Frontières européennes : retour à la (a)normalité ?

Frontex - Risk analysis for 2108Au mois de février 2018, Frontex[1] a publié son rapport annuel Risk Analysis for 2018. Comme chaque année, le rapport offre différents éléments d’analyse et une série de données significatives sur la situation aux frontières extérieures de l’Union européenne.

Dans ce cas, le document présente la particularité d’être le premier rapport post-crise migratoire au regard du conflit syrien et le premier laissant entrevoir, par les données, le résultat de l’accord atteint entre l’Union européenne et la Turquie. À grand trait, Frontex dépeint un scénario retrouvant, partiellement, le flux de migrants aux frontières extérieures de l’Union avant la grande crise migratoire de 2015-2016.

Ce retour à la situation antérieure est visible aux frontières de la Méditerranée centrale (Lybie et Italie), de la Méditerranée orientale (Turquie et Grèce) et aux frontières terrestres des Balkans (républiques de l’ex-Yougoslavie). En 2016, les chiffres montrent une baisse spectaculaire de 34%, 77% et 90%, respectivement, et se rapprochent des taux de 2014 tout en restant loin de ceux de 2012[2].

Malgré ces données si explicites, les analystes soutiennent que la pression n’a pas baissé aux frontières européennes et qu’il y a encore des cas inquiétants. On constate, par exemple, que le passage illégal aux frontières de la Méditerranée occidentale (Maroc/Algérie et Espagne) a doublé, voire triplé cette année[3].

Dans d’autres secteurs touchés par le mouvement illégal d’individus[4], bien que les données d’ensemble s’améliorent par rapport à 2015-2016, Frontex insiste sur le fait que la pression ne baisse pas si on les compare à celles de 2013-2014. Sur certains points géographiques, les données ne montrent même pas de tendance à la baisse. Par exemple, pour le refusal of entry, dans certains pays d’Europe de l’Est, les données se maintiennent stables et, dans d’autres, elles augmentent.[5]

Les aspects préoccupant dans leur analyse sont divers. D’une part, l’efficacité dans les politiques de contrôle, dont les ordonnances de retour, une inquiétude déjà exprimée les années précédentes[6]. D’autre part, les activités criminelles associées au passage des frontières, notamment la contrebande de produits illégaux, le trafic de personnes et le terrorisme[7].

Finalement, ils envisagent plusieurs scénarios de futur. Frontex prévoit que la pression à la frontière sud va augmenter[8] et que l’accord de la Serbie avec la Chine, l’Inde et l’Iran sur la libéralisation des visas pour leurs ressortissants aura un effet négatif sur les Balkans. Ils soulignent aussi que les routes maritimes resteront les plus importantes, sans omettre le poids que prendront certaines aires de transit comme les Balkans et l’aéroport d’Atatürk en tant que pôle aéroportuaire pour migrants illégaux. Pour finir, ils signalent la menace latente du terrorisme djihadiste, de nature plus décentralisée et où l’usage de faux papiers sera capital.

[1]European Border and Coast Guard Agency.

[2]Soulignons que les nationalités qui ont pris part à la crise migratoire à ces frontière en 2015 et 2016 étaient, dans l’ordre : syrienne, afghane et iraquienne. En chiffres absolus, en Méditerranée centrale, on a détecté 181 376 individus en 2016, contre 118 962 en 2017 ; en Méditerranée orientale, on est passé de 182 277 à 42 305 et, enfin, dans les Balkans, on est passé de 130 261 à 12 178.

[3]On est passé d’environ 10 000 individus détectés en 2016 à près de 23 000 en 2017, et les nationalités les plus courantes étaient : marocaine, algérienne et ivoirienne.

[4]Entrées clandestines (clandestine entries), refus d’entrée (refusal of entry), usage de faux papiers (fraudulent documents) ou ordonnances de retour (return orders).

[5]Les trois nationalités à qui l’entrée a été les plus refusée ─ plus de 30 000 cas en 2017 ─ sont : ukrainienne, russe et albanaise. Les raisons du refus varient suivant le pays.

[6]Il y a eu un écart significatif entre le nombre d’ordonnances de retour et les retours effectifs. En 2017, 46% des ordonnances de retour ont été exécutées. Les problèmes principaux étaient l’identification et l’obtention des papiers nécessaires des pays tiers.

[7]Le rapport de Richard Barret, Beyond the caliphate: Foreign fighters and threat of returnees, du groupe de réflexion The Soufan Center, souligne que les pertes territoriales de Daesh et Al-Qaeda ont provoqué la décentralisation de leur activité et une diaspora de leurs combattants. Les analystes calculent que 30% (environ 1 700) des européens qui ont combattu en Syrie et en Iraq sont retournés sur le continent.

[8]Notamment de par la situation instable en Lybie contrairement à la Turquie, à l’Europe de l’Est et au Maroc.

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