Les abus sexuels sur des enfants facilités par les technologies : des avancées dans les enquêtes, mais de nouveaux défis liés à l’IA

L’abus sexuel sur les enfants facilité par les technologies numériques reste l’une des principales préoccupations des autorités européennes. Si les États membres du Conseil de l’Europe ont réalisé des avancées significatives dans l’enquête sur ces crimes, la protection des victimes et la formation des professionnels, un nouveau rapport du Comité de Lanzarote met en lumière des lacunes importantes, notamment dans la prise en charge des images sexuelles autoproduites par des mineurs et face à l’impact croissant de l’intelligence artificielle.

Le rapport évalue le degré de mise en œuvre des 28 recommandations formulées en 2022 dans le cadre de la Convention de Lanzarote, principal traité international consacré à la prévention et à la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels sur les enfants. Les conclusions font état de progrès notables dans plusieurs domaines, tout en soulignant que les législations et les politiques publiques ne sont pas encore pleinement adaptées aux nouveaux risques liés au numérique.

L’une des principales préoccupations des experts concerne le fait que de nombreux pays continuent d’autoriser des poursuites pénales contre des mineurs pour la détention ou le partage d’images sexuelles qu’ils ont eux-mêmes produites ou créées avec leur partenaire mineur. Selon le rapport, près des deux tiers des États examinés prévoient encore cette possibilité, tandis que près de la moitié peuvent également engager des poursuites contre des mineurs ayant diffusé leurs propres images intimes.

Le Comité de Lanzarote estime qu’une telle réponse peut s’avérer contre-productive, car elle conduit à traiter comme délinquants des enfants qui sont souvent aussi des victimes. Il préconise donc de privilégier, chaque fois que cela est possible, les mesures éducatives, préventives et restauratives plutôt que les sanctions pénales. Le recours à la justice pénale ne devrait intervenir qu’en dernier ressort, lorsque ces alternatives se révèlent insuffisantes.

Le rapport souligne également les progrès accomplis dans les capacités des enquêtes policières. Au cours des dernières années, le nombre de pays autorisant les unités spécialisées en cybercriminalité à mener des opérations sous couverture afin d’identifier les auteurs d’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet a quasiment doublé. Plusieurs États ont par ailleurs renforcé les moyens humains et financiers alloués à ces unités spécialisées.

Les mécanismes de coopération internationale ont eux aussi été consolidés. Un nombre croissant de pays sont désormais en mesure de poursuivre leurs ressortissants ou leurs résidents ayant commis des délits sexuels sur des mineurs à l’étranger, même lorsque les faits ne sont pas incriminés dans le

pays où ils ont été commis. Dans de nombreux cas, il n’est plus non plus nécessaire que la victime dépose plainte ou que les autorités étrangères ouvrent préalablement une enquête pour permettre l’engagement de poursuites.

Autre évolution positive : le renforcement des dispositifs d’accompagnement des victimes. Le nombre de pays disposant de lignes d’assistance téléphonique et de plateformes numériques adaptées aux enfants, leur offrant conseils et soutien spécialisé, a sensiblement augmenté. Les financements accordés aux organisations sociales engagées dans la prévention de l’exploitation sexuelle des enfants et l’accompagnement des victimes ont également été renforcés.

Parallèlement, de nombreux États ont développé la formation spécialisée des magistrats, des juges, des policiers et d’autres professionnels susceptibles de détecter des situations à risque. Néanmoins, le Comité souligne que cette formation n’est pas déployée de manière homogène dans certains secteurs en contact avec les enfants, notamment l’éducation, la santé, les services sociaux ainsi que les activités sportives et de loisirs.

Le rapport accorde une attention particulière aux conséquences de l’intelligence artificielle générative. Les outils capables de produire des images et des vidéos hyperréalistes accroissent le risque que des délinquants créent du matériel représentant des abus sexuels sur enfants sans avoir à utiliser de photographies réelles de victimes.

Ces contenus synthétiques peuvent servir à extorquer des mineurs, à les manipuler psychologiquement, à faciliter des opérations de manipulation d’enfants (grooming) ou encore à banaliser les violences sexuelles. Leur degré de réalisme est tel qu’il devient souvent difficile de les distinguer des images réelles, ce qui complique à la fois les enquêtes judiciaires et les stratégies de prévention.

C’est dans ce contexte que le Comité de Lanzarote et le Comité de la Convention de Budapest sur la cybercriminalité ont adopté, en juin 2026, une déclaration conjointe affirmant que les images d’abus sexuels sur enfants générées ou modifiées à l’aide de l’intelligence artificielle – y compris les images entièrement synthétiques ne représentant aucun enfant réel – relèvent déjà du champ d’application des deux conventions internationales. En conséquence, les États ayant ratifié ces traités n’ont pas besoin d’adopter de nouvelles dispositions législatives spécifiques pour enquêter et poursuivre ce type de contenus.

Les conclusions du rapport montrent que la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants exige une adaptation permanente des outils d’enquête, de la coopération internationale et des mécanismes de protection des victimes. Dans le même temps, l’essor de l’intelligence artificielle contraint les autorités à revoir leurs stratégies face à des formes de criminalité toujours plus sophistiquées.

Le message du Conseil de l’Europe est sans ambiguïté : si la technologie peut devenir un instrument au service de la délinquance, elle offre également de nouveaux moyens de la détecter et de la poursuivre. Le succès de cette lutte reposera sur le maintien d’un équilibre entre l’efficacité des enquêtes, la protection des droits de l’enfant et une réponse judiciaire proportionnée, en particulier lorsque des mineurs sont impliqués.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

IA et police : les bénéfices progressent plus vite que les garanties, selon une nouvelle étude

L’intelligence artificielle (IA) transforme rapidement le fonctionnement des forces de police et du système de justice pénale. De l’analyse des preuves numériques à la rédaction automatisée de documents, en passant par l’identification de schémas criminels, ces technologies promettent d’améliorer l’efficacité et d’alléger la charge de travail des professionnels. Toutefois, une nouvelle étude menée par l’Université de Northumbria met en garde contre un déploiement de ces outils qui progresse plus rapidement que les mécanismes de contrôle, de supervision et de régulation nécessaires pour garantir une utilisation sûre, transparente et responsable.

Réalisée sur une période de quatre ans dans le cadre du projet PROBabLE Futures, cette étude constitue à ce jour la cartographie la plus complète de l’utilisation de l’IA au sein du système de justice pénale en Angleterre et au Pays de Galles. Les chercheurs ont recensé 70 outils d’intelligence artificielle déjà opérationnels, en phase d’expérimentation ou en cours de développement. Parmi eux, 27 sont déjà utilisés dans un cadre opérationnel, tandis que 34 font l’objet de projets pilotes. Plus de la moitié ont été développés par des entreprises privées, ce qui illustre également le rôle croissant du secteur technologique dans ce domaine.

Les applications identifiées sont très variées. Elles comprennent la transcription automatique des dépositions, l’assistance à la rédaction des procès-verbaux, le tri des appels adressés aux centres d’urgence, l’analyse de grands volumes d’informations afin de détecter des tendances criminelles, l’identification des personnes vulnérables, la gestion des preuves numériques, la rédaction de documents judiciaires ainsi que les systèmes de reconnaissance faciale. Certaines solutions sont également destinées au bien-être des agents et sont capables de détecter des indicateurs de stress ou de risques psychosociaux.

Les chercheurs reconnaissent que nombre de ces applications apportent des bénéfices réels lorsqu’elles sont correctement mises en œuvre. Les tâches répétitives et administratives peuvent être automatisées, ce qui permet aux professionnels de consacrer davantage de temps aux activités nécessitant un jugement humain. De même, l’analyse automatisée des données peut accélérer les enquêtes et faciliter l’identification d’informations pertinentes qui pourraient passer inaperçues lors d’un examen manuel.

Cependant, le principal enseignement du rapport est que ces avantages ne sont durables que si les outils ont été conçus pour répondre à des besoins précis, ont fait l’objet de tests rigoureux et sont encadrés par des mécanismes de supervision solides. Selon les auteurs, cette situation est encore loin d’être généralisée, et dans de nombreux cas, le rythme d’adoption de ces technologies dépasse la capacité des institutions à évaluer les risques et à mettre en place des règles de gouvernance claires.

L’un des aspects les plus marquants de l’étude concerne la critique du concept human in the loop (« l’humain dans le processus »), selon lequel une personne est censée examiner systématiquement les décisions ou recommandations produites par l’IA avant qu’elles ne produisent des effets concrets. En théorie, ce mécanisme doit garantir que la responsabilité finale reste entre les mains des personnes.

Les chercheurs constatent cependant que cette supervision est souvent davantage formelle qu’effective. Lorsqu’un outil affiche un niveau élevé de précision, les utilisateurs ont tendance à lui accorder une confiance excessive et à examiner ses résultats avec moins d’attention. Cette situation crée un faux sentiment de sécurité : les erreurs sont peu fréquentes, mais lorsqu’elles surviennent, elles risquent davantage de passer inaperçues et peuvent avoir des conséquences importantes, notamment dans des domaines aussi sensibles que les enquêtes policières ou les procédures judiciaires.

Le rapport alerte également sur un autre risque émergent : l’interconnexion de plusieurs systèmes d’IA au sein d’un même processus. Si les informations produites par un outil alimentent automatiquement un autre système, une erreur initiale peut se propager et s’amplifier tout au long de la chaîne décisionnelle. Ce phénomène, qualifié de « chaînage des systèmes d’IA », est encore peu étudié, mais les auteurs estiment qu’il devrait faire l’objet d’une attention prioritaire.

Afin de répondre à ces défis, l’étude formule 26 recommandations à l’intention des administrations publiques, des services de police, des autorités judiciaires, des fournisseurs de technologies et de la communauté scientifique. Parmi les principales mesures proposées figurent la réalisation d’évaluations indépendantes de tous les outils d’IA, la création de registres publics permettant d’identifier les systèmes utilisés, l’adoption de normes plus exigeantes pour leur acquisition et leur validation, le renforcement de la formation des professionnels ainsi que le développement de recherches spécifiques sur les risques liés aux interactions entre différents systèmes d’intelligence artificielle.

En définitive, l’étude ne remet pas en cause l’utilité de l’IA dans le domaine policier et ne plaide pas pour un ralentissement de l’innovation. Au contraire, elle conclut que ces technologies peuvent apporter une réelle valeur ajoutée lorsqu’elles sont utilisées de manière responsable et transparente. Le véritable défi consiste à faire en sorte que les avancées technologiques s’accompagnent d’un cadre solide de gouvernance, de supervision et de reddition de comptes. C’est à cette condition qu’il sera possible de tirer pleinement parti des bénéfices de l’intelligence artificielle sans compromettre les droits fondamentaux, la qualité des enquêtes ni la confiance des citoyens envers les institutions chargées de la sécurité.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

Août

Merci à tous pour votre collaboration. Nous nous revoyons le 7 septembre. Bonnes vacances!

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

Le secteur de l’hôtellerie renforce la sécurité pour prévenir la violence à l’égard des femmes et des filles

Le Gouvernement du Royaume-Uni et les principaux représentants du secteur de l’hôtellerie, du tourisme et des loisirs nocturnes ont entamé une nouvelle phase de collaboration visant à renforcer la sécurité des clients et des salariés, en particulier dans la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles. Cette initiative souligne le rôle essentiel que peuvent jouer les hôtels, les hébergements touristiques, les bars, les restaurants et les établissements de loisirs en tant qu’espaces sûrs et premiers maillons de détection des situations à risque.

Lors d’une réunion tenue à Downing Street avec des représentants du gouvernement, des entreprises et des entités spécialisées, il a été convenu de déployer de nouvelles mesures pour améliorer les protocoles de sécurité existants et établir un cadre de collaboration permanent entre les administrations publiques et le secteur privé. L’objectif est de réduire les possibilités d’action des agresseurs, tant à l’intérieur qu’aux abords des établissements, tout en dotant les professionnels des outils nécessaires pour identifier et gérer les situations de vulnérabilité.

L’une des principales nouveautés concerne la mise à jour du protocole de sécurité destiné à la clientèle, élaboré par UKHospitality, l’organisation représentative du secteur. Actuellement en consultation, ce document intégrera des recommandations portant sur des aspects particulièrement sensibles, tels que les procédures d’accès aux chambres d’hôtel, la protection de la vie privée des clients, la gestion des clés et des cartes d’accès, ainsi que les responsabilités du personnel en cas d’incidents.

Le nouveau protocole renforcera également la formation des salariés afin qu’ils soient en mesure de détecter les signes de risque, d’identifier les victimes potentielles de violences ou d’exploitation et d’intervenir selon des procédures claires et coordonnées. Cette formation sera complétée par l’accompagnement d’organisations spécialisées, qui conseilleront les entreprises sur l’identification, le signalement et la prise en charge des situations de maltraitance.

Cette approche met en évidence un aspect de plus en plus important de la sécurité des entreprises : la prévention. La sécurité dans le secteur de l’hôtellerie ne se limite plus uniquement au contrôle d’accès, à la vidéoprotection ou à la réponse aux urgences, mais intègre une dimension humaine basée sur la détection précoce, la protection des personnes vulnérables et la coordination avec les services publics et les entités sociales.

L’initiative vise également à consolider et à pérenniser plusieurs programmes qui ont déjà fait leurs preuves au Royaume-Uni. Parmi eux figurent « Ask Angela », qui permet aux personnes se sentant menacées dans un établissement de demander de l’aide de manière discrète ; « Best Bar None »,

qui favorise des normes élevées en matière de sécurité et de qualité ; « Pubwatch », qui encourage la coopération entre les établissements et les forces de police afin de prévenir les incidents ; et « Purple Flag », un dispositif de certification récompensant les villes proposant une offre nocturne sûre et bien encadrée.

Les données qui motivent cette initiative sont préoccupantes. Selon les chiffres officiels du Royaume-Uni, au cours de l’année achevée en mars 2025, environ 5,1 millions de personnes ont été victimes de violences domestiques, d’agressions sexuelles ou de harcèlement, un chiffre qui représente plus de 10 % de la population adulte. Face à ce constat, le Gouvernement britannique a fait de la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles l’une de ses priorités. Il prévoit d’y consacrer un investissement de 550 millions de livres sur les trois prochaines années destiné à renforcer l’accompagnement des victimes, avec pour objectif de réduire de moitié ce type de violences d’ici dix ans.

L’implication du secteur touristique revêt une importance particulière, car il constitue un pilier majeur de l’économie britannique et emploie plus d’un million de personnes, dont une forte proportion de femmes. Les hôtels, les hébergements touristiques et les établissements de restauration occupent ainsi une position stratégique, tant pour prévenir les situations à risque que pour apporter une réponse rapide et efficace lorsqu’un cas potentiel de violence est détecté.

Du point de vue des professionnels de la sécurité, cette initiative illustre l’importance d’une approche globale dédiée à la protection des personnes. L’association de protocoles opérationnels, d’une formation spécialisée, d’une coordination institutionnelle et de la sensibilisation du personnel contribue à créer des environnements plus sûrs et plus résilients. Au-delà des dispositifs technologiques, la culture de la prévention et la capacité d’intervention des équipes deviennent des leviers essentiels pour réduire les risques et protéger les victimes.

En définitive, cette collaboration entre l’administration publique, le secteur privé et les organisations spécialisées marque une étape importante vers un modèle de sécurité plus préventif, plus participatif et davantage centré sur les personnes. L’expérience britannique pourrait servir de référence pour d’autres pays ainsi que pour les professionnels de la sécurité souhaitant intégrer de nouvelles stratégies de prévention dans les lieux accueillant un public nombreux.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

État de la sécurité des citoyens en Bulgarie

La sécurité des citoyens en Bulgarie est globalement considérée comme satisfaisante et comparable à celle des autres États membres de l’Union européenne, même si le pays reste confronté à certains défis liés à la délinquance contre les biens, à la corruption et à la criminalité organisée. Ces dernières années, les autorités bulgares ont mis en œuvre diverses mesures pour renforcer la sécurité publique, moderniser les forces de police et accroître la coopération avec d’autres États européens.

La majorité des délits enregistrés dans le pays concerne les cambriolages, les vols, les atteintes aux biens et les fraudes économiques. Les crimes violents, tels que les homicides ou les vols à main armée, ont une incidence relativement faible par rapport à d’autres pays européens. Selon les données récentes du ministère de l’Intérieur, le nombre total de délits recensés a diminué au cours des dernières années, tandis que le taux d’élucidation des affaires par la police a légèrement progressé, traduisant une amélioration de l’efficacité des services de sécurité.

Les principales villes, en particulier Sofia, Plovdiv, Varna et Bourgas, concentrent une part importante de la criminalité ordinaire. Les vols à la tire, les vols de portefeuilles et les escroqueries visant les touristes sont les incidents les plus courants, en particulier dans les zones très fréquentées, les gares et les destinations touristiques pendant la haute saison. Pour cette raison, les autorités recommandent surveiller ses effets personnels et d’éviter d’exhiber des objets de valeur dans les espaces publics.

La lutte contre la corruption et la criminalité organisée reste l’un des principaux défis auxquels la Bulgarie est confrontée. Malgré les progrès accomplis depuis l’adhésion du pays à l’Union européenne en 2007, plusieurs organisations internationales estiment que des réseaux criminels restent actifs dans des domaines tels que le trafic de drogues, la contrebande, le blanchiment de capitaux et la corruption administrative. Ces activités affectent surtout le domaine économique et institutionnel plutôt que la sécurité quotidienne de la population.

En ce qui concerne le ressenti de la population, la Bulgarie affiche un niveau de sécurité perçu relativement élevé. Plusieurs enquêtes montrent que la majorité des habitants se sentent en sécurité lorsqu’ils se déplacent seuls en journée, même si le sentiment d’insécurité augmente légèrement pendant la nuit. Les principales préoccupations des citoyens concernent davantage la corruption, les atteintes aux biens et le trafic de drogues que les violences physiques.

Les institutions bulgares coopèrent étroitement avec des organismes européens tels qu’Europol et Frontex afin de lutter contre la criminalité transfrontalière, une priorité renforcée par la position géographique stratégique du pays, à la jonction entre l’Europe et l’Asie. Cette coopération est

particulièrement importante dans la lutte contre la traite des êtres humains, la contrebande et l’immigration irrégulière.

Sur le plan statistique, la Bulgarie dispose d’un système officiel de collecte de données sur la criminalité, les personnes mises en cause et les condamnations, administré par l’Institut national de la statistique. Ces données permettent de suivre l’évolution des différentes formes de délinquance et servent de fondement à l’élaboration des politiques publiques de prévention et de sécurité.

En conclusion, la Bulgarie offre un niveau de sécurité des citoyens globalement satisfaisant, tant pour ses habitants que pour les visiteurs. Si des problèmes structurels liés à la corruption et à la criminalité organisée subsistent, la criminalité violente reste relativement faible et les autorités poursuivent le renforcement des dispositifs de prévention, d’enquête et de coopération internationale. Pour les touristes comme pour les résidents, les principaux risques restent les vols opportunistes et les escroqueries occasionnelles, auxquels il est possible de se prémunir en adoptant des mesures de vigilance élémentaires.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

Mesures de déjudiciarisation précoce pour les mineurs : une stratégie pour réduire la délinquance et renforcer la sécurité

Les dernières données publiées par le Youth Justice Board d’Angleterre et du Pays de Galles montrent que les mesures de déjudiciarisation précoce (diversion) se sont imposées comme un outil efficace pour réduire la récidive chez les jeunes et améliorer la sécurité des communautés. Loin d’être un dispositif expérimental, cette approche de la délinquance juvénile fait désormais partie intégrante du fonctionnement des services de justice pénale des mineurs et de leurs partenaires institutionnels.

Les mesures de déjudiciarisation précoce consistent à intervenir dès la première infraction commise par un mineur afin d’éviter, dans la mesure du possible, son entrée dans le système pénal formel. Plutôt que de privilégier la sanction, les professionnels s’attachent à identifier les facteurs ayant favorisé un comportement délictueux – tels que les problèmes familiaux, l’absentéisme scolaire, les difficultés de santé mentale ou l’exclusion sociale – et à proposer des réponses éducatives, restauratives ainsi qu’un accompagnement adapté. L’objectif n’est pas d’exonérer les jeunes de leurs responsabilités, mais de prévenir la récidive et de limiter le risque qu’ils ne s’engagent dans une délinquance plus grave.

Les données pour l’année 2025 indiquent qu’environ 13 500 interventions prises en charge par les services de justice pénale des mineurs ont été traitées au moyen de dispositifs de déjudiciarisation précoce, soit 43 % de l’ensemble des cas suivis par ces services. Les auteurs de l’étude précisent toutefois que ce chiffre est, en réalité, sous-estimé, puisqu’il n’inclut pas les mesures de déjudiciarisation mises en œuvre exclusivement par les services de police ou d’autres organismes locaux.

Diverses études internationales s’accordent à dire que l’intervention du système pénal auprès des mineurs, surtout lorsqu’elle se produit aux premiers stades, peut augmenter les risques de récidive. En revanche, des programmes de déjudiciarisation bien conçus obtiennent de meilleurs résultats, tant en matière de prévention des nouvelles infractions que de réduction de la pression exercée sur les ressources policières, judiciaires et pénitentiaires. Ces constats renforcent l’idée qu’une politique de sécurité efficace ne repose pas uniquement sur la réponse répressive, mais également sur la prévention et l’intervention précoce.

Le rapport souligne également que le dispositif de déjudiciarisation fonctionne désormais à grande échelle. Si les niveaux actuels sont maintenus, près de 50 000 jeunes devraient bénéficier de ces mesures au cours des trois prochaines années. Ce volume témoigne de la place centrale qu’occupe aujourd’hui la déjudiciarisation précoce dans les politiques publiques de sécurité et dans le système de justice pénale des mineurs, grâce à une

coopération étroite entre les services sociaux, la police, les administrations locales, le système éducatif et les organisations du secteur associatif.

Malgré ces résultats encourageants, les données mettent également en évidence d’importantes disparités territoriales. Alors qu’au Pays de Galles 63 % des résolutions relèvent de la déjudiciarisation précoce, cette proportion tombe à 17 % à Londres. Ces variations s’expliquent en partie par les différences entre les modèles de police, la nature des infractions ou les politiques locales, mais ils traduisent également un manque d’harmonisation susceptible de créer des inégalités d’accès à ces dispositifs.

Le rapport analyse également les différences selon l’origine ethnique des mineurs. Les jeunes Blancs ont une probabilité nettement plus élevée de bénéficier d’une mesure de déjudiciarisation précoce que les jeunes Noirs (53 % contre 27 %). Bien qu’une partie de cet écart s’explique par des facteurs territoriaux, les auteurs reconnaissent que cette explication n’est pas suffisante. Ils rappellent ainsi le principe formulé il y a plusieurs années par David Lammy : lorsque des inégalités apparaissent dans le système judiciaire, elles doivent pouvoir être justifiées par des données objectives ou, à défaut, conduire à des réformes destinées à les corriger.

Afin de renforcer l’équité du dispositif, le Youth Justice Board met en œuvre plusieurs initiatives visant à améliorer la qualité des décisions prises par les professionnels. Parmi elles figurent une plateforme de travail collaborative réunissant la police et les services de justice des mineurs afin de diffuser les bonnes pratiques, ainsi qu’un outil d’évaluation standardisé permettant d’apprécier de manière objective les besoins, les ressources et les facteurs de risque propres à chaque jeune, tout en limitant l’influence de biais subjectifs.

Le document conclut que les mesures de déjudiciarisation précoce constituent un véritable investissement en faveur de la sécurité publique. Intervenir avant que les difficultés ne s’aggravent permet de réduire la récidive, de mieux protéger les victimes, de favoriser la réinsertion des jeunes et d’optimiser l’utilisation des ressources publiques. De même, le récent Livre blanc du Gouvernement britannique consacré au système de justice des mineurs confirme d’ailleurs cette orientation stratégique en faisant de la prévention et de l’intervention précoce les piliers des futures politiques publiques.

En définitive, l’expérience de l’Angleterre et du Pays de Galles montre que la sécurité ne dépend pas uniquement de la capacité à sanctionner, mais aussi de la capacité à prévenir. Miser sur des interventions fondées sur les données probantes, coordonnées entre les différentes institutions et centrées sur les besoins des jeunes permet de lutter plus efficacement contre la délinquance tout en renforçant durablement la sécurité des communautés.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

Mondial 2026 : les nouveaux risques de criminalité financière liés aux paris sportifs

La Coupe du monde de football 2026 n’est pas seulement l’un des événements sportifs les plus suivis de la planète, elle est aussi devenue l’une des cibles privilégiées des organisations criminelles. Le volume considérable de paris qu’elle génère, conjugué à l’essor des marchés de prédiction fondés sur les cryptomonnaies, ouvre de nouvelles possibilités pour le crime organisé en matière de blanchiment de capitaux, de manipulation des marchés et d’exploitation des difficultés rencontrées par les autorités de régulation.

Traditionnellement, les paris illégaux constituent un vecteur de blanchiment de fonds issus d’activités criminelles. Le mécanisme est simple : des capitaux d’origine illicite sont déposés sur des plateformes de paris, puis, après une série d’opérations, les gains sont retirés sous l’apparence de revenus légitimes. Les réseaux criminels les plus sophistiqués recourent à une multitude de comptes et répartissent leurs mises sur différents résultats afin de limiter les pertes et de donner une apparence de légalité à leurs fonds.

L’émergence des prediction markets, ou marchés de prédiction, ajoute une nouvelle dimension au problème. Contrairement aux opérateurs de paris traditionnels, ces plateformes fonctionnent comme des marchés où les utilisateurs achètent et vendent des positions sur le résultat d’un événement, souvent au moyen de cryptomonnaies. Cette architecture favorise les transactions internationales quasi instantanées et complique le suivi des flux financiers par les autorités.

Au-delà du risque de blanchiment de capitaux, ces marchés présentent d’autres vulnérabilités majeures. L’une concerne l’utilisation d’informations privilégiées : des personnes disposant d’un accès anticipé à des données sensibles – blessures de joueurs, compositions d’équipe ou décisions arbitrales – peuvent en tirer un avantage financier avant leur divulgation au public. L’autre réside dans la manipulation des compétitions sportives, notamment par le spot-fixing, qui consiste à influencer des actions précises d’un match (cartons jaunes, corners ou penalties), sans nécessairement modifier son résultat final.

Selon plusieurs organisations internationales, les sommes qui transitent chaque année par les marchés illégaux des paris sportifs sont colossales et continuent de progresser. L’augmentation des paris en ligne, en particulier dans les économies émergentes, associé à l’usage généralisé des portefeuilles électroniques, des paiements mobiles et des cryptomonnaies, a donné naissance à une infrastructure financière très fragmentée. Cette fragmentation rend difficile pour une seule autorité de reconstituer l’ensemble du parcours des fonds, surtout lorsque les transactions traversent plusieurs juridictions.

Les cryptomonnaies ajoutent un degré supplémentaire de complexité, mais elles offrent également une certaine transparence. Toutes les transactions sont enregistrées sur la chaîne de blocs (blockchain), ce qui permet aux enquêteurs d’analyser les mouvements de capitaux. En revanche, l’identification des véritables détenteurs des portefeuilles numériques demeure l’un des principaux défis, notamment lorsque les utilisateurs multiplient les adresses, recourent à des services d’intermédiation ou utilisent des plateformes établies dans des pays où la réglementation est peu contraignante.

Cette situation met également en lumière une autre difficulté : l’absence d’harmonisation des cadres réglementaires. Certains pays considèrent les marchés de prédiction comme des instruments financiers, tandis que d’autres les assimilent aux jeux d’argent ou ne disposent toujours pas d’un cadre juridique spécifique. Cette diversité réglementaire permet aux plateformes d’opérer à l’échelle internationale en tirant parti des disparités législatives et complique la coopération entre les organismes de supervision.

Pour les professionnels de la sécurité et de la lutte contre la criminalité financière, la prévention de ces risques exige une approche multidisciplinaire. Il ne suffit plus de protéger l’intégrité des compétitions sportives ; il est également indispensable de renforcer les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux (AML), d’améliorer les procédures de connaissance du client (KYC), de développer les capacités d’analyse des transactions sur la blockchain et de favoriser le partage d’informations entre autorités de régulation, établissements financiers, plateformes technologiques et forces de sécurité.

En définitive, la Coupe du Monde de 2026 représente bien plus qu’une compétition sportive. Elle constitue aussi un test de la capacité des dispositifs de surveillance à s’adapter à un écosystème financier toujours plus numérique, mondialisé et décentralisé. L’évolution des paris sportifs et des marchés de prédiction montre que la criminalité financière innove en permanence ; les mécanismes de contrôle devront donc évoluer au même rythme s’ils veulent continuer à préserver l’intégrité du système financier et du sport

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

L’opportunisme criminel : comment les réseaux de criminalité organisée évoluent au sein de l’Union européenne

Le dernier rapport d’Europol, « Décoder les réseaux criminels les plus menaçants de l’UE : Numéro 2 – Le modèle de l’opportunisme criminel », publié en juin 2026, dresse un état des lieux actualisé de la criminalité organisée dans l’Union européenne mettant en lumière une réalité de plus en plus manifeste : les organisations criminelles ne se contentent pas de résister à la pression policière, elles évoluent en permanence en tirant parti des opportunités offertes par les environnements numérique, financier et géopolitique.

L’une des données les plus marquantes est que 76 % des 821 réseaux criminels à haut risque recensés par Europol en 2024 ne figurent plus aujourd’hui parmi les plus dangereux. Ce résultat est le fruit de nombreuses opérations coordonnées entre les forces de police européennes, basées sur le renseignement criminel, les enquêtes financières et la coopération internationale. Dans de nombreux cas, les organisations ont été démantelées, tandis que dans d’autres, elles se sont fragmentées, ont modifié leur structure ou ont perdu une partie de leurs capacités opérationnelles.

Ces résultats encourageants masquent toutefois une réalité plus préoccupante. Le rapport identifie 198 réseaux criminels toujours actifs qui comptent parmi les plus solides, les plus hiérarchisés et les plus difficiles à neutraliser. De plus, durant cette même période, 533 nouveaux réseaux sont apparus, illustrant l’extraordinaire capacité d’adaptation de la criminalité organisée. Lorsqu’une organisation disparaît, d’autres émergent rapidement pour occuper l’espace laissé vacant.

Europol souligne que ces réseaux n’agissent pas de manière isolée. Ils s’inscrivent dans un véritable écosystème criminel, où différents groupes coopèrent, partagent des ressources, des services spécialisés, des compétences et des contacts. Cette forte interconnexion renforce leur résilience et leur permet de réagir rapidement à toute action policière.

Le rapport met aussi en évidence la transformation technologique de la criminalité organisée. Les organisations criminelles ont de plus en plus recours aux plateformes numériques, aux applications de communication chiffrée, aux services en ligne et aux outils fondés sur l’intelligence artificielle pour étendre leurs activités, attirer des victimes, automatiser les processus et réduire le risque de détection. Ce phénomène démontre que la numérisation représente une opportunité tant pour la société que pour les criminels.

Sur le plan économique, les réseaux criminels exploitent les failles des systèmes financiers pour dissimuler les revenus issus de leurs activités illicites. L’utilisation de cryptomonnaies, de techniques sophistiquées de blanchiment de capitaux et d’entreprises en apparence légitimes facilite les transferts de fonds

entre pays ainsi que le réinvestissement des profits dans de nouvelles activités criminelles. Cette professionnalisation rend les enquêtes de plus en plus complexes et impose une coopération étroite entre les services de police, les autorités judiciaires et les organismes financiers.

Selon Europol, les réseaux analysés regroupent plus de 400 000 membres de 118 nationalités différentes et exercent des activités criminelles très diverses. Parmi les plus répandues figurent le trafic de drogues, la cybercriminalité, la traite des êtres humains, la fraude financière, l’exploitation de la main-d’œuvre et d’autres formes de criminalité grave, souvent à dimension internationale.

Les responsables d’Europol estiment que les résultats obtenus jusqu’à présent démontrent l’efficacité de la coopération policière européenne, mais rappellent que la lutte contre la criminalité organisée ne peut se limiter à l’arrestation des délinquants. Elle exige une réponse globale associant les administrations publiques, le secteur privé, les entreprises technologiques, les institutions financières et les citoyens. La prévention, l’échange d’informations et l’innovation constituent des éléments essentiels pour réduire les opportunités dont profitent ces organisations.

Une autre constatation pertinente est que les groupes criminels font preuve d’un opportunisme remarquable. Toute crise économique, tout conflit international, toute avancée technologique ou toute évolution réglementaire peut devenir une nouvelle source de commerce illicite. Cette capacité d’adaptation oblige les autorités à anticiper les risques, à renforcer le renseignement stratégique et à investir dans de nouveaux outils d’analyse et d’investigation.

En définitive, le rapport d’Europol transmet un double message. D’une part, il confirme que la coopération internationale et les enquêtes coordonnées produisent des résultats concrets et permettent de démanteler un grand nombre des réseaux criminels les plus dangereux. D’autre part, il alerte sur la rapidité avec laquelle la criminalité organisée se réinvente en exploitant les opportunités offertes par la transformation numérique, la mondialisation et la complexité croissante des systèmes financiers.

Pour le secteur de la sécurité, ce rapport constitue une référence incontournable. Au-delà des chiffres, il montre que l’avenir de la lutte contre la criminalité organisée reposera sur la capacité à associer technologie, coopération internationale, renseignement criminel et mobilisation active de l’ensemble des acteurs de la société. C’est à cette condition qu’il sera possible de réduire la résilience des réseaux criminels et de mieux protéger les citoyens ainsi que les institutions européennes.

_____

Aquest apunt en català /Esta entrada en español / This post in English

L’augmentation des SUV et des pickups : un défi croissant pour la sécurité des piétons aux États-Unis

Au cours d’une grande partie du XXe siècle et des premières années du XXIe siècle, les routes des États-Unis sont devenues progressivement plus sûres pour les piétons. Cette tendance s’est toutefois inversée aux alentours de 2009. Depuis lors, le nombre de piétons tués dans des accidents de la route a augmenté d’environ 75 %, une évolution qui suscite de vives inquiétudes parmi les chercheurs spécialisés en sécurité routière et les administrations publiques.

Plusieurs facteurs ont été avancés pour expliquer cette hausse, notamment la distraction liée à l’utilisation des téléphones portables, la conduite sous l’emprise de l’alcool ou encore l’augmentation globale du trafic. Cependant, une enquête basée sur des registres fédéraux et des données de l’industrie automobile met en évidence un élément souvent négligé : la croissance constante de la taille des véhicules, en particulier des SUV et des pickups.

Selon cette analyse, les véhicules actuels sont nettement plus imposants et plus hauts qu’il y a une vingtaine d’années. Ce changement ne relève pas uniquement de considérations esthétiques ou de confort : il a également des conséquences directes sur la sécurité des piétons. Les chercheurs estiment qu’entre 200 et 400 décès annuels pourraient être liés à cette augmentation des dimensions des véhicules. Dans l’ensemble, cela représenterait environ 10 % de la hausse récente de la mortalité des piétons.

Les experts avancent deux principales raisons pour expliquer pourquoi les grands véhicules sont plus dangereux. La première concerne la hauteur du capot. Sur les voitures classiques, un choc se produit généralement au niveau des jambes, ce qui projette souvent le corps du piéton sur le capot. Les SUV et les pickups, en revanche, sont dotés d’un capot beaucoup plus haut, qui percute directement le torse, voire la tête du piéton. Ce type d’impact entraîne des blessures beaucoup plus graves et accroît le risque que la victime soit entraînée sous le véhicule ou écrasée par ses roues.

La seconde cause concerne la réduction de la visibilité. Avec l’augmentation de la taille des véhicules, leurs angles morts se sont également élargis. Des essais réalisés à l’aide de scanners tridimensionnels sur plusieurs modèles très populaires en Amérique du Nord montrent que les zones échappant à la vision directe du conducteur sont aujourd’hui bien plus importantes que sur les modèles équivalents des années 1990 ou du début des années 2000. Cette évolution complique la détection des piétons, en particulier des enfants, des personnes de petite taille ou de toute personne se trouvant à proximité immédiate du véhicule.

Plusieurs cas réels décrits dans l’étude illustrent les conséquences de cette problématique. Dans certains accidents mortels, les conducteurs ont affirmé ne pas avoir vu la victime avant l’impact. Les reconstitutions ont ensuite montré

que certains éléments de la structure du véhicule, tels que le capot surélevé, les rétroviseurs ou les montants latéraux, avaient considérablement limité leur champ de vision.

Les constructeurs automobiles font valoir que les nouveaux systèmes d’aide à la conduite permettent de compenser ces limitations. Des technologies telles que le freinage automatique d’urgence ou la détection des piétons sont conçues pour réduire le risque de collision. Néanmoins, plusieurs études montrent que ces systèmes ne sont pas infaillibles dans toutes les situations. Des facteurs tels que des conditions météorologiques défavorables, des ombres, des vitesses élevées ou la présence d’enfants peuvent diminuer leur efficacité.

Au-delà des aspects techniques, l’expansion des SUV et des pickups s’explique également par des facteurs économiques et culturels. Ces véhicules génèrent des marges bénéficiaires particulièrement élevées pour les constructeurs, qui ont progressivement réduit la production de berlines et d’autres voitures particulières classiques. Parallèlement, les campagnes publicitaires ont associé les grands véhicules à des valeurs telles que la sécurité, le prestige, la puissance ou la réussite personnelle. Ce message a largement contribué à renforcer l’idée qu’un véhicule plus imposant constitue un meilleur choix pour de nombreuses familles.

Les spécialistes de la sécurité routière soulignent que la taille des véhicules n’est pas la seule explication à l’augmentation du nombre de piétons décédés. L’aménagement urbain, la vitesse de circulation, la distraction des conducteurs et de nombreux autres facteurs restent déterminants. Toutefois, les preuves s’accumulent pour montrer que la tendance vers des véhicules toujours plus hauts et plus volumineux accroît les risques pour les usagers les plus vulnérables de la voie publique.

En conclusion, la croissance des SUV et des pickups pose un défi majeur de sécurité routière. Malgré les progrès technologiques, la combinaison de capots plus hauts et d’angles morts plus importants augmente la gravité des accidents et complique la détection des piétons. Ce phénomène met en évidence la nécessité de poursuivre les recherches et de mettre en œuvre des mesures permettant de mieux protéger les usagers les plus vulnérables, tout en conciliant la sécurité des occupants des véhicules avec celle des piétons.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English

Le marché des drogues en Europe : de nouveaux défis pour la sécurité et la santé publique

Le Rapport européen sur les drogues 2026 met en lumière une réalité de plus en plus complexe pour les responsables de la sécurité, les administrations publiques et les professionnels de la santé. Malgré les efforts déployés au cours des dernières décennies, la disponibilité des drogues illicites reste élevée dans toute l’Europe, tandis que l’apparition constante de nouvelles substances et l’évolution des marchés criminels génèrent de nouveaux risques et défis.

Une des principales conclusions du rapport est la consolidation d’un marché de drogues extrêmement diversifié. Le cannabis reste la substance illégale la plus consommée, suivi de la cocaïne, qui maintient des niveaux de disponibilité élevés dans de nombreux pays européens. Parallèlement, les stimulants de synthèse, tels que les amphétamines, la méthamphétamine et les cathinones de synthèse, gagnent en importance et élargissent l’offre accessible aux consommateurs.

D’un point de vue sécuritaire, ce scénario accroît la complexité des missions confiées aux forces de police et aux organismes chargés de la lutte contre le trafic de drogues. Les réseaux criminels ont démontré une grande capacité d’adaptation, tirant parti des nouvelles technologies, des routes commerciales mondiales et des canaux numériques pour faciliter la distribution de substances illégales. La production de drogues de synthèse sur le territoire européen continue également de représenter une préoccupation majeure, notamment en raison de la facilité avec laquelle les formules chimiques peuvent être modifiées afin de contourner les contrôles légaux.

Un autre élément marquant est l’augmentation des nouvelles substances psychoactives. Chaque année, de nouveaux composés chimiques apparaissent sur le marché à un rythme supérieur à la capacité de réaction réglementaire de nombreux États. Ce phénomène complique l’identification des risques associés à la consommation et augmente l’incertitude tant pour les services d’urgence que pour les systèmes de santé. Parmi ces substances figurent notamment les cannabinoïdes de synthèse, les cathinones de synthèse et les nouveaux opioïdes de synthèse, dont certains présentent une puissance nettement supérieure à celle des drogues traditionnelles.

Le rapport met par ailleurs en garde contre l’évolution du marché des opioïdes. Bien que l’héroïne reste la principale substance de ce groupe, la présence croissante d’opioïdes de synthèse à forte puissance représente une menace émergente. L’expérience observée dans d’autres régions du monde montre que ces substances peuvent entraîner une augmentation soudaine des overdoses et des décès liés à la consommation de drogues lorsqu’elles ne sont pas détectées et contrôlées de manière adéquate.

En ce qui concerne les impacts sociaux et sanitaires, la consommation de drogues par injection continue d’engendrer une charge disproportionnée

de dommages, notamment sous la forme d’infections transmissibles, d’hospitalisations et d’une mortalité accrue. Bien que ce mode de consommation ait globalement reculé au cours des dernières années, le maintien de programmes de prévention, de traitement et de réduction des dommages reste essentiel.

Face à cette situation, la sécurité ne peut pas être abordée exclusivement sous un angle répressif. Les politiques les plus efficaces associent la lutte contre la criminalité organisée à des mesures de prévention, d’éducation, de traitement et de réduction des dommages. La coordination entre les organismes policiers, les autorités sanitaires, les institutions européennes et les services sociaux est indispensable pour anticiper les nouvelles menaces et limiter les conséquences liées à la consommation de drogues.

En conclusion, le Rapport européen sur les drogues 2026 confirme que l’Europe est confrontée à un contexte en constante évolution. La diversification des substances disponibles, l’apparition constante de nouveaux composés de synthèse et la capacité d’adaptation des réseaux criminels exigent une réponse globale fondée sur le renseignement, la coopération internationale et la protection de la santé publique. Seule une stratégie équilibrée permettra de relever efficacement les défis de sécurité posés par le phénomène des drogues au cours des prochaines années.

_____

Aquest apunt en català / Esta entrada en español / This post in English