Le chercheur Ben Scott, en collaboration avec la Dr Naomi Pfitzner et avec Kate Fitz-Gibbon, professeure à l’université Monash, en Australie, ont publié une étude qui invite à réfléchir sur la légitimité de la police pour les groupes traditionnellement marginalisés. L’article, intitulé Spatial, Temporal, and Visible: Queer People’s Perceptions of Police Legitimacy, propose une « queerisation » (queering) des théories traditionnelles sur la légitimité de la police : une remise en question critique de leur fondement et de leur applicabilité au-delà des contextes cishétéronormatifs.

L’étude part d’un constat clair : les personnes queer (gays, lesbiennes, bisexuels et bisexuelles, trans et autres identités non normatives) ont souvent été reléguées à la périphérie de la criminologie, mentionnées de manière anecdotique en raison d’un supposé « manque de données ». Pour lutter contre cette invisibilisation, l’équipe a interrogé près de 150 personnes queer dans l’État de Victoria, en Australie, dans l’optique d’analyser leur perception de la légitimité de la police.
Les résultats, qui combinent des données quantitatives et des réponses qualitatives, révèlent un certain nombre de tensions : la plupart des personnes interrogées reconnaissent l’autorité formelle de la police et l’obligation d’obéir aux lois, mais cette obéissance ne provient pas de l’approbation des normes ou des valeurs de la police : elle est liée à un sentiment d’obligation sociale, de peur ou d’inertie.
L’une des contributions les plus pertinentes de l’étude a été l’insistance sur la nature contextuelle de la légitimité de la police, qui dépend non seulement de l’espace et du temps, mais aussi du contexte historique et de la visibilité identitaire. Les personnes les plus informées sur l’histoire des conflits entre la police de Victoria et la communauté queer (tels que les descentes dans les boîtes de nuit et la délation dans les médias) se sont montrées beaucoup plus méfiantes à l’égard de l’institution policière.
Le rôle de la visibilité des personnes queer est un autre aspect important qui a été soulevé dans l’étude. En effet, les expériences des personnes interrogées diffèrent selon la manière dont elles sont perçues par les agents : les personnes qui « passent » pour cishétérosexuelles ont généralement signalé moins d’interactions négatives, tandis que celles dont l’expression de genre ou l’orientation sexuelle est plus visible ont fait état d’expériences discriminatoires ou hostiles.
La relation entre la police et les groupes LGBTIQ+ a toujours été complexe, tant en Catalogne que dans de nombreux autres endroits du monde. Cette relation renferme souvent un passé marqué par la discrimination, la violence institutionnelle et une méfiance réciproque.
Bien que cette étude ait été réalisée en Australie, ses conclusions peuvent parfaitement être appliquées à la Catalogne. Malgré les avancées réglementaires, telles que la loi 11/2014 visant à garantir les droits des personnes LGBTI et à éradiquer l’homophobie, la biphobie et la transphobie, il reste encore un long chemin à parcourir pour garantir une relation de confiance entre les forces de l’ordre et la diversité sexuelle et de genre.
Ces dernières années, des efforts ont été faits pour améliorer cette relation, dont la création d’unités spécialisées dans les crimes de haine et une formation sur la diversité au sein des Mossos d’Esquadra. Mais ces initiatives doivent être évaluées de manière critique et continue, en tenant compte des expériences des personnes concernées.
L’étude australienne évoque la nécessité de mettre en place des voies de recours et de soutien alternatives, en particulier pour les groupes qui ne font pas confiance au système policier traditionnel. Cette réflexion devrait nous inspirer à adapter nos services communautaires, nos centres d’aide spécialisés et nos outils de soutien psychologique et juridique aux réalités des personnes LGBTIQ+.
Repenser la légitimité de la police avec un regard queer n’est pas seulement un exercice théorique : c’est un outil visant à mettre en place un système de sécurité plus inclusif, équitable et juste. Pour cela, il est nécessaire d’écouter les voix qui ont souvent été réduites au silence, de reconnaître les blessures du passé et de miser sur une transformation profonde des institutions. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons évoluer vers une société dans laquelle chaque personne, quelle que soit son identité ou son expression de genre, pourra se sentir en sécurité et avoir confiance en la police.
Lien : Spatial, Temporal, and Visible: Queer People’s Perceptions of Police Legitimacy
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