Le Portugal est toujours considéré comme l’un des pays les plus sûrs d’Europe, aussi bien selon les statistiques officielles que d’après les principaux indices internationaux de sécurité. Cependant, l’évolution récente de la criminalité révèle une réalité plus complexe : bien que la délinquance globale reste relativement stable, certains phénomènes spécifiques – tels que la cybercriminalité, les agressions sexuelles ou la criminalité juvénile – ont augmenté et suscitent des inquiétudes parmi les autorités et les citoyens.

Selon Relatório Anual de Seguranza Interna (RASI), le Portugal a enregistré en 2024 une baisse générale de la criminalité de 4,6 %, avec 354 878 de signalements, mais les crimes violents et graves ont augmenté de 2,6 %. Cette contradiction apparente confirme une tendance observée dans d’autres pays européens : la délinquance traditionnelle recule, tandis que progressent des formes de criminalité à fort impact social et médiatique.
Le vol reste le délit le plus fréquent, notamment dans les grandes agglomérations et les zones touristiques comme Lisbonne, Porto ou l’Algarve. Parallèlement, les autorités constatent une hausse significative des vols de véhicules, des braquages de commerces ainsi que des escroqueries liées à la location immobilière et aux plateformes numériques.
L’un des points de vigilance majeurs pour les forces de sécurité portugaises concerne l’augmentation des délits sexuels. Le nombre de viols enregistrés en 2024 a progressé d’environ 10 % par rapport à l’année précédente, atteignant son niveau le plus élevé de la dernière décennie. Bien que les autorités attribuent en partie cette hausse à une plus grande propension des victimes à porter plainte, le phénomène reflète également une pression sociale croissante sur les mécanismes de prévention et de protection.
La délinquance juvénile constitue un autre sujet sensible. Le RASI 2024 a recensé plus de 2 000 affaires impliquant des mineurs âgés de 12 à 16 ans, soit une augmentation supérieure à 12 %. Les incidents en milieu scolaire et les épisodes de violences collectives ont également progressé, en particulier dans les zones métropolitaines. Ce phénomène a ouvert un débat politique et sociétal concernant l’intégration, l’exclusion sociale et la capacité préventive du système éducatif.
À l’inverse, certains indicateurs structurels restent positifs. Les homicides maintiennent un niveau faible comparé à la moyenne européenne, avec un taux inférieur à 1 homicide pour 100 000 habitants. De même, les violences domestiques diminuent depuis trois années consécutives selon les données officielles, bien qu’elles figurent encore parmi les délits les plus signalés du pays.
La cybercriminalité représente sans doute le défi le plus stratégique à long terme. Les fraudes numériques, le phishing, l’usurpation d’identité et les cyberattaques connaissent une progression continue depuis la pandémie. Cette évolution oblige les forces de police portugaises à renforcer les unités technologiques et à investir davantage dans le renseignement numérique et la coopération internationale.
Autre enjeu majeur : le sentiment d’insécurité des citoyens. Plusieurs débats politiques et sociaux au Portugal mettent en évidence un décalage entre les données objectives et la perception du public. Sur les réseaux sociaux et les forums numériques, les inquiétudes liées à l’immigration, à la radicalisation ou à la présence de groupes violents se multiplient, même si les statistiques officielles ne montrent pas de dégradation généralisée de la sécurité.
Les autorités portugaises insistent sur le fait que le pays « reste globalement sûr », tout en reconnaissant l’existence d’indicateurs nécessitant une vigilance permanente et une adaptation constante. Dans ce contexte, le Portugal fait face à une situation comparable à celle d’autres sociétés européennes : moins de criminalité conventionnelle, mais une complexité accrue des menaces liées au numérique, à la cohésion sociale et à la sécurité urbaine.
Pour le secteur de la sécurité privée et de la protection des citoyens, cette évolution implique de nouveaux besoins : une spécialisation technologique renforcée, une meilleure capacité d’analyse préventive et une coordination accrue entre forces de police, administrations et entreprises de sécurité. L’avenir de la sécurité au Portugal dépendra autant de la réponse policière que de la capacité d’anticipation face à des risques de plus en plus hybrides et changeants.
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