Un après-midi de printemps, deux garçons fêtant leur dernier jour de classe de sixième quittent leur quartier de New York, en quête d’aventure. Ils marchent jusqu’à une rame de métro, à l’arrêt à la station Church Avenue de Brooklyn. Les garçons, Donald et William, grimpent sur le toit de l’un des wagons. Le convoi démarre et les voilà en route vers le nord, l’air chaud soufflant sur leur visage.

Mais leur escapade tourne court. Alors que la rame approche de la station suivante, les garçons voient surgir un pont. Ils sont projetés sur les voies. Tous deux se fracturent le crâne et Donald décède plus tard dans la journée. Il avait 11 ans. William, âgé de 12 ans, est évacué inconscient à l’hôpital du comté de Kings. Cette tragédie a eu lieu en 1938, mais elle aurait aussi bien pu se dérouler de nos jours.
Andrew Keh et Ana Ley ont mené l’enquête et publié un article dans le New York Times sur les décès dus au « surf sur le métro » dans les villes américaines.
De nombreux reportages récents se penchent sur cet acte imprudent consistant à grimper sur un wagon de train, par exemple à New York, et pointent du doigt les vidéos faisant le buzz sur les réseaux sociaux, mises en ligneaussi bien par de simples internautes que des « surfeurs », afin de bénéficier d’un instant de gloire.
Ces dernières années, pour des raisons qui agacent les pouvoirs publics, le surf sur le métro augmente et fait de plus en plus de victimes. Six personnes sont décédées cette année à cause de ce phénomène. Cinq sont décédées en 2023, après cinq autres entre 2018 et 2022. Face à ces tragédies absurdes, les responsables municipaux et des observateurs inquiets se demandent que faire pour tenter d’y remédier.
Cette angoisse n’a rien d’une nouveauté. En 1996, Rudolph W. Giuliani, alors maire de New York, est arrivé à un triste constat après la mort d’un garçon de 14 ans : « Il n’existe aucun moyen de protéger un enfant qui décide de monter sur le toit d’un wagon de métro ».
La MTA, l’autorité de transport métropolitain, ne comptabilise pas spécifiquement les incidents liés au surf sur le métro. Elle a indiqué que 2 556 personnes avaient voyagé à l’extérieur des wagons de train cette année jusqu’en septembre. Mais la grande majorité de ces cas, selon les responsables, se sont produits entre les wagons et non sur leur toit. À titre comparatif, ce chiffre s’élevait à 490 en 2019.
La ville utilise des drones pour tenter de prendre les surfeurs du métro en flagrant délit. Le programme a permis d’identifier 114 délinquants la première année. Le plus jeune d’entre eux, selon l’actuel maire de New York Eric Adams, était âgé de 9 ans.
L’avenir nous dira si le programme mènera à des résultats durables ou ne sera que de courte durée, comme beaucoup d’autres initiatives de la ville.
Ces dernières années, les autorités ont lancé une campagne de sensibilisation du public, « Voyagez à l’intérieur, restez en vie », dans les métros et les écoles, et ont posté davantage de policiers autour des stations les plus touchées. Les responsables des transports publics ont également demandé aux entreprises de réseaux sociaux de supprimer des milliers de vidéos de personnes surfant sur une rame de métro, mais nombre d’entre elles restent faciles à trouver.
Avec la persistance du problème, les discussions sur la dissuasion ont fait naître un sentiment de désarroi. Leroy Comrie, sénateur d’État dont la circonscription comprend une partie du Queens, s’est demandé à haute voix, lors d’une audition sur le budget l’année dernière, si la ville pouvait « graisser le haut des trains » pour empêcher des imprudents d’y grimper.
New York doit affronter des vérités difficiles. Des modifications des rames, par exemple la mise en place de wagons communiquant entre eux, et l’installation de barrières sur les quais pourraient dissuader les contrevenants potentiels. Mais le système du métro de la ville est vieux et immense, avec 472 stations et 1 070 km (665 miles) de voies, rendant toute solution structurelle onéreuse et difficilement réalisable.
De plus, les autorités ont constaté que cet esprit rebelle peut s’avérer difficile à réfréner. Certains adolescents se sont adaptés aux nouvelles mesures de surveillance et, par exemple, changent de vêtements pour créer la confusion lorsque les drones les repèrent.
Ainsi, l’ampleur du surf sur le métro tend à être calculée de la manière la plus macabre qui soit : les décès. Cette année, les jeunes décédés étaient âgés de 11 ans, 13 ans, 13 ans, 13 ans, 14 ans et 15 ans. Ils sont morts en grimpant sur les trains A, F, G, M, 6 et 7. Ces accidents se sont produits à Brooklyn, dans le Bronx et dans le Queens.
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