Le mirage blanc : moins de cocaïne interceptée, plus d’adaptation criminelle

Au cours des deux dernières années, les principaux ports du nord-ouest de l’Europe ont enregistré une baisse notable des saisies de cocaïne. À première vue, la tendance pourrait être interprétée comme un succès des politiques de sécurité. Des ports comme Rotterdam, Anvers ou Hambourg – qui avaient été pendant des années les principales portes d’entrée de la cocaïne sur le continent – ont durci les contrôles, la coopération internationale et les mesures anticorruption. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une réalité plus complexe : la diminution des interventions n’implique pas nécessairement une réduction du trafic, mais plutôt une transformation de ses dynamiques.

Les indicateurs de marché n’indiquent pas de pénurie. Dans plusieurs pays d’Europe occidentale, les prix de gros et de détail ont baissé tandis que la demande reste stable ou augmente. Cela suggère un scénario de surproduction, cohérent avec l’augmentation soutenue de la production dans des pays comme la Colombie. En d’autres termes, la pression policière n’a pas arrêté le flux, mais a contraint les organisations criminelles à innover.

Une première adaptation claire est le changement de la taille des envois. Les grandes cargaisons de plusieurs tonnes, très rentables mais aussi très risquées, ont laissé place à des expéditions plus petites et plus fréquentes. Cette fragmentation réduit les pertes en cas d’interception et complique la détection par des schémas traditionnels de renseignement.

Lorsque la surveillance augmente à un point, le trafic emprunte d’autres itinéraires. Ce phénomène, connu sous le nom d’effet waterbed, est déjà visible en Europe. Le renforcement des contrôles à Rotterdam, Anvers et Hambourg a été accompagné d’une augmentation de l’activité dans les ports du nord et de l’est du continent, ainsi que dans la région baltique et dans le sud-est européen.

Cette redistribution entraîne des risques supplémentaires : arrivée de nouveaux acteurs criminels, augmentation de la concurrence violente, pression sur des institutions disposant de moins de ressources et plus de vulnérabilité à la corruption. Le résultat n’est pas moins de cocaïne, mais une problématique plus dispersée et difficile à gérer de manière coordonnée.

Les organisations criminelles ont également sophistiqué leurs méthodes de dissimulation. Outre le trafic par conteneurs, des déversements en mer sous la coque des navires et l’usage de cocaïne liquide chimiquement modifiée pour la camoufler en produits légaux ont été signalés. Les laboratoires d’extraction et de transformation prolifèrent également sur le territoire européen, un signe préoccupant de la relocalisation de la chaîne de valeur illicite.

Ce phénomène s’accompagne d’une présence croissante d’organisations criminelles latino-américaines en Europe, comme le Primeiro Comando da Capital au Brésil, le Clan del Golfo ou le Cártel de Sinaloa. Cette implantation ne renforce pas seulement les réseaux de distribution, mais facilite également le transfert de connaissances, des contacts et des capacités logistiques.

Dans ce contexte, la réponse ne peut pas être exclusivement nationale. Les initiatives de coopération et d’échange d’informations sont essentielles. Renforcer le mandat d’Europol et améliorer les outils judiciaires d’Eurojust sont des étapes nécessaires pour éviter que le succès local ne génère des vulnérabilités régionales.

La lutte contre le trafic de drogue n’est plus seulement une question d’interception physique des marchandises, mais aussi d’intelligence, d’anticipation et de vision stratégique partagée. Les données de confiscations, à elles seules, peuvent créer une fausse impression de contrôle. Le véritable défi est de comprendre qu’il s’agit d’un adversaire qui une grande capacité d’adaptation.

La réduction des interventions peut sembler être une victoire, mais elle pourrait en réalité être une illusion. Une coopération soutenue, une analyse prospective et une approche globale de la sécurité sont nécessaires pour éviter que le problème ne se contente de changer de forme tout en continuant de croître.

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Proposition française : louer des places de prison à l’étranger afin de réduire la surpopulation carcérale

Cette proposition visant à explorer la location de cellules dans des prisons étrangères pour faire face à la surpopulation carcérale a ouvert un intense débat dans le domaine politique, juridique et de la sécurité publique. Avec plus de 82 900 détenus pour environ 62 000 places disponibles, la France se trouve dans une situation critique. Selon des données du Conseil de l’Europe, c’est l’un des pays avec le taux de surpeuplement pénitentiaire le plus élevé du continent, juste derrière Chypre et la Roumanie. Dans ce contexte, l’exécutif étudie des options qui, jusqu’à récemment, semblaient impensables.

Cette idée n’est pas nouvelle en Europe. Entre 2010 et 2016, la Belgique a loué 680 places pénitentiaires à Tilburg, aux Pays-Bas, dans un modèle où le personnel néerlandais opérait sous la législation belge. Plus récemment, en 2021, le Danemark a signé un accord avec le Kosovo pour y transférer 300 détenus pendant dix ans, avec un coût estimé à environ 200 euros par jour et par détenu. Ces précédents montrent que le modèle est viable sur le papier, mais mettent également en évidence ses limitations pratiques.

D’un point de vue de la sécurité et de la gestion pénitentiaire, les défis sont considérables. Premièrement, il y a la complexité du droit : quel est le cadre juridique à appliquer ? Comment les droits fondamentaux des détenus sont-ils garantis ? L’expérience belge a montré qu’une formation spécifique du personnel et une coordination étroite entre les administrations sont nécessaires. Deuxièmement, les coûts logistiques peuvent être supérieurs à ceux prévus, notamment en ce qui concerne le transport, la supervision et la gestion contractuelle.

Un autre facteur critique est l’impact sur la réinsertion. Plusieurs professionnels du système pénitentiaire alertent que l’éloignement des détenus de leur environnement familial et social peut entraver la réhabilitation et augmenter le risque de récidive. Les visites se compliquent en raison de la distance et, dans certains cas, des exigences administratives. De plus, les programmes de formation et d’insertion professionnelle peuvent perdre de leur efficacité s’ils ne sont pas coordonnés avec le marché du travail du pays d’origine.

Le débat a également une dimension budgétaire. La France consacre déjà entre 100 et 250 euros par jour et par détenu, selon le type de centre. Externaliser des lieux peut sembler une solution rapide, mais ce n’est pas nécessairement plus économique. Dans un contexte de pression sur les finances publiques, toute décision devra être justifiée par des critères de coût-efficacité et de durabilité à long terme.

Parallèlement, les autorités judiciaires ont proposé de construire des unités modulaires pour les peines courtes, tandis que le président a réitéré sa volonté d’accélérer la création de 5 000 nouvelles places. Cependant, les syndicats et les experts insistent sur le fait qu’élargir l’offre pénitentiaire ne résout pas la racine du problème : le recours excessif à la prison comme réponse pénale.

Ils proposent de renforcer les peines alternatives, les programmes de santé mentale et le traitement des addictions afin de réduire l’incarcération et la récidive.

La question clé est de savoir si la location de cellules à l’étranger renforce réellement la sécurité publique ou si elle déplace simplement le problème. L’expérience européenne suggère qu’il s’agit d’une mesure complexe, avec des risques opérationnels et réputationnels, qui ne peut fonctionner que dans le cadre d’une stratégie globale de réforme pénale. Sans changements structurels en matière de politique pénale et de réinsertion, le risque est de transformer une solution d’urgence en un pansement coûteux et controversé.

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Marseille en état de psychose : narcotrafic et violence extrême

Marseille connaît une escalade de violence liée au trafic de drogue qui a engendré ce que les autorités, les professionnels du droit et les acteurs communautaires décrivent comme une psychose collective : un état de peur constant, un traumatisme social et une perception de perte de contrôle de l’État sur certaines parties du territoire urbain. L’élément le plus alarmant de cette crise est la montée des meurtres sur des mineurs et le rôle croissant des adolescents, y compris des enfants, tant comme victimes que comme acteurs forcés au sein des réseaux criminels.

L’affaire qui a récemment secoué l’opinion publique est le meurtre d’Adel, un garçon de 15 ans, abattu d’une balle en pleine tête puis calciné sur une plage de la ville. Son corps a été découvert par d’autres enfants qui se rendaient à l’école, un épisode qui symbolise à quel point la violence s’est normalisée et est devenue publique, visible et apparemment arbitraire.

Selon des données du ministère de la Justice français, le nombre de mineurs impliqués dans le trafic de drogue s’est multiplié par quatre au cours des huit dernières années. À Marseille, le narcotrafic a évolué vers un modèle fragmenté mais très compétitif, où une organisation dominante (ladite DZ Mafia) opère selon une structure de type franchise, avec de nombreux points de vente gérés par de jeunes recrues, souvent par le biais des réseaux sociaux.

Ce nouvel écosystème criminel se caractérise par :

  • Disparition des codes traditionnels de la criminalité organisée (ne pas attaquer de jour, ne pas exposer les corps, ne pas impliquer de mineurs) ;
  • Violence extrême et démonstrative, y compris des exécutions publiques, des corps brûlés et la diffusion de vidéos sur les réseaux ;
  • Recrutement massif de mineurs, dont beaucoup sont des migrants ou des adolescents vulnérables, souvent soumis à des coercitions, des dettes fictives et à la violence physique.

Des acteurs locaux décrivent une situation d’anarchie criminelle, où la logique de la peur a remplacé toute hiérarchie stable. Les jeunes, exposés quotidiennement à des morts violentes, ont perdu à la fois la peur de tuer et la peur de mourir.

Le meurtre de Mehdi Kessaci, un agent de police stagiaire de 20 ans, sans liens avec le trafic de drogue, a marqué un tournant. Sa mort serait un message intimidateur adressé à son frère, Amine Kessaci, activiste antidrogue et figure montante de la scène politique locale. Cette affaire renforce la perception selon laquelle ni les acteurs institutionnels ni leurs proches ne sont à l’abri des gangs.

Des avocats, des journalistes et des militants ont commencé à réduire ou à abandonner leur activité, ou à l’exercer sous protection policière par crainte de représailles. Certains professionnels du droit affirment ouvertement que l’État de droit est devenu subordonné au pouvoir des gangs dans certains quartiers.

Face à cette situation, les autorités ont intensifié les opérations policières à travers ce qu’elles qualifient de bombardements de sécurité : interventions massives et répétées dans les zones à forte criminalité, avec des unités anti‑émeutes, la fermeture de points de vente et des arrestations constantes.

Ces chiffres montrent une activité significative :

  • Plus de 40 points de vente récemment démantelés ;
  • 42 millions d’euros d’avoirs criminels saisis en un an ;
  • Une estimation de jusqu’à 20 000 personnes impliquées directement ou indirectement dans le trafic de drogue à Marseille ;
  • Un marché national du narcotrafic évalué à 7 milliards d’euros par an.

Cependant, même des responsables policiers et des procureurs reconnaissent que de nombreux détenus sont des jeunes exploités, certains retenus contre leur volonté, et que la répression ne freine pas le flux constant de nouvelles recrues.

L’un des éléments les plus préoccupants est l’utilisation ouverte de TikTok et d’autres réseaux sociaux pour annoncer la vente de drogues et recruter des mineurs avec des « offres d’emploi » apparemment légitimes. Ces offres promettent des revenus élevés (200-500 € par jour), mais la réalité est souvent celle de l’esclavage moderne, avec violence, abus sexuels et menaces contre les familles.

La crise a rouvert un débat politique intense. Les secteurs d’extrême droite réclament l’état d’urgence, plus de pouvoir pour la police et des restrictions migratoires sévères, attribuant le problème à l’immigration massive et à l’échec de l’intégration. D’autres voix – avocats, experts et journalistes – rejettent cette interprétation et mettent en garde contre l’utilisation de la peur comme outil politique. Ils soutiennent que la violence est le résultat de décennies d’abandon social, de pauvreté structurelle, de corruption et de politiques publiques défaillantes, et que la répression policière ne traite que les symptômes, pas les causes.

Marseille illustre une crise de sécurité hybride, où crime organisé, exclusion sociale, numérisation de la criminalité et affaiblissement de la confiance institutionnelle convergent. La psychose qui s’étend dans la ville n’est pas seulement la peur de la violence, mais aussi la sensation que l’ordre social est en train de s’éroder et que les solutions traditionnelles ne suffisent plus.

Pour les experts en sécurité, le cas de Marseille soulève une question essentielle : comment retrouver le contrôle sans alimenter une spirale de répression qui finirait par aggraver le problème à résoudre.

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Augmentation de la violence et des crimes sexuels dans les gares en Allemagne : données, causes et défis

Le rapport annuel 2024 de la Police fédérale allemande dresse un tableau préoccupant en matière de sécurité, notamment dans les gares et dans le transport ferroviaire. Bien que la criminalité globale ait diminué, les délits qui suscitent le plus d’inquiétude dans la société – violents et à caractère sexuel – ont augmenté de manière significative, confirmant une tendance à la hausse amorcée ces dernières années.

Selon le rapport, en 2024, 27 160 crimes violents ont été signalés dans les gares et les trains, soit une augmentation de 6 % par rapport à l’année précédente et de 51 % par rapport à 2019. Cet accroissement ne se limite pas aux grandes villes, mais affecte également les gares de taille moyenne, petites voire des zones rurales, ce qui indique une extension territoriale du problème. Parallèlement, les crimes sexuels – tels que l’exhibitionnisme, le harcèlement sexuel, les agressions et les viols – ont augmenté de 19,2 %, une donnée particulièrement significative en raison de l’impact direct sur la perception de l’insécurité, notamment parmi les femmes et les groupes vulnérables.

Dans l’ensemble, la Police fédérale a enregistré 381 894 délits dans les gares et les trains, un chiffre qui représente une baisse globale de 10,1 % par rapport à 2023. Cette apparente contradiction s’explique par le fait que la réduction concerne principalement les infractions administratives, en particulier celles liées à la Loi sur le séjour des étrangers, tandis que les crimes graves continuent d’augmenter. Ainsi le remarque Manuel Ostermann, vice-président de l’Union fédérale des policiers, qui alerte que là où cela compte vraiment – violence, crimes sexuels et armes – la situation se détériore.

À l’échelle nationale, la tendance se répète : la criminalité violente a grimpé de 6,6 % et les crimes sexuels de 13 % dans toute l’Allemagne. Il est important de garder à l’esprit que ces données ne concernent que les crimes signalés, et elles ne fournissent pas d’informations sur les procédures judiciaires ou les condamnations, ce qui limite l’interprétation complète du phénomène.

En ce qui concerne les causes, le rapport et les déclarations syndicales soulignent divers facteurs structurels. D’une part, il est constaté une augmentation de la marginalisation sociale, avec des personnes de plus en plus négligées en raison du manque d’infrastructures sociales telles que les services sociaux, les éducateurs et les enseignants. Ce contexte favorise l’exclusion, la violence domestique et la consommation d’alcool et de drogues, des éléments qui apparaissent de manière récurrente dans le profil des agresseurs.

Les données confirment que 79 % des auteurs sont des hommes et qu’environ la moitié (49 %) ont agi sous l’influence de l’alcool ou de drogues au moment du délit. De plus, 53 % n’avaient pas la nationalité allemande, un chiffre qui a alimenté le débat politique et social sur l’immigration et la sécurité. M. Ostermann attribue une partie du problème à l’immigration en provenance des principaux pays d’asile, bien que cette approche soit controversée et ne prenne pas toujours en compte les facteurs socio-économiques, d’intégration ou de contexte de vie.

La violence n’affecte pas seulement les citoyens, mais aussi les autorités policières. En 2024, il y a eu 2 967 agressions contre des policiers fédéraux, soit le deuxième chiffre le plus élevé depuis le début des enregistrements (2001). Au total, 804 agents ont été blessés, pour la plupart des hommes. Les agressions comprennent des coups de poing, des coups de pied, des crachats, des morsures et des coups avec des objets, et dans une agression sur huit, des objets ont été utilisés comme armes improvisées, tels que des bouteilles ou des pierres.

Face à cette situation, la Police fédérale et la Deutsche Bahn (Chemins de fer allemands) ont renforcé les mesures de sécurité avec une plus grande présence policière, des zones sans armes, des contrôles préventifs et un système de plus de 11 000 caméras de surveillance. Malgré cela, les syndicats de police réclament un engagement plus fort de la part de l’entreprise ferroviaire, avec plus de personnel de sécurité privé, des gares mieux éclairées, propres et modernisées, et un investissement plus rapide dans les infrastructures.

Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt (CSU), a qualifié les attaques contre les policiers d’attaque contre la société dans son ensemble, tandis que Manuel Ostermann avertit que beaucoup a été perdu au cours des dix dernières années et que l’Allemagne risque de connaître des années sombres en matière de sécurité si aucune amélioration réelle n’est apportée en termes de technologie, de cadre légal, de ressources humaines et de coopération entre les gouvernements fédéral et régionaux.

En conclusion, le rapport transmet un message clair : malgré la réduction de la criminalité globale, la sécurité empire précisément dans les domaines les plus sensibles. Les gares ferroviaires, espaces clés de mobilité et de convivialité, sont devenues des points critiques qui exigent des réponses globales, combinant prévention sociale, investissement dans la sécurité, coordination institutionnelle et politiques à long terme dépassant les mesures purement réactives.

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Rapport sur le système complexe des prisons américaines

Le rapport « Mass Incarcetarion: The Whole Pie 2025 », élaboré par Wendy Sawyer et Peter Wagner, offre une vue d’ensemble rigoureuse du système pénitentiaire aux États-Unis, avec pour objectif de déconstruire des mythes persistants et de fournir des données claires dans le cadre d’un débat toujours plus politisé. Dans un contexte où la sécurité est souvent utilisée pour justifier des politiques punitives, l’étude démontre que bon nombre de ces mesures ne sont pas seulement inefficaces, mais peuvent également aggraver la sécurité publique.

Actuellement, près de 2 millions de personnes sont privées de liberté aux États-Unis au sein d’une mosaïque de systèmes (prisons d’État et fédérales, prisons locales, centres pour mineurs, centres de détention pour immigrés, hôpitaux psychiatriques et autres), avec un coût annuel minimum de 182 milliards de dollars. Cependant, ces chiffres ne reflètent pas l’énorme rotation du système : chaque année, plus de 7 millions de personnes passent par la détention provisoire, souvent pour des délits mineurs ou sans condamnation définitive.

L’un des points clés du rapport est que la majorité des individus dans les prisons locales (jails) n’ont pas été condamnés. Ils sont en détention préventive parce qu’ils ne peuvent pas payer la caution, non parce qu’ils représentent un danger immédiat. Cet usage massif de la détention avant jugement a un impact direct sur la sécurité : il brise les liens familiaux et professionnels, aggrave les problèmes de santé mentale et augmente la probabilité de récidive.

L’étude conteste également l’idée selon laquelle la surpopulation carcérale serait principalement la conséquence de la guerre contre la drogue ou des prisons privées. Bien que les délits liés à la drogue restent importants (plus de 360 000 personnes incarcérées), 4 sur 5 des personnes incarcérées le sont pour d’autres types de délits. De plus, près de la moitié de la population carcérale est classée sous la catégorie juridique des crimes violents, une étiquette souvent trompeuse qui inclut des comportements sans dommage physique réel.

Du point de vue de la sécurité, l’une des conclusions les plus importantes est que l’incarcération de masse ne réduit pas la criminalité. Les données montrent que les taux de criminalité sont à des niveaux historiquement bas, malgré les discours politiques alarmistes. En outre, les longues peines et les conditions de détention sévères n’ont pas d’effet dissuasif et peuvent avoir un impact criminogène, augmentant le risque de crimes futurs une fois la personne libérée.

Enfin, le rapport met en garde contre l’utilisation des prisons comme substitut aux services sociaux et sanitaires. Les prisons ne sont pas des espaces adaptés au traitement des troubles mentaux ni des addictions, et l’échec dans ce domaine a des conséquences directes sur la sécurité collective.

Dans l’ensemble, The Whole Pie 2025 soutient que réduire l’incarcération de manière intelligente est une stratégie de sécurité, et non une menace. Les politiques fondées sur les données, la prévention, les services communautaires et les réponses proportionnées à la criminalité sont beaucoup plus efficaces pour construire des sociétés sûres que la logique du châtiment de masse.

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Une vaste opération contre le trafic de migrants en Bulgarie se termine par 16 arrestations

Une enquête dirigée par la Bulgarie, menée en collaboration avec la police hellénique et avec le soutien d’Europol, a permis le démantèlement d’un réseau criminel organisé, impliqué dans le trafic de migrants depuis la Turquie passant par la Bulgarie puis la Serbie ou la Roumanie vers des pays d’Europe de l’Ouest. L’enquête a été réalisée dans le cadre d’un groupe de travail opérationnel régional créé pour lutter contre les réseaux de trafic de migrants utilisant la Bulgarie comme pays de passage.

La journée d’action policière a abouti à 16 arrestations, 6 perquisitions dans des habitations et des locaux, ainsi qu’à la saisie de dispositifs mobiles, de documents administratifs, de documents d’immatriculation de véhicules, de registres comptables et d’autres archives.

Le réseau de trafic de migrants fonctionnait avec une structure pyramidale, avec des membres occupant différents rôles. Le groupe central, basé à Sofia, était principalement composé de citoyens bulgares et syriens qui agissaient de manière très coordonnée. Son rôle principal était d’organiser le trafic à travers la Bulgarie, tout en maintenant une étroite coopération avec d’autres réseaux criminels basés dans les pays voisins. Par exemple, le paiement pour les services de passeur avait déjà été organisé avant le départ. Les migrants devaient effectuer un dépôt via les bureaux hawala en Turquie, d’où partaient les migrants.

Après avoir recruté des migrants en Turquie, les membres du réseau criminel les introduisaient clandestinement via la frontière verte sud de la Bulgarie, les guidant vers des lieux prédéfinis. De là, des chauffeurs les transportaient à Sofia en utilisant différents véhicules, y compris des voitures et des autocars. Les migrants étaient logés temporairement dans des maisons sécurisées à Sofia et ses environs avant d’être transférés vers les frontières bulgaro-serbes ou bulgaro-roumaines. Dans certains cas, les migrants étaient acheminés directement vers les zones frontalières sans hébergement provisoire.

Europol a réalisé une analyse opérationnelle approfondie afin d’identifier les différentes cibles et cartographier leurs activités criminelles. Ensuite, dans le cadre du groupe de travail opérationnel régional, Europol a déployé un expert à Sofia qui était sur le terrain le jour d’action pour fournir des vérifications croisées en temps réel avec les bases de données d’Europol et pour soutenir les autorités nationales chargées de l’application de la loi.

Depuis sa création en septembre 2023, Europol a fourni un soutien opérationnel et analytique dédié au groupe de travail opérationnel dirigé par la Bulgarie. Europol a organisé et coordonné de nombreuses réunions opérationnelles entre les parties prenantes et a facilité l’échange de données opérationnelles.

Le trafic de migrants reste une menace criminelle très importante dans l’UE, nécessitant une action coordonnée tout au long de la chaîne criminelle, depuis le recrutement et le trafic jusqu’aux flux financiers qui le soutiennent. Europol soutient les enquêtes grâce à une approche basée sur les données, améliorant les affaires fournies par les autorités nationales grâce à une analyse opérationnelle et une expertise. Europol a également facilité l’échange d’informations et coordonné des opérations conjointes visant à démanteler les réseaux criminels.

Le Règlement (UE) 2025/2611 est une mesure qui a été adoptée en décembre 2025 afin de renforcer les efforts d’Europol dans la lutte contre le trafic de migrants. Cette nouvelle législation de l’UE souligne ainsi l’importance d’aborder le trafic de migrants au niveau de l’UE par le biais d’une coopération renforcée, y compris la création du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants (ECAMS).

Avec la création de l’ECAMS, la priorité d’Europol est de garantir un meilleur échange systématique d’informations et une meilleure coordination des efforts. Cela inclut le renforcement de l’expertise en renseignement de source ouverte (OSINT) et des enquêtes financières, ainsi que l’amélioration de l’impact opérationnel du réseau d’agents de liaison de Frontex, Eurojust et des États membres.

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Livre blanc de la Police : vers un nouveau modèle de sécurité en Angleterre et au Pays de Galles

Le Gouvernement britannique a présenté le white paper « From local to national: a new model for policing », qui établit les réformes les plus profondes du système policier depuis sa professionnalisation il y a deux siècles. Déjà annoncées par la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, ces mesures visent à adapter la police à un environnement criminel de plus en plus complexe, numérique et transnational, tout en renforçant la police de proximité et la confiance des citoyens.

L’un des piliers de la réforme est la révision structurelle de la carte policière. Actuellement, l’Angleterre et le Pays de Galles comptent 43 forces locales, un modèle que le Gouvernement considère comme fragmenté et inefficace. Le Livre blanc propose de réduire considérablement ce nombre par le biais de fusions, dans le but d’améliorer l’efficacité, de réduire les coûts et de garantir une réponse plus cohérente et homogène sur l’ensemble du territoire.

Cette réorganisation a pour but de libérer des ressources pour renforcer la police de quartier et la lutte contre la criminalité locale, en ramenant la police à ses principes fondamentaux : présence visible, connaissance de la communauté et réponse rapide aux incidents.

La réforme la plus ambitieuse est la création d’un nouveau service national de police (NSP), conçu pour faire face aux crimes les plus graves et complexes, tels que la criminalité organisée, le terrorisme, la criminalité numérique et les menaces qui transcendent les frontières locales.

Ce nouveau service intégrera, sous une seule structure, des capacités jusqu’à présent dispersées, telles que l’agence nationale contre la criminalité (NCA), la police antiterroriste, les unités régionales de lutte contre la criminalité organisée, la police routière et les services de police aériens. Le résultat sera une force nationale avec une meilleure capacité à partager des renseignements, des technologies et des ressources.

Ce service national de police sera commandé par un commissaire national, qui deviendra alors le plus haut responsable des services policiers du pays. Une de ses fonctions clés sera d’assumer la gestion centralisée de la police scientifique, y compris la police scientifique numérique, afin de réduire les retards – actuellement avec des dizaines de milliers de dispositifs en attente d’analyse – et de garantir des normes techniques uniformes.

Grâce à ce nouveau modèle national, il sera possible de mettre fin à la duplication des processus de contractualisation et d’acquisition de technologie. Au lieu que chaque force achète son propre équipement, le service national de police acquerra du matériel et des systèmes TIC de manière centralisée, générant ainsi des économies d’échelle.

Le Gouvernement estime que ces mesures permettront d’économiser jusqu’à 350 millions de livres sterling, qui seront réinvestis directement dans la police de première ligne et dans la lutte contre la criminalité.

Le Livre blanc renforce de manière significative les mécanismes d’obligation de rendre des comptes. Les ministres disposeront de nouveaux pouvoirs pour intervenir dans les forces à faible rendement, y compris la capacité de destituer des chefs de police qui ne respectent pas les normes requises.

Des indicateurs clairs et comparables seront introduits concernant les temps de réponse, la résolution des crimes, la satisfaction des victimes et la confiance du public. Ces résultats seront publiés et permettront aux citoyens de comparer les performances des forces de l’ordre.

Parallèlement, les normes individuelles des agents seront renforcées par :

  • des contrôles de vérification obligatoires et plus stricts ;
  • l’exclusion de la profession de personnes ayant des antécédents de crimes de violence à l’égard des femmes et des filles ;
  • la suspension obligatoire des agents sous enquête pour ces délits ;
  • l’introduction d’une licence professionnelle renouvelable, similaire à celle d’autres professions réglementées.

La réforme établit également de nouveaux objectifs nationaux de réponse : arrivée sur les lieux d’incidents graves dans un délai de 15 minutes maximum en zones urbaines et de 20 minutes en zones rurales, et réponse aux appels d’urgence en moins de 10 secondes.

De plus, les garanties locales de sécurité (Local Policing Guarantees) sont élargies, garantissant que chaque circonscription électorale dispose d’agents affectés, identifiables et accessibles, ayant une connaissance approfondie des problèmes locaux. Le Gouvernement encourage également un programme de recrutement de diplômés universitaires, inspiré du modèle Teach First, pour attirer des jeunes talents vers des rôles de police de proximité.

Grâce à un investissement de plus de 140 millions de livres sterling, le Gouvernement s’engage résolument en faveur de la technologie policière, comme l’expansion de la reconnaissance faciale en direct, le déploiement d’outils d’intelligence artificielle pour analyser des images et des preuves numériques, ainsi que la création du centre national Police.

Ces outils permettront de réduire la charge bureaucratique et de restituer des millions d’heures de travail à la police de première ligne, augmentant ainsi la présence des agents dans la rue.

Enfin, le Livre blanc introduit un nouveau leadership national en matière d’ordre public, avec la capacité de coordonner des ressources en cas de troubles graves, et renforce de manière notable le soutien à la santé mentale des agents. Il cherche également à revitaliser la Police spéciale, notamment en intégrant des profils techniques et des experts en cybersécurité, afin de lutter plus efficacement contre la criminalité moderne.

Dans l’ensemble, le Livre blanc dessine un changement structurel profond : une police plus centralisée pour les grands délits, plus proche des citoyens au niveau local, avec des normes plus exigeantes, plus de technologie et une gouvernance plus stricte. Un modèle ambitieux conçu pour répondre aux défis liés à la sécurité du XXIe siècle.

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Rapport d’Europol : évolution des tactiques dans les opérations de trafic maritime de cocaïne

Un nouveau rapport d’Europol fournit une analyse détaillée des nouvelles tactiques employées par les réseaux criminels pour faire passer de la cocaïne en Europe par voie maritime. Le document intitulé « Diversification in maritime cocaine trafficking modi operandi » (Diversification des modes opératoires du trafic maritime de cocaïne) analyse en profondeur les différentes tactiques utilisées par les réseaux de criminalité organisée, qui continuent d’exploiter les vulnérabilités et d’échapper à la détection.

Le trafic de cocaïne en Europe a atteint des niveaux sans précédent, sous l’effet d’une forte production en Amérique latine et d’une demande croissante au sein de l’UE. Les réseaux criminels ont démontré leur capacité à adapter rapidement leurs opérations, en fragmentant les itinéraires et en adoptant des méthodes de trafic complexes et dissimulées. Ce nouveau rapport d’Europol révèle l’utilisation de semi-submersibles et d’autres navires non commerciaux, ainsi que l’incorporation de cocaïne dans diverses marchandises avant leur acheminement vers l’Europe.

Les transferts en mer impliquent généralement un navire-mère provenant d’Amérique latine qui transfère de la cocaïne à un navire auxiliaire au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest. La cocaïne est débarquée en Afrique de l’Ouest pour être ensuite expédiée vers l’UE continentale ou envoyée aux îles Canaries. À l’aide d’embarcations gonflables à coque rigide, les réseaux criminels transportent également de la cocaïne directement vers l’Espagne continentale. À leur arrivée sur la côte andalouse, les réseaux criminels traversent le fleuve Guadalquivir pour transporter la cocaïne à l’intérieur des terres en vue de sa distribution ultérieure.

Un exemple marquant de ces nouvelles tactiques est illustré par une opération récente connue sous le nom de code « Sombra Negra », qui a révélé un changement significatif dans les méthodes de trafic de drogue. Dirigée par les autorités espagnoles et avec le soutien d’Europol, cette opération a abouti à l’arrestation de 101 suspects et à la saisie de plus de 10 tonnes de cocaïne dans la péninsule Ibérique.

L’opération a mis en évidence un changement dans les méthodes de trafic de drogue, le réseau criminel s’appuyant sur des infrastructures maritimes avancées pour transporter de grandes quantités de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Europe via la péninsule Ibérique. Les suspects ont utilisé des navires à grande vitesse capables de dépasser les 70 km/h et des systèmes de communication cryptés complexes pour échapper aux forces de l’ordre. L’opération a constitué un coup décisif porté à l’une des plus grandes organisations de trafic de cocaïne en Europe et a souligné un changement régional, passant du trafic de cannabis à celui de cocaïne.

Cette opération illustre les principales conclusions du rapport, à savoir :

• Des itinéraires et des méthodes diversifiés : les réseaux criminels évitent les principaux ports commerciaux en utilisant des dépôts et des transferts en mer, des semi-submersibles et des navires non commerciaux. Ces méthodes leur permettent d’éviter la présence et les contrôles des forces de l’ordre, ce qui complique la détection et l’interception.

• Une discrétion sophistiquée : la cocaïne se cache de plus en plus souvent dans des équipements industriels, des machines et des marchandises, telles que des denrées alimentaires, des plastiques et des textiles. Ces méthodes rendent la détection par scanners, chiens renifleurs et tests médico-légaux extrêmement difficile.

• Des avancées technologiques : les réseaux criminels exploitent des technologies avancées, telles que des systèmes de communication cryptés, des navires autonomes et des drones, pour améliorer leurs opérations et échapper à la détection.

Le rapport souligne également la nécessité d’améliorer la surveillance maritime, les enquêtes financières et l’expertise médico-légale pour démasquer les compartiments dissimulés, les drogues incorporées chimiquement et les laboratoires d’extraction. Les collaborations entre les forces de l’ordre, les douanes, les autorités portuaires et le secteur privé sont essentielles pour assurer les chaînes d’approvisionnement et partager des données en temps réel.

La réponse d’Europol à la menace du trafic de cocaïne comprend un soutien opérationnel grâce à son unité chargée de la lutte contre le trafic de drogue, un soutien analytique et de coordination, ainsi que le déploiement d’experts sur le terrain. Le rôle stratégique de l’Agence, consistant à fournir une perspective de l’UE sur les diverses menaces que représentent les réseaux criminels de trafic de drogue, est crucial pour identifier les changements dans le comportement criminel et les itinéraires de trafic.

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24 laboratoires industriels démantelés dans le cadre de la plus grande opération de lutte contre les drogues de synthèse de l’histoire

Une action policière de grande envergure, menée dans le cadre de l’opération Fabryka, coordonnée par Europol, a permis de démanteler un réseau criminel opérant dans toute l’Union européenne. Des efforts coordonnés ont été entrepris en Pologne, ainsi qu’en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Ces actions visaient un réseau soupçonné d’importer de grandes quantités de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse dans des laboratoires de plusieurs pays.

Le réseau participait également à des activités de blanchiment d’argent afin de promouvoir ses opérations illicites. Au cours de l’enquête, les autorités policières ont déterminé que le réseau pourrait avoir importé plus de 1 000 tonnes de précurseurs, soit suffisamment pour produire plus de 300 tonnes de drogues de synthèse, telles que la MDMA, l’amphétamine et la cathinone.

On estime que ces activités illégales génèrent des milliards de profits criminels pour les réseaux criminels impliqués. Les actifs criminels sont injectés dans l’économie légale, ce qui crée des risques importants de distorsion du marché, de concurrence déloyale et d’infiltration systématique d’entreprises légitimes par le crime organisé.

L’enquête a débuté en 2024 sur la base de renseignements partagés par la police polonaise, plus précisément par l’unité de lutte contre les crimes liés à la drogue du siège de la police provinciale de Wrocław. Les informations fournies par les agents de police de Basse-Silésie ont joué un rôle déterminant dans le lancement de l’affaire et ont facilité la coopération internationale ultérieure au sein du groupe de travail. Entre février 2025 et janvier 2026, plus de 20 journées d’action ont été menées contre des groupes criminels connectés, leurs installations de production et leurs sites de stockage dans toute l’Europe. L’opération s’est conclue par une journée d’action coordonnée contre le réseau de grossistes présumé responsable de l’importation et de la distribution de précurseurs chimiques.

Ce réseau était responsable de l’importation, du reconditionnement et de la distribution de précurseurs utilisés dans la production de drogues de synthèse. Les produits chimiques, en provenance de Chine et d’Inde, sont entrés dans l’UE par plusieurs pays et ont été transportés en Pologne pour y être reconditionnés, puis distribués à des laboratoires illégaux dans l’ensemble de l’UE. Depuis le début de l’enquête en 2024, Europol a soutenu des journées d’action ciblant différentes cellules du réseau, ainsi que des groupes connectés et impliqués dans la production de drogues de synthèse en laboratoire.

Les résultats cumulés de toutes les journées d’action (de février 2025 à janvier 2026) comprennent plus de :

• 20 journées d’action : 85 arrestations ; 100 perquisitions ; ainsi que : 50 points de livraison identifiés ; 24 laboratoires industriels démantelés ; 16 sites de stockage découverts ; de multiples saisies :

  • Environ 500 000 € en espèces ;
  • 3 559 kilogrammes et 982 litres de drogues (dont de la 4-CMC, de la cathinone, de la MDMA et de l’huile d’amphétamine) ;
  • Plus de 120 000 litres de déchets chimiques toxiques ;
  • 1 000 tonnes de précurseurs (produits chimiques utilisés dans la production de drogues de synthèse).

La structure opérationnelle de ce réseau criminel était complexe, avec sept sociétés légales en Pologne facilitant les activités d’importation et de distribution, et une coordination de haut niveau reliant les différents groupes criminels dans les pays de l’UE.

Dans certains cas, les cellules criminelles elles-mêmes, opérant au sein d’un réseau plus large, géraient à la fois la logistique de l’approvisionnement en précurseurs ainsi que la coordination de la production dans les laboratoires clandestins. Le principal réseau criminel visé par cette enquête est essentiellement composé de ressortissants polonais, avec la participation de quelques ressortissants belges et néerlandais opérant au sein de groupes interconnectés.

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Chili : peur, criminalité et politique dans un paradoxe de sécurité

Le Chili fait face à une situation paradoxale en matière de sécurité publique : malgré des taux de criminalité relativement bas par rapport à d’autres pays d’Amérique latine, le sentiment d’insécurité parmi la population est l’un des plus élevés au monde. Cette contradiction est devenue le point central du débat politique et de la campagne électorale présidentielle, au point que la sécurité est aujourd’hui la principale préoccupation des citoyens.

La victoire de Kast aux dernières élections reflète la réaction de nombreux électeurs face à des enjeux tels que la sécurité publique, l’immigration irrégulière et le sentiment d’insécurité ainsi que des désaccords avec le modèle économique ou social actuel, des facteurs centraux de la campagne.

Selon une enquête d’Ipsos, 63 % des adultes chiliens identifient le crime et la violence comme le problème qui les inquiètent le plus, un pourcentage supérieur à celui de pays comme le Mexique ou la Colombie, qui ont des taux d’homicides bien supérieurs. À l’échelle mondiale, le Chili figure parmi les pays les plus préoccupés par l’insécurité et également ceux où la plus faible proportion de personnes se sentent en sécurité lorsqu’elles se promènent la nuit dans leur quartier, selon des rapports d’Ipsos et de Gallup.

Daniel Johnson, directeur exécutif de la Fondation Paz Ciudadana, rappelle qu’avec 6 homicides pour 100 000 habitants, le pays est loin de figurer en tête des statistiques de violence dans la région ou dans le monde.

Historiquement, le Chili affichait déjà des niveaux de peur du crime supérieurs à ce que révélaient les données objectives. Cependant, ce phénomène s’est intensifié ces dernières années, ce qui oblige à chercher d’autres explications. Les études de la Fondation Paz Ciudadana montrent que les femmes et les catégories socio-économiques les plus défavorisées sont celles qui expriment les niveaux de crainte les plus élevés, en particulier dans les territoires où la présence de l’État est perçue comme faible.

Bien que les vols et les tentatives de vol touchent environ un tiers des ménages – un niveau comparable à celui des années précédentes – ce qui a vraiment changé, c’est la nature de la criminalité. Les infractions violentes ont fortement progressé : le taux d’homicides a quasiment doublé en une décennie, les vols avec violence ont augmenté de 25 % en huit ans, et des délits jusque-là peu fréquents, tels que les extorsions et les enlèvements, ont commencé à gagner en visibilité.

Cette évolution des typologies criminelles exerce un impact psychologique considérable sur la population. D. Johnson souligne que l’incertitude quant aux moyens de se protéger face à ces nouvelles formes de criminalité accroît fortement le sentiment de vulnérabilité.

Un autre facteur clé réside dans l’expansion du crime organisé, marquée par l’émergence de nouvelles organisations opérant selon des logiques différentes de celles qui sont plus traditionnelles. Les autorités constatent un recours accru aux armes à feu, une hausse des homicides prémédités ainsi que la présence de groupes transnationaux, dont certains sont liés à des ressortissants étrangers, comme dans le cas emblématique du Tren de Aragua.

Si, jusqu’en 2020, l’immigration ne présentait pas de corrélation directe avec la hausse de la criminalité, les autorités et les centres de recherche observent désormais un lien clair entre certaines typologies criminelles et des organisations étrangères, qui exploitent fréquemment à la fois les migrants et la population locale. Ce fait a renforcé la perception d’un lien entre immigration et insécurité, alimentant le débat public et politique.

La peur du crime est étroitement liée à la méfiance envers les institutions de sécurité et de justice. Lorsque les citoyens perçoivent que l’État ne les protège pas adéquatement, les signalements diminuent, ce qui affaiblit la capacité d’intervention du système et érode encore plus sa légitimité. Cependant, les forces de police chiliennes ont réussi à regagner une partie de la confiance perdue après l’éclatement social.

Le gouvernement de Gabriel Boric a répondu par des réformes institutionnelles pertinentes, telles que la création d’un ministère de la Sécurité et des mécanismes de coordination interministerielle. Il s’agit de mesures conçues pour le moyen et le long terme, mais qui se heurtent à la demande citoyenne de réponses immédiates, telles qu’un renforcement des patrouilles, de l’éclairage public et de la vidéosurveillance, même si ces actions ont un impact limité lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de changements structurels.

Dans ce contexte, la sécurité est devenue une ressource centrale de la campagne électorale. Tous les candidats ont intégré le discours de l’insécurité, validant et amplifiant la peur existante. Historiquement, les partis de droite ont privilégié des approches de contrôle et de répression, tandis que la gauche a misé davantage sur des politiques sociales. Aujourd’hui, toutefois, une logique de l’urgence prévaut, favorisant des mesures à court terme au détriment de politiques de prévention et de réinsertion, pourtant essentielles à une solution durable.

Par ailleurs, les épisodes de violence observés dans la région, comme de vastes opérations policières au Brésil ou des actions militaires menées par les États-Unis contre le trafic de drogue, renforcent la crainte que le Chili puisse s’engager dans une trajectoire similaire.

Le Chili ne figure pas parmi les pays les plus violents du monde, mais il compte en revanche parmi les plus marqués par la peur. Ce décalage entre la réalité et la perception, nourri par l’évolution de la criminalité, la présence du crime organisé, la défiance institutionnelle et l’instrumentalisation politique, constitue un défi majeur : comment répondre à l’urgence sans renoncer à des solutions structurelles à long terme ? L’avenir de la sécurité dans le pays dépendra de la capacité à conjuguer un contrôle effectif, des réformes institutionnelles et des politiques sociales s’attaquant aux causes profondes de la violence.

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