Un réseau de trafic de cocaïne démantelé grâce au suivi de ses flux financiers

Un réseau criminel international chargé de blanchir les profits issus du trafic de cocaïne pour le crime organisé italien a été démantelé après que les enquêteurs ont suivi la trace de l’argent à travers toute l’Europe.

Ce qui avait commencé par la détection de mouvements financiers suspects s’est révélé être un système sophistiqué de blanchiment d’argent au service de membres de la Camorra et de la ’Ndrangheta. Derrière des sociétés écrans, de fausses factures et des investissements de luxe, des millions d’euros provenant du trafic de cocaïne étaient blanchis puis réinvestis à travers toute l’Europe.

L’enquête a été menée par la Gendarmerie nationale française, en collaboration avec les Carabiniers italiens et la Police fédérale suisse (fedpol). Elle a également bénéficié du soutien de la Police judiciaire fédérale belge d’Anvers, de l’Agence bulgare pour la sécurité nationale, des douanes allemandes et de la Police nationale équatorienne, sous la coordination d’Europol et d’Eurojust.

En remontant les flux financiers, les enquêteurs ont identifié un ressortissant monténégrin, considéré comme une cible de haute valeur par Europol et recherché par plusieurs pays européens. Le suspect s’était installé dans la région de Cannes en France chez des proches parents, dont son gendre italien, connu des autorités italiennes pour blanchiment d’argent, fraude et trafic d’armes.

L’enquête financière a révélé que ce réseau de blanchiment était directement lié à un trafic de cocaïne à grande échelle entre l’Amérique du Sud et l’Europe.

Le groupe est soupçonné de coordonner les expéditions maritimes de quantités importantes de cocaïne vers les principaux ports d’Europe. Une importante saisie effectuée par les douanes belges fin 2025 a été reliée au suspect monténégrin, marquant une avancée décisive dans l’enquête.

Les enquêteurs ont ainsi mis en lumière une organisation hautement structurée. Le réseau reposait sur d’importantes capacités financières, l’utilisation de cryptoactifs, des déplacements transfrontaliers hebdomadaires à bord de véhicules de luxe équipés de compartiments dissimulés sophistiqués, ainsi que sur un réseau d’entreprises réparties dans plusieurs juridictions.

En février dernier, les autorités ont mené des arrestations et des perquisitions coordonnées en France, en Italie, en Belgique et en Suisse. Sept suspects ont été arrêtés (quatre en France et trois en Italie), dont la cible monténégrine considérée comme prioritaire.

Sur la Côte d’Azur, des véhicules de luxe ont été saisis, ainsi que des biens immobiliers haut de gamme d’une valeur supérieure à 5 millions d’euros. D’autres entreprises et actifs ont également été confisqués en Suisse et en Italie.

Europol soutient cette enquête depuis 2023, et celle-ci est rapidement devenue l’une des opérations les plus actives de l’agence au sein de son Centre européen de lutte contre la criminalité économique et financière.

L’affaire a mobilisé l’ensemble des services d’Europol : analyses criminelles et financières avancées, communications sécurisées en temps réel et déploiements sur le terrain en France et en Italie afin de soutenir les enquêteurs nationaux et de construire une vision opérationnelle commune.

En 2024, une équipe commune d’enquête (ECE) a été mise en place au sein d’Eurojust entre la France, l’Italie et la Suisse, permettant une coordination judiciaire étroite. Par l’intermédiaire d’Europol, d’autres partenaires (Belgique, Allemagne et Équateur) ont rejoint l’équipe, élargissant ainsi son impact.

Le réseau @ON, financé par la Commission européenne et dirigé par la Direction italienne des enquêtes antimafia (DIA), a apporté un soutien financier aux réunions opérationnelles et au déploiement des enquêteurs.

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Chocolat sous clé

Ces derniers mois, plusieurs supermarchés au Royaume-Uni ont commencé à appliquer des mesures de sécurité inhabituelles à un produit apparemment inoffensif : le chocolat. Des chaînes comme Sainsbury’s, ainsi que Tesco et Co-op, ont choisi de placer des barres chocolatées dans des boîtes plastiques antivol, un système généralement réservé aux boissons alcoolisées haut de gamme ou aux dispositifs électroniques.

Cette décision répond à une augmentation significative du vol de chocolat, qui, selon le secteur, n’est plus le résultat de vols occasionnels, mais d’une activité systématique liée au crime organisé et à la revente sur des marchés illicites.

Selon l’Association of Convenience Stores (ACS), la confiserie – et surtout le chocolat – est devenue l’un des produits les plus volés dans les magasins locaux. La combinaison de sa valeur économique, de sa facilité de transport et de sa forte demande en fait une cible particulièrement attractive.

Les commerçants signalent que les vols sont souvent réalisés sur commande. Cela implique que les produits ne sont pas consommés immédiatement, mais qu’ils sont ensuite distribués par des circuits illégaux : d’autres établissements, des marchés informels ou des commerces qui achètent des marchandises à bas prix sans en vérifier l’origine.

Il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. Selon les données du British Retail Consortium, 5,5 millions d’incidents de vol à l’étalage ont été enregistrés au Royaume-Uni au cours de l’année écoulée. Par ailleurs, le secteur du commerce de détail a enregistré en moyenne 1 600 incidents quotidiens de violence ou d’abus visant ses travailleurs. Bien que ce chiffre représente une légère baisse par rapport à l’année précédente, il reste le deuxième plus élevé jamais enregistré.

Les répercussions économiques sont considérables. Le groupe Heart of England Co-Op, qui compte 38 magasins, a déclaré avoir perdu pour 250 000 livres sterling de chocolat en 2024, ce qui en fait le produit le plus volé cette année-là. En 2025, il n’a été dépassé que par l’alcool. En l’espace d’une seule semaine, un individu peut provoquer des pertes de plusieurs milliers de livres dans un même établissement.

Certains commerçants expliquent qu’un rayon entier de chocolat peut représenter une valeur d’environ 500 livres, et que des voleurs peuvent emporter entre 200 et 250 livres de marchandises dans un sac à dos en quelques minutes.

Face à cette situation, les commerces ont dû investir dans des mesures de protection : systèmes de vidéosurveillance (CCTV) plus sophistiqués, technologies d’intelligence artificielle destinées à identifier les suspects récidivistes, réduction des stocks exposés et suppression des promotions visibles dans les zones facilement accessibles. Dans certains cas, les étagères ne sont que partiellement remplies afin de limiter l’impact économique potentiel.

Le National Police Chiefs’ Council a affirmé travailler en étroite collaboration avec les commerçants et les experts en sécurité pour renforcer la réponse face à la criminalité dans le commerce de détail. La stratégie prévoit une meilleure coordination, un usage plus efficace de la technologie et des systèmes de signalement plus rapides.

Cependant, le secteur commercial exige une réponse plus ferme. L’ACS réclame des peines plus sévères pour les récidivistes ainsi que des actions ciblées contre les réseaux qui distribuent les produits volés, estimant que le problème ne se limite pas aux vols isolés, mais s’inscrit dans une économie parallèle pouvant financer d’autres activités criminelles.

Le cas du chocolat est le symptôme d’un problème plus large : la hausse du vol organisé dans le commerce de détail. Des produits qui ne nécessitaient auparavant aucune protection particulière sont désormais considérés comme des marchandises à haut risque. Cette évolution reflète des changements dans le comportement criminel, mais aussi dans les conditions socio-économiques et dans la capacité de revente via des circuits informels ou numériques.

Pour le secteur de la sécurité, ce phénomène pose plusieurs défis :

  • Adapter les systèmes de protection aux produits de consommation de masse ;
  • Trouver un équilibre entre expérience client et mesures antivol ;
  • Intégrer la technologie prédictive et l’analyse de comportements ;
  • Améliorer la collaboration entre les entreprises et les forces de sécurité ;

En définitive, le fait qu’une simple barre de chocolat doive être conservée sous clé constitue un indicateur clair de l’évolution du risque dans l’environnement commercial actuel. La réponse ne peut se limiter à des mesures physiques : elle nécessite une stratégie globale alliant prévention, renseignement et action judiciaire efficace.

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Comment la criminalité organisée envahit et ruine les communautés en France

L’article deFelia Allum dans The Conversation, professeure de criminalité organisée comparée à l’Université de Bath, analyse l’augmentation des meurtres liés au trafic de drogue en France et affirme que le pays se trouve à un « tournant » dans sa relation avec le crime organisé. L’affaire qui symbolise ce tournant est le meurtre de Mehdi Kessaci, frère d’un activiste anti-drogue à Marseille, un crime interprété comme un message d’intimidation dans le contexte d’une escalade de la violence. Entre 2023 et 2024, 73 personnes ont perdu la vie à Marseille dans des incidents liés au trafic de drogue, beaucoup d’entre eux étant des jeunes recrutés sur Internet avec la promesse d’argent facile. Des épisodes similaires se sont également produits à Grenoble, Paris, Nîmes, Montpellier, Nice et Lyon.

La ville de Marseille est devenue l’épicentre symbolique de cette crise. Le groupe qui domine actuellement une partie du marché de la drogue en France se fait appeler DZ Mafia, mais F. Allum souligne qu’il ne s’agit pas d’une mafia classique comme les mafias italiennes. Elle ne répond pas à la structure hiérarchique traditionnelle ni au modèle historique de contrôle territorial et d’infiltration institutionnelle caractéristique de certaines organisations italiennes. Cela oblige à éviter les simplifications et les étiquettes telles que « narco-État » ou « narco-terrorisme », qui peuvent attirer l’attention des médias mais n’aident pas toujours à comprendre le phénomène.

Selon l’auteure, le crime organisé n’apparaît pas de nulle part et ne s’impose pas uniquement par la force. Il s’enracine lorsqu’il trouve des espaces vides que l’État et la société n’occupent pas de manière adéquate. Historiquement, des structures mafieuses et des cartels se sont consolidés lors de périodes de transformation profonde de l’État, comme cela s’est produit en Italie pendant l’unification du XIXe siècle ou aux États-Unis en pleine industrialisation. Dans ces contextes de changement accéléré, les institutions étaient encore faibles ou instables, et des acteurs non étatiques ont comblé les vides de pouvoir.

Toutefois, dans le cas français actuel, il ne s’agit pas d’un État en construction, mais d’un État consolidé immergé dans un modèle économique libéral où les inégalités sociales, éducatives et économiques se sont approfondies. F. Allum, s’inspirant de la politologue Susan Strange, précise que l’autorité de l’État s’est érodée au profit des marchés et que le modèle de bien-être a été bureaucratisé et privatisé. Lorsque le tissu social se dégrade et que les opportunités réelles se font rares, les réseaux criminels offrent une alternative apparemment attrayante : des revenus immédiats, une identité, du respect et une structure d’appartenance.

Dans des quartiers où les taux de chômage des jeunes et l’échec scolaire sont élevés, le narcotrafic peut apparaître comme une voie d’ascension rapide, quoique particulièrement périlleuse. Les organisations imposent leurs propres normes aux vendeurs et aux recrues, génèrent des économies parallèles et, dans certains cas, obtiennent une certaine tolérance sociale basée sur la peur ou sur la dépendance économique. La criminalité organisée n’opère pas seulement contre la communauté ; elle s’intègre souvent et établit des liens complexes.

Face à cette situation, le gouvernement du président Emmanuel Macron a proposé un ensemble de mesures visant à renforcer la réponse pénale et policière. Parmi elles, il convient de souligner la création d’un parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), doté de procureurs spécialisés pour poursuivre les réseaux de trafic de drogue au niveau français et européen. Des programmes de protection des témoins sont également prévus, ainsi qu’un durcissement des conditions pénitentiaires pour les chefs de réseau et un élargissement des mécanismes de saisie des biens. La France se tourne vers le modèle italien des années quatre-vingt-dix comme référence législative.

De plus, le gouvernement souhaite augmenter les sanctions à l’encontre des consommateurs, avec des amendes plus élevées et des restrictions possibles telles que le retrait du permis de conduire ou des impacts sur l’emploi. Cette stratégie repose sur l’idée qu’il est nécessaire d’agir sur l’ensemble de la chaîne, des chefs jusqu’à la demande finale.

Cependant, F. Allum avertit que les mesures réactives et punitives, à elles seules, ne résolvent pas les causes structurelles du problème. Les réseaux criminels ont une grande capacité d’adaptation : lorsqu’une structure est démantelée, une autre peut émerger, souvent avec des opérations coordonnées depuis l’étranger. Sans une intervention qui aborde les inégalités, le manque d’opportunités et la déconnexion entre les institutions et la citoyenneté, le phénomène tend à se reproduire.

La lutte contre le trafic de drogue n’est pas seulement une question de renforcement policier ou de réforme pénale. C’est aussi une question de cohésion sociale, de politiques publiques intégrées et de reconstruction du lien entre l’État et les quartiers les plus vulnérables. La sécurité durable ne se construit pas uniquement par une répression accrue, mais par la prévention, l’investissement social et des alternatives réelles pour les jeunes qui voient aujourd’hui dans le marché de la drogue l’unique horizon possible.

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Le mirage blanc : moins de cocaïne interceptée, plus d’adaptation criminelle

Au cours des deux dernières années, les principaux ports du nord-ouest de l’Europe ont enregistré une baisse notable des saisies de cocaïne. À première vue, la tendance pourrait être interprétée comme un succès des politiques de sécurité. Des ports comme Rotterdam, Anvers ou Hambourg – qui avaient été pendant des années les principales portes d’entrée de la cocaïne sur le continent – ont durci les contrôles, la coopération internationale et les mesures anticorruption. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une réalité plus complexe : la diminution des interventions n’implique pas nécessairement une réduction du trafic, mais plutôt une transformation de ses dynamiques.

Les indicateurs de marché n’indiquent pas de pénurie. Dans plusieurs pays d’Europe occidentale, les prix de gros et de détail ont baissé tandis que la demande reste stable ou augmente. Cela suggère un scénario de surproduction, cohérent avec l’augmentation soutenue de la production dans des pays comme la Colombie. En d’autres termes, la pression policière n’a pas arrêté le flux, mais a contraint les organisations criminelles à innover.

Une première adaptation claire est le changement de la taille des envois. Les grandes cargaisons de plusieurs tonnes, très rentables mais aussi très risquées, ont laissé place à des expéditions plus petites et plus fréquentes. Cette fragmentation réduit les pertes en cas d’interception et complique la détection par des schémas traditionnels de renseignement.

Lorsque la surveillance augmente à un point, le trafic emprunte d’autres itinéraires. Ce phénomène, connu sous le nom d’effet waterbed, est déjà visible en Europe. Le renforcement des contrôles à Rotterdam, Anvers et Hambourg a été accompagné d’une augmentation de l’activité dans les ports du nord et de l’est du continent, ainsi que dans la région baltique et dans le sud-est européen.

Cette redistribution entraîne des risques supplémentaires : arrivée de nouveaux acteurs criminels, augmentation de la concurrence violente, pression sur des institutions disposant de moins de ressources et plus de vulnérabilité à la corruption. Le résultat n’est pas moins de cocaïne, mais une problématique plus dispersée et difficile à gérer de manière coordonnée.

Les organisations criminelles ont également sophistiqué leurs méthodes de dissimulation. Outre le trafic par conteneurs, des déversements en mer sous la coque des navires et l’usage de cocaïne liquide chimiquement modifiée pour la camoufler en produits légaux ont été signalés. Les laboratoires d’extraction et de transformation prolifèrent également sur le territoire européen, un signe préoccupant de la relocalisation de la chaîne de valeur illicite.

Ce phénomène s’accompagne d’une présence croissante d’organisations criminelles latino-américaines en Europe, comme le Primeiro Comando da Capital au Brésil, le Clan del Golfo ou le Cártel de Sinaloa. Cette implantation ne renforce pas seulement les réseaux de distribution, mais facilite également le transfert de connaissances, des contacts et des capacités logistiques.

Dans ce contexte, la réponse ne peut pas être exclusivement nationale. Les initiatives de coopération et d’échange d’informations sont essentielles. Renforcer le mandat d’Europol et améliorer les outils judiciaires d’Eurojust sont des étapes nécessaires pour éviter que le succès local ne génère des vulnérabilités régionales.

La lutte contre le trafic de drogue n’est plus seulement une question d’interception physique des marchandises, mais aussi d’intelligence, d’anticipation et de vision stratégique partagée. Les données de confiscations, à elles seules, peuvent créer une fausse impression de contrôle. Le véritable défi est de comprendre qu’il s’agit d’un adversaire qui une grande capacité d’adaptation.

La réduction des interventions peut sembler être une victoire, mais elle pourrait en réalité être une illusion. Une coopération soutenue, une analyse prospective et une approche globale de la sécurité sont nécessaires pour éviter que le problème ne se contente de changer de forme tout en continuant de croître.

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Marseille en état de psychose : narcotrafic et violence extrême

Marseille connaît une escalade de violence liée au trafic de drogue qui a engendré ce que les autorités, les professionnels du droit et les acteurs communautaires décrivent comme une psychose collective : un état de peur constant, un traumatisme social et une perception de perte de contrôle de l’État sur certaines parties du territoire urbain. L’élément le plus alarmant de cette crise est la montée des meurtres sur des mineurs et le rôle croissant des adolescents, y compris des enfants, tant comme victimes que comme acteurs forcés au sein des réseaux criminels.

L’affaire qui a récemment secoué l’opinion publique est le meurtre d’Adel, un garçon de 15 ans, abattu d’une balle en pleine tête puis calciné sur une plage de la ville. Son corps a été découvert par d’autres enfants qui se rendaient à l’école, un épisode qui symbolise à quel point la violence s’est normalisée et est devenue publique, visible et apparemment arbitraire.

Selon des données du ministère de la Justice français, le nombre de mineurs impliqués dans le trafic de drogue s’est multiplié par quatre au cours des huit dernières années. À Marseille, le narcotrafic a évolué vers un modèle fragmenté mais très compétitif, où une organisation dominante (ladite DZ Mafia) opère selon une structure de type franchise, avec de nombreux points de vente gérés par de jeunes recrues, souvent par le biais des réseaux sociaux.

Ce nouvel écosystème criminel se caractérise par :

  • Disparition des codes traditionnels de la criminalité organisée (ne pas attaquer de jour, ne pas exposer les corps, ne pas impliquer de mineurs) ;
  • Violence extrême et démonstrative, y compris des exécutions publiques, des corps brûlés et la diffusion de vidéos sur les réseaux ;
  • Recrutement massif de mineurs, dont beaucoup sont des migrants ou des adolescents vulnérables, souvent soumis à des coercitions, des dettes fictives et à la violence physique.

Des acteurs locaux décrivent une situation d’anarchie criminelle, où la logique de la peur a remplacé toute hiérarchie stable. Les jeunes, exposés quotidiennement à des morts violentes, ont perdu à la fois la peur de tuer et la peur de mourir.

Le meurtre de Mehdi Kessaci, un agent de police stagiaire de 20 ans, sans liens avec le trafic de drogue, a marqué un tournant. Sa mort serait un message intimidateur adressé à son frère, Amine Kessaci, activiste antidrogue et figure montante de la scène politique locale. Cette affaire renforce la perception selon laquelle ni les acteurs institutionnels ni leurs proches ne sont à l’abri des gangs.

Des avocats, des journalistes et des militants ont commencé à réduire ou à abandonner leur activité, ou à l’exercer sous protection policière par crainte de représailles. Certains professionnels du droit affirment ouvertement que l’État de droit est devenu subordonné au pouvoir des gangs dans certains quartiers.

Face à cette situation, les autorités ont intensifié les opérations policières à travers ce qu’elles qualifient de bombardements de sécurité : interventions massives et répétées dans les zones à forte criminalité, avec des unités anti‑émeutes, la fermeture de points de vente et des arrestations constantes.

Ces chiffres montrent une activité significative :

  • Plus de 40 points de vente récemment démantelés ;
  • 42 millions d’euros d’avoirs criminels saisis en un an ;
  • Une estimation de jusqu’à 20 000 personnes impliquées directement ou indirectement dans le trafic de drogue à Marseille ;
  • Un marché national du narcotrafic évalué à 7 milliards d’euros par an.

Cependant, même des responsables policiers et des procureurs reconnaissent que de nombreux détenus sont des jeunes exploités, certains retenus contre leur volonté, et que la répression ne freine pas le flux constant de nouvelles recrues.

L’un des éléments les plus préoccupants est l’utilisation ouverte de TikTok et d’autres réseaux sociaux pour annoncer la vente de drogues et recruter des mineurs avec des « offres d’emploi » apparemment légitimes. Ces offres promettent des revenus élevés (200-500 € par jour), mais la réalité est souvent celle de l’esclavage moderne, avec violence, abus sexuels et menaces contre les familles.

La crise a rouvert un débat politique intense. Les secteurs d’extrême droite réclament l’état d’urgence, plus de pouvoir pour la police et des restrictions migratoires sévères, attribuant le problème à l’immigration massive et à l’échec de l’intégration. D’autres voix – avocats, experts et journalistes – rejettent cette interprétation et mettent en garde contre l’utilisation de la peur comme outil politique. Ils soutiennent que la violence est le résultat de décennies d’abandon social, de pauvreté structurelle, de corruption et de politiques publiques défaillantes, et que la répression policière ne traite que les symptômes, pas les causes.

Marseille illustre une crise de sécurité hybride, où crime organisé, exclusion sociale, numérisation de la criminalité et affaiblissement de la confiance institutionnelle convergent. La psychose qui s’étend dans la ville n’est pas seulement la peur de la violence, mais aussi la sensation que l’ordre social est en train de s’éroder et que les solutions traditionnelles ne suffisent plus.

Pour les experts en sécurité, le cas de Marseille soulève une question essentielle : comment retrouver le contrôle sans alimenter une spirale de répression qui finirait par aggraver le problème à résoudre.

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24 laboratoires industriels démantelés dans le cadre de la plus grande opération de lutte contre les drogues de synthèse de l’histoire

Une action policière de grande envergure, menée dans le cadre de l’opération Fabryka, coordonnée par Europol, a permis de démanteler un réseau criminel opérant dans toute l’Union européenne. Des efforts coordonnés ont été entrepris en Pologne, ainsi qu’en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Ces actions visaient un réseau soupçonné d’importer de grandes quantités de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse dans des laboratoires de plusieurs pays.

Le réseau participait également à des activités de blanchiment d’argent afin de promouvoir ses opérations illicites. Au cours de l’enquête, les autorités policières ont déterminé que le réseau pourrait avoir importé plus de 1 000 tonnes de précurseurs, soit suffisamment pour produire plus de 300 tonnes de drogues de synthèse, telles que la MDMA, l’amphétamine et la cathinone.

On estime que ces activités illégales génèrent des milliards de profits criminels pour les réseaux criminels impliqués. Les actifs criminels sont injectés dans l’économie légale, ce qui crée des risques importants de distorsion du marché, de concurrence déloyale et d’infiltration systématique d’entreprises légitimes par le crime organisé.

L’enquête a débuté en 2024 sur la base de renseignements partagés par la police polonaise, plus précisément par l’unité de lutte contre les crimes liés à la drogue du siège de la police provinciale de Wrocław. Les informations fournies par les agents de police de Basse-Silésie ont joué un rôle déterminant dans le lancement de l’affaire et ont facilité la coopération internationale ultérieure au sein du groupe de travail. Entre février 2025 et janvier 2026, plus de 20 journées d’action ont été menées contre des groupes criminels connectés, leurs installations de production et leurs sites de stockage dans toute l’Europe. L’opération s’est conclue par une journée d’action coordonnée contre le réseau de grossistes présumé responsable de l’importation et de la distribution de précurseurs chimiques.

Ce réseau était responsable de l’importation, du reconditionnement et de la distribution de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse. Les produits chimiques, en provenance de Chine et d’Inde, sont entrés dans l’UE par plusieurs pays et ont été transportés en Pologne pour y être reconditionnés, puis distribués à des laboratoires illégaux dans l’ensemble de l’UE. Depuis le début de l’enquête en 2024, Europol a soutenu des journées d’action ciblant différentes cellules du réseau, ainsi que des groupes connectés et impliqués dans la production de drogues de synthèse en laboratoire.

Les résultats cumulés de toutes les journées d’action (de février 2025 à janvier 2026) comprennent plus de :

• 20 journées d’action : 85 arrestations ; 100 perquisitions ; ainsi que : 50 points de livraison identifiés ; 24 laboratoires industriels démantelés ; 16 sites de stockage découverts ; de multiples saisies :

  • Environ 500 000 € en espèces ;
  • 3 559 kilogrammes et 982 litres de drogues (dont de la 4-CMC, de la cathinone, de la MDMA et de l’huile d’amphétamine) ;
  • Plus de 120 000 litres de déchets chimiques toxiques ;
  • 1 000 tonnes de précurseurs (produits chimiques utilisés dans la production de drogues de synthèse).

La structure opérationnelle de ce réseau criminel était complexe, avec sept sociétés légales en Pologne facilitant les activités d’importation et de distribution, et une coordination de haut niveau reliant les différents groupes criminels dans les pays de l’UE.

Dans certains cas, les cellules criminelles elles-mêmes, opérant au sein d’un réseau plus large, géraient à la fois la logistique de l’approvisionnement en précurseurs ainsi que la coordination de la production dans les laboratoires clandestins. Le principal réseau criminel visé par cette enquête est essentiellement composé de ressortissants polonais, avec la participation de quelques ressortissants belges et néerlandais opérant au sein de groupes interconnectés.

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Pression internationale sur les grandes routes d’approvisionnement en cocaïne vers l’Europe

Les autorités policières européennes et sud-américaines continuent d’intensifier leurs efforts pour démanteler les principaux réseaux criminels responsables du trafic de cocaïne vers l’Europe. Trois opérations récentes, coordonnées avec le soutien d’Europol, mettent en évidence à la fois la complexité des routes utilisées par le crime organisé et l’importance croissante de la coopération internationale pour y faire face. Ces actions ont affecté des réseaux ayant des connexions avec la Colombie, le Brésil et la Grèce, et ont permis d’intervenir à toutes les étapes de la chaîne criminelle : depuis l’origine de la drogue jusqu’à sa réception sur le continent européen.

La première enquête s’est centrée sur un réseau dirigé par un citoyen néerlandais qui avait un contact direct avec des trafiquants de haut niveau en Colombie. L’individu, âgé de 56 ans, résidait à Ibiza mais voyageait fréquemment aux Pays-Bas et dans d’autres pays européens. Selon les autorités, il coordonnait l’entrée de grands chargements de cocaïne en Europe avec le soutien actif de ses deux fils.

L’affaire a été mise en lumière grâce aux informations obtenues à partir de la plateforme cryptée Sky ECC, un outil largement utilisé par les organisations criminelles et qui a joué un rôle clé dans de nombreuses enquêtes européennes. À partir de ces données, la police néerlandaise a déployé des opérations de surveillance, d’analyse de renseignements et d’écoutes téléphoniques qui ont permis d’identifier des tentatives en cours de coordination de nouveaux envois.

Le réseau était lié à six cargaisons de cocaïne interceptées au Royaume-Uni, en Espagne et aux Pays-Bas. Le 2 décembre 2025, le principal suspect a été arrêté à Ibiza, tandis que ses fils, âgés de 31 et 23 ans, ont été arrêtés à La Haye et à Haarlem.

Opération brésilienne de trafic maritime à grande échelle

La deuxième opération a visé une organisation criminelle brésilienne spécialisée dans le transport maritime de cocaïne à grande échelle en Europe. Le groupe était chargé d’acquérir des embarcations, de former des équipages et de modifier des navires de pêche pour dissimuler la drogue.

Les itinéraires utilisés comprenaient des points de départ sur la côte brésilienne et une étape intermédiaire en Afrique de l’Ouest, avant le transfert final vers les eaux européennes.

Un moment clé de l’enquête a eu lieu en novembre 2024, lorsque les autorités portugaises, en collaboration avec la police fédérale brésilienne et les autorités du Cap-Vert, ont intercepté un bateau de pêche battant pavillon brésilien au large du Cap-Vert. À bord, il y avait 1,6 tonne de cocaïne, et six membres de l’équipage ont été arrêtés.

Par la suite, en septembre 2025, les forces de sécurité ont démantelé la branche européenne du réseau, avec 37 arrestations en Espagne, y compris le responsable de l’infrastructure logistique. Enfin, le 11 décembre 2025, une opération coordonnée au Brésil a abouti à huit nouvelles arrestations, dont deux cibles de haute importance, et à la saisie de biens d’une valeur de plus de 1,5 million d’euros.

Réseau criminel grec et transferts en haute mer

La troisième opération a ciblé un réseau criminel grec qui utilisait la méthode de transfert en haute mer pour le trafic de cocaïne. Le groupe avait déployé un bateau de pêche qui était parti de Grèce, avait suivi une route passant par l’Afrique de l’Ouest et avait traversé l’Atlantique pour récupérer une cargaison en provenance d’Amérique latine.

Le 14 décembre 2025, les autorités ont arrêté dix suspects : cinq membres d’équipage en mer et cinq individus en Grèce, dont une cible de haute importance.

Rôle clé d’Europol et de la coopération internationale

Dans les deux cas, Europol a agi comme le pivot central de la coopération internationale, facilitant l’échange d’informations, fournissant un soutien analytique et coordonnant des réunions opérationnelles entre les pays impliqués. D’autres organismes majeurs tels que Frontex et le MAOC-(N) ont également participé, notamment aux opérations maritimes.

Ces actions s’inscrivent dans la stratégie plus large de l’Union européenne contre la criminalité organisée, articulée à travers la plateforme EMPACT. Les cas démontrent que seule une coopération soutenue, multiniveau et transnationale permet d’attaquer de manière efficace les structures qui soutiennent le trafic de cocaïne vers l’Europe.

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Tank : dans la tête de l’un des hackers les plus recherchés au monde

Pendant plus de quinze ans, Vyacheslav Penchukov, connu dans le monde numérique sous le nom de Tank , a été l’une des figures les plus énigmatiques et les plus recherchées de la cybercriminalité internationale. Charismatique, imprévisible et étonnamment sociable, Penchukov ne s’est pas distingué par des capacités techniques exceptionnelles, mais par une aptitude innée à gagner la confiance et à construire des réseaux de collaborateurs. Depuis la prison d’Englewood, dans le Colorado, où il purge deux peines de neuf ans, il a accordé sa première interview exhaustive, révélant des détails inédits sur les opérations, les alliances et l’état d’esprit des cybergangs qui ont semé le chaos dans le monde entier pendant deux décennies.

L’histoire de Penchukov commence loin des montagnes rocheuses qui entourent Englewood. À Donetsk (Ukraine), il s’est lancé dans le piratage dès l’adolescence pour pouvoir tricher dans les jeux vidéo tels que FIFA 99 ou Counter-Strike. Cet apprentissage informel l’a finalement conduit à la tête de Jabber Zeus, un groupe qui, à la fin des années 2000, a utilisé le complexe malware Zeus  pour infiltrer les comptes bancaires d’entreprises, de municipalités et d’ONG. En l’espace de trois mois seulement, plus de 600 victimes britanniques ont perdu plus de 4 millions de livres sterling.

Tank avait alors vingt-cinq ans et partageait son temps entre des voitures allemandes de luxe, des soirées derrière les platines et un bureau clandestin où, avec son équipe, il dérobait de l’argent pendant six à sept heures par jour. À l’époque, explique-t-il, la cybercriminalité était de l’argent facile : des banques non protégées, une police surchargée et un monde numérique non préparé.

Mais la fête a pris fin lorsque le FBI a intercepté ses conversations sur Jabber et découvert son identité à partir d’un détail banal : la naissance de sa fille. Une opération internationale, baptisée Trident Breach, s’est soldée par de multiples arrestations, mais Tank a pris la fuite grâce à un avertissement reçu à temps et à la vitesse de son Audi S8 équipée d’un moteur Lamborghini. Après s’être fait discret pendant quelque temps, il a tenté de se ranger en reprenant la gestion d’une entreprise de charbon. Cependant, les pots-de-vin constants versés par les fonctionnaires ukrainiens et l’impact de la guerre dans le Donbass l’ont poussé à replonger dans la criminalité.

En 2018, Penchukov est revenu en force, désormais plongé dans l’écosystème du ransomware, une activité bien plus lucrative que le braquage bancaire traditionnel. Il a fait partie de groupes bien connus tels que Maze, Egregor, Conti ou IcedID, spécialisés dans l’infection des systèmes d’entreprise, l’extorsion de fonds à des sociétés et même à des hôpitaux. Selon lui, les bénéfices pouvaient atteindre 200 000 dollars par mois, même si des rumeurs circulaient au sein des forums criminels au sujet de rançons atteignant des millions.

La communauté hacker, explique-t-il, fonctionne selon une véritable mentalité de troupeau : lorsqu’un groupe décroche un butin exceptionnel, des centaines d’imitateurs lancent aussitôt des attaques similaires, sans jamais s’interroger sur leurs conséquences humaines. Pour beaucoup de ces cybercriminels, les victimes ne sont que des chiffres et les dégâts, de simples dossiers que les assurances finiront par régler.

L’un des aspects les plus sensibles de son témoignage est sa confirmation, énoncée avec une étonnante désinvolture, que plusieurs groupes de ransomware entretenaient des contacts réguliers avec les services de sécurité russes, y compris le FSB. Cette hypothèse avait déjà été relevée par de nombreuses agences occidentales, mais Tank décrit ces connexions comme une pratique courante.

Il évoque également son ancienne relation avec Maksim Yakubets, le chef présumé d’Evil Corpo, qui fait l’objet d’une prime de 5 millions de dollars. Ils étaient amis et traînaient souvent ensemble à Moscou. Yakubets, apparemment obsédé par l’étalage de sa richesse, était entouré de gardes du corps. Mais, lorsque Yakubets a été arrêté en 2019, la communauté des cybercriminels lui a tourné le dos. Penchukov affirme qu’il s’est lui-même tenu à l’écart, par crainte d’être associé à lui.

La capture de Penchukov en 2022 a eu des allures de scène de film : une opération en Suisse, des tireurs d’élite postés sur les toits, des agents cagoulés et ses enfants, témoins involontaires de l’intervention. Il continue de penser que l’opération était excessive, mais les milliers de victimes qui ont perdu leurs économies, leur emploi ou leur stabilité ne seraient probablement pas d’accord.

À Englewood, Tank passe ses journées à étudier les langues, à faire du sport et à obtenir son diplôme d’études secondaires. Dans la dernière partie de sa confession, il admet que sa ruine est venue de ses propres collaborateurs avec lesquels il avait partagé fortune et risques. Dans la cybercriminalité, dit-il, on ne peut pas avoir d’amis. Tout le monde se méfie de tout le monde et beaucoup, lorsqu’ils sont arrêtés, deviennent des informateurs. La paranoïa est la seule constante de la vie criminelle.

Aujourd’hui, alors qu’il attend une éventuelle réduction de peine et qu’il doit restituer 54 millions de dollars, Tank regarde en arrière avec un mélange de fierté, de nostalgie et de justification. Il parle du passé sur un ton presque romantique, comme d’une aventure lointaine. Mais les traces de son héritage – entreprises ruinées, hôpitaux paralysés, familles touchées – perdurent.

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Le monde à la croisée des chemins : comment les économies illicites menacent l’ordre mondial

Le monde est à un moment décisif. Les économies illicites – du trafic de drogues à la cybercriminalité en passant par la contrefaçon – se développent et s’adaptent à une vitesse qui met au défi les gouvernements, les institutions et les communautés. Loin d’être un phénomène marginal, la criminalité organisée est devenue une force qui érode la démocratie, met en péril la souveraineté des États et menace la paix et la sécurité internationales.

Dans ce contexte, l’Indice mondial du crime organisé est devenu bien plus qu’un simple outil de mesure : c’est désormais un miroir qui reflète les tendances profondes au sein des États et du système international. Sa troisième édition nous permet, pour la première fois, de suivre l’évolution de ces phénomènes sur cinq ans.

Les données de l’édition de cette année révèlent des changements majeurs dans l’économie criminelle mondiale. L’un d’eux est la progression fulgurante des drogues de synthèse et de la cocaïne, qui dominent de plus en plus les marchés. Cette croissance est le fait d’acteurs criminels capables de s’adapter rapidement :

  • aux goûts changeants des consommateurs ;
  • aux avancées technologiques de la production ;
  • et à des réseaux de trafic plus interconnectés que jamais.

L’Indice détecte une augmentation accélérée des formes non violentes de criminalité, telles que :

  • les délits financiers ;
  • la fraude et les escroqueries numériques ;
  • les infractions liées à la cybercriminalité.

Ces activités, de plus en plus intégrées dans les systèmes financiers et numériques transnationaux, n’ont pas besoin de violence pour causer d’énormes dégâts. Les entreprises, les gouvernements et les citoyens finissent par en payer le prix.

Un autre exemple est la contrefaçon, qui progresse partout, alimentée par l’inflation, la précarité de l’emploi et les tensions commerciales. Lorsque les revenus baissent, la demande de produits de contrefaçon tend à augmenter.

L’Indice révèle également que les acteurs criminels liés à l’État restent les plus répandus. Toutefois, ce sont les acteurs étrangers qui connaissent la croissance globale la plus marquée. Cela confirme que le crime organisé est plus mobile, flexible et transnational que jamais.

En outre, le secteur privé – volontairement ou par négligence – joue un rôle croissant en tant que facilitateur du crime, en particulier dans des domaines tels que la logistique, la finance et la technologie.

Bien que de nombreux marchés criminels soient en expansion, les indices de résilience des États sont restés stables. Un exemple frappant en est la coopération internationale : traditionnellement un point fort, mais désormais affaiblie par un système mondial plus polarisé et le recul du multilatéralisme.

C’est un signe alarmant, surtout à l’occasion du 25e anniversaire de la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée.

Malgré ce tableau complexe, les données offrent également un message d’espoir. L’Indice démontre que le renforcement des éléments clés de la résilience peut :

  • réduire l’influence des acteurs criminels ;
  • transformer des communautés entières ;
  • et orienter les sociétés vers des trajectoires plus positives.

L’Indice n’est pas seulement un diagnostic : c’est un outil pour trouver des solutions. Il met en évidence les vulnérabilités, mais montre également des voies de réforme, de renforcement institutionnel et d’autonomisation de la société civile.

En fin de compte, l’Indice fournit une base de données partagée aux gouvernements, aux décideurs politiques, aux ONG et aux acteurs internationaux pour transformer les connaissances en politiques et l’urgence en action. À l’heure où le crime organisé progresse plus rapidement que jamais, cette vision globale et comparative est essentielle pour guider les décisions futures.

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Europol appelle à une action coordonnée contre le spoofing téléphonique

Le spoofing téléphonique est un type d’escroquerie qui consiste à falsifier les informations affichées sur les téléphones des victimes, en faisant passer les numéros des fraudeurs pour des numéros connus ou dignes de confiance. Cette pratique cause des préjudices financiers et sociaux considérables, avec une perte estimée à 850 millions d’euros par an dans le monde.

Europol appelle à une action européenne coordonnée pour lutter contre le spoofing téléphonique, technique de plus en plus utilisée pour la fraude en ligne et les attaques d’ingénierie sociale.

Les appels téléphoniques et les SMS restent le principal point d’entrée de ces attaques, représentant environ 64 % des cas signalés. En dissimulant leur véritable identité et leur localisation, les fraudeurs incitent leurs victimes à leur révéler des informations personnelles, à leur transférer des fonds ou à leur donner accès à des appareils et à des comptes, ce qui les rend extrêmement difficiles à trouver et à poursuivre en justice.

Le spoofing téléphonique est de plus en plus utilisé par des réseaux criminels organisés opérant dans plusieurs juridictions. Les fraudeurs se font passer pour des banques, des agences gouvernementales ou même des membres de la famille de leurs victimes pour gagner leur confiance. Certains l’utilisent pour ce que l’on appelle le « swatting », une pratique qui consiste à lancer de faux appels d’urgence à partir de l’adresse de la victime, ce qui déclenche des interventions d’urgence à grande échelle.

La recherche montre l’émergence d’un nouveau modèle commercial, le«spoofing en tant que service », qui fournit des outils prêts à l’emploi pour usurper l’identité d’entités de confiance telles que les forces de l’ordre ou les institutions financières. Opérant depuis l’étranger, ces réseaux exploitent les vides juridiques pour échapper à la détection et aux poursuites.

Aujourd’hui, le spoofing téléphonique est facile à commettre, mais difficile à détecter : un déséquilibre qui ne peut pas durer. Europol préconise des mesures qui rendent plus coûteuses et techniquement plus complexes les tentatives des fraudeurs de se cacher derrière de fausses identités, tout en permettant aux enquêteurs d’agir rapidement à l’échelle internationale.

Une enquête menée par Europol dans 23 pays a révélé que la mise en œuvre de mesures contre le spoofing téléphonique posait d’importants défis. Cela signifie qu’une population totale d’environ 400 millions de personnes reste exposée à ce genre d’attaques.

Les forces de l’ordre ont souligné que les principaux obstacles étaient la coopération limitée avec les opérateurs de télécommunications, la fragmentation des réglementations et le manque d’outils techniques permettant d’identifier et de bloquer les appels frauduleux.

Europol et ses partenaires ont identifié trois priorités :

Normes techniques harmonisées : développer des mécanismes à l’échelle de l’UE pour tracer les appels frauduleux, vérifier l’identité des appelants et bloquer les appels suspects.

Amélioration de la collaboration transfrontalière : renforcer la coopération entre les forces de l’ordre, les organismes de réglementation et les entreprises afin de partager efficacement les informations et les preuves.

Convergence réglementaire : harmoniser les normes nationales pour permettre un suivi légal des appels, clarifier les cas d’utilisation légitimes du masquage de l’identité de l’appelant et promouvoir des outils de lutte contre la fraude éprouvée.

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