L’utilisation abusive des relations intimes en tant que tactique d’infiltration policière au Royaume-Uni

Un ancien agent infiltré de la Metropolitan Police de Londres, Mark Jenner, identifié en interne commel’agent HN15, a commencé à comparaître dans le cadre de l’enquête Undercover Policing Inquiry du Royaume-Uni, un processus public qui passe en revue plusieurs décennies d’opérations secrètes contre des mouvements sociaux, politiques et syndicaux. Jenner a opéré dans les années 90 sous la fausse identité de Mark Cassidy, s’infiltrant dans un groupe d’activistes de gauche dans l’est de Londres, principalement lié au Colin Roach Centre, une organisation communautaire et antiraciste, selon BBC.com et la journaliste Ayshea Buksh.

L’un des aspects les plus graves de l’affaire est que Jenner a entretenu une relation intime et de concubinage pendant cinq ansavec une militante appelée « Alison » (nom fictif), tout en étant marié et en ayant des enfants. La relation comprenait le concubinage, des vacances au Royaume-Uni et à l’étranger, la participation à des mariages, des célébrations religieuses et des réunions de famille. Alison considérait Jenner comme son compagnon régulier et ignorait complètement qu’il s’agissait d’un agent de police infiltré.

Selon ce qui a été exposé dans l’enquête, cette relation n’apparaissait pas de façon claire ni honnête dans les rapports officiels que Jenner présentait à ses supérieurs à Scotland Yard. Pendant qu’il entretenait cette relation avec Alison, plusieurs voyages ont été enregistrés comme étant des réunions opérationnelles ou des suivis d’activités politiques, alors qu’il s’agissait en réalité de vacances personnelles, y compris des voyages en Israël, en Thaïlande et à Amsterdam. Les photographies et vidéos personnelles présentées dans l’enquête ont confirmé cette double vie.

Alison a récemment comparu dans le cadre de l’enquête, tout comme l’ex-femme de Jenner, qui a témoigné de manière anonyme. Les deux femmes ont expliqué dans leur témoignage qu’elles avaient été trompées pendant des années et ont souligné que le système policier avait permis, par action ou par omission, cette tromperie prolongée. Selon Alison, il y a eu tellement de mensonges qu’il est difficile de croire que les responsables directs de Jenner n’en avaient pas connaissance et qu’ils aient agi avec autant d’incompétence.

Lors de sa déclaration initiale, Jenner a affirmé que, dans le contexte de l’infiltration, il considérait qu’il était « nécessaire » d’avoir des relations sexuelles avec des femmes pour préserver sa couverture, bien qu’il ait nié que la satisfaction sexuelle soit un avantage du travail. Cette affirmation a été accueillie avec une forte indignation de la part des victimes et de leurs représentants, car elle renforce la perception que les relations intimes ont été utilisées comme un outil opérationnel, malgré l’impact émotionnel profond sur les personnes concernées.

Alison a décrit les conséquences psychologiques de la découverte de la vérité comme dévastatrices, affirmant être très en colère, profondément angoissée et physiologiquement affectée. Au fil du temps, elle a réinterprété plusieurs épisodes de la relation comme des indices de la tromperie : absences inexplicables, contradictions concernant sa famille, et même la découverte d’une carte bancaire au nom de M. Jenner, qu’il a justifiée par un mensonge.

Le cas de Jenner n’est pas un incident isolé. L’enquête a révélé qu’au moins 50 femmes pourraient avoir été trompées de manière similaire par des agents de police infiltrés pendant plusieurs décennies. Ce schéma a été qualifié par les victimes comme une forme d’abus institutionnel, avec des éléments clairs de sexisme, de manipulation émotionnelle et de violation des droits fondamentaux. Alison, avec le soutien d’autres femmes aux histoires similaires, a lancé la plateforme Police Spies Out of Our Lives, destinée à donner plus de visibilité à leurs cas et à exiger des responsabilités politiques et légales.

D’un point de vue institutionnel, la Metropolitan Police a reconnu publiquement cette grave irrégularité et le comportement totalement inacceptable de certains agents de police infiltrés et de leurs responsables. Le sous-commissaire adjoint Jon Savell a présenté des excuses sans réserve aux femmes concernées, admettant que ces relations étaient abusives, trompeuses et erronées, et qu’elles ont érodé la confiance du public dans une tactique policière qui, dans d’autres contextes, est considérée comme légitime pour maintenir l’ordre et la sécurité.

La police soutient que le travail d’infiltration a fait l’objet de profondes réformes au cours des dernières décennies, avec des cadres juridiques, éthiques et de supervision beaucoup plus stricts. Les victimes réclament toutefois que ces réformes soient accompagnées d’une véritable responsabilisation, y compris le retrait des honneurs et des distinctions accordés aux agents de police impliqués dans des abus, ainsi que des changements législatifs interdisant explicitement les relations intimes lors des opérations d’infiltration.

L’enquête reste ouverte, et Mark Jenner comparaîtra pendant plusieurs jours supplémentaires. Les femmes concernées exigent toute la vérité, des responsabilités claires et la reconnaissance du fait que les dommages subis ne sont pas le résultat d’excès individuels, mais d’un système qui a permis et normalisé des pratiques profondément abusives avec la protection de l’État.

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