Le dernier Rapport sur la situation et les tendances du terrorisme dans l’Union européenne (rapport UE TE-SAT) 2026 d’Europol dresse un tableau en transformation de la menace terroriste dans l’Union européenne. Malgré le fait que le terrorisme djihadiste reste la principale préoccupation des autorités, le document insiste sur un changement profond : la radicalisation ne dépend plus uniquement des grandes organisations terroristes ni d’une adhésion idéologique solide. De plus en plus, la violence devient un moyen de construire sa propre identité, d’obtenir une reconnaissance et de trouver un sentiment d’appartenance au sein de communautés numériques.

Ce phénomène rend les menaces beaucoup plus fragmentées, imprévisibles et difficiles à identifier avant qu’elles ne se matérialisent.
Internet est devenu le principal espace où se déroulent les processus de radicalisation. Les réseaux sociaux, les plateformes de messagerie chiffrée, les jeux vidéo en ligne et d’autres communautés numériques fonctionnent comme des écosystèmes où la propagande, le recrutement et la préparation d’actions violentes se renforcent mutuellement.
Contrairement au passé, de nombreuses personnes n’ont pas besoin d’établir un contact direct avec une organisation terroriste pour se radicaliser. Beaucoup peuvent consommer des contenus extrémistes, interagir avec d’autres utilisateurs et adopter des récits violents de manière complètement autonome. Ce processus facilite l’émergence d’acteurs solitaires ou de petits groupes auto-organisés, beaucoup plus difficiles à détecter par les services de sécurité.
Selon Europol, cette décentralisation représente l’un des principaux défis actuels pour les forces de police européennes.
Malgré ces changements, le terrorisme djihadiste reste au centre du paysage européen. En 2025, 24 des 45 attentats terroristes comptabilisés dans l’Union européenne ont été enregistrés, tandis que 347 des 486 arrestations liées au terrorisme étaient liées au djihadisme.
Cependant, la plupart des recherches ne sont pas liées à des attentats réussis, mais à des activités de propagande, de soutien logistique et de processus de radicalisation. Cela reflète une stratégie policière de plus en plus axée sur la prévention des attaques avant qu’elles ne se produisent.
Les groupes djihadistes ont également modifié leur manière d’agir. Au lieu de planifier de grandes opérations coordonnées, ils incitent souvent des individus à agir de leur propre chef après avoir été influencés par la propagande diffusée sur Internet.
L’une des conclusions les plus marquantes du rapport est que, dans certains cas, l’idéologie cesse d’être l’élément principal qui motive les agresseurs. De nombreux individus combinent des références provenant du djihadisme, de l’extrême droite, de l’accélérationnisme, du nihilisme, de la misogynie ou de diverses théories du complot sans suivre de manière cohérente aucune doctrine concrète.
Dans ces environnements numériques, la violence peut devenir un objectif en soi. Commettre des actes extrêmes procure notoriété, reconnaissance et statut au sein de certaines communautés virtuelles, où la visibilité et la capacité à générer un impact deviennent des formes de capital social.
Cette combinaison de motivations personnelles, de problèmes psychologiques, de frustrations, de quête d’identité et de discours extrémistes rend les catégories traditionnelles utilisées par les chercheurs de moins en moins utiles.
Le rapport alerte également sur l’augmentation de la participation des mineurs à des activités liées au terrorisme. Au cours de l’année 2025, 130 des suspects arrêtés avaient 18 ans ou moins, et le plus jeune cas concernait un mineur de seulement 12 ans.
Beaucoup de ces adolescents ne montrent pas une connaissance approfondie des idéologies extrémistes, mais consomment un mélange de contenus violents trouvés sur Internet. Cela transforme de nombreux jeunes à la fois en victimes de manipulation et en auteurs potentiels d’actes violents.
Pour cette raison, Europol soutient que la réponse ne peut être exclusivement policière, mais doit également inclure des mesures de prévention, d’éducation, de protection des mineurs et de détection précoce des processus de radicalisation.
Le document indique également une collaboration croissante entre les réseaux criminels et les acteurs extrémistes. Le blanchiment d’argent, le trafic d’armes, la fraude en ligne ou l’utilisation de services criminels disponibles sur Internet sont des ressources partagées qui facilitent l’activité terroriste.
Parallèlement, Europol met en garde contre les « acteurs hybrides », qui exploitent ces réseaux dans le but de générer une déstabilisation sociale de manière soutenue, au-delà de la perpétration d’un attentat isolé.
Les données de 2025 reflètent cette réalité : 45 attaques terroristes ont été recensées dans dix États membres de l’Union européenne (22 menées à bien, 20 déjouées et 3 échouées), avec 486 personnes arrêtées pour des crimes liés au terrorisme.
La principale conclusion du rapport est que l’Europe fait face à une nouvelle étape dans l’évolution du terrorisme. Les organisations traditionnelles continuent d’exister, mais partagent le devant de la scène avec des acteurs beaucoup plus décentralisés, influencés par des communautés numériques et des motivations personnelles changeantes.
Ce phénomène oblige les autorités à adapter leurs systèmes d’analyse et de prévention. Il ne suffit plus d’identifier une idéologie concrète : il est nécessaire de comprendre comment les environnements numériques, le besoin d’appartenance et la quête de reconnaissance peuvent transformer la violence en une forme d’identité pour certains individus.
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