin Roach Centre, une organisation communautaire et antiraciste, selon BBC.com et la journaliste Ayshea Buksh.

L’un des aspects les plus graves de l’affaire est que Jenner a entretenu une relation intime et de concubinage pendant cinq ansavec une militante appelée « Alison » (nom fictif), tout en étant marié et en ayant des enfants. La relation comprenait le concubinage, des vacances au Royaume-Uni et à l’étranger, la participation à des mariages, des célébrations religieuses et des réunions de famille. Alison considérait Jenner comme son compagnon régulier et ignorait complètement qu’il s’agissait d’un agent de police infiltré.

Selon ce qui a été exposé dans l’enquête, cette relation n’apparaissait pas de façon claire ni honnête dans les rapports officiels que Jenner présentait à ses supérieurs à Scotland Yard. Pendant qu’il entretenait cette relation avec Alison, plusieurs voyages ont été enregistrés comme étant des réunions opérationnelles ou des suivis d’activités politiques, alors qu’il s’agissait en réalité de vacances personnelles, y compris des voyages en Israël, en Thaïlande et à Amsterdam. Les photographies et vidéos personnelles présentées dans l’enquête ont confirmé cette double vie.

Alison a récemment comparu dans le cadre de l’enquête, tout comme l’ex-femme de Jenner, qui a témoigné de manière anonyme. Les deux femmes ont expliqué dans leur témoignage qu’elles avaient été trompées pendant des années et ont souligné que le système policier avait permis, par action ou par omission, cette tromperie prolongée. Selon Alison, il y a eu tellement de mensonges qu’il est difficile de croire que les responsables directs de Jenner n’en avaient pas connaissance et qu’ils aient agi avec autant d’incompétence.

Lors de sa déclaration initiale, Jenner a affirmé que, dans le contexte de l’infiltration, il considérait qu’il était « nécessaire » d’avoir des relations sexuelles avec des femmes pour préserver sa couverture, bien qu’il ait nié que la satisfaction sexuelle soit un avantage du travail. Cette affirmation a été accueillie avec une forte indignation de la part des victimes et de leurs représentants, car elle renforce la perception que les relations intimes ont été utilisées comme un outil opérationnel, malgré l’impact émotionnel profond sur les personnes concernées.

Alison a décrit les conséquences psychologiques de la découverte de la vérité comme dévastatrices, affirmant être très en colère, profondément angoissée et physiologiquement affectée. Au fil du temps, elle a réinterprété plusieurs épisodes de la relation comme des indices de la tromperie : absences inexplicables, contradictions concernant sa famille, et même la découverte d’une carte bancaire au nom de M. Jenner, qu’il a justifiée par un mensonge.

Le cas de Jenner n’est pas un incident isolé. L’enquête a révélé qu’au moins 50 femmes pourraient avoir été trompées de manière similaire par des agents de police infiltrés pendant plusieurs décennies. Ce schéma a été qualifié par les victimes comme une forme d’abus institutionnel, avec des éléments clairs de sexisme, de manipulation émotionnelle et de violation des droits fondamentaux. Alison, avec le soutien d’autres femmes aux histoires similaires, a lancé la plateforme Police Spies Out of Our Lives, destinée à donner plus de visibilité à leurs cas et à exiger des responsabilités politiques et légales.

D’un point de vue institutionnel, la Metropolitan Police a reconnu publiquement cette grave irrégularité et le comportement totalement inacceptable de certains agents de police infiltrés et de leurs responsables. Le sous-commissaire adjoint Jon Savell a présenté des excuses sans réserve aux femmes concernées, admettant que ces relations étaient abusives, trompeuses et erronées, et qu’elles ont érodé la confiance du public dans une tactique policière qui, dans d’autres contextes, est considérée comme légitime pour maintenir l’ordre et la sécurité.

La police soutient que le travail d’infiltration a fait l’objet de profondes réformes au cours des dernières décennies, avec des cadres juridiques, éthiques et de supervision beaucoup plus stricts. Les victimes réclament toutefois que ces réformes soient accompagnées d’une véritable responsabilisation, y compris le retrait des honneurs et des distinctions accordés aux agents de police impliqués dans des abus, ainsi que des changements législatifs interdisant explicitement les relations intimes lors des opérations d’infiltration.

L’enquête reste ouverte, et Mark Jenner comparaîtra pendant plusieurs jours supplémentaires. Les femmes concernées exigent toute la vérité, des responsabilités claires et la reconnaissance du fait que les dommages subis ne sont pas le résultat d’excès individuels, mais d’un système qui a permis et normalisé des pratiques profondément abusives avec la protection de l’État.

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