24 laboratoires industriels démantelés dans le cadre de la plus grande opération de lutte contre les drogues de synthèse de l’histoire

Une action policière de grande envergure, menée dans le cadre de l’opération Fabryka, coordonnée par Europol, a permis de démanteler un réseau criminel opérant dans toute l’Union européenne. Des efforts coordonnés ont été entrepris en Pologne, ainsi qu’en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Ces actions visaient un réseau soupçonné d’importer de grandes quantités de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse dans des laboratoires de plusieurs pays.

Le réseau participait également à des activités de blanchiment d’argent afin de promouvoir ses opérations illicites. Au cours de l’enquête, les autorités policières ont déterminé que le réseau pourrait avoir importé plus de 1 000 tonnes de précurseurs, soit suffisamment pour produire plus de 300 tonnes de drogues de synthèse, telles que la MDMA, l’amphétamine et la cathinone.

On estime que ces activités illégales génèrent des milliards de profits criminels pour les réseaux criminels impliqués. Les actifs criminels sont injectés dans l’économie légale, ce qui crée des risques importants de distorsion du marché, de concurrence déloyale et d’infiltration systématique d’entreprises légitimes par le crime organisé.

L’enquête a débuté en 2024 sur la base de renseignements partagés par la police polonaise, plus précisément par l’unité de lutte contre les crimes liés à la drogue du siège de la police provinciale de Wrocław. Les informations fournies par les agents de police de Basse-Silésie ont joué un rôle déterminant dans le lancement de l’affaire et ont facilité la coopération internationale ultérieure au sein du groupe de travail. Entre février 2025 et janvier 2026, plus de 20 journées d’action ont été menées contre des groupes criminels connectés, leurs installations de production et leurs sites de stockage dans toute l’Europe. L’opération s’est conclue par une journée d’action coordonnée contre le réseau de grossistes présumé responsable de l’importation et de la distribution de précurseurs chimiques.

Ce réseau était responsable de l’importation, du reconditionnement et de la distribution de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse. Les produits chimiques, en provenance de Chine et d’Inde, sont entrés dans l’UE par plusieurs pays et ont été transportés en Pologne pour y être reconditionnés, puis distribués à des laboratoires illégaux dans l’ensemble de l’UE. Depuis le début de l’enquête en 2024, Europol a soutenu des journées d’action ciblant différentes cellules du réseau, ainsi que des groupes connectés et impliqués dans la production de drogues de synthèse en laboratoire.

Les résultats cumulés de toutes les journées d’action (de février 2025 à janvier 2026) comprennent plus de :

• 20 journées d’action : 85 arrestations ; 100 perquisitions ; ainsi que : 50 points de livraison identifiés ; 24 laboratoires industriels démantelés ; 16 sites de stockage découverts ; de multiples saisies :

  • Environ 500 000 € en espèces ;
  • 3 559 kilogrammes et 982 litres de drogues (dont de la 4-CMC, de la cathinone, de la MDMA et de l’huile d’amphétamine) ;
  • Plus de 120 000 litres de déchets chimiques toxiques ;
  • 1 000 tonnes de précurseurs (produits chimiques utilisés dans la production de drogues de synthèse).

La structure opérationnelle de ce réseau criminel était complexe, avec sept sociétés légales en Pologne facilitant les activités d’importation et de distribution, et une coordination de haut niveau reliant les différents groupes criminels dans les pays de l’UE.

Dans certains cas, les cellules criminelles elles-mêmes, opérant au sein d’un réseau plus large, géraient à la fois la logistique de l’approvisionnement en précurseurs ainsi que la coordination de la production dans les laboratoires clandestins. Le principal réseau criminel visé par cette enquête est essentiellement composé de ressortissants polonais, avec la participation de quelques ressortissants belges et néerlandais opérant au sein de groupes interconnectés.

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Chili : peur, criminalité et politique dans un paradoxe de sécurité

Le Chili fait face à une situation paradoxale en matière de sécurité publique : malgré des taux de criminalité relativement bas par rapport à d’autres pays d’Amérique latine, le sentiment d’insécurité parmi la population est l’un des plus élevés au monde. Cette contradiction est devenue le point central du débat politique et de la campagne électorale présidentielle, au point que la sécurité est aujourd’hui la principale préoccupation des citoyens.

La victoire de Kast aux dernières élections reflète la réaction de nombreux électeurs face à des enjeux tels que la sécurité publique, l’immigration irrégulière et le sentiment d’insécurité ainsi que des désaccords avec le modèle économique ou social actuel, des facteurs centraux de la campagne.

Selon une enquête d’Ipsos, 63 % des adultes chiliens identifient le crime et la violence comme le problème qui les inquiètent le plus, un pourcentage supérieur à celui de pays comme le Mexique ou la Colombie, qui ont des taux d’homicides bien supérieurs. À l’échelle mondiale, le Chili figure parmi les pays les plus préoccupés par l’insécurité et également ceux où la plus faible proportion de personnes se sentent en sécurité lorsqu’elles se promènent la nuit dans leur quartier, selon des rapports d’Ipsos et de Gallup.

Daniel Johnson, directeur exécutif de la Fondation Paz Ciudadana, rappelle qu’avec 6 homicides pour 100 000 habitants, le pays est loin de figurer en tête des statistiques de violence dans la région ou dans le monde.

Historiquement, le Chili affichait déjà des niveaux de peur du crime supérieurs à ce que révélaient les données objectives. Cependant, ce phénomène s’est intensifié ces dernières années, ce qui oblige à chercher d’autres explications. Les études de la Fondation Paz Ciudadana montrent que les femmes et les catégories socio-économiques les plus défavorisées sont celles qui expriment les niveaux de crainte les plus élevés, en particulier dans les territoires où la présence de l’État est perçue comme faible.

Bien que les vols et les tentatives de vol touchent environ un tiers des ménages – un niveau comparable à celui des années précédentes – ce qui a vraiment changé, c’est la nature de la criminalité. Les infractions violentes ont fortement progressé : le taux d’homicides a quasiment doublé en une décennie, les vols avec violence ont augmenté de 25 % en huit ans, et des délits jusque-là peu fréquents, tels que les extorsions et les enlèvements, ont commencé à gagner en visibilité.

Cette évolution des typologies criminelles exerce un impact psychologique considérable sur la population. D. Johnson souligne que l’incertitude quant aux moyens de se protéger face à ces nouvelles formes de criminalité accroît fortement le sentiment de vulnérabilité.

Un autre facteur clé réside dans l’expansion du crime organisé, marquée par l’émergence de nouvelles organisations opérant selon des logiques différentes de celles qui sont plus traditionnelles. Les autorités constatent un recours accru aux armes à feu, une hausse des homicides prémédités ainsi que la présence de groupes transnationaux, dont certains sont liés à des ressortissants étrangers, comme dans le cas emblématique du Tren de Aragua.

Si, jusqu’en 2020, l’immigration ne présentait pas de corrélation directe avec la hausse de la criminalité, les autorités et les centres de recherche observent désormais un lien clair entre certaines typologies criminelles et des organisations étrangères, qui exploitent fréquemment à la fois les migrants et la population locale. Ce fait a renforcé la perception d’un lien entre immigration et insécurité, alimentant le débat public et politique.

La peur du crime est étroitement liée à la méfiance envers les institutions de sécurité et de justice. Lorsque les citoyens perçoivent que l’État ne les protège pas adéquatement, les signalements diminuent, ce qui affaiblit la capacité d’intervention du système et érode encore plus sa légitimité. Cependant, les forces de police chiliennes ont réussi à regagner une partie de la confiance perdue après l’éclatement social.

Le gouvernement de Gabriel Boric a répondu par des réformes institutionnelles pertinentes, telles que la création d’un ministère de la Sécurité et des mécanismes de coordination interministerielle. Il s’agit de mesures conçues pour le moyen et le long terme, mais qui se heurtent à la demande citoyenne de réponses immédiates, telles qu’un renforcement des patrouilles, de l’éclairage public et de la vidéosurveillance, même si ces actions ont un impact limité lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de changements structurels.

Dans ce contexte, la sécurité est devenue une ressource centrale de la campagne électorale. Tous les candidats ont intégré le discours de l’insécurité, validant et amplifiant la peur existante. Historiquement, les partis de droite ont privilégié des approches de contrôle et de répression, tandis que la gauche a misé davantage sur des politiques sociales. Aujourd’hui, toutefois, une logique de l’urgence prévaut, favorisant des mesures à court terme au détriment de politiques de prévention et de réinsertion, pourtant essentielles à une solution durable.

Par ailleurs, les épisodes de violence observés dans la région, comme de vastes opérations policières au Brésil ou des actions militaires menées par les États-Unis contre le trafic de drogue, renforcent la crainte que le Chili puisse s’engager dans une trajectoire similaire.

Le Chili ne figure pas parmi les pays les plus violents du monde, mais il compte en revanche parmi les plus marqués par la peur. Ce décalage entre la réalité et la perception, nourri par l’évolution de la criminalité, la présence du crime organisé, la défiance institutionnelle et l’instrumentalisation politique, constitue un défi majeur : comment répondre à l’urgence sans renoncer à des solutions structurelles à long terme ? L’avenir de la sécurité dans le pays dépendra de la capacité à conjuguer un contrôle effectif, des réformes institutionnelles et des politiques sociales s’attaquant aux causes profondes de la violence.

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Pression internationale sur les grandes routes d’approvisionnement en cocaïne vers l’Europe

Les autorités policières européennes et sud-américaines continuent d’intensifier leurs efforts pour démanteler les principaux réseaux criminels responsables du trafic de cocaïne vers l’Europe. Trois opérations récentes, coordonnées avec le soutien d’Europol, mettent en évidence à la fois la complexité des routes utilisées par le crime organisé et l’importance croissante de la coopération internationale pour y faire face. Ces actions ont affecté des réseaux ayant des connexions avec la Colombie, le Brésil et la Grèce, et ont permis d’intervenir à toutes les étapes de la chaîne criminelle : depuis l’origine de la drogue jusqu’à sa réception sur le continent européen.

La première enquête s’est centrée sur un réseau dirigé par un citoyen néerlandais qui avait un contact direct avec des trafiquants de haut niveau en Colombie. L’individu, âgé de 56 ans, résidait à Ibiza mais voyageait fréquemment aux Pays-Bas et dans d’autres pays européens. Selon les autorités, il coordonnait l’entrée de grands chargements de cocaïne en Europe avec le soutien actif de ses deux fils.

L’affaire a été mise en lumière grâce aux informations obtenues à partir de la plateforme cryptée Sky ECC, un outil largement utilisé par les organisations criminelles et qui a joué un rôle clé dans de nombreuses enquêtes européennes. À partir de ces données, la police néerlandaise a déployé des opérations de surveillance, d’analyse de renseignements et d’écoutes téléphoniques qui ont permis d’identifier des tentatives en cours de coordination de nouveaux envois.

Le réseau était lié à six cargaisons de cocaïne interceptées au Royaume-Uni, en Espagne et aux Pays-Bas. Le 2 décembre 2025, le principal suspect a été arrêté à Ibiza, tandis que ses fils, âgés de 31 et 23 ans, ont été arrêtés à La Haye et à Haarlem.

Opération brésilienne de trafic maritime à grande échelle

La deuxième opération a visé une organisation criminelle brésilienne spécialisée dans le transport maritime de cocaïne à grande échelle en Europe. Le groupe était chargé d’acquérir des embarcations, de former des équipages et de modifier des navires de pêche pour dissimuler la drogue.

Les itinéraires utilisés comprenaient des points de départ sur la côte brésilienne et une étape intermédiaire en Afrique de l’Ouest, avant le transfert final vers les eaux européennes.

Un moment clé de l’enquête a eu lieu en novembre 2024, lorsque les autorités portugaises, en collaboration avec la police fédérale brésilienne et les autorités du Cap-Vert, ont intercepté un bateau de pêche battant pavillon brésilien au large du Cap-Vert. À bord, il y avait 1,6 tonne de cocaïne, et six membres de l’équipage ont été arrêtés.

Par la suite, en septembre 2025, les forces de sécurité ont démantelé la branche européenne du réseau, avec 37 arrestations en Espagne, y compris le responsable de l’infrastructure logistique. Enfin, le 11 décembre 2025, une opération coordonnée au Brésil a abouti à huit nouvelles arrestations, dont deux cibles de haute importance, et à la saisie de biens d’une valeur de plus de 1,5 million d’euros.

Réseau criminel grec et transferts en haute mer

La troisième opération a ciblé un réseau criminel grec qui utilisait la méthode de transfert en haute mer pour le trafic de cocaïne. Le groupe avait déployé un bateau de pêche qui était parti de Grèce, avait suivi une route passant par l’Afrique de l’Ouest et avait traversé l’Atlantique pour récupérer une cargaison en provenance d’Amérique latine.

Le 14 décembre 2025, les autorités ont arrêté dix suspects : cinq membres d’équipage en mer et cinq individus en Grèce, dont une cible de haute importance.

Rôle clé d’Europol et de la coopération internationale

Dans les deux cas, Europol a agi comme le pivot central de la coopération internationale, facilitant l’échange d’informations, fournissant un soutien analytique et coordonnant des réunions opérationnelles entre les pays impliqués. D’autres organismes majeurs tels que Frontex et le MAOC-(N) ont également participé, notamment aux opérations maritimes.

Ces actions s’inscrivent dans la stratégie plus large de l’Union européenne contre la criminalité organisée, articulée à travers la plateforme EMPACT. Les cas démontrent que seule une coopération soutenue, multiniveau et transnationale permet d’attaquer de manière efficace les structures qui soutiennent le trafic de cocaïne vers l’Europe.

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La contribution du NIST à la sécurité incendie : technologie, tactique et résilience

La sécurité contre les incendies a connu une transformation profonde au cours des dernières décennies, largement impulsée par la recherche scientifique du National Institute of Standards and Technology (NIST) des États-Unis. Face à l’évolution des bâtiments, des matériaux combustibles et des conditions opérationnelles des pompiers, le NIST a fourni la base technique nécessaire pour mettre à jour les équipements, les normes et les stratégies d’intervention ayant un impact direct sur la protection des vies humaines.

L’un des domaines clés a été l’évaluation des performances de l’équipement utilisé dans des conditions extrêmes. Dans le cas des caméras thermographiques, le NIST a développé les premiers essais capables de mesurer si ces dispositifs continuaient à détecter de petites différences de température lorsque la caméra elle-même était exposée à des températures allant jusqu’à 260 °C. Cette recherche a permis d’établir des critères objectifs de qualité, garantissant que les pompiers disposent d’outils fiables dans des environnements hostiles.

En ce qui concerne les radios portables, les pompiers avaient déjà détecté des défaillances de communication pendant les incendies. Le NIST a déterminé que l’origine du problème était la déviation de la fréquence de transmission à des températures élevées.

Un autre élément critique est l’appareil de respiration autonome (SCBA). Les incidents associés aux visières qui devenaient opaques ou fondaient ont conduit le NIST à étudier l’effet du flux de chaleur radiante intense. À partir d’expériences à grande échelle et de simulations, de nouveaux essais et critères de performance ont été définis, ce qui a permis d’améliorer la protection et la visibilité des pompiers pendant l’extinction du feu.

Malgré la réduction du nombre d’incendies structurels depuis la fin du XXe siècle, la mortalité des pompiers due aux incendies a augmenté. Le NIST a démontré que ce phénomène était lié à des changements dans l’architecture (logements plus grands et étanches), à l’utilisation de matériaux légers et à l’augmentation de la charge de feu des meubles modernes.

La recherche a introduit le concept de dynamique du feu, soulignant l’importance de la vitesse de croissance de l’incendie et du rôle de l’oxygène. Un incendie limité par l’oxygène peut s’intensifier soudainement si une porte ou une fenêtre est ouverte, car cela crée un chemin de flux par lequel circulent chaleur et fumée. Le message pour les pompiers est clair : il faut contrôler les entrées d’air et éviter de se trouver sur ces chemins de flux.

Un exemple particulièrement pertinent est celui des incendies dans les sous-sols. Le NIST a démontré qu’un feu peut se développer violemment sous un sol qui, en surface, semble encore sûr. Les tests ont montré que l’application d’eau depuis l’extérieur pendant seulement 60 secondes pouvait réduire considérablement le risque, modifiant ainsi les tactiques historiques d’attaque intérieure.

Les détecteurs de fumée ont considérablement réduit le nombre de victimes mortelles depuis les années soixante-dix, mais les changements dans la conception des logements et dans les matériaux combustibles ont limité leur efficacité. Le NIST a démontré que les incendies modernes offrent beaucoup moins de temps pour s’échapper et que les alarmes étaient souvent désactivées en raison de fausses alertes de cuisine.

À partir d’essais avec des meubles réels et des scénarios de cuisine, le NIST a fourni les données clés pour développer une nouvelle génération de tests. Depuis 2024, tous les nouveaux détecteurs doivent répondre à une série d’exigences, dans le but d’augmenter le temps d’évacuation et de sauver des vies.

L’expansion de l’habitat dans les zones forestières a considérablement augmenté les risques d’incendies de l’interface ville-nature. Le NIST a étudié comment le feu se propage par radiation, convection et, surtout, par des braises, capables d’enflammer des bâtiments à grande distance.

Pour analyser ce phénomène, le NIST a créé le Firebrand Generator (NIST Dragon) et l’Emberometer, des outils qui sont devenus des références internationales et la base de la norme ISO 6021. Cette connaissance a permis de définir des critères de conception pour les façades, les ventilations et les environnements proches des bâtiments.

À l’échelle communautaire, le NIST a établi des méthodologies telles que la Hazard Mitigation Methodology (HMM) et la méthode ESCAPE (2023), qui traitent à la fois de la résilience des bâtiments, de la planification urbaine et de l’évacuation, déjà adoptées par diverses communautés.

Enfin, le National Fire Research Laboratory (NFRL) permet d’essayer des structures complètes soumises à un feu réel et à des charges mécaniques. Cette approche dépasse les essais traditionnels et aide à comprendre comment et quand se produit l’effondrement structurel, ce qui facilite l’élaboration de conceptions plus sûres, résilientes et efficaces.

Dans l’ensemble, le travail du NIST illustre comment la science appliquée peut se traduire par des normes, des équipements et des stratégies qui améliorent la sécurité des pompiers, réduisent les victimes civiles et rendent les communautés plus résilientes face au feu.

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La technologie peut éviter de grands feux de forêt, mais la coordination manque

Chaque fois qu’un grand feu de forêt se déclare, la même question se pose : comment est-il possible que nous n’ayons pas pu l’éviter ? Les images de ciels teintés de rouge, d’évacuations de masse et de quartiers entiers réduits en cendres sont monnaie courante dans les journaux télévisés. Que ce soit en Californie, en Australie, au Canada ou en Méditerranée, les incendies ne sont plus perçus comme un phénomène exceptionnel, mais comme une nouvelle constante, et cela ne devrait pas être le cas. Il existe des outils qui peuvent considérablement réduire l’impact des grands incendies. Le problème réside dans la coordination.

Les feux de forêt ne sont pas seulement un problème naturel. Ils sont le résultat d’une combinaison complexe de facteurs : changement climatique, gestion du territoire, étalement urbain, infrastructures vulnérables et systèmes fragmentés. Aujourd’hui, des millions de personnes vivent dans l’interface forêt-urbain, cette zone de transition où cohabitent maisons et masses végétales hautement inflammables. Lorsque le feu atteint cette zone, les coûts humains, économiques et environnementaux sont énormes, même pour les personnes qui ne perdent pas directement leur domicile.

Pourtant, nous n’avons jamais disposé d’autant de technologies pour relever ce défi : satellites capables de détecter des départs de feux en quelques minutes, capteurs au sol qui évaluent le niveau de risque, modèles d’intelligence artificielle qui projettent l’évolution du feu en temps réel, drones qui cartographient la végétation sensible, réseaux électriques intelligents qui se déconnectent avant qu’une étincelle ne provoque une catastrophe… Tout cela existe déjà.

Ces technologies ne sont pas là pour mettre fin aux incendies. Elles ne sont d’ailleurs pas censées le faire. Le feu fait partie de nombreux écosystèmes et est essentiel à leur régénération. Mais elles peuvent éviter qu’un incendie ponctuel ne devienne une catastrophe de grande envergure. Elles peuvent réduire les évacuations, sauver des logements, protéger des infrastructures essentielles et, surtout, sauver des vies.

Le principal problème n’est pas technique, mais institutionnel. Le système de prévention et de réponse aux incendies est profondément fragmenté. Parmi les intervenants, on trouve des gouvernements locaux, régionaux et étatiques, des brigades de sapeurs-pompiers aux compétences variées, des agences de gestion des forêts, des fournisseurs d’électricité, des compagnies d’assurances, des centres de recherche, des entreprises technologiques et des communautés locales. Chaque acteur dispose de ses propres budgets, réglementations, systèmes de données et processus d’achat. Le résultat ? Un écosystème dans lequel il est difficile d’innover et encore plus difficile de faire évoluer les solutions actuelles.

De nombreuses initiatives technologiques prometteuses ne passent même pas la phase de projet pilote. Les agences publiques ne peuvent souvent pas prendre le risque d’acheter une nouvelle technologie qui n’a pas encore été entièrement validée. Les entreprises innovantes ne savent pas à quelle porte frapper. Les fondations financent les expériences, mais pas leur implantation à grande échelle. Et les communautés qui disposent de moins de ressources sont celles qui souffrent le plus de ce manque de coordination, ce qui les rend de plus en plus vulnérables.

D’autres domaines de la politique publique montrent qu’il est possible de faire mieux. En matière de sécurité nationale, d’énergie ou encore d’aviation, les États-Unis ont créé des organismes qui font office de passerelle entre le secteur public, la recherche et le marché. Ces organismes n’inventent pas de technologies, mais identifient des solutions prometteuses, aident à les tester, établissent des normes communes et accélèrent leur distribution aux utilisateurs finaux.

Le domaine des feux de forêt a besoin d’une structure similaire : un organisme de coordination disposant d’un mandat clairement défini pour mettre en relation les innovateurs, les administrations, les services d’urgence, les fournisseurs de services essentiels et les communautés. Un acteur neutre chargé de détecter les technologies émergentes, de promouvoir l’interopérabilité, de réduire les obstacles bureaucratiques et d’orienter les investissements vers la prévention et l’atténuation, plutôt que de ne se concentrer que sur l’extinction lorsque l’incendie est déjà hors de contrôle.

Cela ne veut pas dire remplacer des politiques essentielles telles que la gestion des forêts, le brûlage dirigé, les codes de construction ou l’urbanisme. Au contraire : la technologie peut rendre toutes ces mesures plus efficaces et plus justes. Elle peut offrir de meilleures données aux pompiers, diffuser des alertes plus précises à la population et permettre une reprise plus rapide après une catastrophe.

Certains gouvernements ont déjà commencé à agir en ce sens. Aux États-Unis, certains États ont mis en place des bureaux dédiés à l’innovation en matière d’incendies, ainsi que des centres d’excellence travaillant sur le recours à de nouvelles technologies dans la lutte contre les feux de forêt par voie aérienne. Mais sans une vision coordonnée au niveau national ou supranational, les progrès réalisés restent inégaux et insuffisants par rapport à l’ampleur du défi.

Les grands incendies ne sont pas inévitables. Ils sont, en grande partie, le reflet de décisions collectives et de systèmes qui n’ont pas évolué au rythme du risque. Si nous avons réussi à transformer la sécurité aérienne, la prévision des ouragans et la préparation aux tremblements de terre à l’aide d’investissements et de coordination, nous pouvons aussi le faire pour les feux de forêt. La technologie est prête, mais la volonté politique et la capacité d’organisation doivent suivre.

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L’utilisation abusive des relations intimes en tant que tactique d’infiltration policière au Royaume-Uni

Un ancien agent infiltré de la Metropolitan Police de Londres, Mark Jenner, identifié en interne commel’agent HN15, a commencé à comparaître dans le cadre de l’enquête Undercover Policing Inquiry du Royaume-Uni, un processus public qui passe en revue plusieurs décennies d’opérations secrètes contre des mouvements sociaux, politiques et syndicaux. Jenner a opéré dans les années 90 sous la fausse identité de Mark Cassidy, s’infiltrant dans un groupe d’activistes de gauche dans l’est de Londres, principalement lié au Colin Roach Centre, une organisation communautaire et antiraciste, selon BBC.com et la journaliste Ayshea Buksh.

L’un des aspects les plus graves de l’affaire est que Jenner a entretenu une relation intime et de concubinage pendant cinq ansavec une militante appelée « Alison » (nom fictif), tout en étant marié et en ayant des enfants. La relation comprenait le concubinage, des vacances au Royaume-Uni et à l’étranger, la participation à des mariages, des célébrations religieuses et des réunions de famille. Alison considérait Jenner comme son compagnon régulier et ignorait complètement qu’il s’agissait d’un agent de police infiltré.

Selon ce qui a été exposé dans l’enquête, cette relation n’apparaissait pas de façon claire ni honnête dans les rapports officiels que Jenner présentait à ses supérieurs à Scotland Yard. Pendant qu’il entretenait cette relation avec Alison, plusieurs voyages ont été enregistrés comme étant des réunions opérationnelles ou des suivis d’activités politiques, alors qu’il s’agissait en réalité de vacances personnelles, y compris des voyages en Israël, en Thaïlande et à Amsterdam. Les photographies et vidéos personnelles présentées dans l’enquête ont confirmé cette double vie.

Alison a récemment comparu dans le cadre de l’enquête, tout comme l’ex-femme de Jenner, qui a témoigné de manière anonyme. Les deux femmes ont expliqué dans leur témoignage qu’elles avaient été trompées pendant des années et ont souligné que le système policier avait permis, par action ou par omission, cette tromperie prolongée. Selon Alison, il y a eu tellement de mensonges qu’il est difficile de croire que les responsables directs de Jenner n’en avaient pas connaissance et qu’ils aient agi avec autant d’incompétence.

Lors de sa déclaration initiale, Jenner a affirmé que, dans le contexte de l’infiltration, il considérait qu’il était « nécessaire » d’avoir des relations sexuelles avec des femmes pour préserver sa couverture, bien qu’il ait nié que la satisfaction sexuelle soit un avantage du travail. Cette affirmation a été accueillie avec une forte indignation de la part des victimes et de leurs représentants, car elle renforce la perception que les relations intimes ont été utilisées comme un outil opérationnel, malgré l’impact émotionnel profond sur les personnes concernées.

Alison a décrit les conséquences psychologiques de la découverte de la vérité comme dévastatrices, affirmant être très en colère, profondément angoissée et physiologiquement affectée. Au fil du temps, elle a réinterprété plusieurs épisodes de la relation comme des indices de la tromperie : absences inexplicables, contradictions concernant sa famille, et même la découverte d’une carte bancaire au nom de M. Jenner, qu’il a justifiée par un mensonge.

Le cas de Jenner n’est pas un incident isolé. L’enquête a révélé qu’au moins 50 femmes pourraient avoir été trompées de manière similaire par des agents de police infiltrés pendant plusieurs décennies. Ce schéma a été qualifié par les victimes comme une forme d’abus institutionnel, avec des éléments clairs de sexisme, de manipulation émotionnelle et de violation des droits fondamentaux. Alison, avec le soutien d’autres femmes aux histoires similaires, a lancé la plateforme Police Spies Out of Our Lives, destinée à donner plus de visibilité à leurs cas et à exiger des responsabilités politiques et légales.

D’un point de vue institutionnel, la Metropolitan Police a reconnu publiquement cette grave irrégularité et le comportement totalement inacceptable de certains agents de police infiltrés et de leurs responsables. Le sous-commissaire adjoint Jon Savell a présenté des excuses sans réserve aux femmes concernées, admettant que ces relations étaient abusives, trompeuses et erronées, et qu’elles ont érodé la confiance du public dans une tactique policière qui, dans d’autres contextes, est considérée comme légitime pour maintenir l’ordre et la sécurité.

La police soutient que le travail d’infiltration a fait l’objet de profondes réformes au cours des dernières décennies, avec des cadres juridiques, éthiques et de supervision beaucoup plus stricts. Les victimes réclament toutefois que ces réformes soient accompagnées d’une véritable responsabilisation, y compris le retrait des honneurs et des distinctions accordés aux agents de police impliqués dans des abus, ainsi que des changements législatifs interdisant explicitement les relations intimes lors des opérations d’infiltration.

L’enquête reste ouverte, et Mark Jenner comparaîtra pendant plusieurs jours supplémentaires. Les femmes concernées exigent toute la vérité, des responsabilités claires et la reconnaissance du fait que les dommages subis ne sont pas le résultat d’excès individuels, mais d’un système qui a permis et normalisé des pratiques profondément abusives avec la protection de l’État.

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Europol coordonne une opération pour démanteler le cartel des Balkans en Allemagne

Europol a soutenu et coordonné les autorités de police d’Autriche, de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, d’Allemagne et de Serbie dans le cadre d’une opération à grande échelle visant une cellule importante du groupe dit « cartel des Balkans ». Au cours de cette intervention, menée en décembre 2025 en Allemagne, trois suspects ont été arrêtés et des actifs criminels d’une valeur de plus de 5 millions d’euros ont été saisis.

L’opération coordonnée a visé plusieurs cibles de grande valeur résidant en Allemagne et soupçonnées d’être des figures clés du cartel des Balkans. L’enquête a révélé que cette cellule criminelle était responsable d’expéditions de plusieurs tonnes de cocaïne en provenance de Colombie et avait recours à différentes méthodes de trafic de drogue en Europe. Le réseau se livrait également au blanchiment d’argent par le biais d’entreprises et de biens immobiliers dans plusieurs pays de l’Union européenne et au-delà.

L’intervention policière, à laquelle ont participé 500 agents des forces de l’ordre pour procéder aux arrestations et perquisitionner 45 locaux, marque l’aboutissement d’une enquête complexe sur le trafic de drogue à grande échelle, le blanchiment d’argent et le trafic d’armes. Lors des perquisitions, environ 50 000 euros en espèces, deux pièces d’or, de nombreux articles de luxe tels que des bijoux, des montres et des sacs à main, trois véhicules de grande valeur et des biens immobiliers en Allemagne et à l’étranger ont été saisis. De plus, plusieurs documents et appareils électroniques ont été trouvés et saisis, ainsi qu’une arme à feu chargée de munitions.

Les trois suspects arrêtés au cours de cette intervention jouaient différents rôles au sein du réseau criminel, notamment financiers, de coordination et logistiques. Le principal suspect, originaire de la péninsule balkanique et résident en Allemagne, est connu pour utiliser un logo représentant de la cocaïne en tant que marque distinctive.

Le cartel des Balkans s’était déjà heurté plusieurs fois à Europol et à ses pays partenaires, avec de nombreuses arrestations effectuées au cours de ces dernières années (par exemple, 13 arrestations lors d’interventions de mai 2023, et 21 arrestations lors d’interventions d’octobre 2023). Europol a joué un rôle crucial en menant à bien une coordination constante, en facilitant l’échange d’informations et en offrant un soutien analytique continu à l’enquête. Les informations développées au cours de l’opération ont révélé un réseau sophistiqué et bien organisé qui opérait dans plusieurs pays et continents.

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Tank : dans la tête de l’un des hackers les plus recherchés au monde

Pendant plus de quinze ans, Vyacheslav Penchukov, connu dans le monde numérique sous le nom de Tank , a été l’une des figures les plus énigmatiques et les plus recherchées de la cybercriminalité internationale. Charismatique, imprévisible et étonnamment sociable, Penchukov ne s’est pas distingué par des capacités techniques exceptionnelles, mais par une aptitude innée à gagner la confiance et à construire des réseaux de collaborateurs. Depuis la prison d’Englewood, dans le Colorado, où il purge deux peines de neuf ans, il a accordé sa première interview exhaustive, révélant des détails inédits sur les opérations, les alliances et l’état d’esprit des cybergangs qui ont semé le chaos dans le monde entier pendant deux décennies.

L’histoire de Penchukov commence loin des montagnes rocheuses qui entourent Englewood. À Donetsk (Ukraine), il s’est lancé dans le piratage dès l’adolescence pour pouvoir tricher dans les jeux vidéo tels que FIFA 99 ou Counter-Strike. Cet apprentissage informel l’a finalement conduit à la tête de Jabber Zeus, un groupe qui, à la fin des années 2000, a utilisé le complexe malware Zeus  pour infiltrer les comptes bancaires d’entreprises, de municipalités et d’ONG. En l’espace de trois mois seulement, plus de 600 victimes britanniques ont perdu plus de 4 millions de livres sterling.

Tank avait alors vingt-cinq ans et partageait son temps entre des voitures allemandes de luxe, des soirées derrière les platines et un bureau clandestin où, avec son équipe, il dérobait de l’argent pendant six à sept heures par jour. À l’époque, explique-t-il, la cybercriminalité était de l’argent facile : des banques non protégées, une police surchargée et un monde numérique non préparé.

Mais la fête a pris fin lorsque le FBI a intercepté ses conversations sur Jabber et découvert son identité à partir d’un détail banal : la naissance de sa fille. Une opération internationale, baptisée Trident Breach, s’est soldée par de multiples arrestations, mais Tank a pris la fuite grâce à un avertissement reçu à temps et à la vitesse de son Audi S8 équipée d’un moteur Lamborghini. Après s’être fait discret pendant quelque temps, il a tenté de se ranger en reprenant la gestion d’une entreprise de charbon. Cependant, les pots-de-vin constants versés par les fonctionnaires ukrainiens et l’impact de la guerre dans le Donbass l’ont poussé à replonger dans la criminalité.

En 2018, Penchukov est revenu en force, désormais plongé dans l’écosystème du ransomware, une activité bien plus lucrative que le braquage bancaire traditionnel. Il a fait partie de groupes bien connus tels que Maze, Egregor, Conti ou IcedID, spécialisés dans l’infection des systèmes d’entreprise, l’extorsion de fonds à des sociétés et même à des hôpitaux. Selon lui, les bénéfices pouvaient atteindre 200 000 dollars par mois, même si des rumeurs circulaient au sein des forums criminels au sujet de rançons atteignant des millions.

La communauté hacker, explique-t-il, fonctionne selon une véritable mentalité de troupeau : lorsqu’un groupe décroche un butin exceptionnel, des centaines d’imitateurs lancent aussitôt des attaques similaires, sans jamais s’interroger sur leurs conséquences humaines. Pour beaucoup de ces cybercriminels, les victimes ne sont que des chiffres et les dégâts, de simples dossiers que les assurances finiront par régler.

L’un des aspects les plus sensibles de son témoignage est sa confirmation, énoncée avec une étonnante désinvolture, que plusieurs groupes de ransomware entretenaient des contacts réguliers avec les services de sécurité russes, y compris le FSB. Cette hypothèse avait déjà été relevée par de nombreuses agences occidentales, mais Tank décrit ces connexions comme une pratique courante.

Il évoque également son ancienne relation avec Maksim Yakubets, le chef présumé d’Evil Corpo, qui fait l’objet d’une prime de 5 millions de dollars. Ils étaient amis et traînaient souvent ensemble à Moscou. Yakubets, apparemment obsédé par l’étalage de sa richesse, était entouré de gardes du corps. Mais, lorsque Yakubets a été arrêté en 2019, la communauté des cybercriminels lui a tourné le dos. Penchukov affirme qu’il s’est lui-même tenu à l’écart, par crainte d’être associé à lui.

La capture de Penchukov en 2022 a eu des allures de scène de film : une opération en Suisse, des tireurs d’élite postés sur les toits, des agents cagoulés et ses enfants, témoins involontaires de l’intervention. Il continue de penser que l’opération était excessive, mais les milliers de victimes qui ont perdu leurs économies, leur emploi ou leur stabilité ne seraient probablement pas d’accord.

À Englewood, Tank passe ses journées à étudier les langues, à faire du sport et à obtenir son diplôme d’études secondaires. Dans la dernière partie de sa confession, il admet que sa ruine est venue de ses propres collaborateurs avec lesquels il avait partagé fortune et risques. Dans la cybercriminalité, dit-il, on ne peut pas avoir d’amis. Tout le monde se méfie de tout le monde et beaucoup, lorsqu’ils sont arrêtés, deviennent des informateurs. La paranoïa est la seule constante de la vie criminelle.

Aujourd’hui, alors qu’il attend une éventuelle réduction de peine et qu’il doit restituer 54 millions de dollars, Tank regarde en arrière avec un mélange de fierté, de nostalgie et de justification. Il parle du passé sur un ton presque romantique, comme d’une aventure lointaine. Mais les traces de son héritage – entreprises ruinées, hôpitaux paralysés, familles touchées – perdurent.

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Nouveau rapport d’Europol explorant l’utilisation de la robotique et des systèmes sans pilote dans la lutte contre la criminalité

Europol a récemment publié The Unmanned Future(s): The impact of robotics and unmanned systems on law enforcement (Le futur sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre). Le rapport, élaboré par Europol Innovation Lab, fournit une analyse approfondie de la manière dont les systèmes autonomes pourraient changer la société, la criminalité et les forces de sécurité, et examine les défis et les opportunités qu’ils présentent.

Le rapport souligne l’avancement rapide et l’intégration des systèmes sans pilote dans divers secteurs, notamment celui de la police. Au fur et à mesure que ces technologies deviennent plus performantes et généralisées, elles offrent de nouvelles opportunités pour les opérations des forces de l’ordre et le soutien opérationnel. Toutefois, elles introduisent également de nouvelles menaces pour la sécurité, telles que l’utilisation abusive par des groupes criminels et terroristes, ainsi que des défis réglementaires que les forces de l’ordre doivent relever pour garantir la sécurité publique et maintenir la confiance des citoyens.

Un chapitre du rapport met en évidence le rôle de la guerre en tant que moteur de l’innovation dans les systèmes autonomes. Les récents conflits, comme la guerre d’agression russe en cours contre l’Ukraine, ont accéléré le développement et le déploiement de systèmes sans pilote de pointe. Les leçons tirées de ces conflits sont inestimables pour les autorités policières en Europe alors qu’elles se préparent à l’environnement opérationnel de demain.

Les systèmes sans pilote sont de plus en plus utiles, abordables et largement disponibles, avec des applications tant dans le secteur public que privé. Les forces de police de toute l’Europe adoptent un vaste usage de ces systèmes, en ce compris les drones et les robots, afin de renforcer leur vigilance, d’améliorer la sécurité et d’accroître leur portée opérationnelle. Ces systèmes sont utilisés pour de nombreuses tâches comme la surveillance, la cartographie des scènes de crimes, les opérations de recherche et de sauvetage et l’élimination des engins explosifs, entre autres. Les technologies convergentes représentent une opportunité importante pour faire progresser les capacités des systèmes sans pilote.

Le rapport relève des limitations techniques significatives et des lacunes réglementaires qui entravent l’utilisation efficace des systèmes sans pilote dans le cadre de l’application de la loi. Des problèmes tels que l’autonomie limitée, la dépendance vis-à-vis des fournisseurs industriels et l’absence de directives claires pour les opérations autonomes représentent des défis substantiels.

Les groupes criminels et terroristes adoptent rapidement des systèmes sans pilote pour leurs activités illicites. Le rapport met en garde contre le potentiel de ces systèmes utilisés pour la surveillance criminelle, le trafic et même les attaques. L’accessibilité croissante et la polyvalence des drones, en particulier, posent de graves problèmes de sécurité.

La légitimité des forces de l’ordre dépend en grande partie de la confiance que leur accorde le public. Le rapport souligne la nécessité de transparence, de responsabilité et de participation publique dans le déploiement de systèmes sans pilote. Les réglementations actuelles, malgré leurs avancées, présentent encore des lacunes, notamment en ce qui concerne l’utilisation non conforme ou criminelle.

L’avenir des forces de l’ordre passera par une action policière en trois dimensions, les systèmes sans pilote opérant dans les airs, sur terre, ainsi que sur et sous l’eau. Ce changement nécessitera de nouvelles stratégies, technologies et formation pour les forces de sécurité.

Le rapport fournit un ensemble de recommandations pour les organismes européens responsables de l’application de la loi, notamment le développement d’une direction stratégique, l’établissement d’un centre de compétences et l’intégration de systèmes sans pilote dans les systèmes d’information existants. Il appelle également à investir dans la formation, l’éducation et les initiatives visant à renforcer la confiance du public.

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Quel est le point commun entre les zombies et la prévention de la toxicomanie ?

Lorsque nous pensons à la prévention de la toxicomanie, nous n’imaginons pas nécessairement des zombies déambulant dans les rues. Mais aux États-Unis, et plus précisément à Dover dans le New Hampshire, cette association étonnante est devenue un puissant outil pédagogique. Et ce n’est qu’une des nombreuses initiatives du Dover Youth to Youth (Y2Y), un programme pionnier mené par des jeunes qui s’efforcent de réduire la consommation de drogues au sein de leur communauté.

Comment le programme Dover Youth to Youth a-t-il vu le jour ?

Le projet débute en 1992, à l’initiative du service de police de Dover, avec un petit groupe de onze lycéens. L’objectif est clair : donner la parole aux jeunes et les impliquer activement dans la résolution des problèmes liés à la consommation de drogues et à la toxicomanie.

Aujourd’hui, Y2Y est une organisation dynamique rassemblant plus de 70 élèves âgés de 11 à 18 ans, répartis dans différents groupes d’action. Les élèves la rejoignent pour de nombreuses raisons : intérêt pour l’activisme, vécu personnel ou simple volonté de susciter un changement positif.

Y2Y propose des activités variées et très dynamiques. Chaque semaine, les groupes se réunissent pour se former et développer des projets dans quatre domaines :

  • Éducation : présentations dans des écoles, ateliers sur la sécurité en matière de médicaments et échanges avec les communautés.
  • Sensibilisation de la communauté : campagnes créatives et événements publics.
  • Politiques publiques : les jeunes ont contribué à l’adoption de huit arrêtés municipaux et de trois lois nationales.
  • Médias : l’organisation a créé plus de 200 spots radio et vidéos éducatives.

Parmi ses projets les plus populaires figure The Zombie Project, une campagne qui souligne l’importance de participer à la journée de collecte des médicaments non utilisés (Drug Take Back Day) organisée par la DEA (agence américaine de lutte contre la drogue). Quelques jours avant l’événement, les jeunes sortent déguisés en zombies pour informer la population des risques liés à la conservation de médicaments inutiles chez soi. Leur slogan va droit au but : « Si vous pensez que les zombies sont effrayants, alors jetez un œil dans votre armoire à pharmacie. »

En 2013, le Dover Youth to Youth a été reconnu comme un programme fondé sur des données probantes dans le New Hampshire. Cette distinction lui a permis d’augmenter son impact, en proposant des formations et des ressources à des groupes de jeunes partout aux États-Unis. L’un de ses projets majeurs est le One Voice Youth Empowerment Toolkit, un ensemble complet d’outils et de guides grâce auxquels d’autres communautés peuvent reproduire son modèle de réussite.

Face à la hausse spectaculaire du nombre de décès dus au fentanyl, Y2Y a créé de nouvelles campagnes adaptées aux réalités d’aujourd’hui. En 2024, le programme a lancé la campagne Dealer is Not a Doctor pour attirer l’attention sur les risques liés aux médicaments contrefaits, dont l’aspect imite de vrais médicaments, mais qui contiennent en réalité du fentanyl à des doses potentiellement mortelles.

Avec le soutien d’agents de la DEA et une forte mobilisation de la jeunesse, la campagne s’est articulée autour de manifestations, de distributions de documents d’information et d’une présence marquée dans les médias. Son message est clair : Ne prenez pas de médicaments n’ayant pas été prescrits par un médecin. Un « dealer » n’est pas un médecin. Et il ne se préoccupe pas de votre santé.

Le message fondamental du Dover Youth to Youth est que les jeunes ont le pouvoir de transformer leur communauté. Qu’ils se déguisent en zombies, prennent la parole devant la mairie ou créent des contenus multimédias, ces élèves démontrent que la prévention est plus efficace lorsqu’elle est menée par les jeunes eux-mêmes.

Pour tout groupe de jeunes souhaitant lancer un projet similaire, Y2Y recommande de ne pas chercher à réinventer la roue : il existe des outils, des campagnes nationales et des ressources prêts à l’emploi. L’essentiel est d’être passionné, engagé, et d’avoir la volonté de susciter un changement concret.

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