État de la sécurité publique en Allemagne

L’Allemagne est traditionnellement considérée comme l’un des pays les plus sûrs d’Europe. Cette réputation repose sur des institutions solides, une police hautement professionnalisée et un système judiciaire bien établi. Ces dernières années, toutefois, la question de la sécurité publique s’est imposée au cœur du débat politique et médiatique. La hausse de certaines formes de criminalité, les transformations sociales et l’apparition de nouvelles menaces, telles que la radicalisation politique ou la cybercriminalité, alimentent les préoccupations.

Selon les statistiques policières, environ 5,94 millions d’infractions ont été enregistrées en Allemagne en 2023, soit une augmentation de 5,5 % par rapport à l’année précédente. Cette progression s’explique en partie par la reprise de la vie sociale et économique après la pandémie de COVID-19. Durant cette période, de nombreux délits avaient diminué en raison des restrictions de déplacement et de la limitation des activités quotidiennes. Avec le retour à la normale, plusieurs formes de criminalité ont retrouvé des niveaux comparables, voire supérieurs, à ceux observés avant 2020.

Parmi les évolutions les plus préoccupantes pour les autorités figure la hausse de la violence interpersonnelle. En 2023, plus de 214 000 crimes violents ont été recensés, soit le niveau le plus élevé depuis quinze ans. Cette catégorie comprend notamment les agressions graves, les vols avec violence et d’autres formes de violences physiques. Les autorités signalent également une augmentation des attaques à l’arme blanche et des épisodes de violence de rue dans certaines zones urbaines.

Les infractions sexuelles sont elles aussi en progression ces dernières années. Les signalements de viols et d’agressions sexuelles ont sensiblement augmenté ces dernières années, alimentant le débat sur la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, d’améliorer la protection des victimes et d’accroître l’efficacité des enquêtes policières.

Bien que ces augmentations soient observées dans certains domaines, il est important de contextualiser les données. À long terme, la criminalité en Allemagne a considérablement diminué depuis la fin du XXe siècle. Ce recul s’explique notamment par l’amélioration des politiques de sécurité, les progrès technologiques dans les systèmes de protection et une meilleure coordination entre les institutions policières et judiciaires.

La criminalité reste par ailleurs inégalement répartie sur le territoire. Les grandes villes concentrent une part importante des délits enregistrés, en particulier les vols, les cambriolages et les agressions. Des villes comme Berlin, Brême ou Hambourg affichent des taux de criminalité plus élevés, tandis que certains Länder, comme la Bavière, enregistrent des niveaux plus faibles et des taux d’élucidation plus élevés.

Les vols et les cambriolages demeurent parmi les infractions les plus fréquentes dans les statistiques policières. Depuis la fin de la pandémie, les autorités ont également observé un rebond des vols dans les habitations et les espaces privés. Un autre phénomène particulièrement préoccupant est l’augmentation des crimes à motivation politique. Ces dernières années, leur nombre a sensiblement augmenté, en particulier celles liées à l’extrême droite.

Des violences visant des migrants, des communautés religieuses ou des personnes appartenant à la communauté LGBTIQ+ ont été signalées, de même qu’une hausse des actes antisémites. Ces tendances témoignent d’une radicalisation croissante dans certains segments de la société.

La cybercriminalité constitue également l’un des défis majeurs pour les autorités. Les cyberattaques, les fraudes numériques et d’autres infractions économiques liés à Internet deviennent de plus en plus sophistiqués et revêtent souvent une dimension internationale. Si certaines statistiques font état d’une légère baisse des cas enregistrés, les autorités estiment que nombre de ces infractions ne sont pas signalées, notamment dans le secteur privé, tandis que les préjudices économiques continuent d’augmenter.

Pour répondre à ces défis, l’Allemagne a renforcé ses unités spécialisées dans les enquêtes numériques et intensifié la coopération internationale entre les forces de sécurité.

Le système de sécurité allemand repose sur une organisation fédérale : les compétences policières relèvent principalement des Länder, tandis que le gouvernement fédéral coordonne les missions liées à la sécurité des frontières, à la lutte contre le terrorisme et aux enquêtes criminelles d’envergure nationale ou internationale.

Face à l’évolution des menaces, les autorités ont engagé plusieurs mesures, comme le renforcement de la présence policière dans les espaces publics, la modernisation technologique des forces de sécurité et le développement des capacités d’enquête numérique. Des réformes législatives sont également à l’étude afin de limiter le port d’armes blanches dans l’espace public et de renforcer la surveillance dans certaines zones urbaines.

En dépit de ces défis, l’Allemagne demeure un pays relativement sûr au regard de nombreux autres États européens et du reste du monde. Cependant, l’évolution récente de la criminalité révèle un paysage sécuritaire plus complexe, marqué par la montée de la violence urbaine, la radicalisation politique et l’essor des menaces numériques.

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Nouveau service de conseil juridique pour les victimes de viol au Royaume-Uni

Le gouvernement britannique a annoncé une série de réformes majeures visant à améliorer la réponse du système judiciaire aux affaires de viol et à renforcer la protection des victimes. Parmi les mesures figurent la création d’un nouveau service national de conseillers juridiques indépendants pour les victimes de viol et l’extension des principes de l’Opération Soteria aux salles d’audience. Ces initiatives s’inscrivent dans un plan plus large destiné à rendre le système de justice pénale plus équitable, plus rapide et davantage centré sur les victimes, tout en intensifiant la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

L’une des principales nouveautés est le lancement d’un service national de conseillers juridiques indépendants (Independent Legal Advisers, ILA), qui offrira un accompagnement juridique spécialisé aux victimes de viol tout au long de la procédure pénale. Ce service, qui sera déployé d’ici la fin de l’année, bénéficiera dans un premier temps d’un financement de six millions de livres sur deux ans. L’objectif est de garantir aux victimes l’accès à des conseils juridiques indépendants dans les phases les plus complexes des enquêtes et des procès.

Les conseillers juridiques indépendants aideront les victimes à comprendre leurs droits au sein du système judiciaire et les assisteront lorsque les autorités demanderont l’accès à des informations personnelles sensibles. Il peut s’agir, par exemple, de dossiers médicaux, de notes issues d’un suivi psychologique ou encore de données provenant de téléphones portables. Dans de nombreux cas, ces demandes peuvent être perçues comme intrusives ou disproportionnées ; les conseillers juridiques pourront alors les contester lorsqu’elles ne seront pas strictement nécessaires à l’enquête. Cette mesure vise à réduire le sentiment, souvent exprimé par les victimes, que le système pénal examine davantage leur vie privée que le comportement de l’agresseur présumé.

Parallèlement, le gouvernement étendra les principes de l’Opération Soteria à la phase judiciaire des affaires de viol. Lancée en 2021, cette initiative avait déjà modifié la manière dont la police et les procureurs enquêtent sur ces crimes. Son approche consiste à analyser prioritairement le comportement et les schémas d’action du suspect, plutôt que de concentrer l’attention principale sur la victime. Concrètement, cela implique de privilégier les preuves liées au suspect et de limiter l’accès aux dossiers personnels de la victime aux seuls cas où ceux-ci présentent une valeur probante claire.

Avec cette nouvelle extension, le gouvernement souhaite s’assurer que cette même approche est maintenue lorsque les affaires arrivent devant les tribunaux. C’est pourquoi une experte universitaire a été chargée d’examiner si, pendant les procès, les pratiques judiciaires continuent de soumettre les victimes à un examen excessif. L’objectif de cette étude pilote est d’identifier d’éventuelles améliorations dans la formation des juges et des procureurs, ainsi que dans les orientations et bonnes pratiques judiciaires, afin de garantir que les procès se concentrent principalement sur les actes du suspect.

Selon le gouvernement britannique, ces réformes s’inscrivent également dans un effort plus large visant à moderniser le système judiciaire et à réduire les retards dans la résolution des affaires. Des données récemment publiées indiquent que, même avec des investissements et des gains d’efficacité, l’arriéré des affaires devant la Cour de la Couronne (Crown Court) pourrait atteindre 133 000 dossiers d’ici 2035. Cependant, l’ensemble des réformes structurelles prévues par le gouvernement pourrait ramener ce chiffre à environ 49 000 affaires sur la même période, évitant ainsi que des milliers de victimes aient à attendre des années pour obtenir justice.

Parmi les réformes incluses dans le projet de loi judiciaire figure la création de nouvelles « Swift Courts », des juridictions destinées à traiter des affaires passibles de peines allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement, jugées par un seul magistrat. Le gouvernement propose également d’augmenter les pouvoirs de condamnation des magistrats jusqu’à 18 mois de prison, afin de libérer des ressources à la Cour de la Couronne pour qu’elle puisse se concentrer sur les crimes les plus graves. Malgré ces réformes, les procès devant jury resteront en place pour les crimes les plus graves, y compris le viol, le meurtre ou les blessures corporelles graves.

Enfin, le gouvernement a souligné que ces mesures font partie d’une stratégie plus large visant à réduire de moitié les violences faites aux femmes et aux filles au cours de la prochaine décennie. Dans ce cadre, plus d’un milliard de livres d’investissements ont été annoncés, dont 550 millions destinés aux services d’aide aux victimes et près de 500 millions consacrés à des solutions d’hébergement sécurisé pour les personnes fuyant des situations d’abus.

Dans leur ensemble, ces réformes visent à transformer la manière dont le système de justice pénale traite les affaires de viol. L’objectif central est de garantir aux victimes un soutien adéquat, de rendre les procédures judiciaires moins traumatisantes et de faire porter l’attention des enquêtes et des procès principalement sur le comportement des agresseurs présumés. Cette orientation entend renforcer la confiance des victimes dans le système judiciaire et améliorer leur capacité à obtenir justice.

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Commissariats de police intelligents en Éthiopie : vers la digitalisation de la sécurité publique

L’Éthiopie teste un nouveau modèle de commissariat de police, appelé « smart police station » ou commissariat intelligent. Ce projet pilote, installé dans le district de Bole, dans la capitale, Addis-Abeba, marque un effort plus large du gouvernement pour moderniser l’administration publique grâce à la digitalisation. L’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation technologique Digital Ethiopia 2030, portée par le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

Comme le rapporte Daniel Dadzie de la BBC, contrairement à un commissariat de police traditionnel, ce nouveau modèle fonctionne sans agents présents physiquement pour servir les citoyens. Au lieu d’un guichet classique, l’espace propose des cabines équipées de tablettes numériques, permettant aux citoyens de déposer des plaintes ou de signaler des incidents. Le système guide l’usager à travers un processus simple : il doit d’abord sélectionner le type d’incident – délit, problème de circulation ou demande d’information – puis saisir les détails correspondants. Une fois la demande envoyée, un agent réel situé à distance apparaît sur un écran pour poursuivre la conversation, poser des questions et finaliser le rapport. Si la situation l’exige, une patrouille peut être immédiatement envoyée au lieu indiqué.

Ce modèle vise à rapprocher le service policier des citoyens et à faciliter l’accès aux démarches, notamment dans les zones où le personnel est limité ou les infrastructures traditionnelles insuffisantes. Selon les responsables du projet, l’avenir de la sécurité publique passera par des systèmes plus connectés et technologiquement intégrés. La digitalisation permet de réduire les formalités administratives, d’accélérer le traitement des dossiers et d’optimiser les ressources humaines.

Cependant, le projet en est encore à ses débuts. Lors de sa première semaine de fonctionnement, le commissariat intelligent n’a enregistré que trois plaintes : la perte d’un passeport, un cas de fraude financière et une plainte de routine. Ce faible volume traduit une méconnaissance du système par la population, qui nécessite du temps pour s’y familiariser.

Cette initiative fait partie d’un mouvement plus large de digitalisation des services publics en Éthiopie. Le gouvernement a lancé plusieurs mesures pour moderniser l’administration, notamment la création d’un système national d’identité numérique, le développement des paiements électroniques et la digitalisation de plus d’une centaine de services publics. L’objectif est d’adapter les institutions à une société de plus en plus urbaine, jeune et connectée.

Malgré ces avancées, le pays fait face à des défis structurels majeurs. L’un des principaux est la fracture numérique. Selon des données récentes d’organismes internationaux, environ 79 % de la population éthiopienne n’a toujours pas accès à Internet. Cette situation limite l’impact des initiatives digitales et risque d’exclure certains segments de la société, notamment les personnes âgées, les populations rurales et les ménages à faibles revenus.

Le niveau de compétences numériques représente un autre obstacle. Pour que des projets comme les commissariats intelligents fonctionnent efficacement, les citoyens doivent posséder un minimum de familiarité avec les outils numériques. Sans cette alphabétisation technologique, l’utilisation des systèmes peut s’avérer compliquée et générer de nouvelles vulnérabilités, telles que les fraudes ou les usurpations d’identité.

Des inquiétudes existent également concernant la sécurité des données et la protection de la vie privée. Les systèmes numériques de signalement et de gestion des informations nécessitent des infrastructures robustes et des mécanismes de protection adéquats pour éviter toute fuite ou usage abusif des données personnelles des citoyens.

Malgré ces défis, plusieurs experts estiment que les investissements dans les infrastructures digitales, la connectivité et la formation sont essentiels pour moderniser l’État. L’expansion de la bande passante, le développement des paiements électroniques et la digitalisation progressive des services publics témoignent de la volonté de l’Éthiopie de réduire son retard technologique.

Dans ce contexte, le poste de police intelligent d’Addis-Abeba représente avant tout une expérience. Il ne s’agit pas encore d’un modèle consolidé, et il ne remplace pas les postes de police traditionnels, qui restent le principal point de contact entre la police et les citoyens. Cependant, ce projet pilote offre un aperçu de l’évolution possible des services policiers, combinant présence physique et outils numériques pour améliorer l’efficacité et l’accessibilité.

En somme, cette initiative illustre l’ambition de l’Éthiopie de construire une administration publique plus digitale et efficace. Son succès dépendra non seulement de la technologie mise en œuvre, mais aussi de la capacité du pays à réduire la fracture numérique, améliorer l’alphabétisation technologique et garantir la sécurité des données. Seules ces conditions permettront aux commissariats intelligents de devenir un véritable outil de renforcement de la sécurité et de la confiance entre citoyens et institutions.

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Aujourd’hui c’est un jour férié en Catalogne. Nous ne publions pas la note. Rendez-vous mercredi

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Un réseau de trafic de cocaïne démantelé grâce au suivi de ses flux financiers

Un réseau criminel international chargé de blanchir les profits issus du trafic de cocaïne pour le crime organisé italien a été démantelé après que les enquêteurs ont suivi la trace de l’argent à travers toute l’Europe.

Ce qui avait commencé par la détection de mouvements financiers suspects s’est révélé être un système sophistiqué de blanchiment d’argent au service de membres de la Camorra et de la ’Ndrangheta. Derrière des sociétés écrans, de fausses factures et des investissements de luxe, des millions d’euros provenant du trafic de cocaïne étaient blanchis puis réinvestis à travers toute l’Europe.

L’enquête a été menée par la Gendarmerie nationale française, en collaboration avec les Carabiniers italiens et la Police fédérale suisse (fedpol). Elle a également bénéficié du soutien de la Police judiciaire fédérale belge d’Anvers, de l’Agence bulgare pour la sécurité nationale, des douanes allemandes et de la Police nationale équatorienne, sous la coordination d’Europol et d’Eurojust.

En remontant les flux financiers, les enquêteurs ont identifié un ressortissant monténégrin, considéré comme une cible de haute valeur par Europol et recherché par plusieurs pays européens. Le suspect s’était installé dans la région de Cannes en France chez des proches parents, dont son gendre italien, connu des autorités italiennes pour blanchiment d’argent, fraude et trafic d’armes.

L’enquête financière a révélé que ce réseau de blanchiment était directement lié à un trafic de cocaïne à grande échelle entre l’Amérique du Sud et l’Europe.

Le groupe est soupçonné de coordonner les expéditions maritimes de quantités importantes de cocaïne vers les principaux ports d’Europe. Une importante saisie effectuée par les douanes belges fin 2025 a été reliée au suspect monténégrin, marquant une avancée décisive dans l’enquête.

Les enquêteurs ont ainsi mis en lumière une organisation hautement structurée. Le réseau reposait sur d’importantes capacités financières, l’utilisation de cryptoactifs, des déplacements transfrontaliers hebdomadaires à bord de véhicules de luxe équipés de compartiments dissimulés sophistiqués, ainsi que sur un réseau d’entreprises réparties dans plusieurs juridictions.

En février dernier, les autorités ont mené des arrestations et des perquisitions coordonnées en France, en Italie, en Belgique et en Suisse. Sept suspects ont été arrêtés (quatre en France et trois en Italie), dont la cible monténégrine considérée comme prioritaire.

Sur la Côte d’Azur, des véhicules de luxe ont été saisis, ainsi que des biens immobiliers haut de gamme d’une valeur supérieure à 5 millions d’euros. D’autres entreprises et actifs ont également été confisqués en Suisse et en Italie.

Europol soutient cette enquête depuis 2023, et celle-ci est rapidement devenue l’une des opérations les plus actives de l’agence au sein de son Centre européen de lutte contre la criminalité économique et financière.

L’affaire a mobilisé l’ensemble des services d’Europol : analyses criminelles et financières avancées, communications sécurisées en temps réel et déploiements sur le terrain en France et en Italie afin de soutenir les enquêteurs nationaux et de construire une vision opérationnelle commune.

En 2024, une équipe commune d’enquête (ECE) a été mise en place au sein d’Eurojust entre la France, l’Italie et la Suisse, permettant une coordination judiciaire étroite. Par l’intermédiaire d’Europol, d’autres partenaires (Belgique, Allemagne et Équateur) ont rejoint l’équipe, élargissant ainsi son impact.

Le réseau @ON, financé par la Commission européenne et dirigé par la Direction italienne des enquêtes antimafia (DIA), a apporté un soutien financier aux réunions opérationnelles et au déploiement des enquêteurs.

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Chocolat sous clé

Ces derniers mois, plusieurs supermarchés au Royaume-Uni ont commencé à appliquer des mesures de sécurité inhabituelles à un produit apparemment inoffensif : le chocolat. Des chaînes comme Sainsbury’s, ainsi que Tesco et Co-op, ont choisi de placer des barres chocolatées dans des boîtes plastiques antivol, un système généralement réservé aux boissons alcoolisées haut de gamme ou aux dispositifs électroniques.

Cette décision répond à une augmentation significative du vol de chocolat, qui, selon le secteur, n’est plus le résultat de vols occasionnels, mais d’une activité systématique liée au crime organisé et à la revente sur des marchés illicites.

Selon l’Association of Convenience Stores (ACS), la confiserie – et surtout le chocolat – est devenue l’un des produits les plus volés dans les magasins locaux. La combinaison de sa valeur économique, de sa facilité de transport et de sa forte demande en fait une cible particulièrement attractive.

Les commerçants signalent que les vols sont souvent réalisés sur commande. Cela implique que les produits ne sont pas consommés immédiatement, mais qu’ils sont ensuite distribués par des circuits illégaux : d’autres établissements, des marchés informels ou des commerces qui achètent des marchandises à bas prix sans en vérifier l’origine.

Il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. Selon les données du British Retail Consortium, 5,5 millions d’incidents de vol à l’étalage ont été enregistrés au Royaume-Uni au cours de l’année écoulée. Par ailleurs, le secteur du commerce de détail a enregistré en moyenne 1 600 incidents quotidiens de violence ou d’abus visant ses travailleurs. Bien que ce chiffre représente une légère baisse par rapport à l’année précédente, il reste le deuxième plus élevé jamais enregistré.

Les répercussions économiques sont considérables. Le groupe Heart of England Co-Op, qui compte 38 magasins, a déclaré avoir perdu pour 250 000 livres sterling de chocolat en 2024, ce qui en fait le produit le plus volé cette année-là. En 2025, il n’a été dépassé que par l’alcool. En l’espace d’une seule semaine, un individu peut provoquer des pertes de plusieurs milliers de livres dans un même établissement.

Certains commerçants expliquent qu’un rayon entier de chocolat peut représenter une valeur d’environ 500 livres, et que des voleurs peuvent emporter entre 200 et 250 livres de marchandises dans un sac à dos en quelques minutes.

Face à cette situation, les commerces ont dû investir dans des mesures de protection : systèmes de vidéosurveillance (CCTV) plus sophistiqués, technologies d’intelligence artificielle destinées à identifier les suspects récidivistes, réduction des stocks exposés et suppression des promotions visibles dans les zones facilement accessibles. Dans certains cas, les étagères ne sont que partiellement remplies afin de limiter l’impact économique potentiel.

Le National Police Chiefs’ Council a affirmé travailler en étroite collaboration avec les commerçants et les experts en sécurité pour renforcer la réponse face à la criminalité dans le commerce de détail. La stratégie prévoit une meilleure coordination, un usage plus efficace de la technologie et des systèmes de signalement plus rapides.

Cependant, le secteur commercial exige une réponse plus ferme. L’ACS réclame des peines plus sévères pour les récidivistes ainsi que des actions ciblées contre les réseaux qui distribuent les produits volés, estimant que le problème ne se limite pas aux vols isolés, mais s’inscrit dans une économie parallèle pouvant financer d’autres activités criminelles.

Le cas du chocolat est le symptôme d’un problème plus large : la hausse du vol organisé dans le commerce de détail. Des produits qui ne nécessitaient auparavant aucune protection particulière sont désormais considérés comme des marchandises à haut risque. Cette évolution reflète des changements dans le comportement criminel, mais aussi dans les conditions socio-économiques et dans la capacité de revente via des circuits informels ou numériques.

Pour le secteur de la sécurité, ce phénomène pose plusieurs défis :

  • Adapter les systèmes de protection aux produits de consommation de masse ;
  • Trouver un équilibre entre expérience client et mesures antivol ;
  • Intégrer la technologie prédictive et l’analyse de comportements ;
  • Améliorer la collaboration entre les entreprises et les forces de sécurité ;

En définitive, le fait qu’une simple barre de chocolat doive être conservée sous clé constitue un indicateur clair de l’évolution du risque dans l’environnement commercial actuel. La réponse ne peut se limiter à des mesures physiques : elle nécessite une stratégie globale alliant prévention, renseignement et action judiciaire efficace.

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Géopolitique des places urbaines dans l’espace quotidien de Berlin

L’article de Katharina Ciax et Simon Runkel analyse comment les politiques de sécurité et de lutte contre le terrorisme transforment non seulement la configuration physique des espaces urbains, mais aussi leur dimension émotionnelle et perceptive. Le cas d’étude est la place Breitscheidplatz à Berlin, théâtre de l’attentat au véhicule-bélier perpétré lors du marché de Noël de l’année 2016.

Les auteurs partent d’une idée centrale : la sécurité ne se limite pas aux infrastructures et à la présence policière, elle crée également une atmosphère affective qui modifie la manière dont les individus perçoivent et vivent l’espace public. Cette approche s’inscrit dans le champ de la géopolitique urbaine quotidienne, qui analyse comment les grands discours sur la sécurité globale se traduisent concrètement dans des lieux comme les rues et les places.

Avant l’attentat, la Breitscheidplatz était un espace caractérisé par un flux constant de personnes, entouré d’axes commerciaux et proche de la gare Bahnhof Zoo. Bien que des pratiques de contrôle et de surveillance existaient déjà depuis les années quatre-vingt-dix – notamment liées à la criminalisation de certains groupes –, l’attaque de 2016 a constitué un tournant.

Après l’attentat, la place a connu une profonde transformation avec l’installation de mesures d’atténuation des véhicules hostiles (HVM – Hostile Vehicle Mitigation) : blocs de béton, pylônes, mobilier urbain renforcé et une présence policière plus visible, y compris un poste de police mobile permanent. Cet ensemble de mesures a transformé la place en un espace doté d’une grande sécurité, pratiquement unique à Berlin par son niveau de fortification.

Les auteurs soutiennent que cette accumulation de mesures ne répond pas seulement à un besoin fonctionnel de protection, mais provoque également une surdose de sécurité qui modifie l’essence même de l’espace public.

L’un des concepts centraux de l’article est celui d’atmosphère affective. La sécurité ne se perçoit pas uniquement à travers des normes ou des dispositifs matériels, mais par des sensations : hostilité, surveillance constante, tension ou exclusion. Franchir plusieurs barrières physiques avant d’arriver sur la place peut engendrer une sensation de menace latente, même si l’objectif est précisément de réduire le risque.

Grâce à des ethnographies sensorielles et à d’observations participantes (entre 2021 et 2022), les chercheurs ont recueilli des témoignages et des impressions d’usagers, de commerçants et d’habitants. Ce qui émerge est paradoxal : les mesures destinées à accroître la sécurité peuvent produire une atmosphère qui renforce la perception du danger.

Cette transformation affecte particulièrement les groupes racialisés ou marginalisés. Selon les auteurs, la sécurité excessive n’est pas neutre : elle renforce des pratiques discriminatoires préexistantes et restreint l’accessibilité réelle de l’espace public. La place cesse d’être un espace de circulation ouverte et devient un espace de contrôle sélectif.

L’article situe ce cas dans un cadre plus large : la sécurité excessive des villes européennes après des vagues d’attentats terroristes. Ce processus a favorisé la militarisation de l’espace urbain, la normalisation des infrastructures défensives et la construction symbolique de menaces internes.

Sur la Breitscheidplatz, la combinaison de consommation de luxe, de vigilance intensive et d’architecture défensive contribue à redéfinir l’identité de l’espace. La place n’est pas seulement un lieu de mémoire de l’attentat, elle constitue également un scène permanente de prévention anticipatrice.

Cette dynamique montre comment la géopolitique mondiale (terrorisme, sécurité européenne, discours sur la menace) se traduit par des décisions très concrètes concernant l’aménagement urbain, le mobilier et la présence policière. L’espace public devient ainsi un laboratoire de gouvernance de la peur.

La contribution principale de l’article est de montrer que les politiques de sécurité possèdent une dimension matérielle, sociale et émotionnelle indissociable. Une sécurité excessive ne se contente pas de réorganiser l’espace, elle transforme également la manière dont il est vécu et ressenti.

Pour le domaine de la sécurité urbaine, cela soulève plusieurs axes de réflexion :

  • Les mesures physiques de protection génèrent des impacts symboliques et psychologiques.
  • Une grande sécurité peut renforcer la perception du risque.
  • La sécurité peut devenir un mécanisme d’exclusion sociale.
  • L’espace public peut perdre sa fonction d’ouverture et de coexistence s’il devient une infrastructure permanente de défense.

En définitive, le cas de la Breitscheidplatz montre comment l’anti-terrorisme contemporain ne se contente pas de protéger, mais redéfinit aussi l’expérience urbaine. La sécurité cesse d’être un élément invisible pour devenir une présence tangible, matérielle et atmosphérique qui façonne la vie quotidienne.

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Comment la criminalité organisée envahit et ruine les communautés en France

L’article deFelia Allum dans The Conversation, professeure de criminalité organisée comparée à l’Université de Bath, analyse l’augmentation des meurtres liés au trafic de drogue en France et affirme que le pays se trouve à un « tournant » dans sa relation avec le crime organisé. L’affaire qui symbolise ce tournant est le meurtre de Mehdi Kessaci, frère d’un activiste anti-drogue à Marseille, un crime interprété comme un message d’intimidation dans le contexte d’une escalade de la violence. Entre 2023 et 2024, 73 personnes ont perdu la vie à Marseille dans des incidents liés au trafic de drogue, beaucoup d’entre eux étant des jeunes recrutés sur Internet avec la promesse d’argent facile. Des épisodes similaires se sont également produits à Grenoble, Paris, Nîmes, Montpellier, Nice et Lyon.

La ville de Marseille est devenue l’épicentre symbolique de cette crise. Le groupe qui domine actuellement une partie du marché de la drogue en France se fait appeler DZ Mafia, mais F. Allum souligne qu’il ne s’agit pas d’une mafia classique comme les mafias italiennes. Elle ne répond pas à la structure hiérarchique traditionnelle ni au modèle historique de contrôle territorial et d’infiltration institutionnelle caractéristique de certaines organisations italiennes. Cela oblige à éviter les simplifications et les étiquettes telles que « narco-État » ou « narco-terrorisme », qui peuvent attirer l’attention des médias mais n’aident pas toujours à comprendre le phénomène.

Selon l’auteure, le crime organisé n’apparaît pas de nulle part et ne s’impose pas uniquement par la force. Il s’enracine lorsqu’il trouve des espaces vides que l’État et la société n’occupent pas de manière adéquate. Historiquement, des structures mafieuses et des cartels se sont consolidés lors de périodes de transformation profonde de l’État, comme cela s’est produit en Italie pendant l’unification du XIXe siècle ou aux États-Unis en pleine industrialisation. Dans ces contextes de changement accéléré, les institutions étaient encore faibles ou instables, et des acteurs non étatiques ont comblé les vides de pouvoir.

Toutefois, dans le cas français actuel, il ne s’agit pas d’un État en construction, mais d’un État consolidé immergé dans un modèle économique libéral où les inégalités sociales, éducatives et économiques se sont approfondies. F. Allum, s’inspirant de la politologue Susan Strange, précise que l’autorité de l’État s’est érodée au profit des marchés et que le modèle de bien-être a été bureaucratisé et privatisé. Lorsque le tissu social se dégrade et que les opportunités réelles se font rares, les réseaux criminels offrent une alternative apparemment attrayante : des revenus immédiats, une identité, du respect et une structure d’appartenance.

Dans des quartiers où les taux de chômage des jeunes et l’échec scolaire sont élevés, le narcotrafic peut apparaître comme une voie d’ascension rapide, quoique particulièrement périlleuse. Les organisations imposent leurs propres normes aux vendeurs et aux recrues, génèrent des économies parallèles et, dans certains cas, obtiennent une certaine tolérance sociale basée sur la peur ou sur la dépendance économique. La criminalité organisée n’opère pas seulement contre la communauté ; elle s’intègre souvent et établit des liens complexes.

Face à cette situation, le gouvernement du président Emmanuel Macron a proposé un ensemble de mesures visant à renforcer la réponse pénale et policière. Parmi elles, il convient de souligner la création d’un parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), doté de procureurs spécialisés pour poursuivre les réseaux de trafic de drogue au niveau français et européen. Des programmes de protection des témoins sont également prévus, ainsi qu’un durcissement des conditions pénitentiaires pour les chefs de réseau et un élargissement des mécanismes de saisie des biens. La France se tourne vers le modèle italien des années quatre-vingt-dix comme référence législative.

De plus, le gouvernement souhaite augmenter les sanctions à l’encontre des consommateurs, avec des amendes plus élevées et des restrictions possibles telles que le retrait du permis de conduire ou des impacts sur l’emploi. Cette stratégie repose sur l’idée qu’il est nécessaire d’agir sur l’ensemble de la chaîne, des chefs jusqu’à la demande finale.

Cependant, F. Allum avertit que les mesures réactives et punitives, à elles seules, ne résolvent pas les causes structurelles du problème. Les réseaux criminels ont une grande capacité d’adaptation : lorsqu’une structure est démantelée, une autre peut émerger, souvent avec des opérations coordonnées depuis l’étranger. Sans une intervention qui aborde les inégalités, le manque d’opportunités et la déconnexion entre les institutions et la citoyenneté, le phénomène tend à se reproduire.

La lutte contre le trafic de drogue n’est pas seulement une question de renforcement policier ou de réforme pénale. C’est aussi une question de cohésion sociale, de politiques publiques intégrées et de reconstruction du lien entre l’État et les quartiers les plus vulnérables. La sécurité durable ne se construit pas uniquement par une répression accrue, mais par la prévention, l’investissement social et des alternatives réelles pour les jeunes qui voient aujourd’hui dans le marché de la drogue l’unique horizon possible.

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Comment promouvoir des approches de sécurité publique équilibrées et efficaces en Amérique latine

Au cours des débats sur la sécurité publique en Amérique latine, un faux dilemme est souvent posé : soit la « main de fer » contre le crime, soit l’action sur les causes structurelles de la violence. Cette dichotomie simplifie une réalité bien plus complexe. Les politiques véritablement efficaces ne choisissent pas entre répression et prévention, mais elles combinent la capacité d’agir dans l’urgence avec des stratégies durables qui consolident la justice, la légitimité institutionnelle et la cohésion sociale.

Dans des contextes d’insécurité chronique, la demande de résultats immédiats est compréhensible. Lorsque les familles vivent dans la peur au quotidien, des réponses rapides et visibles génèrent un soulagement tangible. L’expérience récente du Salvador, marquée par la déclaration d’un état d’exception et l’application de mesures d’incarcération massive, a été présentée comme un exemple de réussite en raison de la réduction drastique des homicides et d’autres délits. Cette approche a accru le soutien des citoyens au gouvernement et a renforcé la perception de contrôle. Cependant, cela a également ouvert un profond débat sur les coûts en termes de processus, de droits fondamentaux et de qualité démocratique.

La « main de fer » est politiquement attrayante pour trois raisons majeures. Tout d’abord, elle offre des résultats immédiats dans des contextes marqués par l’urgence électorale et la pression médiatique. Deuxièmement, elle est facile à communiquer : les incarcérations, les déploiements policiers et les opérations massives sont des actions visibles et simples à expliquer. Troisièmement, elle concentre le pouvoir dans l’État et réduit les espaces de responsabilité. En revanche, les stratégies préventives exigent une coordination interinstitutionnelle, du temps et un discours plus sophistiqué.

Cela dit, la prévention sociale à elle seule n’est pas non plus suffisante, en particulier dans des contextes marqués par une forte présence de criminalité organisée. La recherche internationale montre que la réduction durable de la violence nécessite l’intégration efficace du système de justice pénale avec des services sociaux, des programmes communautaires et des interventions spécifiques sur les facteurs de risque. La clé n’est pas d’affaiblir l’État, mais de le rendre plus précis, légitime et stratégique.

Les données scientifiques mettent en avant quatre principes fondamentaux pour une politique de sécurité équilibrée.

1. Focalisation sur les personnes, les lieux et les comportements à haut risque.
La violence ne se distribue pas de manière homogène : elle se concentre dans des groupes réduits et sur des territoires spécifiques. Des interventions fondées sur des données – comme les stratégies de dissuasion ciblée appliquées dans des villes comme Boston ou Oakland – ont montré des réductions significatives de la violence armée. À Chicago, des programmes combinant thérapie cognitivo-comportementale et activités d’insertion pour les jeunes ont réduit de manière notable les arrestations pour crimes violents parmi les jeunes à haut risque. Ces expériences montrent qu’agir avec précision est plus efficace que d’appliquer des mesures indiscriminées.

2. Renforcer la capacité communautaire à prévenir les conflits.
Les organisations locales, les médiateurs, les mentors et les programmes de justice civique sont des acteurs clés dans la prévention. Des initiatives telles que le système judiciaire de Bogota ou des modèles de justice civique mis en œuvre dans plusieurs villes du Mexique ont amélioré l’accès à la résolution des conflits et la perception de la légitimité institutionnelle. Lorsque les communautés disposent d’une infrastructure sociale solide, la violence tend à diminuer de manière significative.

3. Construire la légitimité par l’équité et la justice procédurale.
Les personnes respectent la loi non seulement par peur de la sanction, mais parce qu’elles perçoivent les autorités comme justes et respectueuses. Les expériences de formation policière en justice procédurale à Mexico ont augmenté la satisfaction des citoyens et réduit les plaintes. La légitimité institutionnelle est un atout stratégique : elle améliore la coopération, facilite l’enquête sur la criminalité et solidifie la cohésion sociale.

4. Interventions spatiales stratégiques.
L’amélioration de l’environnement physique – éclairage, récupération d’espaces détériorés, création d’espaces verts – peut réduire la violence, notamment dans les quartiers à haut risque. Ces actions sont visibles, relativement économiques et fortifient la perception de présence institutionnelle sans recourir à la confrontation directe.

Au-delà du contenu des politiques, la communication est déterminante. Les dirigeants locaux doivent éviter le cadre polarisé de « tolérance contre répression » et présenter la sécurité comme une condition pour le développement économique, la santé, l’éducation et la qualité démocratique. Le message central devrait être que lorsque la violence est organisée, la réponse doit l’être également : coordination entre la police, la justice, les services sociaux et la communauté.

Cela suppose de privilégier la précision plutôt que la fermeté aveugle, d’articuler l’exigence de responsabilité avec des perspectives de réinsertion, et de donner la parole à des messagers crédibles – maires, responsables policiers, leaders de quartier ou victimes – capables d’entrer en résonance avec les préoccupations réelles des citoyens.

En définitive, surmonter le faux dilemme entre répression et prévention est indispensable pour progresser vers des modèles de sécurité plus efficaces, justes et durables. Les stratégies équilibrées ne renoncent pas à l’autorité de l’État, mais la renforcent grâce à la légitimité, aux données probantes et à la collaboration. La sécurité n’est pas seulement l’absence de criminalité : elle constitue le socle sur lequel se bâtissent la prospérité et la confiance démocratique.

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36 laboratoires démantelés lors d’une opération contre un réseau de drogues de synthèse

Au cours du mois de février 2026, Europol a soutenu les autorités policières d’Ukraine, de Pologne et de Moldavie dans une opération conjointe contre un réseau criminel international impliqué dans la production et le trafic de drogues de synthèse, principalement des cathinones synthétiques comme l’alfa-PVP.

Au cours de la journée d’action, la Police nationale d’Ukraine et le Bureau central d’enquête de la police polonaise ont effectué des contrôles coordonnés sur environ 510 sites. Les agents des forces de l’ordre ont démantelé 36 lieux de production illicite et 74 installations de stockage de drogues prêtes à être distribuées. Un total de 129 personnes ont été mises en examen et 103 personnes ont été arrêtées.

Le réseau faisant l’objet de l’enquête est supposé opérer dans plusieurs pays, tels que la Bulgarie, la Moldavie et l’Ukraine. Le groupe serait vraisemblablement dirigé par un organisateur ukrainien qui met en place et équipe des laboratoires clandestins avec le matériel et les substances chimiques nécessaires. Les enquêteurs pensent que cet individu entretient des liens étendus avec des réseaux criminels polonais, facilitant l’approvisionnement en précurseurs, en produits chimiques essentiels et en équipements par le biais de structures commerciales légales.

L’opération a inclus des perquisitions de domicile ainsi que l’inspection d’autres locaux et véhicules. Au total, l’enquête a conduit aux confiscations suivantes :

  • 20 610 litres de précurseurs ;
  • 229,4 kilogrammes d’alpha-PVP ;
  • 156,3 kilogrammes d’amphétamine ;
  • 46,6 kilogrammes et 284 litres de phénil-2-nitropropène ;
  • 2 kilogrammes de sodium métallique ;
  • 67,6 kilogrammes et 350 litres de méphédrone ;
  • 7 kilogrammes de méthamphétamine ;
  • 47 kilogrammes de cannabis ;
  • 5 115 comprimés de MDMA ;
  • 2 000 comprimés d’ecstasy ;
  • 1,6 million UAH (environ 31 000 €), 167 000 USD (environ 141 000 €), 39 000 € en espèces ;
  • actifs virtuels d’une valeur de 45 000 USD (environ 38 000 €) ;
  • 41 véhicules.

Le réseau criminel employait diverses tactiques pour faciliter l’opération de ses activités illicites. Il a fait un usage abusif de structures commerciales légales exploitées par des ressortissants polonais et lituaniens ayant déjà participé à la production illicite de drogues de synthèse. Cela leur a permis d’importer des produits chimiques, y compris des précurseurs qui ne sont pas encore soumis à contrôle, et de faciliter les activités de plusieurs laboratoires clandestins détectés dans différents pays. En opérant dans plusieurs États membres et en exploitant les failles juridiques, le réseau a accru le risque d’exposition et a rendu plus difficile pour les autorités chargées de l’application de la loi d’interrompre ses activités.

La contribution d’Europol à l’opération a inclus un soutien opérationnel et analytique, mettant l’accent sur la fourniture de données en temps réel et la facilitation de l’échange d’informations pendant les journées d’action. Cet effort de collaboration visait à interrompre les activités du réseau et à renforcer la lutte contre la production et le trafic de drogues de synthèse en Europe.

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