Le Gouvernement britannique a annoncé cette semaine un plan ambitieux visant à renforcer la présence de la police dans les quartiers et à garantir un modèle de police de proximité, appelé « Neighbourhood Policing Guarantee » (Garantie de police de proximité). Avec cette mesure, l’exécutif britannique rétablit l’une des traditions les plus profondément enracinées de son système policier, à savoir le « bobby », dans le but déclaré de rétablir le lien entre la police et les communautés et d’améliorer la confiance de l’opinion publique.

Le ministère de l’Intérieur a publié un cadre de suivi et d’évaluation, « Neighbourhood Policing Guarantee performance framework » (Cadre de performance de la garantie de la police de proximité), qui définit des indicateurs permettant de mesurer la qualité de la présence policière dans les quartiers.
Cette décision intervient dans un contexte de débat intense sur le rôle de la police au Royaume-Uni, après des années de coupes budgétaires, de scandales de corruption et d’une perte inquiétante de la confiance du public. En décembre dernier, le College of Policing – l’organisme professionnel qui fixe les normes de la police britannique – avait déjà publié son évaluation de la proposition du gouvernement, avertissant que « la présence visible seule ne suffit pas : nous devons investir dans les compétences, le leadership et la culture organisationnelle pour faire d’un véritable modèle de police de proximité une réalité ».
La Neighbourhood Policing Guarantee présentée par le Gouvernement britannique est un cadre d’évaluation ambitieux qui vise à traduire en pratique opérationnelle une idée aussi simple que puissante : que chacun ait accès à une force de police proche, connue et utile. Le document de référence définit six engagements fondamentaux, qui sont destinés à devenir des normes minimales pour toutes les forces de police du Royaume-Uni :
1. Chaque communauté doit disposer d’une équipe de police de proximité identifiable et accessible. Les forces de police devront publier les noms, les photos et les coordonnées de leurs agents de quartier et veiller à ce que les citoyens sachent qui ils sont et comment les contacter.
2. Les équipes doivent être facilement joignables et disponibles à intervalles réguliers. Les agents de quartier doivent maintenir une présence active et connue sur leur territoire, avec des patrouilles à pied et des points de rencontre habituels.
3. Les citoyens doivent pouvoir voir comment les priorités locales sont prises en compte. La police doit publier les actions spécifiques qu’elle entreprendra pour répondre aux principales préoccupations de la communauté (incivilités, circulation, vols, etc.) et les mettre à jour régulièrement.
4. Chaque force de police devra recueillir systématiquement les priorités locales en matière de sécurité. Elle a l’obligation de mettre en place des mécanismes structurés de consultation et de participation des citoyens, au-delà des enquêtes ponctuelles.
5. Une formation spécifique en matière de police de proximité doit être assurée pour tous les membres de ces équipes. La réforme britannique prévoit une formation obligatoire concernant les outils de résolution des conflits, l’écoute active, la médiation et la sensibilisation culturelle.
6. Les résultats et l’impact du travail des équipes de quartier doivent être mesurés et rendus publics. Des indicateurs de performance spécifiques sur la présence, l’accessibilité, la satisfaction des citoyens et l’impact sur la réduction de problèmes spécifiques devront être appliqués.
Conclusions préliminaires
Le plan britannique représente une tentative sérieuse de rétablir le lien entre la police et la société par une réelle proximité, avec des engagements mesurables et transparents. En ce sens, son approche peut inspirer des réformes ou des améliorations de modèles tels que le modèle catalan, qui, malgré une longue tradition de sécurité communautaire, a souvent été enfermé dans le domaine de la volonté plutôt que de l’obligation.
Contrairement à la proposition britannique, qui vise à garantir des normes communes dans tout le pays, le modèle des Mossos s’est développé de manière inégale, en s’appuyant fortement sur l’impulsion des commandements locaux ou sur la complicité des conseils municipaux. La proposition britannique impose de passer du discours à la structure : présence garantie, données ouvertes et performances mesurées publiquement.
D’un point de vue européen, cette réforme ouvre une fenêtre d’opportunité pour repenser la relation entre la police et la communauté, non seulement en termes de présence, mais aussi en termes de confiance, de transparence et d’engagement démocratique.
Malgré le consensus apparent sur la nécessité de rétablir la police de proximité, plusieurs acteurs sociaux et experts en sécurité ont prévenu que cette garantie ne pouvait pas se limiter à un simple retour nostalgique aux années bobby on the beat (police de quartier). Il reste à voir si le déploiement réel du plan – avec des ressources, une formation et une évaluation – est à la hauteur du discours politique.
Du point de vue de la Catalogne et d’autres contextes européens ayant leur propre expérience de la police de proximité, cette initiative britannique offre une bonne occasion de réfléchir aux modèles de sécurité publique, aux relations entre la police et la communauté et aux mécanismes visant à garantir la transparence et la responsabilité. Nous suivrons l’évolution de la situation dans les Notes de sécurité.
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