La guerre inexorable du Salvador contre les maras continue

Depuis près de cinq mois, le gouvernement du Salvador, dirigé par Nayib Bukele, mène d’importantes opérations policières et militaires qui ont déjà conduit à l’arrestation d’environ 50 000 personnes soupçonnées d’appartenir à une mara.

Ce sont des chiffres extraordinaires pour un pays de moins de 6,5 millions d’habitants. Cependant, si l’on tient compte des niveaux de violence au Salvador, avec une centaine de meurtres par mois, et du nombre de criminels associés aux maras, ces chiffres ne paraissent plus si élevés. On estime qu’il y a plus de 100 000 membres actifs de maras, dont la majorité sont rattachés à Mara Salvatrucha et, dans une moindre mesure, à Barrio 18. Il s’agirait des deux principaux groupes criminels du pays, nés dans les années 1980, dans le sillage de la guerre civile et de l’exode de milliers de réfugiés vers les États-Unis.

Ces opérations ont suscité des réactions de la part du bureau du médiateur des droits de l’homme du Salvador et des organisations civiles. Ils estiment que le mystère qui entoure cette croisade antiviolence cache des arrestations arbitraires et des abus de pouvoir. Ils supposent, par conséquent, que certaines des personnes emprisonnées sont innocentes des crimes dont elles sont accusées.

Début septembre, on dénombrait plus de 3 000 plaintes pour torture et détention injustifiée, ainsi que le décès de 56 prisonniers, sur lequel le gouvernement a gardé le plus grand secret. Amnesty International considère également que de graves violations des droits de l’homme ont eu lieu et qu’une responsabilité pénale internationale pourrait s’appliquer.

Mais rien de tout cela ne semble préoccuper le gouvernement de Nayib Bukele. L’Assemblée législative du Salvador a approuvé en mars la mise en place de l’état d’urgence et la suspension des garanties constitutionnelles pour une durée d’un mois, mais ces mesures sont encore en vigueur à l’heure actuelle.

Le gouvernement part du principe qu’environ 1 % des arrestations pourraient être des erreurs. Et tout le monde ne porte pas de tatouage de mara sur la peau. Cependant, le mouvement des travailleurs de la police nationale du pays dénonce également l’existence de quotas imposés par certains responsables de commandement des forces de l’ordre afin d’obtenir des congés ou d’éviter les réprimandes. Par exemple, si un commissariat est tenu d’arrêter six membres de maras et qu’il n’a pu en capturer que quatre, il ajoute deux personnes arrêtées pour un autre crime, qu’il s’agisse d’une agression ou d’un vol.

L’état d’urgence a été imposé fin mars, après un week-end particulièrement meurtrier, avec 87 victimes en tout. Selon la police, elles avaient été choisies au hasard par les tireurs ou se tenaient dans la ligne de mire des armes à feu.

Nayib Bukele a décidé de tuer cette situation dans l’œuf. L’état d’urgence permet à la police de prolonger les détentions au-delà de 72 heures, de laisser les détenus dans le flou sur leur date de libération, de surveiller leurs communications privées et de suspendre leur droit à l’aide juridictionnelle de l’État. En outre, le Salvador a durci le code pénal avec l’approbation du Parlement : un membre de mara âgé de 18 ans ou plus peut risquer jusqu’à 45 ans de prison.

En mars, le pays connaissait déjà un grave problème de surpopulation carcérale, avec 36 000 prisonniers en détention. Ils sont aujourd’hui deux fois plus nombreux. La surpopulation dans les prisons est invivable et n’est pas logistiquement gérable.

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États-Unis : la baisse du nombre d’arrestations de mineurs pour crime violent continue

Le nombre de jeunes âgés de 0 à 17 ans arrêtés par la police aux États-Unis pour avoir commis un crime violent, tel qu’un meurtre, un homicide involontaire, ou encore un vol avec violence, continue à baisser depuis 2000. Au cours de l’année 2020, le nombre d’arrestations de jeunes pour crime violent a atteint son plus faible niveau, avec des chiffres 78 % plus bas que lors du pic de 1994, et deux fois plus bas que les chiffres obtenus dix ans plus tôt.

Les hommes représentaient 80 % de l’ensemble des jeunes arrêtés pour crime violent en 2020. Ils représentaient une proportion plus grande encore parmi les jeunes arrêtés pour meurtre (92 %) et pour vol (88 %).

Plus de la moitié (55 %) des jeunes arrêtés pour crime violent étaient âgés de 16 ou 17 ans. Cette tranche d’âge correspondait même à 76 % des arrestations pour meurtre parmi les jeunes.

Les jeunes blancs représentaient près de la moitié (49 %) de tous les jeunes arrêtés et 57 % des jeunes arrêtés pour agression grave.

On estime que 424 300 arrestations de mineurs ont eu lieu en 2020, soit 38 % de moins qu’en de 2019 et la moitié du nombre d’arrestations enregistrées 5 ans plus tôt.

En 2020, les arrestations de mineurs correspondaient à 7 % de toutes les arrestations pour crime violent, contre 14 % en 2019.

Les 18-24 ans représentaient 19 % de toutes les arrestations et 21 % des arrestations pour crime violent en 2020.

Bien que les arrestations de jeunes pour vol et agression soient en baisse, les arrestations pour meurtre sont en hausse, alors que ce chiffre était faible en 2012. Toutefois, le nombre d’arrestations pour crime violent impliquant des jeunes a diminué de 56 % entre 2010 et 2020. La baisse la plus faible a été enregistrée au chapitre des arrestations pour vol, qui affichent une diminution de 24 %, tandis que chez les adultes, cette baisse a été de 5 %. De plus, si les arrestations pour agression grave ont augmenté d’environ 1 % chez les adultes, elles ont chuté de 29 % chez les mineurs.

Toutefois, il est important de garder à l’esprit que la pandémie de COVID-19 a commencé en 2020. Il convient également de souligner qu’une seule infraction peut conduire à l’arrestation de plusieurs personnes. Ce dernier point peut avoir affecté les politiques, les procédures et la méthode de collecte de données, car il est relativement courant qu’un seul crime mène à de multiples arrestations.

En outre, les ordres de confinement et les fermetures d’écoles ont probablement empêché l’augmentation des comportements délinquants chez les jeunes. Ainsi, les chiffres des arrestations de 2020 ne doivent pas être analysés hors contexte et ne devraient pas attirer l’attention des autorités répressives.

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Victime d’une attaque de ransomware ? 136 outils gratuits pour récupérer vos fichiers sur No More Ransom

Six ans après la naissance de l’initiative No More Ransom, plus de 10 millions de personnes ont déjà téléchargé ses outils de déchiffrement.

Au cours des dernières années, les attaques de ransomware se sont multipliées et sont devenues de plus en plus graves. Dans la presse, les gros titres portent souvent sur les demandes de rançon, qui atteignent à présent des montants auparavant impensables. Les chiffres sont préoccupants, mais vous n’êtes pas sans défense face à ces tentatives d’extorsion et les hautes technologies qu’elles emploient. L’initiative No More Ransom propose plus de 136 outils de déchiffrement gratuits pour sauver vos fichiers pris en otage.

À l’occasion de son sixième anniversaire, cette initiative fournit des clés pour débloquer les fichiers chiffrés, ainsi que des conseils pour éviter d’être infecté par les rançongiciels.

Lancé par Europol, la police nationale néerlandaise (Politie) et des entreprises de sécurité informatique, le portail No More Ransom proposait initialement quatre outils pour débloquer différents types de ransomware et n’était disponible qu’en anglais.

No More Ransom propose maintenant 136 outils gratuits pour 165 variantes de ransomware, dont GandCrab, REvil/Sodinokibi, Maze/Egregor/Sekhmet et bien d’autres. Plus de 188 partenaires des secteurs public et privé ont rejoint le programme, fournissant régulièrement de nouveaux outils de déchiffrement pour les dernières variantes de logiciel malveillant.

Jusqu’à présent, le dispositif a permis à plus de 1,5 million de personnes de déchiffrer leurs appareils sans avoir à payer leurs attaquants. Le portail est disponible en 37 langues pour mieux aider les victimes de ransomware à travers le monde.

Mais une prévention rigoureuse est la meilleure manière de se protéger des rançongiciels. Voici les recommandations à suivre :

• Faites régulièrement des copies de sauvegarde des données stockées sur vos appareils électroniques.

• Faites attention aux liens sur lesquels vous cliquez. Demandez-vous où ils vous mèneront.

N’ouvrez pas les pièces jointes d’e-mails provenant d’expéditeurs inconnus, même s’ils paraissent crédibles et importants.

• Assurez-vous que votre logiciel de sécurité et votre système d’exploitation sont à jour.

• Protégez vos comptes d’utilisateur à l’aide de la vérification en deux étapes (2FA).

• Évitez au possible d’exporter de grandes quantités de données d’entreprise vers des portails externes d’échange de fichiers.

• Si vous êtes victimes d’un ransomware, ne payez pas ! Signalez l’attaque et consultez les outils de déchiffrement de No More Ransom.

Vous trouverez plus d’informations et de conseils en matière de prévention sur http://www.nomoreransom.org.

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Les extrémistes et l’utilisation des réseaux sociaux aux États-Unis

Une manière de mieux préparer les organismes du système judiciaire à prévenir et répondre à la violence extrémiste aux États-Unis est d’isoler et comparer les habitudes de deux types d’extrémistes différents sur les réseaux sociaux.

Les premiers résultats de la recherche, parrainée par l’Institut national pour la Justice (INJ) montrent que les individus aux États-Unis ayant commis des crimes de haine avec ou sans violence et d’autres formes de crimes extrémistes étaient influencés par les réseaux sociaux.

L’une des principales conclusions de cette étude est que les extrémistes peuvent refléter la population générale dans leur utilisation des diverses plateformes de réseaux sociaux, notamment en ce qui concerne leur dépendance à Facebook. Même si la taille de l’échantillon de cette étude est relativement faible et que moins de 20 % de celui-ci a déclaré utiliser ce réseau social, il s’est avéré que l’utilisation de Facebook était nettement supérieure à celle de toute autre plateforme de réseau social.

Le Consortium national pour l’étude du terrorisme et des réponses au terrorisme (START) a réalisé une étude sur l’utilisation des réseaux sociaux, dans le cadre d’une enquête plus large, qui a puisé des informations dans deux grandes bases de données nationales sur les événements et les extrémistes :

ECDB. Base de données sur les crimes extrémistes : L’ECDB est une base de données permettant de retracer les attaques violentes, les homicides et les crimes financiers commis par des extrémistes aux États-Unis. Les attaques qui y sont répertoriées comprennent les attentats à la bombe, les fusillades ou autres attaques violentes ayant entraîné au moins un décès. Elle suit principalement, mais pas exclusivement, les extrémistes de gauche, les extrémistes de droite et les djihadistes.

PIRUS. Profils de radicalisation individuelle aux États-Unis : PIRUS est une base de données d’individus aux États-Unis qui ont été radicalisés au point de commettre une activité criminelle, violente ou non, ou de s’associer avec une organisation extrémiste étrangère ou nationale, dans les deux cas motivés par une idéologie. Cette base de données comprend des personnes habituellement considérées comme auteurs de crimes haineux, c’est-à-dire d’actes violents ou de menaces spontanées à l’encontre d’une autre personne sur la base de son identité de genre, de sa race, de son origine ethnique, de son appartenance religieuse ou de son orientation sexuelle. La base de données PIRUS contient des informations anonymes.

La recherche a examiné 2 100 cas dans l’ECDB et 1 500 cas dans PIRUS. Parmi ceux-ci, 454 individus de la base de données PIRUS coïncidaient avec des individus identifiés dans l’ECDB.

Dans une partie d’étude portant sur l’utilisation des réseaux sociaux par les extrémistes, les chercheurs ont recherché sur diverses plateformes de réseaux sociaux des données reflétant l’utilisation d’une plateforme spécifique par des individus trouvés sur PIRUS ou ECDB et associés à un acte de violence.

L’étude s’est concentrée sur les cas survenus après 2007. Selon le rapport des chercheurs, cette période a vu une augmentation significative de l’utilisation de Facebook, Twitter et autres plateformes de réseaux sociaux.

Les résultats de cette partie de recherche sur les réseaux sociaux suggèrent que les modes d’utilisation des différentes plateformes varient selon les groupes idéologiques et peuvent représenter l’utilisation de ces dernières dans la population générale. Les différences peuvent aussi indiquer les intérêts divergents des individus vis-à-vis des groupes. Le rapport de recherche a souligné la nécessité de réaliser davantage de recherches sur l’utilisation et la quantité de messages sur les réseaux sociaux exprimant des croyances idéologiques au sein des programmes idéologiques radicaux et entre ces derniers.

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Au Salvador, 20 000 personnes arrêtées en un mois en pleine guerre contre les maras

Le président du Salvador, Nayib Bukele, a instauré l’état d’urgence en mars dernier pour lutter contre la violence des maras (gangs) et l’a prolongé de 30 jours supplémentaires en avril. La police et l’armée ont arrêté 20 421 personnes soupçonnées d’appartenir aux maras en seulement 33 jours d’état d’urgence et les tribunaux ont placé 9 672 prévenus en détention provisoire. L’état d’urgence permet de placer en garde à vue les détenus jusqu’à 15 jours sans justification, contre 72 heures dans des circonstances normales.

Selon le journal La Razón América, le président salvadorien tente de mettre fin à la vague d’assassinats de ces derniers mois et au contrôle que ces puissantes organisations criminelles, comme la Mara Salvatrucha ou le Barrio 18, exercent dans plusieurs régions de ce petit pays d’Amérique centrale de 6,4 millions d’habitants. L’assassinat de 87 personnes lors du dernier week-end de mars a poussé le président Bukele à agir.

La police et l’armée salvadoriennes ont passé près de deux mois à procéder à des arrestations arbitraires de prétendus terroristes sans mandat et sur la base de soupçons tels que des antécédents judiciaires ou des tatouages de gangs tels que Mara Salvatrucha, Barrio 18 ou d’autres maras. L’explosion du nombre d’homicides au cours des derniers mois est la preuve de l’insécurité croissante dans le pays.

Après les journées les plus violentes qu’ait connues le Salvador depuis la fin de la guerre civile il y a 30 ans (1979-1992), le Congrès salvadorien a donné son feu vert quant à la suspension des droits de la défense, de la liberté d’association et de l’inviolabilité des correspondances sans décision de justice. Les médias salvadoriens et les experts en sécurité expliquent l’augmentation drastique de la violence dans le pays par la rupture d’un pacte secret entre le gouvernement de Bukele et les maras salvadoriennes, dont l’existence a pourtant toujours été niée par le président.

Nayib Bukele est le président le plus soutenu par la population dans la région, avec 76 % d’approbation selon l’institut de sondage M&R Consultores. Il a justifié l’état d’urgence par la présence estimée de 70 000 membres de maras sur le territoire national, qui sont responsables de cette criminalité, et se battent pour le contrôle des opérations d’extorsion et de trafic de drogue.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et Amnesty International pour les Amériques se montrent très préoccupés par les arrestations massives, en particulier dans les zones les plus contrôlées par les maras. Ils dénoncent également le traitement cruel, inhumain et dégradant des suspects entassés dans les prisons délabrées du Salvador.

Pour sa part, Nayib Bukele a rejeté les accusations de ces organisations internationales concernant ces violations présumées des droits de l’homme. Il est même allé jusqu’à déclarer que, si elles défendaient tant les membres des maras, elles devraient les accueillir dans leur pays. Le président tente de justifier l’interdiction des graffitis ou de tout type d’expression visuelle véhiculant explicitement ou implicitement des messages sur les maras qui contrôlent diverses parties du pays. Le syndicat de la police a dénoncé le fait que les chefs de la police exigent de leurs agents des quotas quotidiens d’arrestations dans cette guerre contre les maras.

Amnesty International a une nouvelle fois dénoncé les mesures imposées par le gouvernement salvadorien qui interdisent aux médias de reproduire ou de diffuser au public des messages ou communiqués des maras qui pourraient faire paniquer la population. Cela pourrait conduire à l’emprisonnement de journalistes uniquement pour avoir rendu compte d’activités liées à ces gangs. Amnesty dénonce également les conditions de détention des prisonniers, parfois laissés sans nourriture ni air suffisants, ainsi que la possibilité de condamner des enfants âgés de 12 à 16 ans à des peines allant jusqu’à 10 ans de prison sans avoir le droit à la défense.

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Journée d’intervention d’Europol contre le trafic de migrants

Un groupe de travail opérationnel (GTO), dirigé par la police fédérale allemande et coordonné par Europol, ciblait certains des passeurs de migrants les plus dangereux de toute l’Union européenne. Le GTO Pathfinder a impliqué les forces de police autrichiennes, allemandes, hongroises, roumaines, serbes et néerlandaises, et a donné lieu à l’ouverture de 39 nouvelles enquêtes. La journée d’intervention a permis l’arrestation de deux cibles de haute importance, 12 perquisitions et la saisie de plus de 80 000 euros en Allemagne et en France.

Les enquêtes menées par le GTO ont jusqu’à présent conduit à :

  • l’arrestation de 8 cibles de haute importance et l’émission de mandats d’arrêt européens contre 3 autres (2 en Autriche, 7 en Allemagne, 1 en Hongrie et 1 en Roumanie) ;
  • 127 arrestations de passeurs (63 en Autriche, 19 en Allemagne, 15 en Hongrie, 25 en Roumanie, 4 aux Pays-Bas et 1 en Serbie) ;
  • la détection de 916 incidents de trafic (600 en Autriche, 262 en Allemagne, 26 en Hongrie, 22 en Roumanie et 6 aux Pays-Bas) ;
  • 151 perquisitions (37 en Autriche, 70 en Allemagne, 17 en Hongrie, 25 en Roumanie et 2 aux Pays-Bas) ;
  • la saisie de divers biens pour une valeur totale d’environ 900 000 euros.

Le GTO Pathfinder, mis en place au sein d’Europol en août 2021 à l’initiative de l’Allemagne, ciblait 14 des passeurs de migrants les plus dangereux actifs dans l’UE. Ces cibles particulièrement importantes pour Europol, principalement des ressortissants syriens, avaient des contacts internationaux dans les pays d’origine, de transit et de destination. Europol a découvert que les suspects étaient déjà liés à plus de 150 enquêtes en consultant ses bases de données.

Depuis le lancement du GTO Pathfinder, les autorités policières nationales ont lancé 39 nouvelles enquêtes à leur encontre. L’une des enquêtes en lien avec l’opération a conduit à l’arrestation d’une des cibles de haute importance par la Garde des finances italienne, en collaboration avec la police albanaise et la police grecque. Une autre enquête a mené à l’arrestation de 18 suspects en Roumanie. Les suspects percevaient entre 4 000 et 10 000 euros pour chaque migrant, malgré leur passage clandestin et leur hébergement dans des conditions extrêmement dégradantes et souvent dangereuses.

Les enquêtes ont révélé que les détenus ont permis le passage clandestin d’au moins 10 000 migrants, principalement d’origine afghane, pakistanaise et syrienne, vers l’UE. Europol a facilité l’échange d’informations et a élaboré un grand nombre de synthèses d’analyses des renseignements, qui aident les autorités nationales à établir des liens entre ces activités criminelles transfrontalières à grande échelle, à en identifier les auteurs et à détecter les activités de trafic en cours.

Les investigations ont permis de découvrir que ces suspects géraient un système de trafic de grande ampleur, avec une logistique, des hébergements et des conditions de voyage qui lui étaient propres. Ils ont utilisé des quais de chargement de camions, des camionnettes et des voitures pour transporter les migrants de la Turquie vers l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas en passant par la région des Balkans occidentaux, la Roumanie et la Hongrie. Les paiements étaient principalement réalisés par le biais du système de transfert de fond hawala.

Les suspects faisaient la publicité de leur activité illégale par le biais des réseaux sociaux et tentaient de convaincre les proches des migrants que le passage clandestin était sans danger. Les passeurs doivent généralement instaurer la confiance au sein des communautés de migrants afin de recruter le plus grand nombre de personnes possible.

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Opération transfrontalière d’ampleur contre les barons de la cocaïne en Europe

Les actions conjointes de la police fédérale belge d’Anvers (Federale Politie Antwerpen), la police nationale néerlandaise (Politie), la police régionale allemande (Landeskriminalamt Niedersachsen) et la police fédérale allemande (Bundeskriminalamt / BKA), coordonnées par Europol, ont permis d’identifier et d’inculper des cibles européennes de haute importance qui importaient de grandes quantités de cocaïne de l’Amérique du Sud vers l’Union européenne. Le Secrétariat national antidrogue du Paraguay (SENAD – Secretaría Nacional Antidrogas) a également participé à cette opération.

Cette opération visait les infrastructures européennes et sud-américaines de production de drogue et de blanchiment d’argent d’un réseau de trafic de grande envergure, déjà ciblé par une opération réussie en février 2022, avec la saisie de 34 tonnes de cocaïne en Belgique et en Allemagne.

Europol a facilité l’échange d’informations et, à l’aide de recherches et de renseignements fondés sur des analyses criminelles, a pu dresser un tableau détaillé des différentes opérations nationales et internationales des réseaux impliqués.

La journée d’intervention du mercredi 20 avril 2022 a abouti à :

  • plus de 35 perquisitions ;
  • 19 arrestations (5 en Belgique, 11 en Allemagne et 3 aux Pays-Bas) ;
  • des saisies en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, notamment de matériel électronique, de documents, de quatre véhicules, de montres de luxe et de biens immobiliers, dont quatre appartements, ainsi que la saisie de comptes bancaires et d’argent liquide pour un total de 5,5 millions d’euros.

Ces opérations sont le point culminant d’une enquête parallèle menée par les autorités policières belges, néerlandaises et allemandes sur un réseau criminel expédiant des cargaisons de plusieurs tonnes de cocaïne depuis plusieurs pays producteurs vers l’Europe. L’opération a débuté en février 2021 lorsque les autorités policières des ports d’Hambourg et d’Anvers ont saisi un total de 34 tonnes de cocaïne dans 3 cargaisons différentes liées à ce réseau criminel. Les autorités collaborant à cette enquête ont découvert que ce réseau criminel avait la capacité d’envoyer de multiples cargaisons de cocaïne de plusieurs tonnes chacune vers l’Europe en quelques mois seulement.

Le centre de commandement et de contrôle des trafiquants et des cibles européennes derrière ces trafics était basé à Dubaï. C’est là qu’était géré le trafic de cocaïne provenant de l’infrastructure de production de ce réseau en Bolivie. Des lignes d’approvisionnement logistiques ont également été identifiées au Paraguay.

Les têtes pensantes du réseau criminel utilisaient des communications chiffrées pour organiser leurs plus gros envois. La coordination de ce trafic de plusieurs tonnes de cocaïne a pu être interceptée à la suite du démantèlement en 2021 de la plateforme de communications chiffrées Sky ECC. Cela a également conduit à la découverte d’un vaste réseau de sociétés écrans créées dans le but d’importer de la drogue d’Amérique du Sud et de blanchir les recettes ainsi générées. Par exemple, les trafiquants cachaient la cocaïne dans des cargaisons de bananes, de café ou encore de plâtre pour la faire entrer sur le territoire de l’Union européenne.

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Coopération européenne : démantèlement d’un réseau qui contraignait les sans-abri à la mendicité forcée

Les autorités autrichiennes, allemandes, hongroises et roumaines ont démantelé un réseau criminel familial particulièrement violent qui exploitait les sans-abri.

Une enquête menée par l’Office pénal régional de Haute-Autriche (Landeskriminalamt Oberösterreich), la police fédérale autrichienne (Bundeskriminalamt), la police d’État allemande de Bavière (Polizei Bayern), la police nationale hongroise (Magyar Rendorseg) et la police roumaine (Poliția Română), avec le soutien d’Europol et d’Eurojust, a permis le démantèlement d’un groupe criminel impliqué dans la traite d’êtres humains pour ensuite les contraindre à la mendicité forcée. Ce réseau criminel était extrêmement violent et abusait de personnes particulièrement vulnérables.

À la suite de ces enquêtes, une journée d’intervention policière a été organisée au début du mois d’avril 2022 et a mené à :

  • l’identification de 7 sites (2 en Allemagne, 1 en Autriche, 1 en Hongrie et 3 en Roumanie ;
  • 4 arrestations (1 en Allemagne, 1 en Autriche, 1 en Hongrie et 1 en Roumanie ;
  • la saisie de téléphones et autres appareils électroniques, de plus de 90 000 € en espèces et de 9 400 RON en espèces, ainsi que d’un kilo d’or ;
  • la découverte de deux victimes, décédées des suites de mauvais traitement de la part du réseau criminel.

Depuis 2017, les autorités nationales des quatre pays concernés ont enquêté sur ce groupe criminel au travers des liens familiaux entre ses membres. Il s’agissait notamment d’enquêter sur les membres de groupes d’origine roumaine et hongroise qui se livraient à la traite et à l’exploitation de personnes, avec des victimes en Autriche et en Allemagne. Les victimes d’origine hongroise et roumaine étaient particulièrement vulnérables en raison de leur dépendance à l’alcool et de leur situation de sans-abrisme.

Ces personnes ont été contraintes de mendier dans des endroits précis de différentes villes, comme les villes allemandes d’Ingolstadt, de Nuremberg et de Berlin et les villes autrichiennes de Feldkirch, Linz, Bad Hall et Steyr. Ces individus étaient totalement à la merci du réseau criminel et leurs papiers leur ont été retirés une fois arrivés dans des pays étrangers dont ils ne parlaient pas la langue. Le réseau criminel leur fournissait une collation ou juste assez d’alcool pour passer la journée, tout en gagnant plus de 200 000 € grâce aux activités des victimes. Ces personnes ont connu des conditions de vie et des traitements inhumains et ont subi des violences de la part des suspects.

Deux des victimes ont succombé pour des raisons médicales alors qu’elles étaient exploitées dans des conditions extrêmement dégradantes. La bande criminelle a également forcé une personne tout aussi vulnérable à travailler comme esclave domestique.

Europol a facilité l’échange d’informations et proposé son soutien analytique pour cette enquête. Le jour de l’intervention, Europol a déployé un poste de commandement virtuel pour permettre l’échange d’informations en temps réel entre les enquêteurs, Europol et Eurojust.

Eurojust avait mis en place une équipe d’enquête conjointe entre l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie et Europol en 2021.

En 2017, le Conseil de l’Union européenne a décidé de poursuivre le cycle politique de l’UE pour la période 2018-2021. Ce cycle vise à répondre aux menaces les plus importantes que la criminalité internationale organisée fait peser sur l’UE. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de renforcer la coopération entre les services compétents des États membres, des institutions et des agences de l’UE, ainsi que des pays et organisations non membres de l’UE, y compris le secteur privé, le cas échéant. Il existe actuellement dix priorités EMPACT. À partir de 2022, le mécanisme devient permanent sous le nom d’EMPACT 2022+.

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Opération transfrontalière de grande ampleur contre les trafiquants d’êtres humains en France et en Roumanie

La police nationale française, la police roumaine (Poliția Română) et la police espagnole (Policía Nacional), avec le soutien d’Europol et d’Eurojust, ont démantelé un réseau criminel impliqué dans la traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. Dans le cadre de cette enquête, Europol a créé un groupe de travail opérationnel qui a permis d’identifier le cerveau du groupe criminel.

La journée d’intervention de la police du 22 mars 2022 a donné lieu à :

  • 16 perquisitions de domiciles (10 en France et 6 en Roumanie) ;
  • 7 arrestations (2 en France et 5 en Roumanie, dont une cible de haute importance identifiée par les autorités policières concernées) ;
  • l’identification de 32 victimes, la plupart de nationalité roumaine (13 en France et 19 en Roumanie) ;
  • la saisie de divers appareils numériques, de téléphones portables, de cannabis provenant d’un laboratoire intérieur, de véhicules de luxe et de plus de 23 000 euros en espèces.

D’après les preuves recueillies au cours de l’enquête, le réseau criminel aurait été actif depuis 2014. Les membres de l’organisation criminelle forçaient leurs victimes à se prostituer et récupéraient l’argent pour le compte de l’organisation.

Ils ciblaient des victimes vulnérables dans des situations financières et émotionnelles instables avec la méthode dite du « lover boy », ou du petit-ami proxénète. Le réseau criminel les attirait grâce à de fausses relations affectives, les séduisait avec des cadeaux coûteux et la promesse d’une vie meilleure à l’étranger, et les forçait à continuer à se prostituer par des menaces ou des violences à leur encontre ou envers leur famille. Avec cette technique, les malfrats ont empoché près de 400 000 euros, en exploitant des victimes vulnérables venues de Roumanie.

Les enquêteurs ont déjà identifié 28 victimes exploitées par ce groupe en France. Les preuves indiquent que le réseau criminel a acheminé environ 1,3 million d’euros de revenus illégaux en Roumanie par le biais de sociétés de transfert de fonds et plus encore en argent liquide par l’intermédiaire de coursiers.

Cet argent provient de 250 lieux différents répartis sur 25 États. 80 % des transferts d’argent ont été effectués depuis des cybercafés à Barcelone et étaient adressés aux dirigeants de l’organisation en Roumanie. Par la suite, ils ont blanchi cet argent sale en Roumanie en investissant dans l’immobilier et les produits de luxe. Ils ont également utilisé une partie des profits illégaux pour financer diverses activités criminelles.

En 2020, avec la collaboration de la France, de l’Espagne et de la Roumanie, Europol a mis en place un groupe de travail opérationnel pour cibler conjointement ce réseau criminel. La configuration spécifique de ce groupe de travail a permis aux enquêteurs de cerner facilement le mode opératoire de l’organisation criminelle et d’utiliser les informations recueillies pour identifier ses têtes pensantes et leurs associés.

Europol a coordonné les activités opérationnelles, facilité l’échange d’informations et fourni un soutien analytique. Europol a également déployé un expert en Roumanie pour recouper les informations opérationnelles en temps réel et soutenir les enquêteurs sur le terrain.

Eurojust a mis en place une équipe commune d’enquête (ECE) entre la France et la Roumanie. Cinq suspects ont été arrêtés à la suite de cinq mandats d’arrêt européens.

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Les activités des trafiquants de migrants ont considérablement augmenté en 2021

L’accroissement de la transformation numérique induit par la pandémie de COVID-19 a considérablement influencé le fonctionnement de tous les aspects de notre société. Depuis le début de la pandémie, les criminels se sont adaptés aux nouvelles formes et restrictions et ont ainsi exploité les personnes les plus vulnérables. Les trafiquants de migrants ont continué à prospérer malgré ces changements et ont adapté la manière dont ils recrutent, transportent et exploitent les victimes. Ces criminels sont aujourd’hui plus numériques et très adaptables.

En 2021, le rôle des technologies numériques dans le trafic de migrants s’est intensifié. Les trafiquants ont étendu leur utilisation des plateformes de réseaux sociaux et des applications mobiles pour proposer leurs services illégaux.

Plus numérisés que jamais, ils abusent des plateformes de réseaux, des applications mobiles et des outils de communication cryptés pour proposer leurs services, organiser la logistique et assurer leurs profits.

Le nouveau rapport du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants (EMSC) d’Europol fait le point sur les opérations prises en charge par le centre en 2021 et les informations recueillies. Ce rapport donne une image claire de l’évolution de ces zones de criminalité et envisage de nouveaux développements possibles. Il propose des recommandations pour améliorer la préparation à la lutte contre ces activités criminelles qui menacent directement la vie et la dignité des victimes.

Points forts des activités du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants en 2021 :

  • 6 139 nouveaux cas de traite des êtres humains détectés avec le soutien d’Europol
  • 55 jours d’action sur le terrain avec des experts d’Europol.
  • 1 246 rapports opérationnels produits
  • 26 cibles de haute importance identifiées

Parmi les nouveaux développements mis en évidence par Europol, il convient de mentionner :

  • Une hausse des passages de frontières au sein de l’Union européenne et des mouvements secondaires au sein de l’UE.
  • Une meilleure utilisation des technologies numériques simplifiant à la fois l’immigration clandestine et la traite des êtres humains.
  • L’augmentation du nombre d’arrivées a placé Chypre devant la Grèce en tant que zone de débarquement la plus importante de la Méditerranée orientale.
  • La pression migratoire sur la route frontalière orientale via la Biélorussie a entraîné une présence accrue des réseaux criminels qui facilitent les mouvements secondaires par cette route.
  • Les activités de contrebande au passage maritime en Italie ont presque doublé, tandis que le prix de ce voyage est passé de 6 000 à 12 000 euros.
  • Augmentation de la polycriminalité des réseaux de trafiquants de migrants actifs le long des routes de la Méditerranée occidentale et de l’Afrique de l’Ouest.
  • Le processus de traite des êtres humains, y compris le recrutement et les arrangements logistiques, est de plus en plus numérisé.

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