Une enquête menée par les journalistes de la BBC, Ruth Green, Fiona Trott et Gerry Georgieva, a mis en évidence une situation inquiétante : des enfants âgés de seulement quatre et cinq ans ont été découverts avec des couteaux dans des écoles primaires en Angleterre. Les données obtenues montrent qu’en 2024, il y a eu 1 304 délits liés aux couteaux et aux objets tranchants dans les établissement scolaires en Angleterre et au Pays de Galles.

Il est inquiétant de constater qu’au moins 10 % de ces cas concernaient des enfants de l’école primaire. Selon les forces de police, des enfants âgés de quatre, cinq et six ans ont été découverts portant des armes blanches en classe – dans certains cas pour les montrer à leurs amis et dans d’autres cas avec des intentions menaçantes.
La police du Kent s’est rendue sur les lieux d’un incident impliquant un garçon de seulement quatre ans qui avait agressé un camarade de classe avec un couteau. Dans les West Midlands, un autre garçon de six ansavait apporté un couteau en classe, déclarant avoir l’intention de tuer un camarade. Dans un autre cas, un garçon de cinq ans s’est présenté à l’école avec un couteau de cuisine de dix pouces.
Bien que ces enfants ne soient pas pénalement responsables – l’âge minimum au Royaume-Uni est de dix ans – ces événements ont suscité l’inquiétude des familles et des professionnels de l’éducation.
Le débat s’est intensifié à la suite de l’affaire Harvey Willgoose, un adolescent tué par un autre adolescent avec un couteau de chasse à Sheffield. Sa mère, Caroline Willgoose, a réclamé que le gouvernement fasse installer des détecteurs de métaux dans toutes les écoles afin d’éviter d’autres tragédies.
Plusieurs écoles britanniques ont déjà commencé à installer des portiques de détection de métaux. À Dudley, la Beacon Hill Academy a récemment intégré ce type de contrôle. Certains élèves admettent que le portique suscite une certaine appréhension, mais il les rend aussi plus confiants.
Les ventes de détecteurs de métaux dans les écoles ont triplé en un an, selon Interconnective Security Products, une entreprise qui en a vendu 35 entre mars 2024 et mars 2025.
Le ministère de l’Intérieur britannique a déclaré qu’il s’était donné pour mission de réduire de moitié les délits commis au couteau. Parmi les mesures annoncées figurent la loi Ronan, qui renforce les règles relatives à la vente de couteaux en ligne, et le programme Young Futures, qui vise à s’attaquer aux causes sociales et psychologiques du problème.
Toutefois, les associations d’éducateurs soulignent la nécessité de soutenir davantage les écoleset les programmes de prévention. Selon Pepe Di’lasio, secrétaire général de l’Association of School and College Leaders, une décennie de réductions budgétaires dans la police de proximité et les projets dédiés à la jeunesse a laissé de nombreux établissements scolaires livrés à eux-mêmes face à cette crise.
Certains adolescents admettent avoir apporté des couteaux à l’école par peur. Des experts comme Trevor Chrouch, qui travaille avec des jeunes à risque à Sheffield, remarquent que nombre de ces jeunes ne cherchent pas à faire du mal, mais à se sentir en sécurité : pour eux, avoir un couteau est aussi banal que d’avoir un téléphone portable en poche.
Les professionnels s’accordent à dire qu’il faut davantage d’éducation émotionnelle, d’activités extrascolaires et de programmes de médiation pour prévenir ces comportements. Une adolescente interrogée déclare : « On ne nous apprend ni à nous défendre ni à gérer nos émotions. Seulement des sciences, mais pas comment affronter la vie ».
Le phénomène des couteaux dans les écoles britanniques est le reflet d’une peur profondément ancrée chez les jeunes et d’un système éducatif qui a besoin d’un soutien social et émotionnel plus important. Les mesures de sécurité sont une étape nécessaire, mais pas suffisante : la solution consiste à éduquer, écouter et protéger avant qu’il ne soit trop tard.
_____
Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

