L’évaluation de la police prédictive : le cas du Bade-Wurtemberg (Allemagne). Encore de nombreuses zones d’ombre

L’augmentation des vols à domicile ces dernières décennies en Allemagne a motivé, entre autres mesures, le recours à des méthodes de prédiction criminelle (predictive policing) permettant d’établir dans quels contextes il existait un risque de commission de ces crimes pour ainsi pouvoir adopter les mesures préventives nécessaires et éviter qu’ils n’aient lieu. D’abord la Bavière et, plus récemment, le Bade-Wurtemberg ont commencé à utiliser le logiciel PRECOBS[1] produit par l’Institut des techniques de pronostic basées sur des échantillons[2] et préalablement testé en Suisse. Ce logiciel part de l’idée que certains crimes (les vols à domicile en l’occurrence), commis dans circonstances données, tendent à se répéter dans les mêmes secteurs les jours suivants. Le succès du vol ferait que les auteurs jugent le contexte favorable à leurs objectifs et réitèrent leur méfait les jours suivants. Si ces crimes sont identifiés et la police adopte des mesures préventives, on pense pouvoir empêcher leur réitération.

Malgré l’enthousiasme que suscitent ces méthodes prédictives au sein de la police, il n’existe pas d’études empiriques démontrant irréfutablement leur efficacité. C’est pourquoi les responsables du projet pilote Predictive Policing P4, entamé au Bade-Wurtemberg le 30 octobre 2015, ont demandé à l’Institut Max-Planck[3] une évaluation de la mise à exécution du projet. Les résultats de l’évaluation, menée à bien entre novembre 2015 et avril 2016 dans les régions policières de Karlsruhe et Stuttgart, viennent d’être publiés comme le mentionne le dernier numéro de la revue Polizei Newsletter[4]. Le rapport[5] dit qu’au cours des six mois d’évaluation, il s’est produit 183 alarmes (pratiquement toutes en zone urbaine et rarement en zone rurale). Suite à celles-ci, la police a pris plusieurs mesures préventives pour empêcher la réitération des crimes dans les zones proches de celles où ils avaient eu lieu. Les résultats variaient en fonction des secteurs. Dans certains cas, les crimes diminuaient (Stuttgart) tandis qu’ailleurs, l’effet était imperceptible (Karlsruhe).

L’étude comprenait une enquête online auprès de 700 policiers associés d’une manière ou d’une autre à l’expérience et interrogés sur son utilité. Les résultats variaient en fonction du poste qu’ils occupaient au sein de la structure policière. Ainsi, à l’échelon supérieur, 65% des membres évaluaient la méthode positivement ; au niveau exécutif et intermédiaire, le pourcentage favorable était de 57%, tandis qu’à la base, seuls 46% la jugeaient utile. Paradoxalement, c’est à Karlsruhe, où l’effet semble contestable, qu’on a relevé le plus fort pourcentage de professionnels favorables à la poursuite de l’expérience (62%) tandis qu’à Stuttgart, qui a enregistré une baisse des vols à domicile sur cette période, seuls 41% se sont montrés enthousiastes.

[1] Vid. https://blog.pilpul.me/2014/08/precobs-einbrueche-und-near-repeats/

[2] Vid. http://www.ifmpt.de/

[3] Vid. https://www.mpg.de/en

[4] Vid. http://www.polizei-newsletter.de/newsletter_german.php?N_NUMBER=214&N_YEAR=2018

(Il y a aussi des versions en espagnol, en français et en anglais)

[5] Vid. https://www.mpicc.de/files/pdf4/rib_50_gerstner_2017.pdf

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