Le NIST réalise aux États-Unis la première détection de cannabis comestible par analyse de l’haleine

L’Institut national des normes et de la technologie (NIST) et ses partenaires de l’Université du Colorado Anschutz ont, pour la première fois, mesuré la présence de tétrahydrocannabinol (THC) dans l’haleine de personnes ayant consommé du cannabis comestible.

Ces recherches visent à soutenir la sécurité publique et les forces de l’ordre, alors qu’il n’existe toujours aucun test fiable permettant de déterminer si une personne a récemment consommé du cannabis ou si elle est sous son influence.

Les scientifiques du NIST ont pu observer des variations du taux de THC dans l’haleine des participants, plusieurs heures après l’ingestion de friandises à base de cannabis.

L’usage du cannabis a fortement augmenté aux États-Unis, dépassant même l’alcool comme principale drogue récréative consommée quotidiennement par les Américains. Près de 20 % des consommateurs de cannabis admettent avoir conduit après en avoir consommé. Pourtant, contrairement à l’alcool, il n’existe toujours aucun test fiable pour détecter la consommation de cannabis. Même les analyses de sang ne permettent pas de déterminer si une personne en a consommé. Il est donc impossible pour les forces de l’ordre de vérifier une consommation récente, et encore moins de mesurer le degré d’intoxication.

Pour compliquer encore les choses, il existe de multiples façons de consommer le cannabis : fumer, vapoter, l’ingérer ou pratiquer le dabbing (inhalation d’extraits concentrés de cannabis). Les scientifiques savent que le THC, le principal composant psychoactif, apparaît dans l’haleine après avoir fumé. Mais qu’en est-il des formes comestibles ?

La réponse est qu’après la consommation de ces autres formes de cannabis, le THC est également présent dans l’haleine. Dans une étude publiée dans le Journal of Analytical Toxicology, des chercheuses du NIST ont prélevé pour la première fois des échantillons de cannabinoïdes dans l’haleine après ingestion de produits comestibles à base de cannabis.

Concevoir un éthylotest pour le cannabis est bien plus complexe que pour l’alcool. L’alcool est une molécule relativement simple et très volatile : il traverse facilement les poumons et s’évapore dès qu’il est en contact avec l’air. Le THC, en revanche, est une molécule beaucoup plus complexe, avec une volatilité extrêmement faible. Sa consommation est également des centaines de fois inférieure à celle de l’alcool. Il apparaît dans l’haleine à des concentrations infimes, ce qui complique énormément sa détection. Les consommateurs réguliers peuvent présenter du THC dans l’haleine pendant au moins huit heures et dans le sang pendant plusieurs semaines après usage. Cela signifie qu’une seule mesure ne suffit pas pour savoir quand une personne en a consommé pour la dernière fois.

Dans cette nouvelle étude, les partenaires du NIST sur le campus médical Anschutz de l’Université du Colorado ont observé 29 participants ayant consommé une friandise à base de cannabis dans un cadre contrôlé. Les produits comestibles contenaient entre 5 et 100 milligrammes de THC. Les chercheuses ont d’abord effectué un prélèvement d’haleine avant la consommation. Elles ont ensuite observé chaque participant pendant trois heures, en prélevant des échantillons d’haleine toutes les heures environ.

Les équipes du NIST ont mesuré la concentration de THC et d’autres cannabinoïdes à chaque intervalle, et ont détecté du THC chez la plupart des participants avant même la prise du produit, bien qu’il leur ait été demandé de s’abstenir pendant huit heures avant l’expérience. Rien de surprenant à cela. Notre organisme métabolise les cannabinoïdes très lentement : il faut parfois des semaines pour les éliminer, contrairement à l’alcool.

L’étude montre que le THC ingéré par voie orale passe par le système digestif avant d’être expulsé par les poumons.

Ces recherches suggèrent que le prélèvement de plusieurs échantillons d’haleine sur une période donnée pourrait permettre d’utiliser un test similaire à l’éthylotest pour détecter la consommation de cannabis, quelle que soit sa forme. Toutefois, ces dispositifs devront encore être normalisés pour garantir leur fiabilité et leur bon usage.

Chercheuses : Jennifer L. Berry, Ashley Brooks-Russell, Tara M. Lovestead et Kavita M. Jeerage. The detection of cannabinoids in breath after ingestion of cannabis-infused edibles. (Détection de cannabinoïdes dans l’haleine après ingestion de cannabis comestible infusé) Journal of Analytical Toxicology. Publié en ligne le 10 juillet 2025. DOI: 10.1093/jat/bkaf063

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