Les programmes d’analyse de données de sécurité sont-ils efficaces à Los Angeles ?

Parmi les tendances actuelles en matière de sécurité figure la volonté de prédire la criminalité en utilisant des programmes informatiques qui se nourrissent de données, issues notamment de plaintes. De plus en plus de services de police mettent à l’essai ces systèmes ou les développent mais, ce qui est particulièrement intéressant pour l’heure, plus que la mise en place de ces programmes, c’est l’évaluation des résultats et l’analyse obtenue de cette évaluation. Ce blog s’est déjà fait l’écho de deux expériences en France et en Allemagne et contemple aujourd’hui une nouvelle expérience aux USA.

Le département de la police de Los Angeles (LAPD) a publié, en mars 2019, un rapport examinant l’application de trois programmes d’action policière reposant sur des données. À l’été 2018, après une réunion où certaines associations avaient manifesté les préoccupations que généraient ces systèmes auprès du public, le Conseil des commissaires de police (Board of Police Comissioners [1]) de la ville de Los Angeles a chargé le Bureau de l’inspecteur général [2] de les étudier. Ce rapport en est le résultat.

Le premier des programmes analysés s’appelle LASER (acronyme de Los Angeles Strategic Extraction and Restoration) et se composait de deux actions complémentaires : un système d’évaluation et de suivi des criminels récidivistes (Chronic Offenders), basé sur un barème de notation qu’il fallait réviser périodiquement, et une stratégie de détection de « points chauds » (hotspots) sur lesquels il fallait prioriser les patrouilles.

La révision du projet LASER s’est avérée plutôt critique, tant pour ce qui est du programme sur les récidivistes qu’en ce qui concerne la localisation de points conflictuels. On y souligne des problèmes quant à son évaluation, des divergences entre les objectifs initiaux et ceux suivi lors du développement, un manque de matériel pour la formation, des différences sur la manière dont les différents services exécutent les actions du programme et des difficultés pour en constater l’efficacité. Parmi les défaillances de chacune des deux actions, le rapport relève le manque de suivi des personnes introduites dans le système sur les récidivistes ou la localisation de zones chaudes proches d’infrastructures du département de la police, ce qui fait que le temps pendant lequel les patrouilles se trouvaient dans les dépendances était comptabilisé comme temps de patrouille effective dans le secteur.

Le second système analysé est PredPol, un des programmes les plus courants de prédiction de la criminalité. Il s’appuie sur un historique de données criminelles et, en appliquant un algorithme, il calcule les zones où la probabilité de commission d’un crime est la plus forte à un moment donné. Le LAPD ne l’utilise que pour prédire les lieux où pourraient être commis des vols de véhicules et à la roulotte, et cela sur des tranches de 12 heures. La révision du Bureau de l’inspecteur général ne portait pas sur le fonctionnement du système de prédiction mais sur les implications à l’égard des patrouilles et il a été constaté, d’une part, que les résultats sur le temps consacré aux patrouilles dans les zones ciblées par le système étaient contradictoires et, d’autre part, que dans la plupart des cas, les zones à risque n’étaient visitées que pendant moins d’une minute (d’où un effet dissuasif limité) et que les patrouilles les plus longues avaient lieu près de bâtiments de police.

Le dernier programme analysé était ELUCD, un système qui envoyait des enquêtes brèves vers des dispositifs électroniques (téléphones, tablettes ou ordinateurs) à partir de leur localisation dans la ville de Los Angeles. Outre certains aspects démographiques (âge, genre, race et lieu de résidence), il était demandé aux gens s’ils se sentaient en sécurité dans leur quartier, s’ils faisaient confiance à la police et s’ils se sentaient protégés par ses services. L’enquête avait été commandée en vue d’en évaluer son éventuelle mise en œuvre mais finalement, celle-ci n’a pas été retenue et l’entreprise n’a pas fourni au département de la police les données collectées, si ce n’est certains rapports hebdomadaires ponctuels.

Le rapport a connu un certaine retentissement dans les médias aux USA (voir news en bas de page) et, si ces derniers constatent la difficulté d’évaluer l’efficacité dans ces systèmes, ils critiquent aussi le fait qu’on n’ait pas tenu compte des répercussions que ces programmes et systèmes auraient sur le public, ce qui était d’ailleurs une des principales raisons ayant motivé l’étude.

[1] C’est l’organe qui dirige le département de la police, il est composé de cinq civils et établit les politiques et les objectifs. Le chef de la police gère l’aspect opérationnel au quotidien et développe ces politiques et objectifs.

[2] C’est un service qui supervise les fonctions du département de la police de la ville.

Vous pouvez consulter le rapport sur :

http://www.lapdpolicecom.lacity.org/031219/BPC_19-0072.pdf

Deux nouvelles se sont fait l’écho du rapport :

CNN – LAPD audit reveals dangers of high-tech policing

https://edition.cnn.com/2019/03/22/tech/lapd-audit-tech/index.html

Muckrock – Eight years in, LAPD can’t measure PredPol’s effect on crime

https://www.muckrock.com/news/archives/2019/mar/12/algorithms-lapd-predpol/

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