Les attentats et le manque de critères homogènes marquent les données policières de 2015 en France

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Après un changement unilatéral dans le mode d’enregistrement de la gendarmerie nationale française en 2012, la police nationale a elle aussi sauté le pas l’année suivante, occasionnant la rupture des séries statistiques de la célèbre base de données policières État 4001, jusque-là fournies en continu pendant une période de quarante ans.

Outre l’impossibilité d’étudier les tendances de la délinquance à partir de 2012, il se trouve que les données annuelles ne peuvent plus être présentées globalement puisque les catégories utilisées par les deux organisations policières ne coïncident pas et que l’on ne peut pas regrouper des catégories différentes.

La seule exception claire à cette situation est constituée par les homicides volontaires (comprenant les blessures ayant entraîné la mort), que les deux forces de police classent de la même manière. C’est la seule donnée concrète qu’a fournie l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales pour ce qui des registres policiers de 2015. Les homicides affichent une augmentation considérable (17,7%), entièrement attribuable aux attentats terroristes des mois de janvier et de novembre.

En effet, seize personnes sont mortes lors du premier attentat, et 129 lors du second, ce qui fait un total de 145 délits. Par rapport au nombre d’homicides de l’année précédente (792), l’augmentation a été de 140 (932). Autrement dit, sans les attentats, le nombre d’homicides aurait continué à baisser. Cela n’est pas nouveau: c’est aussi ce qui s’est produit aux États-Unis en 2001, en Espagne pour ce qui est des données de 2004 et au Royaume-Uni en 2005.

En ce qui concerne les autres catégories pénales, l’Observatoire n’ose avancer que des données partielles, provenant soit de la gendarmerie, soit de la police nationale. Toutefois, il remet parfois en cause leur fiabilité. Ainsi, dans le cas des violences, des mauvais traitements et de l’abandon d’enfants, il attribue l’augmentation constante et exagérée des délits enregistrés par la police nationale (une croissance de 85% entre 2012 et 2015, soit presque 12 000 faits de plus) à des changements de critères concernant tout autant l’intervention que la qualification des faits. L’Observatoire ne constate pas de phénomènes sociaux récents susceptibles d’expliquer cette tendance soudaine

Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que certains de ces classements, effectués différemment par la police nationale et la gendarmerie, ont un indice de plainte très faible (par exemple, seuls 10% des abus sexuels sont dénoncés; seuls entre 10 et 20% des vols de vélos et des actes de vandalisme sur les voitures, et seuls 30% des vols). Seuls le vol de voitures et le cambriolage du domicile sont dénoncés selon des taux allant de 70 à 90%, principalement parce que le dépôt de plainte est obligatoire pour toucher l’assurance.

Si l’on prend en compte toutes ces circonstances, il nous faudra attendre la publication des données de l’enquête Cadre de Vie et Sécurité pour se faire une idée de l’évolution de la délinquance en France en 2015.

Vous pouvez consulter le document original sur le site de l’Institut national des Hautes études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ).

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